Dernier jour sur les îles de la Reine Charlotte

Le 4 septembre 2009

Encore une fois, la nuit fut plutôt bonne et dormir sur un matelas est un luxe que j’avais presque oublié depuis deux jours. Nous ouvrons la porte de notre cabane avec appréhension pour découvrir l’état du ciel mais un temps calme et ensoleillé se présente à nous ce matin. La tempête est finie nous pourrons rentrer à bon port ce soir ! Le petit déjeuner avalé, nous partons nous promener tous ensemble dans la belle forêt. Le charme opère moins en groupe que seule mais nous avons droit à une explication de notre capitaine sur la flore de la région. Les épicéas et les cèdres se partagent le territoire, laissant cette incroyable mousse verte les recouvrir de la racine aux plus fines branches. Elle s’effiloche même au bout des branchages, telle une barbe fine de grand-père sans âge.

Nous croisons des biches et de petits écureuils en chemin. La promenade a pour but d’arriver à un immense épicéa de plusieurs milliers d’années au tronc si large qu’il faut 10 personnes se tenant les mains pour en faire le tour ! Très impressionnant ! Je me sens encore une fois tellement minuscule à côté de Dame Nature…J’aimerais tellement que l’homme réussisse à lui donner tout le respect qu’elle mérite. Peut-être un jour devrons-nous retourner à nos racines, aux choses élémentaires de la vie et réapprendre à vivre en harmonie avec notre environnement.

Nous remontons ensuite dans le bateau en direction du dernier site Haida à visiter. Nous débarquons sur une nouvelle petite île perdue au milieu d’une centaine d’autres. Un gardien nous rejoint, il a un air d’Amérindien. En effet, il descend d’une famille Haida et sa famille a vécu sur cette île. Il nous parle de sa communauté aujourd’hui quasiment disparue. Le peuple Haida était une société matriarcale qui possédait suffisamment de ressources naturelles pour ne pas avoir à travailler beaucoup pour subvenir à leurs besoins. Ils avaient donc beaucoup de temps à consacrer à l’art sous toutes ses formes : dessins, sculptures, vêtements… Leur culture était transmise par l’intermédiaire d’ « historiens » désignés ainsi dès leur naissance pour transmettre aux générations suivantes leurs histoires et légendes. Il n’y avait aucun écrit, tout était transmis oralement. De nos jours, on ne sait quasiment plus rien de leur mode de vie d’antan, lesdits historiens n’existant plus. Quel grand savoir de perdu ! Oublié dans les abîmes du temps…

Le gardien Haida nous apprend que chaque village était séparé en deux clans appelés les aigles et les corbeaux. Une personne d’un clan ne pouvait se marier qu’avec une personne de l’autre clan. Etant donné q’il n’y avait qu’une vingtaine d’individus dans chaque groupe, le choix était limité ! Le site qu’il nous fait visiter n’a plus ses totems d’autrefois, la plupart étant placés dans des musées, ce qui le désole en tant que Haida. Lorsqu’un membre important du village mourait, on plaçait son corps dans une boîte avec certains de ses effets personnels et on la plaçait dans un totem dit « mortuaire ». Le désir du peuple Haida est que le corps ainsi que le totem en bois soient rendus à la Terre, se décomposant d’eux-mêmes au fil des années. Placer ces totems dans des musées afin de les conserver et de les soustraire de leur terre originelle est le comble de l’hérésie pour ce peuple aux traditions ancestrales et aux croyances spirituelles !

Nous avons l’impression de connaître beaucoup de choses, nous Occidentaux qui prenons des décisions pour le bien de la Science et de la Découverte mais je pense que nous y perdons beaucoup également en ne respectant pas les traditions des peuples anciens, ils auraient beaucoup à nous apprendre. Ce pouvoir de conquérant maître esclave qu’ont les hommes entre eux est quand même assez surprenant, je trouve. Ne sommes-nous pas un peu plus évolués que ça de nos jours ? Il faut croire que non…

Notre guide nous parle des vestiges restant des longues maisons en bois des Haida, puis après son tour de l’île, il nous offre un café chez lui. Il est plus de 2h avec tout ça et nous n’avons pas mangé, je meurs de faim ! Nous finissons par remonter sur le bateau où un déjeuner nous attend patiemment. Je dévore ces crudités et ce fromage avidement puis nous reprenons la mer pour revenir sur l’île Moresby où un minibus nous attend pour nous conduire dans la ville de Queen Charlotte City où m’attendent mes deux amies françaises, Bernadette et Sylvie. Ils avaient prévu de raccourcir le temps en mer au cas où la mer aurait été agitée à cause de la tempête. Malgré le temps calme, nous montons dans le bus, après avoir dit au revoir au capitaine. Sur la route, nous apercevons deux beaux ours sur la berge, essayant d’attraper des poissons. C’est plus agréable de les voir derrière les vitres d’une voiture plutôt qu’exposée en pleine nature !

En chemin, nous tombons sur mes deux amies, Bernadette et Sylvie, en train de faire du stop. Nous les embarquons et les déposons à l’hôtel, tandis que je vais chercher mon gros sac à dos resté à l’agence. Je suis partie en camping pour 4 jours avec juste un petit sac à dos ridicule (la tente et le matelas étant à part), personne n’en revenait que j’aie si peu d’affaires. En même temps, je ne vois pas ce dont j’aurais pu avoir besoin de plus en 4 jours. Je n’ai manqué de rien même si j’avoue que mes vêtements sont loin d’être immaculés. Une bonne lessive et il n’y paraîtra plus ! Je dis au revoir à tout le petit groupe avec lequel j’ai effectué cette belle excursion. Ils sont tous très sympathiques et leur attention envers moi pendant tout le séjour me va droit au cœur. L’un d’entre eux me souhaite de trouver les réponses à mes questions sur la paix intérieure et l’accès au bonheur et à la sérénité. Il me souffle à l’oreille exactement la même phrase qui m’a été dite l’année dernière par une Québécoise rencontrée dans l’avion pour mon retour en France à Noël : « la paix se trouve à l’intérieur de toi, ne va pas la chercher trop loin ». Je reste interdite par la répétition de ces mêmes mots, ce même contexte de cette phrase lancée juste avant de se quitter, comme une bouteille à la mer qu’il me revient d’attraper ou non. Etrange…

Je félicite ensuite Lexie, une jeune fille de 28 ans seulement qui a été notre guide, cuisinière, mousse durant ces 4 jours. Avec la force d’un homme, ce petit bout de femme soulèverait n’importe quelle caisse, sautant comme un singe d’un bout à l’autre du bateau et toujours avec un sourire charmant. Je suis très impressionnée par cette jeune femme qui a appris ce dur métier il y a quelques années seulement. Elle a trouvé sa voie, elle a l’air d’aimer son travail en tout cas ! Je ne suis pas prête de m’engager sur un navire, moi, je ne suis pas capable de faire la moitié de ce qu’elle a fait en 4 jours ! L’important, c’est de le savoir…

Je retrouve ensuite mes deux amies françaises devant un bon verre de vin. Je suis bien contente de les retrouver, d’une part parce que je peux de nouveau parler français, d’autre part parce qu’on s’amuse bien ensemble et, je m’en aperçois maintenant, j’en avais un peu assez d’être entourée de couples uniquement ! Voilà en bonne partie la raison de mon malaise durant ces 4 jours d’excursion, je pense. Ne se trouver qu’avec des couples et être la seule célibataire, ce n’est pas évident à gérer. J’avais peur de gêner en m’imposant trop, même s’ils ne l’ont jamais sous entendu. Je préférais souvent être seule plutôt que de m’incruster avec un couple voulant profiter de leur moment d’intimité. Ce n’était donc pas évident pour moi d’être totalement à l’aise avec eux, je paraissais un peu anormale de par mon célibat. Avec les filles, c’est totalement différent. Nous sommes des voyageuses solitaires qui se sont rencontrées et ont sympathisé, ce qui a resserré nos liens. Nous ne sommes plus seules mais un groupe de trois. La perspective est totalement différente. Ceci dit, ces 4 jours seule m’ont permis de refaire le point quant à ma rupture avec Michaël d’il y a 1 an et demi maintenant. C’était nécessaire encore une fois. Et le fait de partir en voyage ravive inévitablement des souvenirs lointains de couple.

Malgré la fin de la journée qui approche, nous sommes loin d’avoir fini la nôtre. Ce soir, nous prenons le ferry qui nous ramène à Prince Rupert sur le continent. Nous arrivons au terminal vers 21h puis montons dans le bateau plutôt rapidement à mon plus grand bonheur. Malgré le prix assez élevé, j’ai réservé une cabine pour la nuit afin de récupérer un peu durant les 6h de traversée. Mes amies n’ayant pas les moyens, je les laisse sur les sièges du pont intérieur tandis que je pars découvrir ma cabine. Je me sens presque coupable de les abandonner à une nuit difficile alors que je serai confortablement installée dans un lit ! Ma cabine comprend 4 lits superposés et une douche privative. Oh joie ! J’enlève tous mes vêtements boueux et sales des 4 jours en camping sauvage et je saute sous cette douche chaude et revigorante. Je me sens une nouvelle femme ! Surtout avec des vêtements propres.

Je me couche en attendant le départ du ferry à 23h. Alors que le bateau quitte le quai, j’ouvre un œil et je vois que je suis toujours seule dans ma cabine de 4. Je saute dans mes chaussures et pars à la recherche de mes deux amies que je retrouve allongées par terre, entre des sièges, dans leur sac de couchage. Je leur demande de me suivre discrètement jusqu’à ma cabine où elles trouveront de vrais lits pour la nuit. La joie qui éclaire leur visage est le plus beau des remerciements pour moi. Nous nous couchons rapidement et nous endormons avec le roulis de plus en plus fort du ferry.

Sources chaudes et tempête

Le 3 septembre 2009

Réveillée à l’aube ce matin, j’ai plutôt bien dormi dans ma tente cette nuit, sans impression de froid. J’ai parfaitement récupéré et je suis en pleine forme! Nous empaquetons rapidement nos affaires, nous voulons admirer les coraux à marée basse. Vers 8h, nous sommes sur le bateau à regarder les moules, palourdes, crustacés et étoiles de mer sur les rochers ou dans le fond de l’eau. J’avoue ne pas être très impressionnée par ces mollusques, j’ai les mêmes en Normandie à marée basse! Je me contente d’admirer le paysage qui, lui, me dépayse beaucoup plus. Ces grands espaces à perte de vue avec pas âme qui vive depuis 3 jours… Alors que tout le monde a le nez au fond de l’océan, je regarde en l’air, admirant cette immensité. Le contraste est plutôt drôle. Comme quoi, selon ses racines, les expériences nouvelles ne sont pas les mêmes pour tout le monde.

Nous continuons ensuite notre route jusqu’à une petite île où se trouvent des sources chaudes naturelles. On nous annonce qu’il est nécessaire de prendre une douche avant d’y aller. Nous ne nous le faisons pas dire deux fois, ça fait 3 jours que notre équipe n’a pas vu une douche. Comme quoi, reconnecter avec les plaisirs simples de la vie, ça fait du bien! Cette douche très sommaire avec une valve qu’on doit maintenir ouverte avec le bras pour que l’eau puisse s’écouler me paraît pourtant le comble du luxe aujourd’hui!

Mon maillot de bain enfilé, je me dirige vers les piscines d’eau chaude naturelle. L’une d’elles, située un peu en hauteur, a une magnifique vue sur la mer et ses îles. Je tombe sous le charme de cet endroit immédiatement. Je me glisse dans cette eau délicieusement brûlante, savourant la chaleur pénétrant petit à petit dans chaque parcelle de mon corps. Quel bonheur alors qu’il fait si froid dehors! De plus, il n’y a personne d’autre que nous sur le site, nous pouvons profiter à loisir de ces trésors. Mes compagnons s’en vont dans d’autres piscines, je reste seule à profiter des lieux. Encore une fois, l’énergie du site est spéciale ici et je repars en méditation, allongée sur une pierre, le corps à demi dans l’eau pour ne pas avoir trop chaud. Je n’ai plus envie de bouger, le temps s’est arrêté pour moi. J’aimerais pourtant partager ce moment d’éternité avec quelqu’un, mais bon.. Je pense que c’est ce qui me manque le plus dans le fait de voyager seule: de ne pouvoir partager les moments forts avec personne. Je marque tout dans ma mémoire, chaque sensation, chaque ressenti, en profitant à fond du moment. Je sais que c’est un beau cadeau que je me fais à moi-même.

On vient me chercher pour me dire que le repas est prêt. Je me résigne avec difficulté à quitter ces lieux magiques. Le repas ingurgité, on nous apprend qu’une tempête va sévir cette nuit sur la région. Bon, voilà autre chose… Nous voyons en effet plusieurs gros nuages s’amonceler au loin. Nous plions bagages et remontons sur notre bateau, afin d’arriver au camp avant l’orage. La mer est agitée et notre bateau brave vaillamment les vagues qui grossissent de plus en plus. Arrivés sur l’île où l’on passera la nuit, on nous apprend que nous ne dormirons pas dans les tentes ce soir mais dans une maison de Haida reconstruite pour les visiteurs qui souhaitent passer la nuit dans les environs. Arrivés sur la terre ferme, nous admirons ce site encore une fois enchanteur. Une grande maison en bois, décorée de dessins amérindiens, trône à l’orée de la forêt juste derrière la plage. La forêt est encore plus belle que toutes celles que j’ai vues jusque-là. D’un vert indescriptible, d’immenses arbres semblent nous attirer encore plus loin dans le bois, à la façon d’une forêt enchantée. Un petit sentier nous invite d’ailleurs à y pénétrer. Je me laisse tenter par cet appel et m’y engage prudemment. Je sais que la tempête est proche, je ne vais pas m’y aventurer seule trop longtemps. Mes yeux ne savent plus où regarder tellement la beauté des lieux opère sur moi. Plus je m’enfonce dans cette forêt, plus j’ai envie d’en voir plus encore. Je retrouve Gaby et Dug qui comme moi n’ont pas su résister à ce chant de sirène. L’enchantement semble se rompre lors de notre rencontre et nous décidons de rentrer ensemble au chalet.

Un feu crépite dans le gros poêle à bois de la pièce. Dans chaque coin, un grand matelas est disposé et une grande table de bois trône au milieu de la pièce. Nous dormirons tous dans cette même grande salle ce soir. Le capitaine nous apprend que si la tempête ne se calme pas demain, nous resterons une journée de plus ici. Bon, ça ne m’arrange pas du tout cette histoire. Toujours à cause de mon planning très serré pour aller voir mes baleines sur l’île de Vancouver, je ne peux pas me permettre de prendre une journée de plus ici! De toute façon, si je n’ai pas le choix… Je ferai avec! La sécurité avant tout. Entre la panne du ferry, la rencontre nez à nez avec un ours et une tempête qui risque de nous coincer 2 jours sur une île déserte, ça fait beaucoup en une semaine. Et dire qu’il faut que je tienne 3 mois!! Heureusement que j’aime ça… Au moins, je ne m’ennuie pas.

La pluie commence à tomber, tout le monde s’enferme dans la maisonnette, certains lisent, d’autres entament une sieste. J’aime cette impression d’être seuls au monde, au milieu de nulle part, alors qu’une tempête s’apprête à faire rage, tout en me sachant protégée et en sécurité. Je m’aperçois que depuis que je suis partie, même si je suis en compagnie de monde, j’ai besoin de beaucoup de moments de solitude, des instants où je me retrouve juste avec moi-même. Mes compagnons doivent me prendre un peu pour une sauvage, mais, pour une raison que j’ignore, ce besoin de solitude est très présent depuis quelques jours. Est-ce bon signe ou non, je l’ignore.

Je pars faire un petit tour sur la plage. La marée est très basse, on peut presque se promener jusqu’au bateau à pied. Malgré le bonheur de marcher seule sur les galets, le nez au vent, les senteurs de la mer me parvenant jusqu’aux narines et le cri des mouettes me rappelant ma Normandie, je ne tarde pas à faire demi-tour assez vite, je connais les dangers de la marée montante. Un peu trop de distraction et on se retrouve entourée d’eau avec l’impossibilité de trouver une issue. Et j’ai eu assez de frayeur ces derniers jours, on va se la jouer cool pour une fois. Je repars en direction de la forêt, attirée irrésistiblement par ses bras de mousse. Le charme s’éteint à la rencontre de deux de mes camarades encore une fois et je rentre me protéger de la pluie dans la maison. Nous soupons ensemble autour d’une grande tablée, en nous racontant nos histoires de voyages. Je m’aperçois qu’à 30 ans, j’ai plus voyagé que tout le monde ici réuni alors qu’ils ont en moyenne 50 ans. Je me rends alors compte de ma chance et de l’expérience que ça m’a apportée. Nous finirons le repas à la bougie, puis tout le monde part se coucher. Je m’endors au son de la pluie qui tombe en rafales sur notre petit toit. J’aime entendre la tempête déferler dehors alors que je suis bien à l’abri et au chaud.

Belle frousse!

Le 2 septembre 2009

Réveillée à l’aube, je n’ai pas trop mal dormi cette nuit, même si je n'ai pas eu très chaud encore une fois. J’ouvre ma tente sur les couleurs pastel de l’aurore s’effilochant dans le ciel et tombant dans la mer calme. Je laisse la tente ouverte et profite encore de ce spectacle, allongée sur mon matelas et emmitouflée dans mon duvet.

J’entends du monde s’agiter au loin, mes compagnons doivent être levés. Un bon café chaud m’attend ainsi que des « french toasts » (du pain perdu pour les Français) que j’avale avec reconnaissance. Tout le monde a eu froid cette nuit, je suis peut-être la seule qui ne m’en suis pas si mal tirée au final. Je range ensuite ma tente et mes affaires, effectue un brin de toilette dans la mer salée puis m’assois sur un tronc d’arbre, profitant du calme et de la sérénité des lieux. Malgré tout, depuis le début de l’excursion, sans que je sache pourquoi, quelque chose m’empêche de profiter pleinement des lieux. Je n’arrête pas de comparer cette excursion à mon expérience en Amazonie où, de façon similaire, j’étais perdue en pleine nature, faisant du camping sauvage et changeant de site grâce à un petit bateau. Je me sentais tellement bien et libre de tout à ce moment-là. Pourtant, aujourd’hui, je sens que ce n’est pas la même chose mais je n’arrive pas à mettre le doigt sur la cause. Est-ce le manque d’exotisme, vu que je suis toujours au Canada? Sont-ce les gens qui m’accompagnent? Est-ce moi qui suis dans un état différent de non-lâcher prise? Je ne sais pas… Peut-être un peu tout à la fois. Il faut sans doute que j’arrête de comparer avec des expériences passées et juste profiter du moment présent!

Nous repartons ensuite en bateau à la recherche du groupe de kayakistes, toujours dans l’espoir d’y laisser nos deux comparses. Je me demande comment notre capitaine compte s’y prendre pour retrouver 5 kayaks au milieu de cette immensité déserte. Nous apercevons un ours noir sur le rivage, une baleine au loin, une méduse qui passe à côté du bateau mais aucune trace du groupe. Finalement, au bout d’une heure de recherche, nous tombons sur eux au détour d’une petite île. Chance ou perspicacité? En tout cas, parents peuvent retrouver enfants et nous sommes plutôt contents de nous débarrasser d’eux. Nous assistons tous à la visite du site Haida, bien mieux préservé que celui d’hier. Les totems à l’abri du vent ont gardé la plupart de leurs sculptures et dessins, ce qui les rend impressionnants et mystérieux. Ils regardent tous vers la mer comme une mise en garde ou la protection d’un trésor. La visite terminée, nous sautons affamés sur le repas préparé par notre guide: des burritos mexicains!

Alors que le site est désert étant donné que tout le monde profite du café, je pars seule méditer au milieu de ces totems sacrés. L’énergie est spéciale ici, je le sens. Je vais malheureusement interrompre un peu rapidement à mon goût, pour une promenade digestive à travers la forêt. Les arbres immenses et recouverts de mousse sont incroyables. Pour certains d’entre eux, la mousse pend telle des larmes de tristesse au bout de leur branche. Cette balade me ravit, j’ai l’impression de m’enfoncer dans une forêt enchantée telle que je l’imaginais étant enfant. Nous arrivons à une jolie crique puis à une grotte qui nous barre le chemin. Je reste en extase devant un arbre qui se trouve en haut d’une petite falaise et qui fait descendre ses énormes racines jusqu’en bas.

Nous retrouvons la femme de notre couple pénible pleurant à chaudes larmes à notre retour de promenade. Personne ne comprend trop ce qu’il se passe pour elle, nous essayons de la réconforter comme nous pouvons. Notre capitaine me glisse à l’oreille que ce genre de débordement d’émotions n’est pas rare à cet endroit. L’énergie qui se dégage des lieux est tellement intense que plusieurs personnes laissent le trop plein d’émotions sortir malgré eux. Cette dame me parait beaucoup plus vulnérable et sympathique à présent. Quel étrange endroit !

Nous revenons ensuite au bateau, il est temps de quitter les kayakistes. En les voyant s’éloigner sans bruit, je me dis que ce genre d’excursion m’aurait beaucoup plu aussi. J’aurais été plus proche de la nature en kayak, sans le bruit du moteur du bateau et, au moins, j’aurais été avec des jeunes et de beaux gars en plus, à ce que je viens de voir. Ceci dit, j’aurais vu moins de choses, le kayak allant moins vite que le bateau. Ce sera pour une prochaine fois! Et j’aime tellement le bateau que je ne regrette rien de toute façon.

Nous naviguons un moment avant de trouver notre plage pour camper. Nous passons devant un rocher où se prélassent des otaries et des éléphants de mer. Ils font un vacarme assourdissant. J’aime écouter parler la nature, comme c’est le cas ici. Nous trouvons ensuite notre petit paradis pour nous installer cette nuit, au milieu d’une adorable petite crique entourée d’îles qui nous protègent du vent et d’arbres verdoyants. L’endroit est magnifique et encore une fois tellement isolé. Je ne me lasse pas de ces îles perdues propices au camping sauvage.

Après nous être installés et avoir monté les tentes, je décide de me laver un peu dans la rivière cachée dans la forêt. Ma dernière douche remonte bien à deux jours entiers et je commence à le ressentir. L’eau est glacée mais ça fait tellement de bien de se nettoyer un peu. Alors que je me trouve les fesses à l’air en train d’effectuer ma toilette, je lève les yeux au son d’un faible bruit, et mon sang se glace d’un coup: un gros ours noir se trouve à moins de 3 mètres de moi, juste de l’autre côté de la rivière et me regarde fixement. Atterrée et apeurée, je me rends compte avec effroi qu’il avance dans ma direction! Je fais marcher mon cerveau à toute vitesse pour me souvenir de ce que Denis, mon ami trappeur de Portneuf sur Mer m’a dit sur les ours il y a deux ans. Je ne peux pas fuir, je suis dos à une falaise. Je suis coincée! Ca y est, je me souviens, il faut faire un maximum de bruit. Je crie alors autant pour lui faire peur que pour prévenir mes compagnons que je suis en danger. Mes premières paroles sortent en français, ce qui ne risquent pas de renseigner beaucoup mes amis qui ne parlent qu’anglais. Le seul mot qui me vient en anglais dans ce moment de panique est « Help! » et je me mets à hurler ce simple mot comme si ma vie en dépendait (ce qui n’est pas loin d’être le cas). Dans un excès de pudeur, j’ai tout de même le réflexe de tendre la main pour prendre ma serviette et me la mettre autour de la taille pour cacher ma nudité à mes compagnons au cas où ils finiraient par m’entendre… En tout cas, l’ours s’est arrêté d’avancer mais il me regarde toujours. Il n’a pas l’air méchant à première vue, on pourrait même le prendre pour une grosse peluche mais j’ai trop entendu d’histoires pour savoir qu’il ne faut pas se fier à ses allures de mignonne bébête. Au bout d’un temps qui m’a paru une éternité (ça n’a pourtant duré qu‘une minute, je pense), mes amis arrivent en courant au son de mon cri et font fuir l’ours qui traverse la rivière en courant dans ma direction pour passer à côté de moi et disparaît dans la forêt. Mes amis me retrouvent dans un bel état avec ma toute petite serviette bleue autour des fesses et les jambes tremblant comme des feuilles. Je m’aperçois que j’ai vraiment eu peur cette fois. Tout le monde me demande si je vais bien puis, rassurés, ils me laissent me rhabiller tout en restant aux aguets. Je les rejoins pour le souper que je dévore comme un ogre, les émotions m’ayant ouvert l’appétit, puis je reprends mes esprits devant le feu, le soleil couchant sur la mer finissant par me relaxer totalement. Nous apercevons mon ours de l’autre côté de la plage, il s’est sauvé loin, nous n’avons plus rien à craindre. Toutefois, mes amis sont perturbés aussi et partent à leur tente en chantant fort et en regardant partout. Ca c’est une expérience! Je n’aurais jamais imaginé en voir un d’aussi près… Et dire que je n’avais même pas mon appareil photo! Bon, il est temps d’aller se coucher et d’essayer de se remettre de ses émotions. Et pas de rêve d’ours, s’il vous plait!

L’aventure commence

1er septembre 2009

Levée à 7h du matin, je me prépare seule un petit déjeuner diététique à base de fruits frais et de figues séchées bio achetées la veille. Je m’apprête mentalement à quitter un environnement devenu familier, même si ça ne fait que 3 jours que je voyage avec mes nouvelles amies, pour repartir à l’aventure, rencontrer de nouvelles personnes, me créer des affinités. C’est comme si je déménageais dans une nouvelle ville à chaque fois! Voyager seule permet de rencontrer plus de monde, mais ça demande plus d’énergie d’aller à la rencontre de nouvelles personnes aussi. Et quitter les gens qu’on a rencontrés n’est pas évident non plus… Elles auraient voulu venir avec moi mais l’excursion de 4 jours ne rentrait pas dans leur budget. J’ai de la chance de pouvoir me le permettre et me faire plaisir sans vraiment devoir calculer! Ce n’est pas le cas de tous les voyageurs…

A 8h, un minibus passe me prendre à l’hôtel et je rejoins ainsi six autres personnes pour notre départ en excursion de 4 jours. A ma grande surprise, la moyenne d’âge est plutôt élevée dans le groupe, la plus jeune ayant peut-être la quarantaine. Nous débarquons à un petit port où nous montons dans un petit bateau à moteur. Le capitaine et la guide sont à peu près de mon âge, ce qui me rassure un peu sur ma socialisation durant cette excursion. En tout cas, tout le monde est prévenant envers moi qui suis seule à ne pas être en couple.

Etant donné que l’avion a aussi eu des problèmes mécaniques pour arriver jusqu’à l’île, en plus des soucis de ferry, l’île a été isolée pendant plusieurs jours avec des soucis de ravitaillement d’une part et le fait que plusieurs touristes ont raté leur excursion d’autre part. Nous prenons avec nous deux personnes qui doivent rejoindre une excursion de kayak à l’autre bout de l’île. Malheureusement pour nous, il s’agit d’un couple de pénibles, nous avons bien hâte de les larguer rapidement quelque part. Nous voilà partis, fendant la mer sur notre petit rafiot à plein gaz. Je retrouve cette incroyable sensation de bien-être d’être sur l’océan, le vent me fouettant le visage, frappant les vagues de plein fouet avec notre petit bateau. Mais l’humidité de l’air me prend au dépourvu, me glaçant vite jusqu’aux os. J’aurais peut-être dû prévoir des pulls plus chauds. Heureusement, mon bonnet et mes gants me sauvent pour aujourd’hui (dire que j’avais hésité à les prendre) mais il fait grand soleil. Que se passera-t-il lorsqu’il pleuvra? Bon, je verrai à ce moment-là.

Nous nous arrêtons sur un ancien site sacré Haida où cette population aujourd’hui quasiment éteinte à cause des maladies apportées par les Blancs résidait jadis. Des totems sculptés dans des troncs d’arbres sont encore visibles comme les preuves de cette ancienne culture. Les dessins sont à peine visibles, l’érosion naturelle ayant poursuivi son évolution mais nous devinons encore quelques marques. Ils s’en servaient comme totems funéraires lors du décès d’une personne ou pour orner le devant de leur maison en bois. Ca me fait un peu penser aux Moaïs de pierre de l’Ile de Pâques abandonnés ainsi à la terre. Sauf que les habitants de l’Ile de Pâques se sont auto décimés en utilisant toutes leurs ressources naturelles sans restriction, vidant l’île de leurs arbres. Les Haidas ont été exterminés par les Occidentaux.

La forêt entourant les totems est superbe, verdoyante et chatoyante. Je n’en profite pourtant pas comme je voudrais, étant toujours aussi frigorifiée. Nous mangeons rapidement sur le bateau, ce qui me redonne un peu d’énergie et de chaleur. Nous partons ensuite pour une longue traversée en bateau pour essayer de rejoindre les kayakistes et larguer nos deux raseurs de première. Je m’allonge sur le banc et malgré les montagnes russes que nous offrent les remous, je m’assoupis doucement jusqu’à ce que mes compères crient: « Une baleine! ». Je me réveille en sursaut juste à temps pour l’apercevoir plonger en montrant sa queue. Superbe!

Nous nous arrêtons finalement sur une île déserte à la façon Robinson Crusoé. La plage de galets s’étend dans une petite crique, protégeant la forêt humide si typique de la région. De la mousse d’un vert très intense recouvre le sol comme un doux tapis moelleux. Les arbres immenses aux troncs centenaires nous offrent une protection naturelle avec majesté. J’aime cet endroit, je me sens en sécurité, comme si la nature elle-même était là pour prendre soin de moi.

Je monte ma tente toute seule, comme une grande, dans un coin près de la mer mais reculé de mes compatriotes. On me demande si je ne risque pas d’avoir peur toute seule dans ma tente, je les regarde surprise. Ca ne m’avait même pas traversé l’esprit. Au contraire, je préfère être seule pour profiter de ce que m’offre ce petit coin de paradis. Nous soupons autour du feu sous un beau soleil qui finit enfin par me réchauffer totalement. Certains courageux (ou fous!) partent se baigner dans une eau à 7°C. Je les regarde faire sans les envier. J’ai enfin chaud depuis ce matin, ce n’est pas pour me geler exprès dans cette mer glacée! Je laisse ça aux baleines. Un peu de tequila amenée par l’un de nos convives finit en beauté le repas tandis que de petites biches nous observent bizarrement. On n’a pas réussi à se débarrasser de nos deux compères, ils n’ont pas retrouvé leur groupe de kayak. Nous subissons donc leur histoire autour du feu. Ils ne sont pas désagréables mais juste très imbus d’eux-mêmes. Ceux qui me connaissent savent que c’est le pire défaut pour moi, j’aime tellement les personnes naturelles qui n’ont pas besoin de toujours épater la galerie par manque de reconnaissance personnelle. Enfin, ça vient souvent d’un gros manque d’assurance à la base. Je fais abstraction de leurs paroles pour me concentrer sur la douce sensation d e chaleur des flammes sur mon visage, la belle musique de l’eau léchant le rivage, le bruit chantant des oiseaux cachés dans les arbres et la luminescence de la lune à peine visible à travers les nuages… Le fatigant entame un beau poème en anglais qui joue comme une magnifique mélodie à mes oreilles. Pour ce moment d’éternité qu’il m’a apporté, je l’en remercie.

En discutant avec tout le monde, j’apprends que l’un des couples assez âgés qui est avec nous se trouve être les parents de notre jeune guide, une jeune fille d’une trentaine d’années. Ils viennent faire l’excursion pour la première fois avec leur fille. Ils ne la voient qu’une fois par an, habitant loin d’ici. Elle se laisse aller dans les bras de sa mère, alors que tout le monde commence à piquer du nez devant le feu. Un brin de nostalgie m’envahit alors envers ma famille. J’ai hâte de les retrouver moi aussi. La mère de la jeune fille ressent magiquement mon mal du pays en me serrant aussi dans ses bras et en me disant qu’elle me donne un « mother's hug ». J’en suis tout émue. Il est 21h, la nuit est tombée, je pars donc me coucher dans ma tente, me couvrant de tous les habits que j’ai emportés, les enfilant les uns par-dessus les autres. Espérons que la nuit sera bonne.

Ferry jusqu’aux îles de la Reine Charlotte

31 août 2009

Réveillées à 6h, nous comatons jusqu’à la salle de petit déjeuner où sont servis quelques muffins. Un coup de taxi plus tard, me voilà à l’embarcadère des ferries avec mes deux compagnes chargées comme des baudets. Elles ne voyagent pas léger, dis-donc! Deux heures plus tard, nous montons enfin sur ce ferry tant attendu avec bonheur et reconnaissance. De plus, il fait un temps superbe aujourd’hui, pour effectuer la traversée. Une chance au final qu’on ne soit pas partis hier comme prévu!

Nous fendons la mer à bord de notre gros traversier, la brume matinale rendant l’atmosphère mystérieuse et quelque peu magique. C’est de toute beauté! Une petite visite du ferry s’impose par la suite; Il est beaucoup plus beau et élégant que je l’avais imaginé. Une grande salle de restauration est disponible ainsi qu’une pièce remplie de sièges confortables avec vue sur la mer. Le grand luxe, quoi! Et le tout pour 35$! Sur le chemin, nous avons la chance d’apercevoir des dauphins et un couple de baleines au loin. Je suis aux anges, même si je pense les voir de beaucoup plus près lors de mon stage sur l’île de Vancouver.

Nous passons la journée à paresser sur le pont au soleil ou bien affalées dans les fauteuils à somnoler. J’aime tellement me trouver sur un bateau quel qu’il soit. Le contact avec l’eau me remplit à chaque fois d’une certaine sérénité et de paix. Nous arrivons à 3h de l’après-midi sur l’île. Un taxi nous embarque pour nous emmener dans la ville principale. Sur le chemin, je m’aperçois avec effarement que je n’ai plus mon appareil photo… Je l’ai visiblement oublié quelque part sur le bateau! Là je commence à ne pas trouver ça drôle… Mes amies prennent les choses en main et demandent au taxi de revenir au ferry. Je me jette alors au bureau de l’embarcadère pour expliquer mon cas; Ils l’ont apparemment récupéré sur le bateau et il m’attend à l’accueil sur le ferry. Je grimpe en 4ème vitesse sur le bateau et récupère mon bien avec soulagement. Youpi!

Bon je me remets de mes émotions durant le trajet qui nous conduit à Queen Charlotte City, la ville principale. Nous débarquons toutes les trois dans une auberge de jeunesse toute mignonne, bien décorée à l’anglaise et tout à fait confortable. J’avais une idée des auberges de jeunesse assez négative après mes essais en Australie, mais là je dois avouer que je suis très agréablement surprise. Les convives sont calmes, respectueux, les chambres sont propres et je me retrouve toujours seule dans une chambre fermée pour le moment par manque de client et le tout pour un prix dérisoire. Parfait!

Nous partons nous promener dans la ville que je trouve adorable avec ses petits magasins en tôles multicolores, ses maisonnettes de poupées, son port de pêcheurs, le tout agrémenté d’une vue sur les îlots parsemant le mer. Je tombe même sur une épicerie bio! C’est le paradis ici! C’est décidé, je m’y installe… Bon, je risque de trouver le temps long au bout d’un moment… mais bon! Devenues inséparables depuis deux jours, nous partons toutes les trois voir des agences de trek pour les filles puisque, moi, j’ai déjà mon excursion de 4 jours réservée pour demain. Elles se trouvent une journée de visite des villages Haida qui leur plaît bien puis nous rentrons nous reposer un peu à l’auberge. Un coup de lessive puis d’Internet plus tard, nous mourons de faim et partons au petit restaurant du coin. Il était temps pour Bernadette, diabétique depuis une vingtaine d’années, qui commençait à faire une hypoglycémie.

Nous philosophons sur la vie durant le repas, un bon verre de vin blanc et un plat de crevettes finissant en beauté cette journée bien remplie. Demain, je quitte mes amies pour les retrouver sur le ferry du retour sur Prince Rupert dans 4 jours normalement. A bientôt les filles!

Une nouvelle aventure commence!

29 août 2009

Et c’est reparti encore une fois de plus belle!!
Assise dans la salle d’embarquement de l’aéroport Trudeau de Montréal, je laisse mes pensées vagabonder sur les raisons qui me poussent encore et toujours à repartir à l’aventure. Cette fois, je ne pars pas quelques jours ou même quelques semaines.. J’ai vu plus grand ; plus large et j’ai décidé de m’autoriser 3 mois de voyages ! Trois mois de liberté, de rencontres, de choix, de découvertes… Rien que d’y penser, des frissons d’excitation me parcourent le dos.
J’ai vraiment été surprise de la manière dont les événements se sont déroulés avec simplicité en ce qui concerne la préparation de ce voyage. Mon travail m’a accordé sans problème ce long congé avec le désir de me reprendre à mon retour. Ils ont trouvé un bon remplaçant qui prendra soin de mes projets pendant mes vacances, j’ai trouvé des locataires qui reprennent mon appartement durant mon absence, ce qui m’évite de payer 3 mois de loyer pour rien…
Tout s’est parfaitement bien enchaîné, c’est merveilleux. Comme quoi, il suffit d’y croire et de se lancer, c’est généralement la partie la plus difficile : la prise de décision.

J’ai été étonnamment sereine pendant la préparation du voyage jusqu’à hier. Prise dans le travail, les amis et les activités, je vivais au jour le jour sans réellement prendre conscience de mon imminent départ qui se rapprochait à grands pas. Même si j’étais prête matériellement parlant, mon sac à dos étant bouclé, l’appartement rangé, et nettoyé, je me suis rendu compte qu’il n’en était pas de même de mon mental. Et hier matin, je me suis réveillée avec l’idée que je partais seule pendant 3 mois à travers le monde! Et là à la bouffée d’excitation s’est mêlée la peur de l’inconnu, de partir seule à l’aventure. Je me suis encore une fois demandé dans quoi je m’embarquais, si je ne me surestimais pas un peu.

Ma matinée au travail a juste eu pour effet de faire le yo-yo avec mes émotions. Les au-revoir avec mes collègues de travail devenus des amis pour nombre d’entre eux ne m’ont pas forcément aidée. C’est drôle, je suis partagée entre le fait de me dire que 3 mois, ça va passer très vite et ,en même temps, c’est tout de même un quart d’année. En tout cas, hier, j’avais presque l’impression de partir 3 ans! Je m’aperçois que j’ai de véritables amis à Montréal, qui comptent beaucoup pour moi et ça me fait extrêmement plaisir. Pour la première fois depuis que je suis arrivée au Québec, j’ai l’impression de partir de chez moi! Belle avancée!

J’avais pris hier mon après-midi de congés pour finir les derniers préparatifs et me relaxer un peu. C’était une très bonne idée! J’ai pu décompresser devant un bon film, ça m’a fait le plus grand bien. Je pense que ce voyage va me permettre de boucler pas mal de choses dans ma tête, comme si un chapitre du livre de ma vie se terminait et que j’en commençais un nouveau. Ces dernières années ont été particulièrement bousculées et intenses pour moi, entre l’expatriation à Montréal, le déracinement, la rupture avec Michaël, un cercle social, professionnel et amical à reconstruire… A présent, je me sens en paix avec ma vie et le voyage va juste me permettre d’effectuer la charnière entre ma vie d’avant et la nouvelle. Nous verrons ce qu’il pourrait m’apporter d’autre! Je suis confiante sur le pouvoir d’apprentissage des voyages, c’est généralement intense!

Mon propriétaire Raoul m’a gentiment conduite à l’aéroport ce matin. Un départ plutôt matinal vers les 6h. L’aventure commence donc ici, dans la salle d’embarquement, où j’attends de monter dans l’avion qui me mènera à ma première escale : Vancouver! Ville dans laquelle je ne resterai pas puisque je file aussitôt vers Prince Rupert, petite ville en Colombie Britannique plus sauvage. Par contre, mon temps de transit entre mes deux avions à Vancouver est très restreint, espérons que je réussirai à prendre mon vol! Vu que je suis la reine des correspondances manquées…

Le vol jusqu’à Vancouver se déroule sans encombre, le temps d’ingérer plusieurs films durant les 5h de traversée. Arrivée à Vancouver avec 30 minutes d’avance alors que nous étions partis avec 20 de retard (allez comprendre la logique…), j’ai finalement pas mal de temps pour prendre mon autre avion. Mais c’était sans compter que mon petit coucou décolle d’un autre terminal qui n’est accessible qu’en bus. Me voilà qui poireaute 20 minutes dans l’attente de me faire transporter où il faut. Malgré tout, j’arrive à l’heure pour le décollage de mon avion, tout va bien. Et toujours en pleine confiance et sérénité, j’adore quand je suis comme ça!

Notre petit avion décolle de Vancouver en direction de Prince Rupert. Nous survolons des paysages de montagnes enneigées absolument époustouflantes, entrecoupées de bras de mer. Ah l’Océan! Je suis contente de pouvoir l’admirer, même si ce n’est que du ciel pour le moment. J’ai hâte de sentir ses embruns sur mon visage. Je m’aperçois toujours au moment où je la vois à quel point la mer m’a manqué! J’ai l’impression de renaître, de reprendre des forces…
La neige sur les cimes des hauts monts s’intensifie au fur et à mesure de notre montée vers le Nord. Je me demande quelle température il va faire au sol. En tout cas, je passe mes 1h30 de vol accrochée au hublot, savourant chaque cratère, chaque montagne, chaque glacier que nous survolons. Superbe!

Arrivés à Prince Rupert, nous attendons le bus qui doit nous emmener jusqu’au centre-ville. Je m’aperçois alors que nous nous trouvons sur une île et que nous devons prendre un ferry pour rejoindre le continent. Le bus nous laisse au centre-ville et je crapahute une quinzaine de minutes à travers la ville pour rejoindre mon hôtel. C’est une auberge de jeunesse aux allures tranquilles avec sa façade multicolore et son Internet gratuit!

Je profite de la fin de journée pour visiter un peu cette petite ville isolée. J’avoue être un peu déçue de l’endroit, on me l’avait vendu comme une bourgade pleine de charme, entourée de belles montagnes juxtaposant l’océan. Je ne vois qu’une ville sans âme, sans effort d’architecture, des magasins de consommation à chaque coin de rue. J’en fais le tour à pied en 15 minutes et je pense avoir vu les principales curiosités. Etant donné que je reste une journée entière à mon retour des îles de la reine Charlotte, je décide de réserver d’ores et déjà une excursion pour voir les ours. Ca m’évitera de rester poireauter dans cette ville sans rien faire. Malheureusement, la saison est finie et les tours organisés pour voir ces grosses bébêtes sont terminés. Ok, je verrai plus tard ce que je ferai.

Je reviens à l’auberge et on m’annonce que le ferry que je devais prendre demain pour les îles de la Reine Charlotte est tombé en panne et que personne n’a idée de sa remise en service. Ben, alors, que se passe-t-il aujourd’hui? Il n’y a rien qui fonctionne comme prévu? Je fais alors connaissance de deux Françaises : Bernadette, une femme d’une quarantaine d’années et Sylvie, une jeune fille d’une vingtaine d’années, qui se retrouvent dans la même situation que moi. Nous cherchons donc ensemble des solutions de rechange, tout pour ne pas rester 3 jours coincées dans cette ville sans grand intérêt. Surtout que moi, j’ai un tour organisé qui démarre le 1er septembre dans les îles! Mais comment parvenir jusque-là sans ferry? Après maintes tergiversations, nous décidons de nous renseigner demain pour l’hydravion, seul autre moyen de transport pour atteindre les îles. Ca va me coûter cher cette histoire encore!

En tout cas, je fais la connaissance de ces deux charmantes femmes, ce qui me ravit au plus haut point. C’est vrai qu’on ne reste pas seule longtemps lorsqu’on voyage! On rencontre vite du monde. Je m’achète au supermarché de quoi manger puis nous nous retrouvons toutes dans la salle à manger de l’auberge, papotant et racontant nos vies. Un couple de Suisses nous rejoint, ils reviennent de l’Alaska en bateau, un de mes rêves! Quel bonheur de retrouver cette ambiance de routards où tout le monde raconte ses aventures autour d’une table. Je me sens bien parmi eux, dans le même monde. Ils sont tous partis depuis plusieurs mois et profitent de leur liberté comme j’ai pu le faire autrefois.

Les filles me proposent une sortie pour boire une bière dans un pub local. J’hésite vu mon état de fatigue avancé, j’ai tout de même 3 heures de décalage horaire à mon actif, il est donc minuit pour moi et je me suis réveillée à 5h du matin! Je finis par céder devant leur insistance. Nous partons donc dans un petit pub local bondé, à notre grande surprise, vu le peu de monde que nous avons croisé en ville depuis le début de la journée. Raisonnable, je prends un cocktail sans alcool tandis que mes amies se jettent sur une bière. Nous rentrons ensuite nous coucher, exténuée pour ma part.

Tergiversations épuisantes

30 août 2009

Les filles et moi avons décidé hier de nous réveiller tôt afin de pouvoir organiser la suite de notre voyage. Nous appelons la compagnie des ferries qui nous annonce qu’il n’y a toujours aucun bateau prévu dans les prochains jours. Bon alors, que faisons-nous ? Nous hésitons entre payer l’hydravion, ce qui revient cher et peu pratique vu qu’il nous dépose tout au nord de l’île, à plusieurs heures de la ville d’où commence mon excursion, et un voyage en ferry en Alaska, ce qui reviendrait à annuler totalement les îles de la reine Charlotte. Les deux solutions sont faisables mais demandent un peu d’organisation.
Nous passons la matinée à tergiverser ensemble afin de trouver la meilleure option. Un ferry pour l’Alaska part ce soir, mais l’office du tourisme nous apprend qu’il n’existe pas d’avion pour revenir sur Prince Rupert après, ce qui ne m’arrange pas. Je dois être le 5 septembre ici pour prendre le ferry à travers le passage intérieur jusqu’à l’île Victoria où m’attend une excursion d’une semaine pour voir les baleines. Je n’aurai pas le temps de faire l’aller et retour en bateau en Alaska et être à temps pour mes baleines. On nous apprend aussi qu’il n’y a pas de bus entre le nord de l’île de la Reine Charlotte et le sud, ce qui nous obligerait à louer une voiture ou à faire du stop si on y va en hydravion. De plus, rien ne nous dit qu’il y aura un bateau pour le retour 4 jours après ! Ca serait idiot d’être coincée sur l’île… Bref, rien n’est simple. Et en plus, il pleut ce matin, ce qui achève notre moral !

Nous décidons de partir voir l’agence des ferries pour voir directement avec eux comment ils peuvent nous sortir de cette situation inextricable. Nous voilà parties toutes les trois, à pied, parcourant durant une heure la distance qui nous sépare de l’embarcadère. Arrivées sur place, nous apprenons que le ferry est à priori réparé et qu’il y a de bonnes chances qu’il parte demain matin à 9h. De plus, ils nous paient l’hôtel pour cette nuit ainsi que les repas. Ah, voilà enfin de bonnes nouvelles ! Le seul hic, c’est que nous avons déjà payé l’hôtel pour cette nuit. Espérons qu’ils accepteront de nous rembourser !
Nous nous rendons à l’hôtel offert gracieusement pour prendre les chambres et profiter du dîner gratuit. Bernadette et moi dormons dans la même chambre, tandis que Sylvie aura la sienne. Les chambres sont superbes, rien à voir avec une auberge de jeunesse ! Affamées, nous nous rendons au restaurant mais les serveuses sont débordées par tous ces clients inattendus et nous poireautons plus d’une heure, juste pour passer la commande ! Agacées, nous demandons finalement de mettre nos repas dans des boîtes et nous mangerons en vitesse, vu que l’autre hôtel attend que nous débarrassions nos affaires des chambres. Bernadette et moi partons faire du stop pour arriver rapidement à l’auberge et libérer la chambre. Gentiment, bien qu’un peu excédée, la gérante nous rembourse la nuit pré-payée. Sylvie nous rejoint peu après avec les boîtes à lunch. Youpi ! Nous dévorons notre fish and chips vers les 2h de l’après-midi puis nous pouvons enfin souffler un peu. Cette matinée nous a crevées !

Nous partons prendre un café bien mérité dans un petit troquet du coin puis nous allons nous promener, le soleil étant revenu. Finalement, sous un œil nouveau, la ville recèle un certain charme, nous pouvons maintenant l’apprécier. Nous longeons une petite rivière au milieu des arbres de la forêt humide, l’esprit libéré de tous les problèmes divers. Ca fait du bien d’avoir l’esprit un peu plus libre ! Ca prend pas mal d’énergie de cogiter…

Nous rentrons ensuite à notre hôtel, éreintées par la journée. Une bonne sieste dans notre belle chambre s’impose. Bernadette se relaxe devant le film « les Choristes » qui passe à la TV, tandis que j’écris un peu. Nous retrouvons Sylvie pour manger, en commençant par un bon apéritif pour fêter notre départ demain pour nos îles tant attendues… Il ne manquait pas grand chose pour que je les laisse tomber pour partir en Alaska, moi…Une autre fois les glaciers ! Nous papotons durant deux heures, le temps que le repas nous soit servi (ce ne sont pas des rapides ici !) en enfilant une bouteille de vin blanc pour fêter ça. Il est temps de partir nous coucher, le lit tanguant un peu sous les effluves de l’alcool…