Le 27 septembre 2009
Réveillée à 6h du matin, je renonce à réveiller mes deux compères qui dorment paisiblement. Je pars donc seule assister à l’archana dans le grand hall. De nombreux Indiens sont présents, les Occidentaux se faisant plutôt rares à cette heure matinale. J’apprécie de plus ne plus en plus ces réveils avant l’aurore, pouvant ainsi profiter de cette atmosphère si particulière qui précède le lever du soleil.
Je reviens ensuite réveiller Jean-Roch pour le petit déjeuner puis nous retournons là-bas assister à l’arrivée d’Amma dans le hall. La salle est archi bondée, je n’ai jamais vu autant de monde rassemblé sous un tel chapiteau, c’est fou ! D’autant plus qu’il a plu ce matin et tout le monde patauge dans la boue, ce qui ne facilite pas le passage. Aucune allée n’est prévue pour que les gens puissent circuler facilement, c’est l’anarchie totale. Nous nous frayons un passage jusqu’à 2 chaises libres, nos vêtements se trouvant rapidement constellés de gadoue. Amma fait son entrée peu de temps après et je ressens encore une fois une montée d’émotions incontrôlables à son apparition sur scène. Son visage radieux, doux et la foule l’acclamant comme une reine, ou même plutôt comme une déesse, l’amour flottant dans ce hall et touchant tous les cœurs sans exception… Les larmes nous montent aux yeux, à Jean-Roch et à moi, nous sommes vraiment émus.
S’ensuit une purification des pieds d’Amma avec toutes sortes de substances et en les couvrant de pétales de fleurs comme une douce couverture naturelle. Les pieds sont des endroits du corps particulièrement sacrés en Inde et ce rituel est très important au niveau spirituel. Le discours d’Amma terminé, nous partons vaquer à quelques affaires dans le village puis nous revenons à l’ashram retrouver François. Après déjeuner, nous y retournons, François et moi, tandis que Jean-Roch préfère partir faire une sieste. Par chance, nous réussissons à nous faufiler sur l’estrade, juste à côté d’Amma qui est en train de donner le darshan. Elle va le donner durant quasiment 18h d’affilée sans boire, ni manger, ni dormir, sans même se lever pour aller aux toilettes… Elle ne fait que prendre inlassablement des gens dans ses bras à tour de rôle, leur donnant tout l’amour dont elle est capable… Est-ce vraiment humain de faire ça ? Peut-être pas…
Des danses données par des adolescents des écoles qu’Amma a subventionnées sont présentées sur scène. Je suis époustouflée par les costumes et les prestations des enfants ! C’est très réussi. Ils passent en revue, à travers ces spectacles, toutes les actions de bienfaisance auxquelles Amma a participé dans différents pays. Elle est extrêmement active socialement parlant, comment fait-elle pour réussir à être partout à la fois ? Certains lui reprochent de gagner beaucoup d’argent par sa notoriété, ce qui est vrai, mais on peut vite s’apercevoir qu’elle ne s’en sert pas pour ses désirs personnels, déjà parce qu’elle n’a pas le temps ! Elle n’arrête jamais ! Et ce petit bout de femme naturelle réussit à rester simple et accessible malgré sa renommée de plus en plus importante. Je ne sais pas si elle est une incarnation divine comme le voient tous ses disciples mais, en tout cas, c’est une Sainte à mes yeux, c’est certain.
Nous préférons ensuite quitter les abords de l’ashram, trop bruyant et avec trop de monde à notre goût, pour aller nous réfugier sur une petite plage, non loin de là. Nous partons tous les trois dans un bus tellement bondé qu’on peut sentir toutes les parties intimes de nos voisins, jusqu’au terminus qui n’est heureusement pas très loin. Des familles se promènent sur la plage, vêtues de leurs plus beaux habits. Ils viennent voir Amma sans aucun doute et recherchent un peu d’air comme nous. De la longue jetée qui s’avance vers la mer, j’ai même le bonheur d’apercevoir des dauphins noirs jouer dans les flots ! Nous admirons avec les Indiens ces animaux qui me procurent toujours autant un réel plaisir, jusqu’à ce qu’à ce qu’un groupe de jeunes gens vienne nous harceler en nous posant toujours les mêmes questions entendues 1000 fois déjà : « quel est ton nom ? », « de quel pays viens-tu ? », « quel est le but de ton voyage ? », « d’où viens-tu ? » et « où vas-tu ? ». Sans parler des innombrables photos qu’ils souhaitent prendre de nous. Et moi qui hésite toujours à prendre en photo un Indien, par respect, ils n’ont pas cette même gêne envers nous ! Ceci dit, c’est toujours fait avec le sourire et en s’amusant. Nous rentrons à l’ashram, en voiture cette fois, une famille indienne acceptant de nous reconduire jusqu’à l’ashram. C’et plus agréable que le bus bondé, il y a la climatisation en plus et c’est gratuit ! Le pied quoi…
Je reviens à l’ashram complètement exténuée de mes petites nuits à rallonge, je soupe rapidement et je me couche aussitôt, tenant à peine debout. Les gars partent revoir Amma, je les laisse y aller sans moi et sombre rapidement dans le pays des rêves.
La vie simple et éloignée de tout matérialisme de l’ashram
Le 26 septembre 2009
J’aimerais prendre le temps de décrire la façon dont les dévots vivent au sein de l’ashram d’Amma. Les buildings contiennent tous le même type de chambre austère et sans décoration, à part le visage bienveillant d’Amma sur quelques posters qui parsèment les murs. De simples matelas en plastique sont posés à même le sol, des oreillers et des draps d’un jaune passé étant disponibles à l’accueil. Une minuscule table ainsi que deux chaises sont les seuls meubles qui ornent la pièce. La salle de bains attenante avec ses toilettes, son lavabo et sa douche, sent constamment l’humidité et le renfermé malgré sa petite fenêtre. La lumière entre à flot dans la pièce principale avec des fenêtres grillagées comme pour prévenir les envies de suicide du 15ème étage. Malgré le manque évident de confort, je me sens bien chez moi, dans cette chambre. De quoi aurais-je besoin d’autre ? Si, peut-être, une chaîne hi-fi pour écouter de la musique mais c’est à peu près tout. Nous emmagasinons bien trop de choses dans nos pays occidentaux mais c’est tellement futile au final ! Je m’en suis rendu compte aujourd’hui, étant donné qu’un ami de Jean-Roch, François, nous a rejoints dans notre chambre. Il a souhaité aménager un peu l’espace avec des tapis sur le sol pour agrémenter la pièce. C’est mignon, mais ce n’était pas nécessaire de mon point de vue.
Je m’aperçois que je suis relativement détachée du matérialisme, et j’en suis bien contente. Quelques dévots ont acheté certaines de ces chambres afin d’être sûrs d’avoir une place lors de leur visite à l’ashram, la pièce étant louée à d’autres lors de leur absence, le loyer revenant toujours à l’ashram. Certains y ont donc entreposé de vrais meubles comme des lits ou des armoires. Mais ils sont de toute façon obligés de partager leur chambre avec d’autres, même s’ils l’ont achetée. C’est la loi de l’ashram qui veut limiter au possible la notion de possession de biens matériels. Je suis même surprise d’apprendre que des appartements peuvent être achetés, pour moi ça va à l’encontre de cette philosophie.
Les repas sont uniquement végétariens, voire végétaliens pour ceux qui le désirent, aux goûts variés mais manquant de finesse (surtout pour une Française) mais toutefois nourrissants et sains, excellents pour la santé. Les assiettes en aluminium sont partagées entre tous et doivent être lavées par chacun après utilisation, en comptant sur le respect de tout le monde. J’aime cette façon de faire et de penser en communauté. Tout le monde ici est logé à la même enseigne, que tu sois pauvre, riche, de haute ou basse caste pour les Indiens, ou bien éboueur ou chef d’entreprise… Cet ashram permet aussi de rencontrer tout type de personnes, surtout des gens qu’on n’a pas l’habitude de côtoyer dans notre milieu. Ca permet de se confronter aux autres, de s’ouvrir aux autres, à différentes façons de penser ou de vivre. Un peu comme à l’armée en fait !
J’ai par exemple fait la connaissance d’Igor, un homme d’origine russe qui m’a raconté sa vie en détail. Il a d’abord été dans l’armée sur la demande de son père mais il s’est aperçu qu’il ne voulait pas de cette vie-là. Il a fait des pieds et des mains pour quitter l’armée alors qu’il s’était engagé pour 5 ans et qu’il est difficile de partir avant l’échéance dans ce pays-là. Il y réussit malgré tout et recommence sa vie en travaillant pour une banque et en pratiquant le yoga tout en améliorant sa vie spirituelle. Il devint très fort mentalement avec un grand pouvoir de persuasion sur les autres mais il se trompa de chemin à ce moment-là. Il monta son entreprise et se servit de son ascendant pour augmenter ses profits aux dépens d’autres compagnies, en rachetant leurs dettes tout en s’en mettant une partie dans les poches. Bref, il devint très riche rapidement mais il s’aperçut que cette façon de vivre ne lui convenait pas non plus. Il avait de l’argent mais n’en profitait pas, son esprit étant toujours occupé à gérer ses affaires. Il n’était pas en paix. Il décida de voyager en Inde, ce qui lui fit l’effet d’une douche froide. Décidé à jouir de la vie, il vendit son entreprise à son retour de voyage mais continua malgré tout à jouer en bourse avec son argent, ne réussissant pas à se contenter des millions qu’il avait, il lui en fallait toujours plus. Une dépendance à l’argent s’était créée. Mais la vie s’arrange toujours pour nous mettre au pied du mur un jour ou l’autre et la crise financière a débarqué en Russie comme ailleurs l’année dernière. Il a tout perdu. Il ne lui restait qu’à peine de quoi voyager en Inde durant un moment. Il a immédiatement pris un billet d’avion et le voici à l’ashram d’Amma, bien décidé à suivre une vraie vie spirituelle sans se faire détourner par le pouvoir de l’argent cette fois. Ayant perdu son père il y a quelques années et sa grand-mère ainsi que sa mère il y a quelques mois, il se retrouve sans rien, ni argent ni famille. Son histoire me fend le cœur, je cherche des mots pour le réconforter mais ça n’a rien d’évident. Malgré tout, il garde espoir et je lis dans ses yeux qu’il compte se battre pour remonter la pente et il a choisi la spiritualité comme chemin, ce qui me semble une bonne solution. Quelle belle rencontre en tout cas ! Il me conseille de ne pas faire la même erreur que lui sur l’argent puis se ravise en me disant que je n’ai pas l’air d’avoir ce problème. Malgré le fait que je possède également ma propre entreprise à Montréal, je ne suis pas du genre à passer ma vie à travailler juste pour l’argent. Le fait que je m’octroie 3 mois de vacances prouvent déjà le contraire.
Aujourd’hui, les festivités pour le 56ème anniversaire d’Amma débutent. Ca ne se passe pas à l’ashram : l’endroit, bien que déjà immense, est trop petit pour le nombre de gens qui vont assister à l’événement. Il aura lieu dans le centre universitaire du village, entièrement financé par Amma d’ailleurs. Il se trouve à 15 minutes de marche de l’ashram juste en traversant un petit pont. Jean-Roch, François et moi, nous sommes séparés pour y aller et il nous sera impossible de nous retrouver dans toute cette foule. Alors que je déambule au milieu de cette centaine de milliers de personnes majoritairement indiennes, je tombe par hasard sur mon ami russe Igor, ainsi que sur Bobby, un Pakistanais à la longue barbe tombante avec un turban dans les cheveux. Nous nous rendons ensemble aux bhajans d’Amma. Entourée de mes deux immenses gardes du corps de plus d’1m 90, nous ne passons pas inaperçus parmi les Indiens. Entre mon grand Russe rasé et mon Pakistanais poilu, je me sens privilégiée de côtoyer des gens si différents en même temps. Des milliers de personnes sont assises sous un grand hall à attendre l’arrivée d’Amma. Lorsqu’elle monte sur scène, une véritable acclamation se fait entendre d’une unique voix. Ca me donne des frissons d’assister à son entrée devant autant de monde. Une seule voix d’amour teintée d’un profond respect s’élève de l’assistance et ce son me traverse tout le corps comme une décharge électrique. Impressionnant ! Nous trouvons une place par terre juste devant la scène, à quelques mètres seulement d’Amma. Nous restons à méditer durant tous les bhajans, l’intensité des chants me prenant à la gorge.
Nous partons ensuite déguster un thali dans la rue, Igor et moi puis discutons jusqu’à tard dans la nuit de nos vies respectives. Il est temps se coucher, demain est un grand jour, c’est l’anniversaire d’Amma !
J’aimerais prendre le temps de décrire la façon dont les dévots vivent au sein de l’ashram d’Amma. Les buildings contiennent tous le même type de chambre austère et sans décoration, à part le visage bienveillant d’Amma sur quelques posters qui parsèment les murs. De simples matelas en plastique sont posés à même le sol, des oreillers et des draps d’un jaune passé étant disponibles à l’accueil. Une minuscule table ainsi que deux chaises sont les seuls meubles qui ornent la pièce. La salle de bains attenante avec ses toilettes, son lavabo et sa douche, sent constamment l’humidité et le renfermé malgré sa petite fenêtre. La lumière entre à flot dans la pièce principale avec des fenêtres grillagées comme pour prévenir les envies de suicide du 15ème étage. Malgré le manque évident de confort, je me sens bien chez moi, dans cette chambre. De quoi aurais-je besoin d’autre ? Si, peut-être, une chaîne hi-fi pour écouter de la musique mais c’est à peu près tout. Nous emmagasinons bien trop de choses dans nos pays occidentaux mais c’est tellement futile au final ! Je m’en suis rendu compte aujourd’hui, étant donné qu’un ami de Jean-Roch, François, nous a rejoints dans notre chambre. Il a souhaité aménager un peu l’espace avec des tapis sur le sol pour agrémenter la pièce. C’est mignon, mais ce n’était pas nécessaire de mon point de vue.
Je m’aperçois que je suis relativement détachée du matérialisme, et j’en suis bien contente. Quelques dévots ont acheté certaines de ces chambres afin d’être sûrs d’avoir une place lors de leur visite à l’ashram, la pièce étant louée à d’autres lors de leur absence, le loyer revenant toujours à l’ashram. Certains y ont donc entreposé de vrais meubles comme des lits ou des armoires. Mais ils sont de toute façon obligés de partager leur chambre avec d’autres, même s’ils l’ont achetée. C’est la loi de l’ashram qui veut limiter au possible la notion de possession de biens matériels. Je suis même surprise d’apprendre que des appartements peuvent être achetés, pour moi ça va à l’encontre de cette philosophie.
Les repas sont uniquement végétariens, voire végétaliens pour ceux qui le désirent, aux goûts variés mais manquant de finesse (surtout pour une Française) mais toutefois nourrissants et sains, excellents pour la santé. Les assiettes en aluminium sont partagées entre tous et doivent être lavées par chacun après utilisation, en comptant sur le respect de tout le monde. J’aime cette façon de faire et de penser en communauté. Tout le monde ici est logé à la même enseigne, que tu sois pauvre, riche, de haute ou basse caste pour les Indiens, ou bien éboueur ou chef d’entreprise… Cet ashram permet aussi de rencontrer tout type de personnes, surtout des gens qu’on n’a pas l’habitude de côtoyer dans notre milieu. Ca permet de se confronter aux autres, de s’ouvrir aux autres, à différentes façons de penser ou de vivre. Un peu comme à l’armée en fait !
J’ai par exemple fait la connaissance d’Igor, un homme d’origine russe qui m’a raconté sa vie en détail. Il a d’abord été dans l’armée sur la demande de son père mais il s’est aperçu qu’il ne voulait pas de cette vie-là. Il a fait des pieds et des mains pour quitter l’armée alors qu’il s’était engagé pour 5 ans et qu’il est difficile de partir avant l’échéance dans ce pays-là. Il y réussit malgré tout et recommence sa vie en travaillant pour une banque et en pratiquant le yoga tout en améliorant sa vie spirituelle. Il devint très fort mentalement avec un grand pouvoir de persuasion sur les autres mais il se trompa de chemin à ce moment-là. Il monta son entreprise et se servit de son ascendant pour augmenter ses profits aux dépens d’autres compagnies, en rachetant leurs dettes tout en s’en mettant une partie dans les poches. Bref, il devint très riche rapidement mais il s’aperçut que cette façon de vivre ne lui convenait pas non plus. Il avait de l’argent mais n’en profitait pas, son esprit étant toujours occupé à gérer ses affaires. Il n’était pas en paix. Il décida de voyager en Inde, ce qui lui fit l’effet d’une douche froide. Décidé à jouir de la vie, il vendit son entreprise à son retour de voyage mais continua malgré tout à jouer en bourse avec son argent, ne réussissant pas à se contenter des millions qu’il avait, il lui en fallait toujours plus. Une dépendance à l’argent s’était créée. Mais la vie s’arrange toujours pour nous mettre au pied du mur un jour ou l’autre et la crise financière a débarqué en Russie comme ailleurs l’année dernière. Il a tout perdu. Il ne lui restait qu’à peine de quoi voyager en Inde durant un moment. Il a immédiatement pris un billet d’avion et le voici à l’ashram d’Amma, bien décidé à suivre une vraie vie spirituelle sans se faire détourner par le pouvoir de l’argent cette fois. Ayant perdu son père il y a quelques années et sa grand-mère ainsi que sa mère il y a quelques mois, il se retrouve sans rien, ni argent ni famille. Son histoire me fend le cœur, je cherche des mots pour le réconforter mais ça n’a rien d’évident. Malgré tout, il garde espoir et je lis dans ses yeux qu’il compte se battre pour remonter la pente et il a choisi la spiritualité comme chemin, ce qui me semble une bonne solution. Quelle belle rencontre en tout cas ! Il me conseille de ne pas faire la même erreur que lui sur l’argent puis se ravise en me disant que je n’ai pas l’air d’avoir ce problème. Malgré le fait que je possède également ma propre entreprise à Montréal, je ne suis pas du genre à passer ma vie à travailler juste pour l’argent. Le fait que je m’octroie 3 mois de vacances prouvent déjà le contraire.
Aujourd’hui, les festivités pour le 56ème anniversaire d’Amma débutent. Ca ne se passe pas à l’ashram : l’endroit, bien que déjà immense, est trop petit pour le nombre de gens qui vont assister à l’événement. Il aura lieu dans le centre universitaire du village, entièrement financé par Amma d’ailleurs. Il se trouve à 15 minutes de marche de l’ashram juste en traversant un petit pont. Jean-Roch, François et moi, nous sommes séparés pour y aller et il nous sera impossible de nous retrouver dans toute cette foule. Alors que je déambule au milieu de cette centaine de milliers de personnes majoritairement indiennes, je tombe par hasard sur mon ami russe Igor, ainsi que sur Bobby, un Pakistanais à la longue barbe tombante avec un turban dans les cheveux. Nous nous rendons ensemble aux bhajans d’Amma. Entourée de mes deux immenses gardes du corps de plus d’1m 90, nous ne passons pas inaperçus parmi les Indiens. Entre mon grand Russe rasé et mon Pakistanais poilu, je me sens privilégiée de côtoyer des gens si différents en même temps. Des milliers de personnes sont assises sous un grand hall à attendre l’arrivée d’Amma. Lorsqu’elle monte sur scène, une véritable acclamation se fait entendre d’une unique voix. Ca me donne des frissons d’assister à son entrée devant autant de monde. Une seule voix d’amour teintée d’un profond respect s’élève de l’assistance et ce son me traverse tout le corps comme une décharge électrique. Impressionnant ! Nous trouvons une place par terre juste devant la scène, à quelques mètres seulement d’Amma. Nous restons à méditer durant tous les bhajans, l’intensité des chants me prenant à la gorge.
Nous partons ensuite déguster un thali dans la rue, Igor et moi puis discutons jusqu’à tard dans la nuit de nos vies respectives. Il est temps se coucher, demain est un grand jour, c’est l’anniversaire d’Amma !
Journées tranquilles à l’ashram
Le 25 septembre 2009
Les journées à l’ashram s’écoulent paisiblement suivant un rythme régulier et sain, ce qui me correspond bien. Levée tous les matins à 5h, je commence par l’archana pendant 1h30 à moitié endormie encore puis je fais la queue pour avoir mon petit chaï alors que l’aurore commence à poindre le bout de son nez. Je pars ensuite méditer sur la plage me perdant dans le bruit de la mer puis je vaque à diverses occupations en attendant 8h, l’heure de mon seva (corvée) au petit déjeuner. Je rejoins ensuite Jean-Roch qui se lève à peine puis nous déjeunons ensemble.
L’après-midi commence généralement par une sieste récupératrices de mes petites heures de sommeil de la nuit puis nous partons prendre des vitamines avec un jus d’herbe de blé ou d’amandes pour faire le plein d’éléments nutritifs afin de pallier notre régime végétarien obligatoire. Nous nous promenons ensuite dans l’ashram ou dans le village, admirant cette fourmilière qui s’agite en vue des préparatifs pour l’anniversaire d’Amma qui aura lieu ce dimanche. Ils prévoient 30 000 personnes à l’ashram durant cette période de fête. Ca va faire du monde ! J’ai bien hâte de voir ça… En attendant, on sent l’excitation monter dans l’ashram alors que tout commence à se mettre en place, les gens ne parlent plus que de ça !
Aujourd’hui, je suis allée voir un astrologue qui, à partir de ma date et de mon lieu de naissance, peut me prédire certaines choses sur mon avenir. J’y suis allée par simple curiosité, je n’y crois pas vraiment en réalité. Certaines choses sur mon passé se sont révélées vraies de façon assez troublante, mais d’autres étaient erronées. Toutefois, j’ai scrupuleusement noté mes prédictions pour le futur qui me sont données mois par mois, juste au cas où… Je voulais au départ aller voir l’astrologue de l’ashram mais il ne prend que quelques personnes tirées au sort. N’ayant pas été choisie, je retournais tranquillement à ma chambre lorsque je croise un Italien qui fait le seva avec moi. Il me dit qu’il connaît un astrologue qui voudra bien me recevoir. Je le suis alors qu’il m’emmène dans une petite maisonnette en dehors de l’ashram. Une vieille femme me reçoit d’abord et fait tirer une carte par sa perruche en cage qui me pince avec son bec au passage. Puis elle m’apprend que mes deux prochaines années seront sous le signe de la chance et du bonheur. Même si je reste sceptique sur ces prévisions, ça fait toujours plaisir à entendre !
Un homme me reçoit ensuite dans un coin de la pièce et je le vois sortir à ma grande surprise un ordinateur qu’il branche à une prise tellement rouillée que je me demande comment ça se fait qu’il ne provoque pas un court-circuit… Il entre les informations de ma date et de mon lieu de naissance dans un logiciel d’astrologie et ça lui sort toute une série de dates associées à des planètes qui restent incompréhensibles pour moi. Il me traduit ce qu’il voit à partir de cette carte astrale en étant plutôt précis sur les dates, au jour près. En gros, ma vie sera heureuse, belle et spirituelle. Visiblement, je suis une femme presque parfaite sur tous les plans (c’est bon à savoir), même s’il me reste quelques doutes et peurs sur ma pratique spirituelle sur lesquels je dois travailler. Il m’annonce que j’ai même la capacité de faire de la méditation transcendantale (où l’esprit sort du corps) mais je n’en suis pas encore là et, franchement, ça me fait en effet un peu peur.
Il me dit que j’ai rendu beaucoup de services charitables dans mes vies précédentes et donc que je recevrai plein de cadeaux dans cette vie-ci et tout me sera assez facile. Il m’annonce en souriant que tout ce que je toucherai se transformera en or. Il veut dire par là que les gens que je rencontrerai seront imprégnés de mon énergie et que ça les aidera. Bref, je n’ai pas à me plaindre de ces prédictions. A part quand il me dit que j’aurai du mal à avoir des enfants. Ca, ça me plaît beaucoup moins, mais malheureusement c’est une impression que j’ai moi-même depuis un moment, je ne sais pour quelle raison. Bref, je n’accorde que peu de crédit à tout ça mais je suis contente d’en avoir fait l’expérience. Une chose sur laquelle je suis d’accord, c’est que je trouve que j’ai une vie facile et heureuse en comparaison d’autres personnes.
Je fais la connaissance de belles personnes à l’ashram, comme ce Russe, Igor, qui sert avec moi le petit déjeuner ou ce Français qui vit à l’ashram depuis 4 ans dans une pratique uniquement spirituelle, ou cette Belge réfugiée ici car le monde lui fait peur et elle n’est pas armée pour y faire face. Certains trouvent ici un refuge, d’autres un moyen d’améliorer leur spiritualité, d’autres encore sont juste curieux. Je me situe entre la 2ème et la 3ème raison. En tout cas, c’est extrêmement formateur pour moi et je suis ravie de me trouver dans cet ashram.
La fin de la journée se termine habituellement par de la méditation sur la plage au coucher du soleil puis nous chantons tous ensemble les bhajans avec Amma, la musique devenue familière pour moi me transportant à chaque fois. Nous ne tardons généralement pas à aller nous coucher, le repas une fois englouti à la cantine indienne ou européenne selon l’humeur du moment.
Les journées à l’ashram s’écoulent paisiblement suivant un rythme régulier et sain, ce qui me correspond bien. Levée tous les matins à 5h, je commence par l’archana pendant 1h30 à moitié endormie encore puis je fais la queue pour avoir mon petit chaï alors que l’aurore commence à poindre le bout de son nez. Je pars ensuite méditer sur la plage me perdant dans le bruit de la mer puis je vaque à diverses occupations en attendant 8h, l’heure de mon seva (corvée) au petit déjeuner. Je rejoins ensuite Jean-Roch qui se lève à peine puis nous déjeunons ensemble.
L’après-midi commence généralement par une sieste récupératrices de mes petites heures de sommeil de la nuit puis nous partons prendre des vitamines avec un jus d’herbe de blé ou d’amandes pour faire le plein d’éléments nutritifs afin de pallier notre régime végétarien obligatoire. Nous nous promenons ensuite dans l’ashram ou dans le village, admirant cette fourmilière qui s’agite en vue des préparatifs pour l’anniversaire d’Amma qui aura lieu ce dimanche. Ils prévoient 30 000 personnes à l’ashram durant cette période de fête. Ca va faire du monde ! J’ai bien hâte de voir ça… En attendant, on sent l’excitation monter dans l’ashram alors que tout commence à se mettre en place, les gens ne parlent plus que de ça !
Aujourd’hui, je suis allée voir un astrologue qui, à partir de ma date et de mon lieu de naissance, peut me prédire certaines choses sur mon avenir. J’y suis allée par simple curiosité, je n’y crois pas vraiment en réalité. Certaines choses sur mon passé se sont révélées vraies de façon assez troublante, mais d’autres étaient erronées. Toutefois, j’ai scrupuleusement noté mes prédictions pour le futur qui me sont données mois par mois, juste au cas où… Je voulais au départ aller voir l’astrologue de l’ashram mais il ne prend que quelques personnes tirées au sort. N’ayant pas été choisie, je retournais tranquillement à ma chambre lorsque je croise un Italien qui fait le seva avec moi. Il me dit qu’il connaît un astrologue qui voudra bien me recevoir. Je le suis alors qu’il m’emmène dans une petite maisonnette en dehors de l’ashram. Une vieille femme me reçoit d’abord et fait tirer une carte par sa perruche en cage qui me pince avec son bec au passage. Puis elle m’apprend que mes deux prochaines années seront sous le signe de la chance et du bonheur. Même si je reste sceptique sur ces prévisions, ça fait toujours plaisir à entendre !
Un homme me reçoit ensuite dans un coin de la pièce et je le vois sortir à ma grande surprise un ordinateur qu’il branche à une prise tellement rouillée que je me demande comment ça se fait qu’il ne provoque pas un court-circuit… Il entre les informations de ma date et de mon lieu de naissance dans un logiciel d’astrologie et ça lui sort toute une série de dates associées à des planètes qui restent incompréhensibles pour moi. Il me traduit ce qu’il voit à partir de cette carte astrale en étant plutôt précis sur les dates, au jour près. En gros, ma vie sera heureuse, belle et spirituelle. Visiblement, je suis une femme presque parfaite sur tous les plans (c’est bon à savoir), même s’il me reste quelques doutes et peurs sur ma pratique spirituelle sur lesquels je dois travailler. Il m’annonce que j’ai même la capacité de faire de la méditation transcendantale (où l’esprit sort du corps) mais je n’en suis pas encore là et, franchement, ça me fait en effet un peu peur.
Il me dit que j’ai rendu beaucoup de services charitables dans mes vies précédentes et donc que je recevrai plein de cadeaux dans cette vie-ci et tout me sera assez facile. Il m’annonce en souriant que tout ce que je toucherai se transformera en or. Il veut dire par là que les gens que je rencontrerai seront imprégnés de mon énergie et que ça les aidera. Bref, je n’ai pas à me plaindre de ces prédictions. A part quand il me dit que j’aurai du mal à avoir des enfants. Ca, ça me plaît beaucoup moins, mais malheureusement c’est une impression que j’ai moi-même depuis un moment, je ne sais pour quelle raison. Bref, je n’accorde que peu de crédit à tout ça mais je suis contente d’en avoir fait l’expérience. Une chose sur laquelle je suis d’accord, c’est que je trouve que j’ai une vie facile et heureuse en comparaison d’autres personnes.
Je fais la connaissance de belles personnes à l’ashram, comme ce Russe, Igor, qui sert avec moi le petit déjeuner ou ce Français qui vit à l’ashram depuis 4 ans dans une pratique uniquement spirituelle, ou cette Belge réfugiée ici car le monde lui fait peur et elle n’est pas armée pour y faire face. Certains trouvent ici un refuge, d’autres un moyen d’améliorer leur spiritualité, d’autres encore sont juste curieux. Je me situe entre la 2ème et la 3ème raison. En tout cas, c’est extrêmement formateur pour moi et je suis ravie de me trouver dans cet ashram.
La fin de la journée se termine habituellement par de la méditation sur la plage au coucher du soleil puis nous chantons tous ensemble les bhajans avec Amma, la musique devenue familière pour moi me transportant à chaque fois. Nous ne tardons généralement pas à aller nous coucher, le repas une fois englouti à la cantine indienne ou européenne selon l’humeur du moment.
La donneuse de bonbons
Le 23 septembre 2009
Soit mon réveil n’a pas sonné, soit je ne l’ai pas entendu mais j’ouvre un œil déconcerté vers 7h du matin. Jean-Roch dort encore à côté de moi et je me glisse furtivement hors de la chambre. Il pleut à verse dehors, je me réfugie dans un petit temple pour méditer mais mes pensées sont agitées ce matin. Je n’arrive pas à me concentrer. De toute façon, j’ai mon seva à faire à 8h. Ici à l’ashram, tous les résidents sont conviés à effectuer un seva de 2h par jour. Il s’agit d’une tâche à accomplir pour le bon déroulement de l’ashram. Ca peut être laver les sols, faire la cuisine, éplucher les légumes, faire la vaisselle ou la lessive… J’ai été affectée à servir le petit déjeuner le matin; je m’en sors plutôt bien. J’aurais pu devoir trier les déchets!
On m’explique brièvement mon rôle, je dois servir une demi-coupe ou une coupe entière de graines germées et épices variées à ceux qui le souhaitent. Le plus difficile étant de comprendre les requêtes de chacun vu les accents anglophones plutôt variés selon le pays d’origine. Et nombre d’entre eux ne sont pas commodes. Si je ne remplis pas la coupe à ras bord, je me le fais remarquer parfois hautainement. Mais bon, en règle générale, tout le monde est souriant et avenant, chacun sachant ce qu’un seva signifie: donner de son temps bénévolement pour le bon déroulement de l’ashram;
Le seva terminé à 10h, je pars à la recherche de Jean-Roch que je ne trouve nulle part. L’ashram est plutôt grand, il n’est pas facile de retrouver quelqu’un ici. Je m’arrête devant un orchestre improvisé de jeunes Espagnols chantant à la gloire d’Amma avec des instruments traditionnels. C’est joyeux, entraînant et très bien joué, j’adore! Je remonte ensuite à la chambre pour trouver Jean-Roch dormant comme un bébé, le décalage horaire l’ayant assommé. Je le réveille, étant donné que c’est l’heure de déjeuner, sinon il va rater le repas. Je tire par la main mon ami encore endormi, mais les épices indiennes finissent de le réveiller totalement. Nous prenons une petite tasse de jus d’herbe de blé comme digestif puis nous nous promenons un peu au hasard dans l’ashram. Une dame nous arrête pour nous demander si nous voulons aider Amma dans sa pratique du darshan. Depuis ce matin, la Sainte embrasse des milliers d’Indiens sans discontinuité, sans prendre une minute de repos. Le tour des Occidentaux viendra après, plus tard dans la soirée. Nous acceptons avec plaisir de servir Amma dans son cérémonial d’amour et demandons en quoi ça consiste. Il faut en fait mettre des bonbons dans la main d’Amma pour qu’elle puisse les donner aux personnes qu’elle embrasse. Tout est très codifié, il faut attendre qu’elle tende la main, lui poser avec notre main droite délicatement 3 bonbons dans la main gauche, notre temps n’excédant pas 2 minutes, une personne chargée d’un chronomètre nous dira quand arrêter. Je n’en reviens pas que tout soit autant réglé comme du papier à musique, surtout dans un pays comme l’Inde où l’anarchie est monnaie courante.
Jean-Roch et moi montons sur l’estrade, attendant notre tour patiemment. Je viens à peine de mettre un pied sur la scène et déjà un flot d’énergie me parcourt le corps des pieds à la tête. Ouf, ça déménage. Je serre la main de Jean-Roch qui me regarde, lisant mes pensées sans avoir besoin de parler. Partagés entre l’excitation d’être au côté d’Amma durant 2 minutes et l’anxiété de faire une bourde dans la tâche qui nous incombe, nous patientons sur notre petite chaise sur l’estrade. C’est presque notre tour, une dame nous réexplique comment procéder et nous demande de simuler le dépôt de bonbons dans sa main. Satisfaite de notre performance, elle nous permet d’aller vers Amma, Jean-Roch passant en premier. Agenouillée derrière lui, je regarde Jean-Roch déposer doucement les friandises dans la main tendue d’Amma. Tout effet de trac a disparu en moi et une grande paix m’envahit se diffusant dans tout mon corps. Deux minutes plus tard, le temps de Jean-Roch est écoulé, c’est à mon tour à présent. Attentive au moindre geste d’Amma, me permettant ainsi d’anticiper sa main vide tendue vers moi pour recueillir les bonbons, cette grande sérénité ne m’ayant pas quittée, je goûte chacune de ces deux minutes avec délectation. C’est un privilège d’être ici, aussi près d’elle, et j’apprécie ce moment. C’est indéniable, il émane quelque chose de puissant de cette femme.
Mes 2 minutes passent vite et il est déjà temps pour moi de laisser la place au suivant. J’entraîne Jean-Roch pour rester auprès d’elle encore un peu, nous nous asseyons derrière elle à quelques mètres seulement. Ma méditation est profonde et sereine encore une fois, comme si je me trouvais en plein milieu d’une bulle d’amour. Après vingt minutes, on me demande de partir pour laisser la place à d’autres. Je redescends donc les marches de l’estrade, le cœur léger et rempli de joie. Je prends Jean-Roch dans mes bras pour que nous échangions un peu de cette énergie mutuelle. Je suis bien. C’est étrange, chaque jour depuis mon arrivée à l’ashram, je me retrouve de façon fortuite à moins d’un mètre d’Amma durant quelques minutes. Certains fidèles ne demandent que ça et moi j’ai droit à ce cadeau quotidiennement. Etrange…
Nous partons ensuite nous promener dans le village voisin, sortant un peu de l’enceinte de l’ashram. Ca fait du bien de voir un autre cadre de temps en temps. Nous flânons et nous amusons avec les Indiens, Jean-Roch les complimentant sans cesse sur leur moustache, ce qui fait beaucoup rire nos amis. Ils ont le sens de l’humour, ces Indiens, je ne suis pas sûre qu’un Européen réagirait en riant si un passant dans la rue le complimentait sur sa coupe de cheveux par exemple.
Je pars méditer sur la plage comme un rituel quotidien maintenant au coucher du soleil. J’aime ce moment particulier où le ciel s’embrase avant d’annoncer la nuit. Nous retournons ensuite dans le grand hall voir où en est Amma avec le darshan. Depuis 10h du matin, elle embrasse des gens, les prenant un par un dans ses bras et donnant le même amour inconditionnel à chacun, comme une mère le ferait avec ses enfants. Il est 20h à présent et elle ne s’est pas interrompue une minute pour manger, se reposer ou même aller aux toilettes… C’est plutôt incroyable. Et elle arbore pour chacun le même sourire chargé d’amour et de compassion. Le tour des Indiens est terminé, c’est aux Occidentaux de passer à présent. Jean-Roch et moi faisons la queue patiemment tandis que des musiques traditionnelles retentissent dans le hall, les voix semblant monter vers les cieux et me transportant par la même occasion. Une heure plus tard, nous remontons sur l’estrade attendant notre câlin d’Amma. Un Indien se signe devant moi, comme ils le font devant une statue ou une vache sacrée. Je ne comprends pas la signification de ce geste à mon égard.
Ca y est, c’est notre tour. Je m’agenouille puis de façon plus délicate qu’hier, on me place dans les bras d’Amma. Elle me serre fort contre son cœur, en me murmurant encore une fois « Ma fille chérie » en français. Je me relève, le sourire aux lèvres. Contrairement à Jean-Roch, je ne ressens aucune montée d’émotions, juste cette grande paix et sérénité qui m’envahit dès que je me trouve à ses côtés. Plusieurs personnes sortent en pleurant de ce darshan intense. Il se passe quelque chose à ce moment-là, c’est certain. Nous restons, Jean-Roch et moi, à échanger nos impressions puis partons nous coucher. Il est plus de 22h. Et Amma est toujours en train de donner le darshan depuis 12h d’affilée.
Soit mon réveil n’a pas sonné, soit je ne l’ai pas entendu mais j’ouvre un œil déconcerté vers 7h du matin. Jean-Roch dort encore à côté de moi et je me glisse furtivement hors de la chambre. Il pleut à verse dehors, je me réfugie dans un petit temple pour méditer mais mes pensées sont agitées ce matin. Je n’arrive pas à me concentrer. De toute façon, j’ai mon seva à faire à 8h. Ici à l’ashram, tous les résidents sont conviés à effectuer un seva de 2h par jour. Il s’agit d’une tâche à accomplir pour le bon déroulement de l’ashram. Ca peut être laver les sols, faire la cuisine, éplucher les légumes, faire la vaisselle ou la lessive… J’ai été affectée à servir le petit déjeuner le matin; je m’en sors plutôt bien. J’aurais pu devoir trier les déchets!
On m’explique brièvement mon rôle, je dois servir une demi-coupe ou une coupe entière de graines germées et épices variées à ceux qui le souhaitent. Le plus difficile étant de comprendre les requêtes de chacun vu les accents anglophones plutôt variés selon le pays d’origine. Et nombre d’entre eux ne sont pas commodes. Si je ne remplis pas la coupe à ras bord, je me le fais remarquer parfois hautainement. Mais bon, en règle générale, tout le monde est souriant et avenant, chacun sachant ce qu’un seva signifie: donner de son temps bénévolement pour le bon déroulement de l’ashram;
Le seva terminé à 10h, je pars à la recherche de Jean-Roch que je ne trouve nulle part. L’ashram est plutôt grand, il n’est pas facile de retrouver quelqu’un ici. Je m’arrête devant un orchestre improvisé de jeunes Espagnols chantant à la gloire d’Amma avec des instruments traditionnels. C’est joyeux, entraînant et très bien joué, j’adore! Je remonte ensuite à la chambre pour trouver Jean-Roch dormant comme un bébé, le décalage horaire l’ayant assommé. Je le réveille, étant donné que c’est l’heure de déjeuner, sinon il va rater le repas. Je tire par la main mon ami encore endormi, mais les épices indiennes finissent de le réveiller totalement. Nous prenons une petite tasse de jus d’herbe de blé comme digestif puis nous nous promenons un peu au hasard dans l’ashram. Une dame nous arrête pour nous demander si nous voulons aider Amma dans sa pratique du darshan. Depuis ce matin, la Sainte embrasse des milliers d’Indiens sans discontinuité, sans prendre une minute de repos. Le tour des Occidentaux viendra après, plus tard dans la soirée. Nous acceptons avec plaisir de servir Amma dans son cérémonial d’amour et demandons en quoi ça consiste. Il faut en fait mettre des bonbons dans la main d’Amma pour qu’elle puisse les donner aux personnes qu’elle embrasse. Tout est très codifié, il faut attendre qu’elle tende la main, lui poser avec notre main droite délicatement 3 bonbons dans la main gauche, notre temps n’excédant pas 2 minutes, une personne chargée d’un chronomètre nous dira quand arrêter. Je n’en reviens pas que tout soit autant réglé comme du papier à musique, surtout dans un pays comme l’Inde où l’anarchie est monnaie courante.
Jean-Roch et moi montons sur l’estrade, attendant notre tour patiemment. Je viens à peine de mettre un pied sur la scène et déjà un flot d’énergie me parcourt le corps des pieds à la tête. Ouf, ça déménage. Je serre la main de Jean-Roch qui me regarde, lisant mes pensées sans avoir besoin de parler. Partagés entre l’excitation d’être au côté d’Amma durant 2 minutes et l’anxiété de faire une bourde dans la tâche qui nous incombe, nous patientons sur notre petite chaise sur l’estrade. C’est presque notre tour, une dame nous réexplique comment procéder et nous demande de simuler le dépôt de bonbons dans sa main. Satisfaite de notre performance, elle nous permet d’aller vers Amma, Jean-Roch passant en premier. Agenouillée derrière lui, je regarde Jean-Roch déposer doucement les friandises dans la main tendue d’Amma. Tout effet de trac a disparu en moi et une grande paix m’envahit se diffusant dans tout mon corps. Deux minutes plus tard, le temps de Jean-Roch est écoulé, c’est à mon tour à présent. Attentive au moindre geste d’Amma, me permettant ainsi d’anticiper sa main vide tendue vers moi pour recueillir les bonbons, cette grande sérénité ne m’ayant pas quittée, je goûte chacune de ces deux minutes avec délectation. C’est un privilège d’être ici, aussi près d’elle, et j’apprécie ce moment. C’est indéniable, il émane quelque chose de puissant de cette femme.
Mes 2 minutes passent vite et il est déjà temps pour moi de laisser la place au suivant. J’entraîne Jean-Roch pour rester auprès d’elle encore un peu, nous nous asseyons derrière elle à quelques mètres seulement. Ma méditation est profonde et sereine encore une fois, comme si je me trouvais en plein milieu d’une bulle d’amour. Après vingt minutes, on me demande de partir pour laisser la place à d’autres. Je redescends donc les marches de l’estrade, le cœur léger et rempli de joie. Je prends Jean-Roch dans mes bras pour que nous échangions un peu de cette énergie mutuelle. Je suis bien. C’est étrange, chaque jour depuis mon arrivée à l’ashram, je me retrouve de façon fortuite à moins d’un mètre d’Amma durant quelques minutes. Certains fidèles ne demandent que ça et moi j’ai droit à ce cadeau quotidiennement. Etrange…
Nous partons ensuite nous promener dans le village voisin, sortant un peu de l’enceinte de l’ashram. Ca fait du bien de voir un autre cadre de temps en temps. Nous flânons et nous amusons avec les Indiens, Jean-Roch les complimentant sans cesse sur leur moustache, ce qui fait beaucoup rire nos amis. Ils ont le sens de l’humour, ces Indiens, je ne suis pas sûre qu’un Européen réagirait en riant si un passant dans la rue le complimentait sur sa coupe de cheveux par exemple.
Je pars méditer sur la plage comme un rituel quotidien maintenant au coucher du soleil. J’aime ce moment particulier où le ciel s’embrase avant d’annoncer la nuit. Nous retournons ensuite dans le grand hall voir où en est Amma avec le darshan. Depuis 10h du matin, elle embrasse des gens, les prenant un par un dans ses bras et donnant le même amour inconditionnel à chacun, comme une mère le ferait avec ses enfants. Il est 20h à présent et elle ne s’est pas interrompue une minute pour manger, se reposer ou même aller aux toilettes… C’est plutôt incroyable. Et elle arbore pour chacun le même sourire chargé d’amour et de compassion. Le tour des Indiens est terminé, c’est aux Occidentaux de passer à présent. Jean-Roch et moi faisons la queue patiemment tandis que des musiques traditionnelles retentissent dans le hall, les voix semblant monter vers les cieux et me transportant par la même occasion. Une heure plus tard, nous remontons sur l’estrade attendant notre câlin d’Amma. Un Indien se signe devant moi, comme ils le font devant une statue ou une vache sacrée. Je ne comprends pas la signification de ce geste à mon égard.
Ca y est, c’est notre tour. Je m’agenouille puis de façon plus délicate qu’hier, on me place dans les bras d’Amma. Elle me serre fort contre son cœur, en me murmurant encore une fois « Ma fille chérie » en français. Je me relève, le sourire aux lèvres. Contrairement à Jean-Roch, je ne ressens aucune montée d’émotions, juste cette grande paix et sérénité qui m’envahit dès que je me trouve à ses côtés. Plusieurs personnes sortent en pleurant de ce darshan intense. Il se passe quelque chose à ce moment-là, c’est certain. Nous restons, Jean-Roch et moi, à échanger nos impressions puis partons nous coucher. Il est plus de 22h. Et Amma est toujours en train de donner le darshan depuis 12h d’affilée.
Le darshan d’Amma
Le 22 septembre 2009
Réveillée à 4h45, je me lève sans trop de difficulté malgré mon peu d’heures de sommeil. Je descends immédiatement au temple où a lieu l’archana, une méditation où on chante les 1000 noms de la Mère divine en sanskrit. J’avoue que psalmodier à 5h du matin des mots en sanskrit aux syllabes imprononçables n’est pas trop ma tasse de thé. Mais comme j’ai décidé de jouer le jeu tant que je serai dans cet ashram pour me conformer aux règles, je force ma concentration sur les paroles que les dévots chantent tout en méditant silencieusement.
Il faut bien une heure pour arriver au bout des 1000 noms à rallonge et j’avoue trouver le temps un peu long, surtout assise en tailleur sur ce carrelage froid. Je devrais m’acheter un petit coussin pour m’asseoir, j’aurais moins mal au dos. La méditation prend fin et tous les fidèles sortent en silence du temple. Un chai est servi pour chacun d’entre nous puis je me rends à la plage continuer ma méditation près de la mer, mon endroit préféré. Un cours de Chi Kong est proposé aux intéressés. J’ai toujours voulu essayer cet art martial. Parfait, je m’inscris. Durant 2h, nous pratiquons des exercices corporels visant à minimiser l’activité du mental et de se concentrer sur les mouvements et l’énergie qui les anime. La faim me tiraillant, n’ayant pas encore mangé depuis ce matin, je commence à trouver le temps un peu long même si j’apprécie les exercices qui me font le plus grand bien. Mais pas l’estomac vide!
A la fin du cours, je me rue au réfectoire où est servi le petit déjeuner. Il n’est que 9h30 du matin mais j’ai l’impression d’avoir presque achevé une journée entière! Le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt, paraît-il… Je discute avec des Français qui me racontent un peu leur histoire. Entre celle qui pense avoir vécu dans un camp de concentration dans une vie antérieure et celle qui est persuadée que son chat s’est réincarné en rat, j’ai comme l’impression d’être tombée dan un asile de fous. D’autres me parlent de leur dévotion à Amma, au point où ils en sont à laver les pieds de la Sainte et boire l’eau dite sacrée après. Je ne bois déjà pas l’eau courante depuis que je suis en Inde, ce n’est certainement pas en ajoutant des pieds sales, aussi sacrés soient-ils, que ça va me convaincre. J’ai l’impression que leur dévotion est tellement totale qu’ils se fondent dans leur foi en laissant de côté leur propre personnalité. Amma leur demanderait de sauter par la fenêtre, ils le feraient sans hésiter, sans la moindre once de discernement. Heureusement, Amma prône l’amour et la compassion, pas le suicide. Je n’en reste pas moins sceptique sur leur dévouement un peu trop fanatique pour moi. Amma elle-même leur demande de garder un peu la tête froide sur tout ça. Elle, symbole de l’humilité, ne cautionne pas ce genre d’aliénation et de dépendance spirituelle totale. Ce sont les dévots eux-mêmes qui partent là-dedans, ce n’est pas requis par Amma. Certains vont même jusqu’à donner toutes leurs possessions et leur fortune à l’ashram, n’ayant plus un centime en poche s’ils souhaitent faire marche arrière. Ca me paraît insensé…
Nous attendons ensuite Amma dans le temple principal. Des centaines de gens attendent silencieusement assis en tailleur à même le sol durant plusieurs heures. Le temps ne me paraît pas si long toutefois, je le passe en méditation ou bien en réflexion sur ce que je vis présentement. C’est vraiment une sensation étrange de se retrouver là, au milieu de tous ces dévots, attendant religieusement qu’elle entre dans le temple. Au bout de 2 heures d’attente, elle arrive soudain par une allée dans la foule qui s’ouvre juste devant moi. Elle arrive, je la vois, elle passe juste devant mon nez, mais je ne ressens rien cette fois, malgré sa proximité. Aucune énergie particulière, rien qu’une grande compassion pour ce petit bout de femme à l’air fatigué.
Elle nous parle durant un moment de la manière d’éduquer nos enfants, que ce soit en Inde ou en Europe: avec amour et compassion en leur montrant de bonnes valeurs dès leur plus jeune âge. Après son discours, tout se met rapidement en branle pour apporter le repas. De grandes marmites de riz et de légumes sont transportées dans le temple, les uns s’attelant à décrocher les bananes des immenses branches, d’autres servent les repas dans les assiettes qui sont ensuite données à Amma qui les donne elle-même à chacun d’entre nous. Tout se met en place très rapidement par des bénévoles et tout fonctionne étonnamment bien et efficacement, je suis sidérée de la rapidité avec laquelle tout cela se déroule. Une heure après, tout le monde a reçu son assiette bénie par Amma puis nous commençons à manger en même temps qu’elle.
Une fois terminé, le darshan est proposé aux nouveaux arrivants et à ceux qui partent aujourd’hui. Il s’agit d’une des spécialités d’Amma et c’est ce qui l’a rendue célèbre. Elle prend les gens dans ses bras et les serre avec amour. Elle le fait avec tout le monde sans exception, les jeunes, les vieux, les bébés, les malades. Elle a même embrassé les plaies des lépreux. Cette femme au cœur d’or est juste là pour donner de l’amour et ouvrir son cœur à tous. Je me mets dans la file, attendant mon tour qui arrive rapidement. On me demande ma langue maternelle, puis on me met à genoux tandis qu’on me pousse dans les bras d’Amma. Elle me murmure à l’oreille: « Ma fille chérie » en français, puis me lâche; elle est déjà passée au suivant. Tout s’est passé trop vite, j’ai du mal à analyser avec mon cerveau ce qui s’est passé. Je m’aperçois que j’ai du mal à me relever, mes jambes flageolent et tremblent. Que se passe-t-il? Je pars m’asseoir dans un coin du temple pour récupérer un peu. Mon cerveau essaie de comprendre, mais il pédale dans le vide. Ca ne s’est pas passé au niveau rationnel mais émotionnel. J’ai eu l’impression d’être branchée à une prise électrique durant quelques secondes et c’est plutôt perturbant.
Remise de mes émotions, sans vouloir m’appesantir davantage sur le fait de vouloir absolument mettre des mots sur cette sensation indescriptible, je rentre à la chambre, laver mon linge à la bonne vieille méthode du savon dans l’évier. Ca n’a rien d’évident de laver son linge de cette manière. Ca me prend plus d’une heure pour exécuter ma tâche correctement. Je rejoins ensuite l’office de tourisme pour une visite guidée de l’Ashram, que nous avions manquée hier. On nous apprend qu’Amma est l’une des plus importantes associations humanitaires du pays. Elle a donné plus de 30 millions de dollars pour le tsunami, ainsi que pour l’ouragan des Etats Unis. L’argent qu’elle récolte, dû à sa renommée, est quasiment entièrement reversé pour aider des gens dans le besoin. Amma, fille d’une famille de pêcheurs, a été reconnue Sainte très jeune; elle passait son temps à méditer et s’occuper des pauvres. En Inde, être reconnue Sainte lorsqu’on ne vient pas d’une haute classe et pour une femme de surcroît, n’a rien d’évident.
Nous partons ensuite visiter l’ashram. Ce grand complexe possède tout à l’intérieur de ses remparts, jusqu’aux supermarchés, banques, magasins et même une piscine! Malgré l’aspect chaotique propre à l’Inde, tout fonctionne parfaitement dans un esprit communautaire, je suis vraiment surprise par le roulement parfait de la machine. Indiens et Occidentaux se partagent l’espace sans problème malgré les cultures différentes et tout le monde respecte les us et coutumes de chacun. Certains ont fait vœu de silence pour un temps, ils arborent une étiquette qui indique qu’ils n’ouvriront pas la bouche pour parler. D’autres sont assis à méditer; d’autres récitent les 1000 noms de la mère divine en priant… Chacun est libre de ses faits et gestes sans aucun jugement de personne.
Je pars méditer sur la plage au coucher du soleil. Ensuite ce sont les bhajans, il s’agit de chants traditionnels chantés par Amma elle-même ce soir. Elle a une très belle voix transcendantale qui ravit mes oreilles. Les chants ne sont pas tous excellents mais certains me transportent vraiment ailleurs. La salle est comble, les femmes d’un côté, les hommes de l’autre. Je ne vois pas vraiment pourquoi les deux sexes sont séparés de la sorte. A la fin du récital, je me lève et j’aperçois avec une joie sans nom mon ami Jean Roch qui me fait signe de loin. Il est arrivé! Nous sautons dans les bras l’un de l’autre avec ferveur, émus jusqu’aux larmes de nous retrouver ici, en plein milieu de l’Inde et dans cet ashram de surcroît. Nous soupons rapidement puis allons sur la plage nous raconter nos dernières aventures mutuelles. Quel bonheur de retrouver une personne familière dans ces lieux, tout me paraît plus simple depuis qu’il est là. Nous rions tout en nous racontant nos vies, c’est vraiment agréable cette complicité avec une personne proche, ça me fait le plus grand bien. Nous oublions notre fatigue du coup et papotons jusqu’à 23h. Bon, il est temps d’aller nous coucher maintenant. Nous ne pouvons nous empêcher de discuter un moment encore, allongés sur nos matelas dans notre chambre austère, puis nous nous endormons paisiblement, lovés dans les bras l’un de l’autre.
Réveillée à 4h45, je me lève sans trop de difficulté malgré mon peu d’heures de sommeil. Je descends immédiatement au temple où a lieu l’archana, une méditation où on chante les 1000 noms de la Mère divine en sanskrit. J’avoue que psalmodier à 5h du matin des mots en sanskrit aux syllabes imprononçables n’est pas trop ma tasse de thé. Mais comme j’ai décidé de jouer le jeu tant que je serai dans cet ashram pour me conformer aux règles, je force ma concentration sur les paroles que les dévots chantent tout en méditant silencieusement.
Il faut bien une heure pour arriver au bout des 1000 noms à rallonge et j’avoue trouver le temps un peu long, surtout assise en tailleur sur ce carrelage froid. Je devrais m’acheter un petit coussin pour m’asseoir, j’aurais moins mal au dos. La méditation prend fin et tous les fidèles sortent en silence du temple. Un chai est servi pour chacun d’entre nous puis je me rends à la plage continuer ma méditation près de la mer, mon endroit préféré. Un cours de Chi Kong est proposé aux intéressés. J’ai toujours voulu essayer cet art martial. Parfait, je m’inscris. Durant 2h, nous pratiquons des exercices corporels visant à minimiser l’activité du mental et de se concentrer sur les mouvements et l’énergie qui les anime. La faim me tiraillant, n’ayant pas encore mangé depuis ce matin, je commence à trouver le temps un peu long même si j’apprécie les exercices qui me font le plus grand bien. Mais pas l’estomac vide!
A la fin du cours, je me rue au réfectoire où est servi le petit déjeuner. Il n’est que 9h30 du matin mais j’ai l’impression d’avoir presque achevé une journée entière! Le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt, paraît-il… Je discute avec des Français qui me racontent un peu leur histoire. Entre celle qui pense avoir vécu dans un camp de concentration dans une vie antérieure et celle qui est persuadée que son chat s’est réincarné en rat, j’ai comme l’impression d’être tombée dan un asile de fous. D’autres me parlent de leur dévotion à Amma, au point où ils en sont à laver les pieds de la Sainte et boire l’eau dite sacrée après. Je ne bois déjà pas l’eau courante depuis que je suis en Inde, ce n’est certainement pas en ajoutant des pieds sales, aussi sacrés soient-ils, que ça va me convaincre. J’ai l’impression que leur dévotion est tellement totale qu’ils se fondent dans leur foi en laissant de côté leur propre personnalité. Amma leur demanderait de sauter par la fenêtre, ils le feraient sans hésiter, sans la moindre once de discernement. Heureusement, Amma prône l’amour et la compassion, pas le suicide. Je n’en reste pas moins sceptique sur leur dévouement un peu trop fanatique pour moi. Amma elle-même leur demande de garder un peu la tête froide sur tout ça. Elle, symbole de l’humilité, ne cautionne pas ce genre d’aliénation et de dépendance spirituelle totale. Ce sont les dévots eux-mêmes qui partent là-dedans, ce n’est pas requis par Amma. Certains vont même jusqu’à donner toutes leurs possessions et leur fortune à l’ashram, n’ayant plus un centime en poche s’ils souhaitent faire marche arrière. Ca me paraît insensé…
Nous attendons ensuite Amma dans le temple principal. Des centaines de gens attendent silencieusement assis en tailleur à même le sol durant plusieurs heures. Le temps ne me paraît pas si long toutefois, je le passe en méditation ou bien en réflexion sur ce que je vis présentement. C’est vraiment une sensation étrange de se retrouver là, au milieu de tous ces dévots, attendant religieusement qu’elle entre dans le temple. Au bout de 2 heures d’attente, elle arrive soudain par une allée dans la foule qui s’ouvre juste devant moi. Elle arrive, je la vois, elle passe juste devant mon nez, mais je ne ressens rien cette fois, malgré sa proximité. Aucune énergie particulière, rien qu’une grande compassion pour ce petit bout de femme à l’air fatigué.
Elle nous parle durant un moment de la manière d’éduquer nos enfants, que ce soit en Inde ou en Europe: avec amour et compassion en leur montrant de bonnes valeurs dès leur plus jeune âge. Après son discours, tout se met rapidement en branle pour apporter le repas. De grandes marmites de riz et de légumes sont transportées dans le temple, les uns s’attelant à décrocher les bananes des immenses branches, d’autres servent les repas dans les assiettes qui sont ensuite données à Amma qui les donne elle-même à chacun d’entre nous. Tout se met en place très rapidement par des bénévoles et tout fonctionne étonnamment bien et efficacement, je suis sidérée de la rapidité avec laquelle tout cela se déroule. Une heure après, tout le monde a reçu son assiette bénie par Amma puis nous commençons à manger en même temps qu’elle.
Une fois terminé, le darshan est proposé aux nouveaux arrivants et à ceux qui partent aujourd’hui. Il s’agit d’une des spécialités d’Amma et c’est ce qui l’a rendue célèbre. Elle prend les gens dans ses bras et les serre avec amour. Elle le fait avec tout le monde sans exception, les jeunes, les vieux, les bébés, les malades. Elle a même embrassé les plaies des lépreux. Cette femme au cœur d’or est juste là pour donner de l’amour et ouvrir son cœur à tous. Je me mets dans la file, attendant mon tour qui arrive rapidement. On me demande ma langue maternelle, puis on me met à genoux tandis qu’on me pousse dans les bras d’Amma. Elle me murmure à l’oreille: « Ma fille chérie » en français, puis me lâche; elle est déjà passée au suivant. Tout s’est passé trop vite, j’ai du mal à analyser avec mon cerveau ce qui s’est passé. Je m’aperçois que j’ai du mal à me relever, mes jambes flageolent et tremblent. Que se passe-t-il? Je pars m’asseoir dans un coin du temple pour récupérer un peu. Mon cerveau essaie de comprendre, mais il pédale dans le vide. Ca ne s’est pas passé au niveau rationnel mais émotionnel. J’ai eu l’impression d’être branchée à une prise électrique durant quelques secondes et c’est plutôt perturbant.
Remise de mes émotions, sans vouloir m’appesantir davantage sur le fait de vouloir absolument mettre des mots sur cette sensation indescriptible, je rentre à la chambre, laver mon linge à la bonne vieille méthode du savon dans l’évier. Ca n’a rien d’évident de laver son linge de cette manière. Ca me prend plus d’une heure pour exécuter ma tâche correctement. Je rejoins ensuite l’office de tourisme pour une visite guidée de l’Ashram, que nous avions manquée hier. On nous apprend qu’Amma est l’une des plus importantes associations humanitaires du pays. Elle a donné plus de 30 millions de dollars pour le tsunami, ainsi que pour l’ouragan des Etats Unis. L’argent qu’elle récolte, dû à sa renommée, est quasiment entièrement reversé pour aider des gens dans le besoin. Amma, fille d’une famille de pêcheurs, a été reconnue Sainte très jeune; elle passait son temps à méditer et s’occuper des pauvres. En Inde, être reconnue Sainte lorsqu’on ne vient pas d’une haute classe et pour une femme de surcroît, n’a rien d’évident.
Nous partons ensuite visiter l’ashram. Ce grand complexe possède tout à l’intérieur de ses remparts, jusqu’aux supermarchés, banques, magasins et même une piscine! Malgré l’aspect chaotique propre à l’Inde, tout fonctionne parfaitement dans un esprit communautaire, je suis vraiment surprise par le roulement parfait de la machine. Indiens et Occidentaux se partagent l’espace sans problème malgré les cultures différentes et tout le monde respecte les us et coutumes de chacun. Certains ont fait vœu de silence pour un temps, ils arborent une étiquette qui indique qu’ils n’ouvriront pas la bouche pour parler. D’autres sont assis à méditer; d’autres récitent les 1000 noms de la mère divine en priant… Chacun est libre de ses faits et gestes sans aucun jugement de personne.
Je pars méditer sur la plage au coucher du soleil. Ensuite ce sont les bhajans, il s’agit de chants traditionnels chantés par Amma elle-même ce soir. Elle a une très belle voix transcendantale qui ravit mes oreilles. Les chants ne sont pas tous excellents mais certains me transportent vraiment ailleurs. La salle est comble, les femmes d’un côté, les hommes de l’autre. Je ne vois pas vraiment pourquoi les deux sexes sont séparés de la sorte. A la fin du récital, je me lève et j’aperçois avec une joie sans nom mon ami Jean Roch qui me fait signe de loin. Il est arrivé! Nous sautons dans les bras l’un de l’autre avec ferveur, émus jusqu’aux larmes de nous retrouver ici, en plein milieu de l’Inde et dans cet ashram de surcroît. Nous soupons rapidement puis allons sur la plage nous raconter nos dernières aventures mutuelles. Quel bonheur de retrouver une personne familière dans ces lieux, tout me paraît plus simple depuis qu’il est là. Nous rions tout en nous racontant nos vies, c’est vraiment agréable cette complicité avec une personne proche, ça me fait le plus grand bien. Nous oublions notre fatigue du coup et papotons jusqu’à 23h. Bon, il est temps d’aller nous coucher maintenant. Nous ne pouvons nous empêcher de discuter un moment encore, allongés sur nos matelas dans notre chambre austère, puis nous nous endormons paisiblement, lovés dans les bras l’un de l’autre.
L’Ashram d’Amma
Le 21 septembre 2009
J’ai dormi comme un bébé cette nuit, sûrement grâce à mes boules Quies. Aujourd’hui, je quitte ma partie visite de l’Inde pour entrer dans un niveau plus spirituel. Je compte rejoindre l’ashram d’Amma cet après-midi.
Après un petit déjeuner en ville, Nick et moi nous rendons à la gare routière. Il est temps de nous quitter, chacun partant dans une direction différente. Je suis ravie d’avoir fait sa connaissance, il a été un agréable compagnon durant ces deux jours. Je grimpe dans un bus archi bondé où l’absence de fenêtre permet à l’air de rafraîchir un tantinet les voyageurs compressés. Malgré la quantité de poussière que j’avale, j’aime toujours autant ces trajets dans ces vieux bus.
Au bout d’une heure de trajet, on me dit de descendre à cet endroit, dans cette ville sale et poussiéreuse au nom imprononçable. Je trouve un rickshaw qui m’emmène jusqu’à l’ashram. Je suis un peu excitée tout en étant intimidée. Je n’ai aucune idée à quoi m’attendre. On m’aurait dit, il y a 5 ans, que je voudrais passer une semaine à méditer dans un ashram en Inde, je ne l’aurais pas cru. Et là, me voilà rendue devant cet édifice sacré où de multiples fidèles, la plupart Européens, se regroupent pour le déjeuner, tous habillés en blanc. Je passe la barrière avec un peu d’appréhension, faisant vraiment touriste avec mes vêtements de routard et mon gros sac à dos. L’air un peu perdu, je demande où se trouve le bureau des arrivées. On me répond gentiment qu’il n’est pas encore ouvert et que je peux me servir à manger en attendant. Une file fournit de la nourriture indienne gratuite, une autre des plats européens payant à moindre coût. Le tout végétarien, bien entendu. Je choisis la file européenne, je n’ai pas envie d’épicé ce midi. Je m’assois parmi les fidèles, observant les yeux grands ouverts, les attitudes de chacun. Je vais ensuite laver mes récipients avec du sable et de l’eau, n’utilisant aucun produit d’entretien, même pas une éponge. Tout se fait avec les mains. Je patiente ensuite en attendant l’ouverture du bureau d’accueil.
A l’heure dite, je remplis tout un formulaire, me fais confisquer mon passeport jusqu’à mon départ, puis on m’assigne une chambre dans le bloc E. N’ayant aucune idée de l’endroit où se trouve ce bloc E, je m’enquiers auprès de gens. Il n’est pas loin du temple et je m’aperçois avec bonheur que ma chambre se situe au 15ème et dernier étage du bâtiment. La vue y est imprenable sur tous les environs. L’ashram est caché en pleine forêt, coincé entre la mer d’un côté et une rivière de l’autre. Un grand temple et plusieurs immeubles immenses font partie de l’enceinte qui peut contenir jusqu’à 3000 fidèles. Impressionnant! Je découvre ma chambre qui me surprend par sa sobriété, mais elle est propre. Un matelas en caoutchouc est posé à même le sol avec une petite table puis c’est tout. La salle de bains attenante est plutôt grande et elle possède même une douche, une vraie je veux dire, avec un pommeau qui expulse l’eau lorsqu’on tourne le robinet! Je n’en ai pas vu depuis mon arrivée en Inde… En fait, cette chambre possède tout ce qu’il faut, rien de moins, rien de plus. Et j’ai la chambre pour moi toute seule ce soir, mon ami Jean-Roch ne me rejoignant que demain.
Je vais chercher les draps et oreillers dans le bloc B puis pars au bureau du tourisme pour une visite guidée de l’ashram. Ils commencent à nous passer une video explicative sur Amma mais une cloche retentit 3 fois dans l’enceinte du temple. On nous explique que ça signifie qu’Amma va aller méditer sur la plage avec ses fidèles, ce qu’elle ne fait que de temps en temps. Du coup, on arrête net la séance d’information pour assister, nous aussi nouveaux arrivants, à cette chance qui nous est offerte.
Alors nous nous dirigeons vers la plage, Amma elle-même apparaît juste devant nous, entourée de policiers qui assurent sa sécurité. Est-ce dû à de l’auto-persuasion ou bien à l’excitation et à l’attente de la voir en chair et en os depuis un moment, mais je sens monter en moi des frissons incontrôlables d’énergie et d’amour me traverser. Elle se trouve à 2 mètres de moi, une petite Indienne boulotte qui pourrait passer inaperçue si elle ne dégageait pas une si grande aura autour d’elle. Elle illumine et contamine tout le monde sur son passage. Les sensations sont tellement fortes et intenses que je sens les larmes me monter aux yeux. Non, c’est ridicule, je ne vais pas me mettre à pleurer à la vue d’une personne connue comme si j’idolâtrais Johnny Halliday mais c’est malgré tout plus fort que moi. Et je ne suis pas émue par sa présence mais par ce qu’elle dégage. Plusieurs personnes se joignent à notre cortège et nous la suivons, de plus en plus nombreux.
Arrivés sur la plage, tout le monde s’assoit sur le sable, certains sur des chaises, d’autres sur des tapis et la méditation commence. J’entre immédiatement en méditation profonde, portée par l’énergie de la foule. Seul le bruit de la mer est audible à mes oreilles et elle s’estompe même au fur et à mesure que je focalise sur ma respiration et essaie de ne plus penser. La demi-heure passe en un éclair et vient ensuite un libre laisser aller de qui veut bien prendre la parole. Ceux qui le souhaitent peuvent transmettre leurs messages qui sont tous des louanges à la paix, la sérénité pour nous-mêmes et pour tous les gens sur cette terre. Essayer d’enlever la colère, la haine et toutes les émotions négatives de notre cœur. Les messages sont beaux, altruistes et sincères. Assise au milieu de cette foule de dévots à Amma, tous habillés de blanc, je me sens un peu étrangère à tout ça pourtant. Mais en même temps, je sens que ça peut m’être utile et me faire beaucoup de bien. Je me laisse donc entraîner sans me poser de questions.
Amma fait ensuite un discours en langue hindi qui nous est retraduit par la suite en anglais. Elle parle surtout du fait que chacun d’entre nous peut changer la conscience du monde à petite échelle en se changeant d’abord lui-même. Par contagion, nos proches le ressentiront aussi. Elle prône simplement le bonheur, la paix et la compassion. C’est un beau discours qui me plaît beaucoup. Nous revenons ensuite à l’ashram où je me repose un peu dans ma chambre avant d’aller manger. Je tente la nourriture indienne: on me balance une bonne plâtrée de riz à l’eau dans mon écuelle, agrémenté d’un peu de légumes épicés. Ce n’est pas très bon mais c’est nourrissant. Je trouve la table des Français, des femmes quadragénaires principalement. L’une d’elles me raconte sa vie pendant plus d’une heure ainsi que ce qui l’a amenée vers Amma. C’est fort instructif, je dois dire. Sa dévotion envers Amma est totale. Ca me fait quand même drôle d’entendre quelqu’un me parler de sa foi ainsi, je ne suis pas habituée. Elle m’apprend aussi que cet ashram contient beaucoup de détraqués en son sein. Ca risque d’être amusant; Je finis la conversation et visionne la fin du film « Home » qui est projeté sur grand écran. Après ça, tout le monde au lit, il est tard et je me réveille à 5h demain.
Je me couche dans mon lit pour lire un peu mais je suis vite interrompue dans ma lecture par un cri perçant suivi de pleurs, à mon étage. J’ouvre la porte et vois une femme maghrébine recroquevillée par terre dans le couloir, en pleurs. Sa colocataire l’aurait battue visiblement. Tout l’étage sort dans le couloir sous les pleurs et les cris de cette femme, sa colocataire s’étant enfermée dans la chambre. Elles se hurlent dessus littéralement, c’est impossible de la calmer. Une jeune fille et moi décidons d’aller chercher de l’aide à l’extérieur sinon ça va durer comme ça toute la nuit. Nous trouvons la grille de notre building fermée, on ne peut même pas sortir de notre immeuble. Je ne veux même pas savoir ce qui se passerait en cas d’incendie. Je crie à travers les grilles à l’attention d’un gardien et nous lui expliquons le problème. Il daigne nous ouvrir, puis nous allons jusqu’au bureau des urgences. Une fois la situation expliquée, un homme prend en charge l’affaire, nous pouvons retourner nous coucher. En effet, il a l’air d’y avoir des cas psychologiques dans cet ashram.. Bonne nuit!
J’ai dormi comme un bébé cette nuit, sûrement grâce à mes boules Quies. Aujourd’hui, je quitte ma partie visite de l’Inde pour entrer dans un niveau plus spirituel. Je compte rejoindre l’ashram d’Amma cet après-midi.
Après un petit déjeuner en ville, Nick et moi nous rendons à la gare routière. Il est temps de nous quitter, chacun partant dans une direction différente. Je suis ravie d’avoir fait sa connaissance, il a été un agréable compagnon durant ces deux jours. Je grimpe dans un bus archi bondé où l’absence de fenêtre permet à l’air de rafraîchir un tantinet les voyageurs compressés. Malgré la quantité de poussière que j’avale, j’aime toujours autant ces trajets dans ces vieux bus.
Au bout d’une heure de trajet, on me dit de descendre à cet endroit, dans cette ville sale et poussiéreuse au nom imprononçable. Je trouve un rickshaw qui m’emmène jusqu’à l’ashram. Je suis un peu excitée tout en étant intimidée. Je n’ai aucune idée à quoi m’attendre. On m’aurait dit, il y a 5 ans, que je voudrais passer une semaine à méditer dans un ashram en Inde, je ne l’aurais pas cru. Et là, me voilà rendue devant cet édifice sacré où de multiples fidèles, la plupart Européens, se regroupent pour le déjeuner, tous habillés en blanc. Je passe la barrière avec un peu d’appréhension, faisant vraiment touriste avec mes vêtements de routard et mon gros sac à dos. L’air un peu perdu, je demande où se trouve le bureau des arrivées. On me répond gentiment qu’il n’est pas encore ouvert et que je peux me servir à manger en attendant. Une file fournit de la nourriture indienne gratuite, une autre des plats européens payant à moindre coût. Le tout végétarien, bien entendu. Je choisis la file européenne, je n’ai pas envie d’épicé ce midi. Je m’assois parmi les fidèles, observant les yeux grands ouverts, les attitudes de chacun. Je vais ensuite laver mes récipients avec du sable et de l’eau, n’utilisant aucun produit d’entretien, même pas une éponge. Tout se fait avec les mains. Je patiente ensuite en attendant l’ouverture du bureau d’accueil.
A l’heure dite, je remplis tout un formulaire, me fais confisquer mon passeport jusqu’à mon départ, puis on m’assigne une chambre dans le bloc E. N’ayant aucune idée de l’endroit où se trouve ce bloc E, je m’enquiers auprès de gens. Il n’est pas loin du temple et je m’aperçois avec bonheur que ma chambre se situe au 15ème et dernier étage du bâtiment. La vue y est imprenable sur tous les environs. L’ashram est caché en pleine forêt, coincé entre la mer d’un côté et une rivière de l’autre. Un grand temple et plusieurs immeubles immenses font partie de l’enceinte qui peut contenir jusqu’à 3000 fidèles. Impressionnant! Je découvre ma chambre qui me surprend par sa sobriété, mais elle est propre. Un matelas en caoutchouc est posé à même le sol avec une petite table puis c’est tout. La salle de bains attenante est plutôt grande et elle possède même une douche, une vraie je veux dire, avec un pommeau qui expulse l’eau lorsqu’on tourne le robinet! Je n’en ai pas vu depuis mon arrivée en Inde… En fait, cette chambre possède tout ce qu’il faut, rien de moins, rien de plus. Et j’ai la chambre pour moi toute seule ce soir, mon ami Jean-Roch ne me rejoignant que demain.
Je vais chercher les draps et oreillers dans le bloc B puis pars au bureau du tourisme pour une visite guidée de l’ashram. Ils commencent à nous passer une video explicative sur Amma mais une cloche retentit 3 fois dans l’enceinte du temple. On nous explique que ça signifie qu’Amma va aller méditer sur la plage avec ses fidèles, ce qu’elle ne fait que de temps en temps. Du coup, on arrête net la séance d’information pour assister, nous aussi nouveaux arrivants, à cette chance qui nous est offerte.
Alors nous nous dirigeons vers la plage, Amma elle-même apparaît juste devant nous, entourée de policiers qui assurent sa sécurité. Est-ce dû à de l’auto-persuasion ou bien à l’excitation et à l’attente de la voir en chair et en os depuis un moment, mais je sens monter en moi des frissons incontrôlables d’énergie et d’amour me traverser. Elle se trouve à 2 mètres de moi, une petite Indienne boulotte qui pourrait passer inaperçue si elle ne dégageait pas une si grande aura autour d’elle. Elle illumine et contamine tout le monde sur son passage. Les sensations sont tellement fortes et intenses que je sens les larmes me monter aux yeux. Non, c’est ridicule, je ne vais pas me mettre à pleurer à la vue d’une personne connue comme si j’idolâtrais Johnny Halliday mais c’est malgré tout plus fort que moi. Et je ne suis pas émue par sa présence mais par ce qu’elle dégage. Plusieurs personnes se joignent à notre cortège et nous la suivons, de plus en plus nombreux.
Arrivés sur la plage, tout le monde s’assoit sur le sable, certains sur des chaises, d’autres sur des tapis et la méditation commence. J’entre immédiatement en méditation profonde, portée par l’énergie de la foule. Seul le bruit de la mer est audible à mes oreilles et elle s’estompe même au fur et à mesure que je focalise sur ma respiration et essaie de ne plus penser. La demi-heure passe en un éclair et vient ensuite un libre laisser aller de qui veut bien prendre la parole. Ceux qui le souhaitent peuvent transmettre leurs messages qui sont tous des louanges à la paix, la sérénité pour nous-mêmes et pour tous les gens sur cette terre. Essayer d’enlever la colère, la haine et toutes les émotions négatives de notre cœur. Les messages sont beaux, altruistes et sincères. Assise au milieu de cette foule de dévots à Amma, tous habillés de blanc, je me sens un peu étrangère à tout ça pourtant. Mais en même temps, je sens que ça peut m’être utile et me faire beaucoup de bien. Je me laisse donc entraîner sans me poser de questions.
Amma fait ensuite un discours en langue hindi qui nous est retraduit par la suite en anglais. Elle parle surtout du fait que chacun d’entre nous peut changer la conscience du monde à petite échelle en se changeant d’abord lui-même. Par contagion, nos proches le ressentiront aussi. Elle prône simplement le bonheur, la paix et la compassion. C’est un beau discours qui me plaît beaucoup. Nous revenons ensuite à l’ashram où je me repose un peu dans ma chambre avant d’aller manger. Je tente la nourriture indienne: on me balance une bonne plâtrée de riz à l’eau dans mon écuelle, agrémenté d’un peu de légumes épicés. Ce n’est pas très bon mais c’est nourrissant. Je trouve la table des Français, des femmes quadragénaires principalement. L’une d’elles me raconte sa vie pendant plus d’une heure ainsi que ce qui l’a amenée vers Amma. C’est fort instructif, je dois dire. Sa dévotion envers Amma est totale. Ca me fait quand même drôle d’entendre quelqu’un me parler de sa foi ainsi, je ne suis pas habituée. Elle m’apprend aussi que cet ashram contient beaucoup de détraqués en son sein. Ca risque d’être amusant; Je finis la conversation et visionne la fin du film « Home » qui est projeté sur grand écran. Après ça, tout le monde au lit, il est tard et je me réveille à 5h demain.
Je me couche dans mon lit pour lire un peu mais je suis vite interrompue dans ma lecture par un cri perçant suivi de pleurs, à mon étage. J’ouvre la porte et vois une femme maghrébine recroquevillée par terre dans le couloir, en pleurs. Sa colocataire l’aurait battue visiblement. Tout l’étage sort dans le couloir sous les pleurs et les cris de cette femme, sa colocataire s’étant enfermée dans la chambre. Elles se hurlent dessus littéralement, c’est impossible de la calmer. Une jeune fille et moi décidons d’aller chercher de l’aide à l’extérieur sinon ça va durer comme ça toute la nuit. Nous trouvons la grille de notre building fermée, on ne peut même pas sortir de notre immeuble. Je ne veux même pas savoir ce qui se passerait en cas d’incendie. Je crie à travers les grilles à l’attention d’un gardien et nous lui expliquons le problème. Il daigne nous ouvrir, puis nous allons jusqu’au bureau des urgences. Une fois la situation expliquée, un homme prend en charge l’affaire, nous pouvons retourner nous coucher. En effet, il a l’air d’y avoir des cas psychologiques dans cet ashram.. Bonne nuit!
Une authentique ville indienne
Le 20 septembre 2009
Je me réveille à 5h du matin en sursaut, au son d’une musique indienne tonitruante. C’est vrai qu’ici, dans la vraie Inde, ils se réveillent tôt ! J’entends la pluie marteler notre bicoque, j’espère que Nick ne se trouve plus sur le pont. Je me lève et ne le vois nulle part, il doit être rentré se coucher dans sa cabine. Il se lève peu de temps après et nous partons tous deux pour une visite matinale du village. Nous discutons un peu avec les locaux puis retournons au temple admirer des hommes psalmodier des chants religieux.
Nous revenons pour prendre un petit déjeuner sur le bateau puis reprenons le chemin du retour sous une véritable averse. Nous avons bien fait de faire notre traversée hier, le temps n’est vraiment pas avec nous aujourd’hui. Ceci dit, j’aime cette atmosphère de mousson également, cette pluie qui tombe en trombes d’eau sans qu’on ait froid pour autant. Ca humidifie l’air et appesantit l’atmosphère tout en la rendant mystérieuse. Nick et moi tombons d’accord sur le fait que nous n’avons pas envie de courir pour prendre un bus aujourd’hui. Nous sommes sur un mode détente et quiétude, nous allons profiter de la ville d’Allerppey aujourd’hui encore.
Un rickshaw, bravant vaillamment la pluie roulant dans des mares d’eau à faire péter les moteurs, nous trouve un petit hôtel éloigné de la ville mais faisant face à un luxuriant jardin verdoyant. Le coin a l’air tranquille et calme, juste ce qu’il nous faut. Nous nous installons et restons sur la terrasse à contempler la pluie qui n’arrête pas de tomber. Nous sommes bien. Après plusieurs heures de pure extase devant cette simple averse qui nous a littéralement fascinés, nous partons faire un tour sur la plage qui se situe non loin de l’hôtel. Comme on s’y attendait vu le temps pluvieux, peu de gens déambulent sur le sable. Pourtant la plage est grande et plutôt belle. Un groupe d’Indiens arrête Nick pour lui demander de venir se baigner avec eux. Il refuse gentiment, prétextant qu’il n’a pas son maillot de bain sur lui mais ça n’arrête pas le jeune homme qui est prêt à lui donner le sien ! Ah ces Indiens… En tout cas, ça me fera bien rire. Depuis que je me promène avec Nick, les Indiens s’adressent plutôt à lui qu’à moi en général, ce qui me repose un peu. Nick, quant à lui, trouve qu’on l’interpelle beaucoup depuis qu’il se trouve en ma compagnie. Voyager à 2 ou en solo, en Inde, peut vraiment changer les choses.
Nous partons ensuite en ville nous promener dans Alleppey. Cette ville, purement indienne pour le coup, me reconnecte avec l’essence de ce pays. Les voitures, rickshaws et bus se disputent sur au moins 3 files une route à double sens, le tout dans un vacarme de moteurs et de klaxons assourdissant. Les passants nous regardent intrigués en nous lâchant des « hello » toutes les 2 minutes. Ceux qui pensent venir en Inde en tant que voyeurs se trompent, c’est nous ici qui sommes des animaux de foire. Une famille indienne me donne même des cacahuètes à un moment donné. Dire qu’il y a 5 ans, c’est moi qui les leur jetais à la figure, exaspérée par leur harcèlement incessant. Aujourd’hui, je déambule dans les rues, le sourire aux lèvres, ravie de retrouver cette ambiance, comme si je retrouvais un être cher qui, pourtant, finira bien par me porter sur les nerfs tôt ou tard. Mais pour le moment, j’en profite.
Nous tombons sur un temple où, contre toute attente, deux éléphants se trouvent enchaînés à des poteaux. Que font-ils là ? A quoi servent-ils ? Leur regard vide et triste en dit long sur leur traitement ici. Ca me fend le cœur de les voir. Je m’approche de l’un d’eux et lui caresse la trompe doucement comme pour lui montrer ma compassion. Il se laisse faire. Un Indien arrive en trombe et me demande de reculer devant cet animal qui est, paraît-il, dangereux. Vu ce qu’on lui inflige, ça me paraît normal qu’il soit de mauvaise humeur de temps en temps. Je le quitte, le cœur renversé. L’Inde, c’est aussi ça.
Nous découvrons un peu plus loin une étonnante mais superbe statue de sirène dénudée à la poitrine très généreuse. Cette effigie ne colle pas vraiment avec ce pays où le moindre dévoilement de chair est très mal vu. Etrange… Nous dînons d’un minuscule bout de poulet tandoori pour moi et d’un énorme poisson pour Nick (allez comprendre pourquoi) puis nous continuons notre promenade à travers les senteurs épicées mélangées à celles des détritus jetés dans la rue. J’aime tout ressentir dans cette ville !
Après une bonne route le nez au vent, nous décidons de revenir sur la plage, le temps s’est dégagé et Nick voudrait se baigner. Pour ma part, même si je le voulais, il ne serait pas question de me promener en maillot de bain sur cette plage indienne, je déclencherais une émeute ! J’accompagne cependant Nick, curieuse de rencontrer d’autres Indiens là-bas. En effet, la plage s’est remplie depuis ce matin et des centaines de familles ou d’amis se retrouvent sur le sable pour bavarder. Les femmes en sari multicolore agrémentent joliment cette belle plage de sable doré, même si je trouve qu’elles détonnent un peu dans ce lieu où nous avons plutôt l’habitude de voir des gens en tenue décontractée.
A peine sommes-nous installés sur le sable que des Indiens viennent nous parler pour améliorer leur anglais ou pour nous prendre en photo. Les femmes ne parlent qu’à moi et les hommes vont vers Nick. Pour m’éviter des désagréments inutiles, nous jouerons les couples mariés aujourd’hui, c’est plus simple pour moi. Une femme célibataire se tenant auprès d’un homme sans être mariée, ce n’est pas très bien compris ici. Dire que je ne connaissais pas Nick hier matin et nous voilà mariés aujourd’hui ! Ca nous fait bien rire… Malgré tout, ils ne me paraissent pas trop insistants mais juste curieux d’en savoir plus sur nous, sur notre culture. Un joueur de frisbee de haut niveau nous fait une superbe démonstration, espérant ainsi se faire remarquer et, pourquoi pas, se faire proposer de jouer dans notre pays comme professionnel. Pour ma part, je ne pense apprécier ses talents qu’en tant que simple spectatrice. Ils ont tous le désir de partir un jour dans l’un de nos pays dits développés, mais je ne suis pas certaine qu’ils y seraient vraiment plus heureux. Quand je les vois s’amuser comme des enfants sur cette plage, riant avec insouciance à la moindre farce de l’un de leurs compères, je me dis que c’est peut-être ça la vie après tout. Est-ce trimer dans un bureau toute la journée sans voir la lumière du jour ? Ou bien s’abrutir devant un écran de télévision toute la soirée ? Beaucoup d’entre nous ont perdu cette faculté de s’amuser d’un rien, de rire de tout et de ne pas se prendre trop au sérieux. Peut-être serait-il temps de reconnecter avec la part enfantine qui se trouve à l’intérieur de nous ? En vieillissant, on nous apprend à prendre des responsabilités, devenir plus sérieux, mais aussi à être plus stressé, à se déconnecter de nos véritables envies et besoins. Quels étaient nos rêves d’enfants ? Les avons-nous suivis ?
Nous restons sur la plage jusqu’au coucher du soleil, appréciant ce moment malgré les interruptions des Indiens qui deviennent de plus en plus fréquentes, les uns entraînant les autres à venir nous déranger. Nick trouve un superbe moyen pour qu’on nous laisse tranquilles : il annonce que c’est le moment pour nous de prier en silence. S’il y a bien une seule chose que les Indiens respectent, c’est la religion. Nous réussissons à avoir une paix royale durant tout le coucher du soleil. Impeccable ! Ceci dit, j’ai rarement rencontré des gens aussi gentils que les Indiens, même s’ils peuvent parfois être envahissants.
Nous rentrons à l’hôtel dans la nuit noire et tombons sur une grande fête dans la rue pour fêter la fin du ramadan. La foule se presse dans cette petite rue où il devient difficile de circuler entre les piétons et les motos. La musique sort à fond des haut-parleurs. Les passants se pressent pour nous dire bonjour. J’avoue que la fatigue de la journée se fait ressentir et je n’apprécie pas cette foule et ce bruit comme je devrais. Ils commencent un peu à me porter sur les nerfs (je savais que ça arriverait). Je décide de rentrer me coucher avant d’atteindre mon degré de non tolérance.
De retour au bercail, je décide de prendre une douche pour me rafraîchir les idées mais l’eau ne sort pas du robinet ! J’avise tout le personnel, un peu mécontente et surtout très fatiguée, qui se met en 4 pour réparer la valve qui est visiblement cassée. En attendant, je reste avec Nick qui entame des chansons à la guitare, ce qui me calme immédiatement. Je reste un moment à l’écouter, oubliant ainsi ma fatigue et ma douche, appréciant juste d’être là en sa compagnie, dans ce petit jardin loin du tumulte de la ville. Une heure plus tard, la douche est réparée et je pars me coucher, exténuée mais détendue.
Je me réveille à 5h du matin en sursaut, au son d’une musique indienne tonitruante. C’est vrai qu’ici, dans la vraie Inde, ils se réveillent tôt ! J’entends la pluie marteler notre bicoque, j’espère que Nick ne se trouve plus sur le pont. Je me lève et ne le vois nulle part, il doit être rentré se coucher dans sa cabine. Il se lève peu de temps après et nous partons tous deux pour une visite matinale du village. Nous discutons un peu avec les locaux puis retournons au temple admirer des hommes psalmodier des chants religieux.
Nous revenons pour prendre un petit déjeuner sur le bateau puis reprenons le chemin du retour sous une véritable averse. Nous avons bien fait de faire notre traversée hier, le temps n’est vraiment pas avec nous aujourd’hui. Ceci dit, j’aime cette atmosphère de mousson également, cette pluie qui tombe en trombes d’eau sans qu’on ait froid pour autant. Ca humidifie l’air et appesantit l’atmosphère tout en la rendant mystérieuse. Nick et moi tombons d’accord sur le fait que nous n’avons pas envie de courir pour prendre un bus aujourd’hui. Nous sommes sur un mode détente et quiétude, nous allons profiter de la ville d’Allerppey aujourd’hui encore.
Un rickshaw, bravant vaillamment la pluie roulant dans des mares d’eau à faire péter les moteurs, nous trouve un petit hôtel éloigné de la ville mais faisant face à un luxuriant jardin verdoyant. Le coin a l’air tranquille et calme, juste ce qu’il nous faut. Nous nous installons et restons sur la terrasse à contempler la pluie qui n’arrête pas de tomber. Nous sommes bien. Après plusieurs heures de pure extase devant cette simple averse qui nous a littéralement fascinés, nous partons faire un tour sur la plage qui se situe non loin de l’hôtel. Comme on s’y attendait vu le temps pluvieux, peu de gens déambulent sur le sable. Pourtant la plage est grande et plutôt belle. Un groupe d’Indiens arrête Nick pour lui demander de venir se baigner avec eux. Il refuse gentiment, prétextant qu’il n’a pas son maillot de bain sur lui mais ça n’arrête pas le jeune homme qui est prêt à lui donner le sien ! Ah ces Indiens… En tout cas, ça me fera bien rire. Depuis que je me promène avec Nick, les Indiens s’adressent plutôt à lui qu’à moi en général, ce qui me repose un peu. Nick, quant à lui, trouve qu’on l’interpelle beaucoup depuis qu’il se trouve en ma compagnie. Voyager à 2 ou en solo, en Inde, peut vraiment changer les choses.
Nous partons ensuite en ville nous promener dans Alleppey. Cette ville, purement indienne pour le coup, me reconnecte avec l’essence de ce pays. Les voitures, rickshaws et bus se disputent sur au moins 3 files une route à double sens, le tout dans un vacarme de moteurs et de klaxons assourdissant. Les passants nous regardent intrigués en nous lâchant des « hello » toutes les 2 minutes. Ceux qui pensent venir en Inde en tant que voyeurs se trompent, c’est nous ici qui sommes des animaux de foire. Une famille indienne me donne même des cacahuètes à un moment donné. Dire qu’il y a 5 ans, c’est moi qui les leur jetais à la figure, exaspérée par leur harcèlement incessant. Aujourd’hui, je déambule dans les rues, le sourire aux lèvres, ravie de retrouver cette ambiance, comme si je retrouvais un être cher qui, pourtant, finira bien par me porter sur les nerfs tôt ou tard. Mais pour le moment, j’en profite.
Nous tombons sur un temple où, contre toute attente, deux éléphants se trouvent enchaînés à des poteaux. Que font-ils là ? A quoi servent-ils ? Leur regard vide et triste en dit long sur leur traitement ici. Ca me fend le cœur de les voir. Je m’approche de l’un d’eux et lui caresse la trompe doucement comme pour lui montrer ma compassion. Il se laisse faire. Un Indien arrive en trombe et me demande de reculer devant cet animal qui est, paraît-il, dangereux. Vu ce qu’on lui inflige, ça me paraît normal qu’il soit de mauvaise humeur de temps en temps. Je le quitte, le cœur renversé. L’Inde, c’est aussi ça.
Nous découvrons un peu plus loin une étonnante mais superbe statue de sirène dénudée à la poitrine très généreuse. Cette effigie ne colle pas vraiment avec ce pays où le moindre dévoilement de chair est très mal vu. Etrange… Nous dînons d’un minuscule bout de poulet tandoori pour moi et d’un énorme poisson pour Nick (allez comprendre pourquoi) puis nous continuons notre promenade à travers les senteurs épicées mélangées à celles des détritus jetés dans la rue. J’aime tout ressentir dans cette ville !
Après une bonne route le nez au vent, nous décidons de revenir sur la plage, le temps s’est dégagé et Nick voudrait se baigner. Pour ma part, même si je le voulais, il ne serait pas question de me promener en maillot de bain sur cette plage indienne, je déclencherais une émeute ! J’accompagne cependant Nick, curieuse de rencontrer d’autres Indiens là-bas. En effet, la plage s’est remplie depuis ce matin et des centaines de familles ou d’amis se retrouvent sur le sable pour bavarder. Les femmes en sari multicolore agrémentent joliment cette belle plage de sable doré, même si je trouve qu’elles détonnent un peu dans ce lieu où nous avons plutôt l’habitude de voir des gens en tenue décontractée.
A peine sommes-nous installés sur le sable que des Indiens viennent nous parler pour améliorer leur anglais ou pour nous prendre en photo. Les femmes ne parlent qu’à moi et les hommes vont vers Nick. Pour m’éviter des désagréments inutiles, nous jouerons les couples mariés aujourd’hui, c’est plus simple pour moi. Une femme célibataire se tenant auprès d’un homme sans être mariée, ce n’est pas très bien compris ici. Dire que je ne connaissais pas Nick hier matin et nous voilà mariés aujourd’hui ! Ca nous fait bien rire… Malgré tout, ils ne me paraissent pas trop insistants mais juste curieux d’en savoir plus sur nous, sur notre culture. Un joueur de frisbee de haut niveau nous fait une superbe démonstration, espérant ainsi se faire remarquer et, pourquoi pas, se faire proposer de jouer dans notre pays comme professionnel. Pour ma part, je ne pense apprécier ses talents qu’en tant que simple spectatrice. Ils ont tous le désir de partir un jour dans l’un de nos pays dits développés, mais je ne suis pas certaine qu’ils y seraient vraiment plus heureux. Quand je les vois s’amuser comme des enfants sur cette plage, riant avec insouciance à la moindre farce de l’un de leurs compères, je me dis que c’est peut-être ça la vie après tout. Est-ce trimer dans un bureau toute la journée sans voir la lumière du jour ? Ou bien s’abrutir devant un écran de télévision toute la soirée ? Beaucoup d’entre nous ont perdu cette faculté de s’amuser d’un rien, de rire de tout et de ne pas se prendre trop au sérieux. Peut-être serait-il temps de reconnecter avec la part enfantine qui se trouve à l’intérieur de nous ? En vieillissant, on nous apprend à prendre des responsabilités, devenir plus sérieux, mais aussi à être plus stressé, à se déconnecter de nos véritables envies et besoins. Quels étaient nos rêves d’enfants ? Les avons-nous suivis ?
Nous restons sur la plage jusqu’au coucher du soleil, appréciant ce moment malgré les interruptions des Indiens qui deviennent de plus en plus fréquentes, les uns entraînant les autres à venir nous déranger. Nick trouve un superbe moyen pour qu’on nous laisse tranquilles : il annonce que c’est le moment pour nous de prier en silence. S’il y a bien une seule chose que les Indiens respectent, c’est la religion. Nous réussissons à avoir une paix royale durant tout le coucher du soleil. Impeccable ! Ceci dit, j’ai rarement rencontré des gens aussi gentils que les Indiens, même s’ils peuvent parfois être envahissants.
Nous rentrons à l’hôtel dans la nuit noire et tombons sur une grande fête dans la rue pour fêter la fin du ramadan. La foule se presse dans cette petite rue où il devient difficile de circuler entre les piétons et les motos. La musique sort à fond des haut-parleurs. Les passants se pressent pour nous dire bonjour. J’avoue que la fatigue de la journée se fait ressentir et je n’apprécie pas cette foule et ce bruit comme je devrais. Ils commencent un peu à me porter sur les nerfs (je savais que ça arriverait). Je décide de rentrer me coucher avant d’atteindre mon degré de non tolérance.
De retour au bercail, je décide de prendre une douche pour me rafraîchir les idées mais l’eau ne sort pas du robinet ! J’avise tout le personnel, un peu mécontente et surtout très fatiguée, qui se met en 4 pour réparer la valve qui est visiblement cassée. En attendant, je reste avec Nick qui entame des chansons à la guitare, ce qui me calme immédiatement. Je reste un moment à l’écouter, oubliant ainsi ma fatigue et ma douche, appréciant juste d’être là en sa compagnie, dans ce petit jardin loin du tumulte de la ville. Une heure plus tard, la douche est réparée et je pars me coucher, exténuée mais détendue.
Les canaux du Kerala en homeboat
Le 19 septembre 2009
Pour une fois, je me réveille à une heure décente ce matin. Il est 8h et il fait jour ! Je pars prendre mon petit déjeuner en terrasse au bord de la falaise en écoutant la mer. Il fait gris aujourd’hui et je me pose des questions sur le fait de rester ou non à Varkala. J’aime l’endroit, la plage mais tout cela me paraît trop touristique à mon goût. Je ne ressens pas la véritable Inde ici et les gens que je rencontre ne sont visiblement pas sur la même longueur d’onde que moi.
Je me suis assez reposée en bord de plage, il est temps de passer aux choses sérieuses. Je décide donc de quitter Varkala, sans regret, pour remonter vers le Nord, mon but étant d’atteindre l’ashram de la Sainte, nommée Amma afin d’y séjourner quelques jours à méditer. Je dois d’ailleurs y retrouver mon ami français Jean-Roch dans 3 jours. J’hésite encore sur ma manière de procéder : soit j’y vais directement aujourd’hui, soit je monte un peu plus dans le Nord, quitte à redescendre après afin de serpenter dans les célèbres canaux de Kerala. Dans tous les cas, je pars d’ici, j’entreprends donc de faire mes bagages et de lever les voiles.
Alors que j’arrive à la gare routière, je ne suis pas encore décidée sur ma prochaine destination. Je décide de laisser le destin choisir pour moi. Je demande au guichet si un train pour Allerppey part bientôt (il en existe 3 par jour) et elle me répond qu’il sera là dans 10 minutes. Ok, me voilà partie en direction des backwaters pour naviguer sur les canaux du Kerala, on a choisi pour moi ! Je retrouve dans le train une partie du groupe de Français qui remonte vers Cochin, nous faisons donc la route ensemble. Le train, si typiquement indien, me ravit au plus haut point. Son désordre, son brouhaha, son odeur et sa lente avancée à travers la campagne me laissent rêveuse. Les transports en Inde sont tout un poème… Les gens, enfermés dans des wagons aux petites fenêtres grillagées, se disputent un bout de siège, tandis que des vendeurs de chaï, café ou autres gourmandises essaient de se frayer un chemin dans l’allée en criant leur boniment. Je ne risque pas de leur acheter quoi que ce soit, c’est de cette façon que Michaël et moi sommes tombés si malades il y a 5 ans de cela, en mangeant de la nourriture avariée dans un train.
Un homme indien vient me voir, me hèle brutalement pour me demander de changer de siège pour qu’il se mette à ma place. Je lui réponds gentiment par la négative mais il insiste le bougre. Il commence même à s’énerver ! Heureusement, les autres Indiens du wagon viennent à ma rescousse, ce qui le calme un peu. Toutefois, il revient à la charge 30 minutes plus tard. Ca commence à bien faire ! Je finis par lui laisser ma place, ne désirant pas que ça finisse en pugilat. Je m’installe juste ne face de lui, lui décochant un rayonnant sourire, vrai et sincère, dénué de toute rancune, ce qui a l’air de le décontenancer un peu. Il me rends un timide sourire avec des yeux pleins de questionnement. Il m’aidera même lorsqu’il sera temps pour moi de descendre du train. Comme quoi, ne pas s’énerver et toujours garder le sourire, ça a du bon !
Arrivée à Allerppey après 2h de trajet, j’aperçois un touriste qui descend du train comme moi. Je lui saute littéralement dessus en lui demandant s’il ne veut pas qu’on aille ensemble se renseigner pour les houseboats puisque je sais qu’ils partent avec un minimum de 2 personnes. Il accepte avec plaisir et nous voilà partis à l’office de tourisme de la ville. On nous apprend que les bateaux partent normalement vers 10h du matin mais qu’il doit être possible d’en avoir un pour 14h. Nous négocions le prix et nous voilà partis pour voir le bateau et dire si ça nous convient. Une voiture nous emmène jusqu’à un petit embarcadère où une grosse barge à riz aménagée n’attend plus que nous. Elle possède deux chambres fermées, une petite cuisine à l’arrière et une table, 2 chaises ainsi qu’un matelas en guise de canapé sur le devant du bateau. Le toit tressé de paille et de bambou recouvre la coque comme un coquillage. J’adore ce bateau ! Nous embarquons immédiatement et décollons quelques minutes plus tard. Vite fait, bien fait !
Alors que notre barque avance sur l’eau, propulsée à l’aide d’une longue perche en bambou que notre capitaine manie avec dextérité, je fais connaissance avec mon nouvel ami, Nick avec lequel je vais passer ces prochaines 24h sur cette bicoque. Il est Australien mais vit au Vietnam depuis plusieurs années en tant que professeur d’anglais. Il est gentil, calme et réservé, le compagnon idéal pour ce genre de voyage. Parfait ! Lui aussi a trouvé l’énergie de Varkala étrange et était content de partir. Nous discutons de voyages tandis que notre embarcation s’insinue lentement et sans bruit dans les canaux bordés de palmiers. Le temps est superbe, nous avons une chance incroyable. Nous croisons de petits villages où des femmes, en magnifique sari immergé jusqu’à la taille dans l’eau, battent leur linge dans la rivière. Des hommes s’y lavent, de jeunes enfants s’y baignent. Nous assistons à ces scènes de vie de notre bateau en coquille de noix pour notre plus grand plaisir. Quel bonheur d’avancer sur l’eau aussi calmement sans bruit de moteur venant perturber la quiétude. Tout a l’air de se dérouler au ralenti et ça me va très bien.
Nous nous arrêtons pour déjeuner. Toutes sortes de plats kéralais absolument délicieux nous sont apportés sur la table de notre bateau. Nous nous précipitons sur la nourriture avidement, il est 15h passées et nous mourons de faim. Rassasiés, nous repartons pour notre petite croisière admirant les tonalités de bleu dans le ciel se reflétant sur cette eau verte avec une beauté indicible. Je me sens tellement bien qu’un sourire presque niais reste collé à mon visage durant des heures. Et je suis contente de partager ça avec Nick qui a l’air d’apprécier autant que moi.
Le soir commence à tomber et nous nous arrêtons le long d’une berge pour la nuit. Le souper est servi mais j’ai l’impression de sortir à peine de table. Je n’ai pas vraiment faim mais je fais tout de même honneur à chaque plat, ils ont l’air tellement délicieux. Et je me régale encore une fois tandis que mon estomac demande grâce, il ne peut plus rien avaler d’autre aujourd’hui. Nous partons, Nick et moi, nous promener dans le village à la lueur du soleil tombant. Les villageois nous regardent en souriant et avec de grands « hello ». Leurs maisons en brique toutes simples se succèdent parmi les palmiers. Nos pas sont attirés par une musique tonitruante qui vient d’un temple au fond du village où des Indiens prient avec ferveur leur dieu sacré.
Nous rentrons au bateau sous un éclatant coucher de soleil aux couleurs rosées absolument incroyables : Nick et moi restons en contemplation devant ce superbe spectacle. Nous nous allongeons sur le divan à l’avant du bateau, le regard tourné vers les premières étoiles qui commencent à apparaître et refaisons le monde. Une coupure de courant plonge tout le village dans le noir pour notre plus grand plaisir. Seules quelques lucioles qui se confondent avec les astres de la voie lactée viennent apporter un peu de lumière. Une chauve-souris vient nous rendre visite afin de goûter nos bananes restées sur la table. Un petit lézard joue avec les moustiques. Un serpent ondule dans l’eau noire à côté du bateau. Seuls le sifflement des grillons, le pépiement des oiseaux et le clapotis des poissons sont audibles dans cet océan de sérénité.
Nick souhaite rester dormir sur le pont, je préfère rentrer dormir dans ma cabine, les moustiques étant un peu trop insistants ici. Je m’endors au son des bruits nocturnes de la forêt. Cette merveilleuse journée est passée trop vite à mon goût, je recommencerais bien la même chose demain.
Pour une fois, je me réveille à une heure décente ce matin. Il est 8h et il fait jour ! Je pars prendre mon petit déjeuner en terrasse au bord de la falaise en écoutant la mer. Il fait gris aujourd’hui et je me pose des questions sur le fait de rester ou non à Varkala. J’aime l’endroit, la plage mais tout cela me paraît trop touristique à mon goût. Je ne ressens pas la véritable Inde ici et les gens que je rencontre ne sont visiblement pas sur la même longueur d’onde que moi.
Je me suis assez reposée en bord de plage, il est temps de passer aux choses sérieuses. Je décide donc de quitter Varkala, sans regret, pour remonter vers le Nord, mon but étant d’atteindre l’ashram de la Sainte, nommée Amma afin d’y séjourner quelques jours à méditer. Je dois d’ailleurs y retrouver mon ami français Jean-Roch dans 3 jours. J’hésite encore sur ma manière de procéder : soit j’y vais directement aujourd’hui, soit je monte un peu plus dans le Nord, quitte à redescendre après afin de serpenter dans les célèbres canaux de Kerala. Dans tous les cas, je pars d’ici, j’entreprends donc de faire mes bagages et de lever les voiles.
Alors que j’arrive à la gare routière, je ne suis pas encore décidée sur ma prochaine destination. Je décide de laisser le destin choisir pour moi. Je demande au guichet si un train pour Allerppey part bientôt (il en existe 3 par jour) et elle me répond qu’il sera là dans 10 minutes. Ok, me voilà partie en direction des backwaters pour naviguer sur les canaux du Kerala, on a choisi pour moi ! Je retrouve dans le train une partie du groupe de Français qui remonte vers Cochin, nous faisons donc la route ensemble. Le train, si typiquement indien, me ravit au plus haut point. Son désordre, son brouhaha, son odeur et sa lente avancée à travers la campagne me laissent rêveuse. Les transports en Inde sont tout un poème… Les gens, enfermés dans des wagons aux petites fenêtres grillagées, se disputent un bout de siège, tandis que des vendeurs de chaï, café ou autres gourmandises essaient de se frayer un chemin dans l’allée en criant leur boniment. Je ne risque pas de leur acheter quoi que ce soit, c’est de cette façon que Michaël et moi sommes tombés si malades il y a 5 ans de cela, en mangeant de la nourriture avariée dans un train.
Un homme indien vient me voir, me hèle brutalement pour me demander de changer de siège pour qu’il se mette à ma place. Je lui réponds gentiment par la négative mais il insiste le bougre. Il commence même à s’énerver ! Heureusement, les autres Indiens du wagon viennent à ma rescousse, ce qui le calme un peu. Toutefois, il revient à la charge 30 minutes plus tard. Ca commence à bien faire ! Je finis par lui laisser ma place, ne désirant pas que ça finisse en pugilat. Je m’installe juste ne face de lui, lui décochant un rayonnant sourire, vrai et sincère, dénué de toute rancune, ce qui a l’air de le décontenancer un peu. Il me rends un timide sourire avec des yeux pleins de questionnement. Il m’aidera même lorsqu’il sera temps pour moi de descendre du train. Comme quoi, ne pas s’énerver et toujours garder le sourire, ça a du bon !
Arrivée à Allerppey après 2h de trajet, j’aperçois un touriste qui descend du train comme moi. Je lui saute littéralement dessus en lui demandant s’il ne veut pas qu’on aille ensemble se renseigner pour les houseboats puisque je sais qu’ils partent avec un minimum de 2 personnes. Il accepte avec plaisir et nous voilà partis à l’office de tourisme de la ville. On nous apprend que les bateaux partent normalement vers 10h du matin mais qu’il doit être possible d’en avoir un pour 14h. Nous négocions le prix et nous voilà partis pour voir le bateau et dire si ça nous convient. Une voiture nous emmène jusqu’à un petit embarcadère où une grosse barge à riz aménagée n’attend plus que nous. Elle possède deux chambres fermées, une petite cuisine à l’arrière et une table, 2 chaises ainsi qu’un matelas en guise de canapé sur le devant du bateau. Le toit tressé de paille et de bambou recouvre la coque comme un coquillage. J’adore ce bateau ! Nous embarquons immédiatement et décollons quelques minutes plus tard. Vite fait, bien fait !
Alors que notre barque avance sur l’eau, propulsée à l’aide d’une longue perche en bambou que notre capitaine manie avec dextérité, je fais connaissance avec mon nouvel ami, Nick avec lequel je vais passer ces prochaines 24h sur cette bicoque. Il est Australien mais vit au Vietnam depuis plusieurs années en tant que professeur d’anglais. Il est gentil, calme et réservé, le compagnon idéal pour ce genre de voyage. Parfait ! Lui aussi a trouvé l’énergie de Varkala étrange et était content de partir. Nous discutons de voyages tandis que notre embarcation s’insinue lentement et sans bruit dans les canaux bordés de palmiers. Le temps est superbe, nous avons une chance incroyable. Nous croisons de petits villages où des femmes, en magnifique sari immergé jusqu’à la taille dans l’eau, battent leur linge dans la rivière. Des hommes s’y lavent, de jeunes enfants s’y baignent. Nous assistons à ces scènes de vie de notre bateau en coquille de noix pour notre plus grand plaisir. Quel bonheur d’avancer sur l’eau aussi calmement sans bruit de moteur venant perturber la quiétude. Tout a l’air de se dérouler au ralenti et ça me va très bien.
Nous nous arrêtons pour déjeuner. Toutes sortes de plats kéralais absolument délicieux nous sont apportés sur la table de notre bateau. Nous nous précipitons sur la nourriture avidement, il est 15h passées et nous mourons de faim. Rassasiés, nous repartons pour notre petite croisière admirant les tonalités de bleu dans le ciel se reflétant sur cette eau verte avec une beauté indicible. Je me sens tellement bien qu’un sourire presque niais reste collé à mon visage durant des heures. Et je suis contente de partager ça avec Nick qui a l’air d’apprécier autant que moi.
Le soir commence à tomber et nous nous arrêtons le long d’une berge pour la nuit. Le souper est servi mais j’ai l’impression de sortir à peine de table. Je n’ai pas vraiment faim mais je fais tout de même honneur à chaque plat, ils ont l’air tellement délicieux. Et je me régale encore une fois tandis que mon estomac demande grâce, il ne peut plus rien avaler d’autre aujourd’hui. Nous partons, Nick et moi, nous promener dans le village à la lueur du soleil tombant. Les villageois nous regardent en souriant et avec de grands « hello ». Leurs maisons en brique toutes simples se succèdent parmi les palmiers. Nos pas sont attirés par une musique tonitruante qui vient d’un temple au fond du village où des Indiens prient avec ferveur leur dieu sacré.
Nous rentrons au bateau sous un éclatant coucher de soleil aux couleurs rosées absolument incroyables : Nick et moi restons en contemplation devant ce superbe spectacle. Nous nous allongeons sur le divan à l’avant du bateau, le regard tourné vers les premières étoiles qui commencent à apparaître et refaisons le monde. Une coupure de courant plonge tout le village dans le noir pour notre plus grand plaisir. Seules quelques lucioles qui se confondent avec les astres de la voie lactée viennent apporter un peu de lumière. Une chauve-souris vient nous rendre visite afin de goûter nos bananes restées sur la table. Un petit lézard joue avec les moustiques. Un serpent ondule dans l’eau noire à côté du bateau. Seuls le sifflement des grillons, le pépiement des oiseaux et le clapotis des poissons sont audibles dans cet océan de sérénité.
Nick souhaite rester dormir sur le pont, je préfère rentrer dormir dans ma cabine, les moustiques étant un peu trop insistants ici. Je m’endors au son des bruits nocturnes de la forêt. Cette merveilleuse journée est passée trop vite à mon goût, je recommencerais bien la même chose demain.
Ah des rencontres !
Le 18 septembre 2009
Malgré mon heure de coucher décente, je me réveille encore une fois vers les 5h du matin. Ceci dit, je commence à m’habituer à cette heure matinale et je poursuis mon petit rituel de ces derniers jours : je lis jusqu’à ce que le jour se lève puis je pars profiter des lieux encore endormis. Seuls les Indiens sont levés à cette heure, je ne croise aucun Blanc. Le village est plutôt désert, je dois le reconnaître. Mais je n’en apprécie pas moins la beauté du moment, le soleil se levant derrière la falaise, le bruit de la mer se cognant avec majesté contre les rochers me procurant toujours une sensation de paix intense et rassurante.
Je prends mon petit déjeuner dans le seul restaurant à peu près ouvert, tout en me faisant dévorer par les moustiques matinaux. Je descends ensuite sur la plage déserte qui n’appartient qu’à moi pour le moment. Mais rapidement des Indiens curieux me rejoignent, tout en restant à bonne distance. Vaguement inquiète et mal à l’aise au début, je finis par décider qu’ils ne sont pas dangereux et je peux profiter pleinement des lieux. Petit à petit, des Occidentaux me rejoignent tandis que le soleil inonde la plage de ses chauds rayons. Je loue un parasol, ne désirant pas finir en homard à la fin de la journée. J’alterne entre baignade dans cette eau déchaînée qui soulève des vagues de plus de 2 mètres me faisant plus d’une fois boire la tasse, et conversation avec les autres touristes. La mer permet de faire des connaissances. Jouant dans les vagues, il est facile de parler à son voisin. Je rencontre un Anglais, une Suisse allemande (ils sont partout !) et un groupe de Français. Je m’aperçois vite que tout le monde ne cherche pas la même chose de son séjour en Inde. A part la Suisse, les autres recherchent les plages et l’amusement. Ils ne connaissent pas (et ne veulent pas connaître) la véritable Inde. Je me rends compte alors que moi non plus je n’ai pas encore reconnecté avec la véritable essence indienne. Ici comme à Kovalam, c’est vraiment aménagé pour les touristes. Ce sont des endroits charmants, rêvés pour qui veut profiter de la plage à bas prix mais, si on ne fait que ça, on rate tout des beautés et mystères de l’Inde.
Je quitte ensuite mes amis pour aller m’octroyer un massage sur la falaise. J’aurais dû prendre une douche avant d’y aller parce que les massages au sable, ça n’a rien de plaisant. Surtout quand il s’agit plutôt d’un malaxage brutal au lieu d’une douce caresse. Mais bon, j’imagine que ça doit faire du bien au corps quand même. Les massages en Asie sont rarement doux, de toute façon, ce n’est pas leur but premier. Tout cela m’a épuisée en tout cas et je retourne à ma chambre faire une petite sieste. Evidemment, je m’endors à nouveau et rouvre un œil vers les 20h30, complètement groggy. Je me fais violence pour me lever et aller souper, je resterais bien encore une fois à finir ma nuit !
Je retrouve les Français dans un restaurant et je m’incruste à leur table. Ils sont sympathiques mais ne sont visiblement ici que pour boire le plus de cocktails possibles. Je les accompagne en en prenant un mais ce sera mon seul de la soirée. Je ne suis pas venue en Inde pour faire la fête et me soûler jusqu’à 2h du matin, je peux faire ça à Montréal ! Je les quitte après dîner pour me coucher bien sagement sous une pluie battante. Le temps change vite ici !
Malgré mon heure de coucher décente, je me réveille encore une fois vers les 5h du matin. Ceci dit, je commence à m’habituer à cette heure matinale et je poursuis mon petit rituel de ces derniers jours : je lis jusqu’à ce que le jour se lève puis je pars profiter des lieux encore endormis. Seuls les Indiens sont levés à cette heure, je ne croise aucun Blanc. Le village est plutôt désert, je dois le reconnaître. Mais je n’en apprécie pas moins la beauté du moment, le soleil se levant derrière la falaise, le bruit de la mer se cognant avec majesté contre les rochers me procurant toujours une sensation de paix intense et rassurante.
Je prends mon petit déjeuner dans le seul restaurant à peu près ouvert, tout en me faisant dévorer par les moustiques matinaux. Je descends ensuite sur la plage déserte qui n’appartient qu’à moi pour le moment. Mais rapidement des Indiens curieux me rejoignent, tout en restant à bonne distance. Vaguement inquiète et mal à l’aise au début, je finis par décider qu’ils ne sont pas dangereux et je peux profiter pleinement des lieux. Petit à petit, des Occidentaux me rejoignent tandis que le soleil inonde la plage de ses chauds rayons. Je loue un parasol, ne désirant pas finir en homard à la fin de la journée. J’alterne entre baignade dans cette eau déchaînée qui soulève des vagues de plus de 2 mètres me faisant plus d’une fois boire la tasse, et conversation avec les autres touristes. La mer permet de faire des connaissances. Jouant dans les vagues, il est facile de parler à son voisin. Je rencontre un Anglais, une Suisse allemande (ils sont partout !) et un groupe de Français. Je m’aperçois vite que tout le monde ne cherche pas la même chose de son séjour en Inde. A part la Suisse, les autres recherchent les plages et l’amusement. Ils ne connaissent pas (et ne veulent pas connaître) la véritable Inde. Je me rends compte alors que moi non plus je n’ai pas encore reconnecté avec la véritable essence indienne. Ici comme à Kovalam, c’est vraiment aménagé pour les touristes. Ce sont des endroits charmants, rêvés pour qui veut profiter de la plage à bas prix mais, si on ne fait que ça, on rate tout des beautés et mystères de l’Inde.
Je quitte ensuite mes amis pour aller m’octroyer un massage sur la falaise. J’aurais dû prendre une douche avant d’y aller parce que les massages au sable, ça n’a rien de plaisant. Surtout quand il s’agit plutôt d’un malaxage brutal au lieu d’une douce caresse. Mais bon, j’imagine que ça doit faire du bien au corps quand même. Les massages en Asie sont rarement doux, de toute façon, ce n’est pas leur but premier. Tout cela m’a épuisée en tout cas et je retourne à ma chambre faire une petite sieste. Evidemment, je m’endors à nouveau et rouvre un œil vers les 20h30, complètement groggy. Je me fais violence pour me lever et aller souper, je resterais bien encore une fois à finir ma nuit !
Je retrouve les Français dans un restaurant et je m’incruste à leur table. Ils sont sympathiques mais ne sont visiblement ici que pour boire le plus de cocktails possibles. Je les accompagne en en prenant un mais ce sera mon seul de la soirée. Je ne suis pas venue en Inde pour faire la fête et me soûler jusqu’à 2h du matin, je peux faire ça à Montréal ! Je les quitte après dîner pour me coucher bien sagement sous une pluie battante. Le temps change vite ici !
Départ pour Varkala
Le 17 septembre 2009\
Réveillée à 5h du matin, j’ai fait le tour de l’horloge cette nuit! Bon, je suis toujours un peu décalée mais ça devrait se remettre cette nuit si j’arrive à tenir jusqu’à ce soir sans sieste. Je sors sur ma terrasse, il fait nuit noire dehors. Je reste alors à écouter les bruits de la forêt qui m’entoure. Grillons, oiseaux, coqs et vent dans les feuilles des arbres sonnent comme une superbe musique à mes oreilles. J’essaie d’être présente à 100%, de vivre intensément cet instant et ça me procure une paix et une sérénité absolument incroyables. J’ai la sensation de ne faire plus qu’un avec le Tout, d’être en harmonie avec l’univers…
Le soleil commence à se lever, je pars faire un tour sur la plage. Assise sur un rocher, j’essaie de nouveau d’être dans l’acceptation totale de tout ce qui est. Le bruit de la mer et des vagues se cassant sur le sable est une véritable source d’inspiration pour moi. Un jeune Indien joue sur le sable avec son chien. Avec sa chemise et son paréo retroussé qui lui couvre la taille, il paraîtrait bizarrement habillé dans notre pays. Ici tous les hommes s’habillent ainsi. Je le regarde, il émane de lui une totale joie de vivre. Il s’amuse avec son chien comme un enfant, riant à gorge déployée, vivant juste dans l’instant présent. J’ai remarqué ça aussi hier sur la plage. Les Indiens de tous âges se poussaient dans l’eau, s’éclaboussaient, riaient comme des enfants insouciants. Les Occidentaux à côté paraissent si sérieux, se baignant rapidement, faisant une ou deux brasses puis retournant faire le homard sur le sable. Intéressant, cette différence de culture.
Il est 7h, je peux enfin aller prendre mon petit déjeuner dans le premier restaurant qui ouvre. Je pars ensuite pour une promenade digestive et je croise un Indien qui commence à m’adresser la parole. Je ne sais pourquoi, mais il a quelque chose de profond dans le regard et la discussion est loin d’être inintéressante. Nous restons un bon moment. Nous arrivons rapidement à parler spiritualité ainsi que de gourous indiens. Il n’en aime aucun mais me raconte plein d’histoires à leur propos. Il est drôle et passionnant. Nous restons un bon moment à discuter dans la rue puis il me propose d’aller boire un chai (thé épicé) ensemble. J’accepte volontiers. Il continue à me raconter des légendes de son pays, je suis aux anges, j’adore les histoires! Après plus de 2h de discussion, je le quitte en le remerciant pour ses talents de conteur.
Arrivée à mon hôtel, je rencontre mon voisin de chambre, un Italien qui est à Kovalam depuis un mois et demi! Il faut le vouloir pour rester autant de temps dans un petit village en morte saison. Il m’apprend qu’il est surtout là pour méditer. Je rencontre beaucoup de gens spirituels ce matin, dis donc! Je suis à la bonne place… Malheureusement, j’avais décidé ce matin de quitter Kovalam, que je trouve trop désert, pour Varkala, une autre plage que je soupçonne d’être plus animée. J’hésite à rester encore une journée de plus ici, vu que mes connaissances ont augmenté depuis quelques heures, mais je décide de rester sur ma première impression et je quitte la chambre, mon sac sur le dos.
Dans le bus pour Trivandrum, je retrouve le serveur de mon petit déjeuner de ce matin. Trente minutes plus tard, nous sommes à Trivandrum et mon serveur m’aide à trouver l’autre gare qui me permettra d’aller à Varkala. Tout le monde est serviable et gentil envers moi, je n’ai vraiment pas à me plaindre. Une fois à l’autre gare, je me mélange les pinceaux et demande bêtement un bus pour Kovalam (l’endroit d’où je viens) au lieu de Varkala. Avant que j’aie eu le temps de dire ouf, je me retrouve coincée dans un bus qui repart vers mon point de départ! Heureusement, je m’en aperçois assez vite et je réussis à m’extirper de ce bus bondé pour traverser la rue et en prendre un en sens inverse. Bref, je finis tout de même par monter dans le bon bus. J’ai hésité à rester dans le bus pour Kovalam, même après avoir compris mon erreur, en me demandant si ce n’était pas un signe pour moi que je devais rester plus longtemps là-bas. Mais mon envie de découvrir de nouveaux lieux a été la plus forte.
Avec tout ça, j’arrive vers les 15h30 à Varkala, tout en étant partie à 11h, et en sachant qu’il n’y a qu’une centaine de kilomètres. Vive les bus indiens! Ceci dit, j’aime ce moyen de transport. Ca me permet d’apprécier les scènes de vie des habitants dans les villages qu’on traverse. Je ne m’ennuie jamais, ayant toujours quelque chose à regarder, que ce soit les femmes en sari, les étals de vêtements ou de nourriture, la conduite sportive des rickshaws ou des bus, les temples ou les mosquées, les petites maisons de chaume à ciel ouvert… Quel pays incroyable! Et bizarrement je m’y sens bien… Beaucoup plus à l’aise que lors de ma première venue il y a 5 ans.
Arrivée à Varkala, je me dispute avec le chauffeur du rickshaw qui me dit un prix et change à mon arrivée. Puis, je me fais suivre par un racoleur d’hôtel qui veut absolument m’emmener dans une place où il aura sa commission. Il m’énerve tellement que je finis par dire oui à l’une de ses chambres, y dépose mon sac qui commence à se faire lourd sur mes épaules mais ne signe pas le registre pour le moment. Je pars seule à la recherche d’une autre chambre, allégée de mon sac. Je trouve des petits bungalows simples mais adorables au bord de la falaise qui donne sur la mer. Comme on est en basse saison, les prix sont négociables de manière drastique. Adjugé! Je reviens chercher mon sac à l’hôtel en lui disant que j’ai changé d’avis et je le plante là malgré ses protestations. Non mais! Je pars ensuite inspecter les environs. Tous les hôtels, restaurants et boutiques se disputent le haut de la falaise, en équilibre presqu’instable. La plage de sable blanc qui se situe en contrebas n’a l’air d’être fréquentée que par des Blancs et les filles sont toutes en bikini. Youhouh, je descends illico les marches qui mènent à la mer et saute dans cette eau salée, les fortes vagues agissant comme un massage sur mes jambes fatiguées par le transport. Génial! Ca fait du bien de pouvoir se baigner sans être gênée d’être en maillot de bain.
Je remonte ensuite admirer le coucher de soleil du haut de la falaise, les restaurants étant déjà presque tous bondés de routards! Ah, voilà où ils étaient cachés! Une rapide douche puis je me choisis un petit restaurant en commandant leur spécialité de poisson tandoori. Je peux même choisir mon poisson moi-même! Un délice… Je rentre me coucher à une heure normale cette fois, sous une pluie battante. La mousson n’est pas encore tout à fait finie! J’aime entendre le martèlement de la pluie sur ma frêle cahute. Je m’endors en écoutant cette musique magique.
Réveillée à 5h du matin, j’ai fait le tour de l’horloge cette nuit! Bon, je suis toujours un peu décalée mais ça devrait se remettre cette nuit si j’arrive à tenir jusqu’à ce soir sans sieste. Je sors sur ma terrasse, il fait nuit noire dehors. Je reste alors à écouter les bruits de la forêt qui m’entoure. Grillons, oiseaux, coqs et vent dans les feuilles des arbres sonnent comme une superbe musique à mes oreilles. J’essaie d’être présente à 100%, de vivre intensément cet instant et ça me procure une paix et une sérénité absolument incroyables. J’ai la sensation de ne faire plus qu’un avec le Tout, d’être en harmonie avec l’univers…
Le soleil commence à se lever, je pars faire un tour sur la plage. Assise sur un rocher, j’essaie de nouveau d’être dans l’acceptation totale de tout ce qui est. Le bruit de la mer et des vagues se cassant sur le sable est une véritable source d’inspiration pour moi. Un jeune Indien joue sur le sable avec son chien. Avec sa chemise et son paréo retroussé qui lui couvre la taille, il paraîtrait bizarrement habillé dans notre pays. Ici tous les hommes s’habillent ainsi. Je le regarde, il émane de lui une totale joie de vivre. Il s’amuse avec son chien comme un enfant, riant à gorge déployée, vivant juste dans l’instant présent. J’ai remarqué ça aussi hier sur la plage. Les Indiens de tous âges se poussaient dans l’eau, s’éclaboussaient, riaient comme des enfants insouciants. Les Occidentaux à côté paraissent si sérieux, se baignant rapidement, faisant une ou deux brasses puis retournant faire le homard sur le sable. Intéressant, cette différence de culture.
Il est 7h, je peux enfin aller prendre mon petit déjeuner dans le premier restaurant qui ouvre. Je pars ensuite pour une promenade digestive et je croise un Indien qui commence à m’adresser la parole. Je ne sais pourquoi, mais il a quelque chose de profond dans le regard et la discussion est loin d’être inintéressante. Nous restons un bon moment. Nous arrivons rapidement à parler spiritualité ainsi que de gourous indiens. Il n’en aime aucun mais me raconte plein d’histoires à leur propos. Il est drôle et passionnant. Nous restons un bon moment à discuter dans la rue puis il me propose d’aller boire un chai (thé épicé) ensemble. J’accepte volontiers. Il continue à me raconter des légendes de son pays, je suis aux anges, j’adore les histoires! Après plus de 2h de discussion, je le quitte en le remerciant pour ses talents de conteur.
Arrivée à mon hôtel, je rencontre mon voisin de chambre, un Italien qui est à Kovalam depuis un mois et demi! Il faut le vouloir pour rester autant de temps dans un petit village en morte saison. Il m’apprend qu’il est surtout là pour méditer. Je rencontre beaucoup de gens spirituels ce matin, dis donc! Je suis à la bonne place… Malheureusement, j’avais décidé ce matin de quitter Kovalam, que je trouve trop désert, pour Varkala, une autre plage que je soupçonne d’être plus animée. J’hésite à rester encore une journée de plus ici, vu que mes connaissances ont augmenté depuis quelques heures, mais je décide de rester sur ma première impression et je quitte la chambre, mon sac sur le dos.
Dans le bus pour Trivandrum, je retrouve le serveur de mon petit déjeuner de ce matin. Trente minutes plus tard, nous sommes à Trivandrum et mon serveur m’aide à trouver l’autre gare qui me permettra d’aller à Varkala. Tout le monde est serviable et gentil envers moi, je n’ai vraiment pas à me plaindre. Une fois à l’autre gare, je me mélange les pinceaux et demande bêtement un bus pour Kovalam (l’endroit d’où je viens) au lieu de Varkala. Avant que j’aie eu le temps de dire ouf, je me retrouve coincée dans un bus qui repart vers mon point de départ! Heureusement, je m’en aperçois assez vite et je réussis à m’extirper de ce bus bondé pour traverser la rue et en prendre un en sens inverse. Bref, je finis tout de même par monter dans le bon bus. J’ai hésité à rester dans le bus pour Kovalam, même après avoir compris mon erreur, en me demandant si ce n’était pas un signe pour moi que je devais rester plus longtemps là-bas. Mais mon envie de découvrir de nouveaux lieux a été la plus forte.
Avec tout ça, j’arrive vers les 15h30 à Varkala, tout en étant partie à 11h, et en sachant qu’il n’y a qu’une centaine de kilomètres. Vive les bus indiens! Ceci dit, j’aime ce moyen de transport. Ca me permet d’apprécier les scènes de vie des habitants dans les villages qu’on traverse. Je ne m’ennuie jamais, ayant toujours quelque chose à regarder, que ce soit les femmes en sari, les étals de vêtements ou de nourriture, la conduite sportive des rickshaws ou des bus, les temples ou les mosquées, les petites maisons de chaume à ciel ouvert… Quel pays incroyable! Et bizarrement je m’y sens bien… Beaucoup plus à l’aise que lors de ma première venue il y a 5 ans.
Arrivée à Varkala, je me dispute avec le chauffeur du rickshaw qui me dit un prix et change à mon arrivée. Puis, je me fais suivre par un racoleur d’hôtel qui veut absolument m’emmener dans une place où il aura sa commission. Il m’énerve tellement que je finis par dire oui à l’une de ses chambres, y dépose mon sac qui commence à se faire lourd sur mes épaules mais ne signe pas le registre pour le moment. Je pars seule à la recherche d’une autre chambre, allégée de mon sac. Je trouve des petits bungalows simples mais adorables au bord de la falaise qui donne sur la mer. Comme on est en basse saison, les prix sont négociables de manière drastique. Adjugé! Je reviens chercher mon sac à l’hôtel en lui disant que j’ai changé d’avis et je le plante là malgré ses protestations. Non mais! Je pars ensuite inspecter les environs. Tous les hôtels, restaurants et boutiques se disputent le haut de la falaise, en équilibre presqu’instable. La plage de sable blanc qui se situe en contrebas n’a l’air d’être fréquentée que par des Blancs et les filles sont toutes en bikini. Youhouh, je descends illico les marches qui mènent à la mer et saute dans cette eau salée, les fortes vagues agissant comme un massage sur mes jambes fatiguées par le transport. Génial! Ca fait du bien de pouvoir se baigner sans être gênée d’être en maillot de bain.
Je remonte ensuite admirer le coucher de soleil du haut de la falaise, les restaurants étant déjà presque tous bondés de routards! Ah, voilà où ils étaient cachés! Une rapide douche puis je me choisis un petit restaurant en commandant leur spécialité de poisson tandoori. Je peux même choisir mon poisson moi-même! Un délice… Je rentre me coucher à une heure normale cette fois, sous une pluie battante. La mousson n’est pas encore tout à fait finie! J’aime entendre le martèlement de la pluie sur ma frêle cahute. Je m’endors en écoutant cette musique magique.
Plage et farniente
Le 16 septembre 2009
Réveillée à 5h du matin, j’ai tout de même réussi à récupérer un peu. Par contre, je me réveille avec un mal de dos latent, certainement dû à mes positions inconfortables dans l’avion pour essayer de trouver le sommeil. Je n’ai plus 20 ans, dis donc!
Malgré l’heure matinale, je décide d’aller faire un tour sur la plage. Il n’y a quasiment personne dehors, le soleil commence à peine à pointer son nez. Mais personne ne me regarde avec insistance ou bien comme un animal curieux. C’est agréable de se balader les pieds dans l’eau à une heure aussi matinale, ça ne m’arrive pas souvent. Je m’arrête dans un petit restaurant en bord de mer, je suis évidemment la seule cliente, il n’est pas encore 6h du matin. Le propriétaire me tape la discussion durant une heure à la façon indienne. Je suis obligée de dire que je suis mariée pour que la discussion ne vire pas sur un terrain glissant.
Je pars ensuite en quête d’une chambre moins austère pour ce soir. Après de multiples détours dans des petites rues étroites, je tombe sur une magnifique oasis de verdure en pleine forêt à 300 mètres de la plage. Je choisis au hasard un hôtel qui me paraît sympathique. Il propose de très belles chambres avec un petit balcon donnant sur la palmeraie et le tout moins cher que ma chambre de cette nuit alors qu’il n’y a aucune comparaison possible. Allez, je l’adopte! Je transfère mes bagages puis décide d’aller piquer une petite tête dans la mer. Je m’installe non loin d’occidentales en bikini, je sais que, pour les Indiens, voir des Européennes à moitié nues sur une plage ne fait pas partie de leur culture.
Le temps d’effectuer une rapide plongée dans cette eau salée aux vagues impressionnantes, je me rhabille vite fait , ayant trop d’yeux voyeurs d’Indiens autour de moi. Ah, les différences culturelles… Je ne me vois quand même pas me baigner en pantalon et en tee-shirt! Je pars ensuite en promenade dans le village. Le nombre de touristes est incroyablement bas, je me trouve visiblement en basse saison, je suis surprise. Moi qui pensais me faire des amis ici, c’est plutôt raté avec ces 3 Européens qui se battent en duel!
Je passe l’après-midi sur la plage, allongée sous un parasol, des vendeurs de paréos, de lunettes ou de bananes venant me déranger toutes les dix minutes. Ceci dit, je pensais que le harcèlement commercial serait pire que ça. J’ai un souvenir de ne pas avoir pu rester plus de 15 minutes sur la plage de Bombay la dernière fois que je suis venue en Inde, les Indiens étant beaucoup trop pénibles. Je me demande si j’ai un plus grand lâcher-prise ou bien s’ils sont juste moins insistants ici.
Je rentre ensuite à l’hôtel, souhaitant profiter un peu de la superbe vue de mon balcon sur la palmeraie. Aussitôt arrivée, je sens une grande fatigue m’envahir et je me couche alors dans mon lit afin d’effectuer une petite sieste. Je me réveille 4h plus tard complètement abasourdie d’avoir dormi aussi longtemps. Il est 21h, il fait nuit noire dehors et j’ai l’impression d’être encore fatiguée. Allez, je saute le repas de ce soir, je n’ai pas faim de toute façon et je me remets au lit pour continuer ma nuit. Autant en profiter pour me reposer et être en pleine forme pour la suite de mes aventures!
Réveillée à 5h du matin, j’ai tout de même réussi à récupérer un peu. Par contre, je me réveille avec un mal de dos latent, certainement dû à mes positions inconfortables dans l’avion pour essayer de trouver le sommeil. Je n’ai plus 20 ans, dis donc!
Malgré l’heure matinale, je décide d’aller faire un tour sur la plage. Il n’y a quasiment personne dehors, le soleil commence à peine à pointer son nez. Mais personne ne me regarde avec insistance ou bien comme un animal curieux. C’est agréable de se balader les pieds dans l’eau à une heure aussi matinale, ça ne m’arrive pas souvent. Je m’arrête dans un petit restaurant en bord de mer, je suis évidemment la seule cliente, il n’est pas encore 6h du matin. Le propriétaire me tape la discussion durant une heure à la façon indienne. Je suis obligée de dire que je suis mariée pour que la discussion ne vire pas sur un terrain glissant.
Je pars ensuite en quête d’une chambre moins austère pour ce soir. Après de multiples détours dans des petites rues étroites, je tombe sur une magnifique oasis de verdure en pleine forêt à 300 mètres de la plage. Je choisis au hasard un hôtel qui me paraît sympathique. Il propose de très belles chambres avec un petit balcon donnant sur la palmeraie et le tout moins cher que ma chambre de cette nuit alors qu’il n’y a aucune comparaison possible. Allez, je l’adopte! Je transfère mes bagages puis décide d’aller piquer une petite tête dans la mer. Je m’installe non loin d’occidentales en bikini, je sais que, pour les Indiens, voir des Européennes à moitié nues sur une plage ne fait pas partie de leur culture.
Le temps d’effectuer une rapide plongée dans cette eau salée aux vagues impressionnantes, je me rhabille vite fait , ayant trop d’yeux voyeurs d’Indiens autour de moi. Ah, les différences culturelles… Je ne me vois quand même pas me baigner en pantalon et en tee-shirt! Je pars ensuite en promenade dans le village. Le nombre de touristes est incroyablement bas, je me trouve visiblement en basse saison, je suis surprise. Moi qui pensais me faire des amis ici, c’est plutôt raté avec ces 3 Européens qui se battent en duel!
Je passe l’après-midi sur la plage, allongée sous un parasol, des vendeurs de paréos, de lunettes ou de bananes venant me déranger toutes les dix minutes. Ceci dit, je pensais que le harcèlement commercial serait pire que ça. J’ai un souvenir de ne pas avoir pu rester plus de 15 minutes sur la plage de Bombay la dernière fois que je suis venue en Inde, les Indiens étant beaucoup trop pénibles. Je me demande si j’ai un plus grand lâcher-prise ou bien s’ils sont juste moins insistants ici.
Je rentre ensuite à l’hôtel, souhaitant profiter un peu de la superbe vue de mon balcon sur la palmeraie. Aussitôt arrivée, je sens une grande fatigue m’envahir et je me couche alors dans mon lit afin d’effectuer une petite sieste. Je me réveille 4h plus tard complètement abasourdie d’avoir dormi aussi longtemps. Il est 21h, il fait nuit noire dehors et j’ai l’impression d’être encore fatiguée. Allez, je saute le repas de ce soir, je n’ai pas faim de toute façon et je me remets au lit pour continuer ma nuit. Autant en profiter pour me reposer et être en pleine forme pour la suite de mes aventures!
Arrivée en Inde
Le 14 et le 15 septembre 2009
J’arrive à Hong Kong à 6h du matin le 15 septembre, ayant perdu une journée au passage. La loi des décalages horaires! Je sors de l’avion pour me dégourdir les jambes tout en sachant que je repars dans une heure à bord du même appareil en direction de Singapour. Je ne suis pas au bout de mon voyage, le but étant l’Inde du Sud!
Hong Kong… J’y étais il y a 5 ans maintenant, tout comme Singapour que j’ai visité deux ans auparavant. Je sens que l’Asie est de nouveau proche, étant quasiment la seule blanche dans l’appareil, sans parler de la langue si différente de nos langues occidentales. Ca y est, me revient cette même excitation qui m’envahit à chaque fois avant de fouler le sol asiatique. J’aime! J’ai hâte d’arriver en Inde à présent, me demandant comment je vais appréhender ce pays si contrasté et exotique qui ne m’a pas toujours convenu lors de ma première visite il y a 5 ans. Mais là je pense être plus prête psychologiquement pour ce type de pays, et j’ai envie de me faire bousculer un peu, de tester mes limites dans ce domaine. Avec un pays comme l’Inde, je risque d’être servie!
Cinq heures plus tard, j’atterris à Singapour comme prévu où une escale de 6h m’attend avant mon vol pour l’Inde. J’hésite: est-ce que je sors de l’aéroport pour faire un tour en ville ou bien je reste sagement à attendre mon vol. Vu que je connais déjà Singapour pour l’avoir visité auparavant et que je suis passablement fatiguée et en manque de sommeil, je décide de rester en transit pour me reposer. Je m’aperçois rapidement que l’aéroport de Singapour est le meilleur endroit où passer plusieurs heures à attendre! Entre Internet gratuit, la possibilité de jouer à des jeux vidéo, de faire toutes sortes de boutiques, d’aller se promener dans un vrai jardin de tournesols ou bien de s’allonger dans de confortables fauteuils, une musique douce sortant de haut parleurs intégrés aux sièges qui vous enveloppent entièrement de ces notes de musique discrètes, j’ai de quoi faire! Singapour est extraordinaire d’un point de vue technologique! Son aéroport le reflète bien…
Je réussis à dormir un peu sur les transats de la salle d’aéroport. Ca fait du bien! Je me réveille juste à temps pour passer en salle d’embarquement. Un peu plus et je ratais mon avion, moi! En plus, la porte d’embarquement change trois fois de numéro… Même à Singapour, ça commence à être le bazar dès qu’on veut partir en Inde! Et je n’y suis pas encore… J’admire les femmes en sari qui envahissent la salle d’embarquement avec leur tête qui dodeline pour dire oui. Je commence même à sentir un peu les odeurs d’épice! Yououh, ça devient bon! Le vrai voyage va maintenant commencer…
Je me retrouve dans l’avion à côté d’une petite fille de 2 ans qui me regarde curieuse avec ses grands yeux noirs, en me lançant de grands sourires édentés. Rapidement cependant elle se met à pleurer, n’aimant visiblement pas trop les avions. L’appareil est loin d’être plein, Trivandrum en Inde n’apparaît pas au sommet des lieux touristiques à visiter, je change donc de place pour pouvoir dormir un peu. Je m’assoupis quasiment durant tout ce trajet de 4 heures. Ca y est, nous atterrissons enfin sur le sol indien! A moitié endormie encore, je ne réalise pas trop ce que ça signifie réellement. Je m’aperçois qu’en comptant toutes mes heures d’avion cumulées, j’ai passé 24 heures en vol! Pas mal… L’Inde du Sud se trouve exactement à l’opposé du globe par rapport à San Francisco.
L’immigration rapidement passée, mon visa touristique étant bien valide, je pars récupérer mes bagages. Un rapide tour aux toilettes me montre bien que je ne suis plus à Singapour là. Un vieux siège sur lequel je n’ose même pas m’asseoir fait office de toilettes, la chasse d’eau n’existe pas en Inde, il faut verser de l’eau dans la cuvette à l’aide d’un petit récipient. Le papier toilette est remplacé par un petit jet d’eau qui permet de se laver où il faut. Bienvenue en Inde! Je me surprends à sourire toute seule. Ma première impression pour mon retour ici est plutôt bonne. D’autant plus que j’avais un terrible souvenir de mon arrivée à Delhi 5 ans plus tôt mais Trivandrum a l’air plus calme et on m’a dit que l’Inde du Sud était quand même un peu plus tranquille que le Nord. Ce n’est pas la dense foule à laquelle je m’attendais, les gens vous accostant de toutes parts. A part un ou deux chauffeurs de taxi qui viennent me voir, personne ne m’importune.
Mon sac à dos récupéré, je pars à la recherche d’un distributeur de billets. Etonnamment, il n’y en a pas dans l’aéroport international, mais il faut se rendre jusqu’au terminal des vols nationaux. Allez comprendre la logique… J’entreprends seule une petite marche à travers les buildings désaffectés pour aller chercher ce satané distributeur. A 22h passées, la nuit étant tombée depuis longtemps, je m’en serais bien passée. Bref, je finis par le trouver puis prends un taxi pour qu’il m’amène à Kovalam, une petite station balnéaire en bord de plage. Un endroit idéal pour se relaxer quelques jours, je pense. Je lui demande aussi de me trouver un hôtel par la même occasion, n’ayant rien réservé d’avance. L’avantage en Inde, c’est qu’il n’est pas nécessaire de réserver quoi que ce soit à l’avance, les gens se mettant en 4 pour trouver une solution, c’est certain. Le taxi est ravi d’avoir à me trouver une chambre, il aura sa commission au passage et je sais que même à cette heure avancée de la nuit, trouver un hôtel sera facile ici. Demandez la même chose à un chauffeur de taxi à San Francisco à 23h… Il vous répondra gentiment que ce n’est pas son job!
Je mets un moment à deviner de quel côté de la route les voitures sont censées rouler en Inde, la conduite de mon chauffeur n’étant pas claire à ce sujet. Si ça a l’air d’être à gauche, je le devine plus de par la position du volant dans le véhicule que de par sa conduite. Entre les chiens errants, les gens qui se trouvent n’importe où sur la route et les autres voitures, il faut être attentif à tout instant.
Bref, 20 minutes plus tard, il me dépose à un hôtel dans mes prix où juste trône un lit dans une chambre sans meuble avec une salle de bains privative. Parfait! Je remercie tout le monde et fonce prendre ma douche à la façon indienne. On remplit un grand baquet d’eau à l’aide d’un robinet d’eau froide puis, à l’aide d’un petit récipient (le même que celui qui sert de chasse d’eau), on se verse l’eau sur la tête! L’eau coule à même la salle de bains qui ne possède qu’un petit trou dans un coin par terre pour l’évacuation. Ca ressemble à mon spa japonais de San Francisco mais en beaucoup plus basique et certainement moins classe! Après cette bonne douche rafraîchissante (il fait 30° dehors), au lit! Je me glisse dans mon sac à viande en soie, le lit ne possédant pas de drap et je n’ai aucune envie de me coucher directement sur le matelas. Par contre, le sommeil a du mal à venir, ce n’est plus mon heure! Avec le décalage horaire et mes incessantes siestes coupées, mon corps ne sait plus bien sur quel pied danser…
J’arrive à Hong Kong à 6h du matin le 15 septembre, ayant perdu une journée au passage. La loi des décalages horaires! Je sors de l’avion pour me dégourdir les jambes tout en sachant que je repars dans une heure à bord du même appareil en direction de Singapour. Je ne suis pas au bout de mon voyage, le but étant l’Inde du Sud!
Hong Kong… J’y étais il y a 5 ans maintenant, tout comme Singapour que j’ai visité deux ans auparavant. Je sens que l’Asie est de nouveau proche, étant quasiment la seule blanche dans l’appareil, sans parler de la langue si différente de nos langues occidentales. Ca y est, me revient cette même excitation qui m’envahit à chaque fois avant de fouler le sol asiatique. J’aime! J’ai hâte d’arriver en Inde à présent, me demandant comment je vais appréhender ce pays si contrasté et exotique qui ne m’a pas toujours convenu lors de ma première visite il y a 5 ans. Mais là je pense être plus prête psychologiquement pour ce type de pays, et j’ai envie de me faire bousculer un peu, de tester mes limites dans ce domaine. Avec un pays comme l’Inde, je risque d’être servie!
Cinq heures plus tard, j’atterris à Singapour comme prévu où une escale de 6h m’attend avant mon vol pour l’Inde. J’hésite: est-ce que je sors de l’aéroport pour faire un tour en ville ou bien je reste sagement à attendre mon vol. Vu que je connais déjà Singapour pour l’avoir visité auparavant et que je suis passablement fatiguée et en manque de sommeil, je décide de rester en transit pour me reposer. Je m’aperçois rapidement que l’aéroport de Singapour est le meilleur endroit où passer plusieurs heures à attendre! Entre Internet gratuit, la possibilité de jouer à des jeux vidéo, de faire toutes sortes de boutiques, d’aller se promener dans un vrai jardin de tournesols ou bien de s’allonger dans de confortables fauteuils, une musique douce sortant de haut parleurs intégrés aux sièges qui vous enveloppent entièrement de ces notes de musique discrètes, j’ai de quoi faire! Singapour est extraordinaire d’un point de vue technologique! Son aéroport le reflète bien…
Je réussis à dormir un peu sur les transats de la salle d’aéroport. Ca fait du bien! Je me réveille juste à temps pour passer en salle d’embarquement. Un peu plus et je ratais mon avion, moi! En plus, la porte d’embarquement change trois fois de numéro… Même à Singapour, ça commence à être le bazar dès qu’on veut partir en Inde! Et je n’y suis pas encore… J’admire les femmes en sari qui envahissent la salle d’embarquement avec leur tête qui dodeline pour dire oui. Je commence même à sentir un peu les odeurs d’épice! Yououh, ça devient bon! Le vrai voyage va maintenant commencer…
Je me retrouve dans l’avion à côté d’une petite fille de 2 ans qui me regarde curieuse avec ses grands yeux noirs, en me lançant de grands sourires édentés. Rapidement cependant elle se met à pleurer, n’aimant visiblement pas trop les avions. L’appareil est loin d’être plein, Trivandrum en Inde n’apparaît pas au sommet des lieux touristiques à visiter, je change donc de place pour pouvoir dormir un peu. Je m’assoupis quasiment durant tout ce trajet de 4 heures. Ca y est, nous atterrissons enfin sur le sol indien! A moitié endormie encore, je ne réalise pas trop ce que ça signifie réellement. Je m’aperçois qu’en comptant toutes mes heures d’avion cumulées, j’ai passé 24 heures en vol! Pas mal… L’Inde du Sud se trouve exactement à l’opposé du globe par rapport à San Francisco.
L’immigration rapidement passée, mon visa touristique étant bien valide, je pars récupérer mes bagages. Un rapide tour aux toilettes me montre bien que je ne suis plus à Singapour là. Un vieux siège sur lequel je n’ose même pas m’asseoir fait office de toilettes, la chasse d’eau n’existe pas en Inde, il faut verser de l’eau dans la cuvette à l’aide d’un petit récipient. Le papier toilette est remplacé par un petit jet d’eau qui permet de se laver où il faut. Bienvenue en Inde! Je me surprends à sourire toute seule. Ma première impression pour mon retour ici est plutôt bonne. D’autant plus que j’avais un terrible souvenir de mon arrivée à Delhi 5 ans plus tôt mais Trivandrum a l’air plus calme et on m’a dit que l’Inde du Sud était quand même un peu plus tranquille que le Nord. Ce n’est pas la dense foule à laquelle je m’attendais, les gens vous accostant de toutes parts. A part un ou deux chauffeurs de taxi qui viennent me voir, personne ne m’importune.
Mon sac à dos récupéré, je pars à la recherche d’un distributeur de billets. Etonnamment, il n’y en a pas dans l’aéroport international, mais il faut se rendre jusqu’au terminal des vols nationaux. Allez comprendre la logique… J’entreprends seule une petite marche à travers les buildings désaffectés pour aller chercher ce satané distributeur. A 22h passées, la nuit étant tombée depuis longtemps, je m’en serais bien passée. Bref, je finis par le trouver puis prends un taxi pour qu’il m’amène à Kovalam, une petite station balnéaire en bord de plage. Un endroit idéal pour se relaxer quelques jours, je pense. Je lui demande aussi de me trouver un hôtel par la même occasion, n’ayant rien réservé d’avance. L’avantage en Inde, c’est qu’il n’est pas nécessaire de réserver quoi que ce soit à l’avance, les gens se mettant en 4 pour trouver une solution, c’est certain. Le taxi est ravi d’avoir à me trouver une chambre, il aura sa commission au passage et je sais que même à cette heure avancée de la nuit, trouver un hôtel sera facile ici. Demandez la même chose à un chauffeur de taxi à San Francisco à 23h… Il vous répondra gentiment que ce n’est pas son job!
Je mets un moment à deviner de quel côté de la route les voitures sont censées rouler en Inde, la conduite de mon chauffeur n’étant pas claire à ce sujet. Si ça a l’air d’être à gauche, je le devine plus de par la position du volant dans le véhicule que de par sa conduite. Entre les chiens errants, les gens qui se trouvent n’importe où sur la route et les autres voitures, il faut être attentif à tout instant.
Bref, 20 minutes plus tard, il me dépose à un hôtel dans mes prix où juste trône un lit dans une chambre sans meuble avec une salle de bains privative. Parfait! Je remercie tout le monde et fonce prendre ma douche à la façon indienne. On remplit un grand baquet d’eau à l’aide d’un robinet d’eau froide puis, à l’aide d’un petit récipient (le même que celui qui sert de chasse d’eau), on se verse l’eau sur la tête! L’eau coule à même la salle de bains qui ne possède qu’un petit trou dans un coin par terre pour l’évacuation. Ca ressemble à mon spa japonais de San Francisco mais en beaucoup plus basique et certainement moins classe! Après cette bonne douche rafraîchissante (il fait 30° dehors), au lit! Je me glisse dans mon sac à viande en soie, le lit ne possédant pas de drap et je n’ai aucune envie de me coucher directement sur le matelas. Par contre, le sommeil a du mal à venir, ce n’est plus mon heure! Avec le décalage horaire et mes incessantes siestes coupées, mon corps ne sait plus bien sur quel pied danser…
San Francisco!!
Le 13 septembre 2009
Je me force à me réveiller tôt ce matin, je ne reste qu’une seule journée à San Francisco et j’ai bien l’intention d’en profiter au maximum. Levée et prête à 8h, je laisse mes bagages à l’hôtel et pars découvrir la ville.
Mon hôtel se situe non loin de Union Square, une place où les magasins abondent, en plein centre des affaires. Je continue ma route dans Chinatown, un grand quartier chinois beaucoup plus vaste que celui de Montréal. Un rapide arrêt pour prendre un expresso dans un troquet puis je reprends ma route en direction du port. Je veux rapidement arriver à l’embarcadère qui permet de partir en bateau vers la prison d’Alcatraz, je tiens absolument à poser mes pieds sur ce rocher légendaire aujourd’hui et je n’ai aucune idée de la fréquentation des lieux par les touristes. Peut-être fallait-il réserver 3 jours à l’avance?
Après une bonne heure de marche dans les rues sinueuses de la ville, j’arrive à l’embarcadère et je réussis à avoir des billets pour le prochain départ! Super! Je monte dans le bateau qui m’emmène droit vers Alcatraz, ce lieu mythique qui a fait couler beaucoup d’encre et soulever beaucoup de questions. Ca y est, je pose mes pieds sur cet îlot, je suis sur Alcatraz! Je n’en reviens pas moi-même… Une visite guidée par un audio-tour en français me permet d’en apprendre plus sur l’histoire de cette prison. Nous entrons dans le bâtiment principal où des centaines de cellules minuscules de 2m sur 2 s’étalent sur 3 étages de barreaux en fer. Dire que des hommes ont été enfermés des années dans ces cages, dont le célèbre Al Capone qui y a séjourné plusieurs années. Nous visitons également les cellules où étaient incarcérés les prisonniers pour mauvaise conduite. Ces dernières, plus spacieuses que les autres, ne contenaient pas de vitres ni de grillages. Une lourde porte en acier les enfermait dans un noir complet qui pouvait faire perdre la raison…
On nous raconte la manière dont trois prisonniers ont réussi à s’échapper de leur cellule en creusant un trou dans le mur à l’aide de leur cuillère et ne essayant de rejoindre à la nage la baie de San Francisco. On pense qu’ils sont morts noyés mais leurs corps n’ont jamais été retrouvés. Peut-être s’en sont-ils sortis après tout? On nous parle aussi de la vendetta qui a eu lieu à l’intérieur de la prison, menée par des prisonniers qui ont pris en otage et tué à bout portant des gardiens. Il a fallu bombarder la prison de l’extérieur afin de rétablir l’ordre. En sortant dans la cour, je m’aperçois que la vue sur la baie de San Francisco est fabuleuse. J’imagine la frustration des prisonniers en regardant cette belle ville si proche et pourtant inaccessible pour eux, coincés sur leur rocher au milieu de la mer. Je suis surprise d’apprendre que certains gardiens vivaient sur l’île avec leur famille. Ca ne devait pas être évident pour eux non plus. La prison a finalement été abandonnée en 1963, la restauration des bâtiments coûtant trop cher, et les prisonniers ont été transférés ailleurs. La communauté indienne a voulu réquisitionner le rocher à la fermeture de la prison comme protestation de leur manque de reconnaissance identitaire et culturel mais ça ne fonctionnera pas longtemps. Ce rocher fait maintenant partie du patrimoine culturel de San Francisco. L’histoire d’Alcatraz est passionnante et je me régale d’en apprendre davantage tout en pouvant admirer les lieux moi-même. Après 2h de visite, je reprends le bateau dans l’autre sens pour revenir en ville, privilège que n’avaient pas les prisonniers de l’époque.
Revenue sur le continent, je me dirige ensuite vers les autres embarcadères. L’un d’entre eux possède des boutiques et des restaurants à la manière de Disneyland, colorés et kitsch au possible. Au détour d’un restaurant, je tombe sur une centaine de lions de mer se dorant au soleil sur les plates-formes en bois. Leur cri et leur odeur sont difficiles à rater. Ils ont élu domicile ici en 1990 et sont devenus une véritable attraction touristique depuis. Je reste à les admirer quelques instants en souriant. Dire qu’on les cherchait en mer à Telegraph Cove et on était tellement content d’en dénicher un! Ici, ils sont des centaines à s’exposer toute la journée à la vue de tous, à 2m de la berge! C’est plutôt drôle…
Je me repose un peu tout en mangeant quelques fruits que j’ai réussi à dénicher au milieu de tous les fast-food de hamburgers puis je continue mon chemin à travers la ville. Je décide de remonter la célèbre rue Lombard qui monte en pente raide et en serpentant sur une colline. La grimpette n’est pas facile, dire qu’il y a des gens qui habitent dans cette rue. Il vaut mieux avoir une voiture dans ce cas-là sinon ça doit être difficile de porter les courses. Il ne faut pas non plus avoir peur des démarrages en côte… Ceci dit, je suis la seule folle à monter cette rue à pied! Arrivée en haut, essoufflée mais heureuse de mon challenge, j’admire la vue de la ville qui s’étend à mes pieds. Un fou en skate board se lance dans cette rue pentue aux virages impressionnants et dévale la pente à toute allure. Ouf! Il faut du courage agrémenté d’un zeste d’inconscience…
Je saute ensuite dans un tramway qui passe en haut de Lombard Street, en m’accrochant à la rampe d’une main, un pied sur une marche, en équilibre précaire sur cet engin qui démarre aussitôt. Le chauffeur rectifie la vitesse du wagon grâce à deux manettes qu’il tire vers lui pour freiner dans les pentes et le contraire pour grimper dans une rue à pic. On dirait un moyen de transport ayant oublié d’évoluer avec l’époque moderne et qui a su garder son charme d’antan. A moitié dans le wagon et à moitié dehors, j’apprécie la balade, pouvant admirer les rues qui défilent, les cheveux au vent. Je m’amuse comme une folle! Je ne sais pas trop où je vais mais c’est sans importance, j’apprécie juste le moment présent dans mon wagon sans âge.
Je descends à Union Square, me voici revenue au point de départ, non loin de mon hôtel. Bon, il est 15h et un minibus ne passe ce soir qu’à 21h30 à mon hôtel pour me conduire à l’aéroport. J’ai donc encore beaucoup de temps devant moi. Par contre, je commence à être fatiguée de marcher, je crapahute dans la ville depuis 8h30 ce matin! Je tombe alors sur un bus au toit ouvert qui propose une visite guidée de la ville. Je n’aime pas trop ça d’habitude, ça fait beaucoup trop touriste à mon goût. Mais vu que je n’ai plus envie de marcher et que ce moyen de transport me permettra de visiter d’autres coins de San Francisco inaccessibles à pied, je me laisse tenter par l’expérience. Confortablement installée sur le toit du bus, je profite de la ville sans trop d’efforts, ce qui me ravit au plus haut point. On repasse par les coins que j’ai déjà faits à pied ce matin, puis nous partons vers le Golden Gate Bridge, trop éloigné pour y aller sans voiture. Je suis toute heureuse de pouvoir voir ce pont de près, lui aussi tellement célèbre. Un rapide arrêt photo plus tard, nous remontons vite dans le bus, une pluie s’abattant sur nous violemment. Et j’ai laissé mon imperméable dans mon sac à l’hôtel… peu importe, je suis à l’abri dans le bus.
Nous continuons dans différents coins de la ville, appréciant les maisons multicolores disséminées un peu partout. Le centre avec son hôtel de ville au toit orné d’or est impressionnant également. Puis nous revenons à Union Square, la visite de 2h étant terminée. Malgré mes a priori, j’ai beaucoup aimé cette façon de visiter la ville. C’est une bonne option quand on a peu de temps et pas de véhicule. Bon, il est 17h et je dois encore patienter jusqu’à 21h. Je feuillette mon guide, il y a encore un quartier que je n’ai pas visité et qui m’attire bien: le quartier japonais. Et là, mes yeux tombent sur la solution rêvée pour moi: le spa japonais. Non seulement ça va m’occuper autant de temps que je le souhaite tout en me relaxant de cette journée fatigante, mais de plus, je pourrai me laver avant de prendre l’avion ce soir pour quasiment 2 jours de voyage jusqu’en Inde! J’adopte tout de suite cette option.
Je passe à l’hôtel prendre des affaires de rechange, puis me rends à pied jusqu’au spa qui, par un heureux hasard, ne se situe pas loin de mon hôtel. Arrivée sur place, j’apprends que le dimanche est réservé aux femmes, ce qui n’est pas le cas des autres jours. Je suis bien chanceuse, dis donc! Les bains sont complets pour le moment mais on me propose d’attendre dans le corridor. Pas de problème pour moi, je ne suis pas pressée. En plus patienter dans cet endroit zen accompagnée d’une musique flûtée et de senteurs de thé au jasmin, c’est loin d’être désagréable. Mon tour arrive vite et je pars me déshabiller dans les vestiaires. Toutes les femmes sont nues sans aucun complexe de se montrer en tenue d’Eve devant les autres! L’endroit respire la sérénité, la paix et le repos, c’est exactement ce qu’il me fallait pour finir cette si belle journée en apothéose.
De petits tabourets sont alignés dans un coin de la pièce, face à un mur où se trouvent un robinet et un grand bol. Copiant les autres femmes, je m’assois sur ce tabouret, remplis le bol d’eau tiède et me le verse sur la tête en guise de douche. Quel délice de sentir cette eau chaude glisser sur ma peau après cette journée harassante. Un savon au bleuet me permet de me laver, accompagnée de cette douce odeur de fleur. Tous mes sens sont en éveil: l’odeur de ce parfum exquis, le murmure de cette musique zen semblant s’infiltrer dans tout mon être comme un onguent velouté, cette sensation délicieuse de l’eau chaude s déversant sur moi d’un seul coup… Je suis au paradis!
Après ma douche revigorante et relaxante à la fois, j’entre dans un bain d’eau chaude sur la pointe des pieds pour ne pas perturber l’atmosphère paisible des lieux. Certaines femmes méditent, d’autres se relaxent en s’endormant doucement, d’autres encore chuchotent si bas qu’on entend à peine leur murmure. Je m’essaie ensuite au hammam et cette chaleur moite qui me fait aussitôt transpirer. De la même façon que mes comparses, je me frotte le corps avec du sel tout en continuant de transpirer dans le hammam. S’ensuit une douche froide pour enlever le sel et les imperfections. Ma peau se trouve immédiatement plus douce, c’est incroyable. Je m’allonge sur une chaise longue pour me reposer, alternant thé chaud et eau froide citronnée, une serviette glacée sur le front et des concombres sur les yeux. Cette senteur de légume frais m’emplit les narines, me procurant une incroyable sensation de bien-être. Je m’assoupis doucement tout en restant tout de même alerte au temps qui passe, il n’est pas question de rater mon avion ce soir! Mais j’ai le temps d’en profiter. J’alterne ensuite entre sauna, bain d’eau froide, repos avec concombres, hammam et bain chaud. La soirée passe délicieusement bien de cette façon. Mes pieds fatigués de ma bonne marche d’aujourd’hui apprécient tout particulièrement l’attention que je leur apporte. Je ne pouvais pas avoir meilleure idée que celle d’être venue ici! Mon corps entier m’en remercie. Malgré tout, le temps passe et je me décide à prendre ma douche finale, toujours en me versant ce grand bol sur la tête. J’aime cette ambiance pure et zen typiquement japonaise, ça me donne des envies de voyage dans leur pays! Un jour, c’est certain…
Rhabillée et embaumée de senteurs florales, je sors dehors sous une pluie battante. Je rentre rapidement dans un centre commercial du quartier japonais pour me trouver un petit restaurant typique afin de rester dans le même registre. Je commande un plat au hasard mais je suis un peu déçue de l’assortiment bœuf-œuf-riz qui ne me convient pas. Tant pis, j’aurais essayé! Je retourne ensuite à l’hôtel pour récupérer mes bagages, mon bus passant me prendre 10 minutes plus tard. De retour à l’aéroport, j’enregistre rapidement mon bagage et pars effectuer un petit somme dans la salle d’embarquement. Je tombe par chance sur le seul siège à 2 places qui existe et m’allonge sentant le sommeil m’envahir aussitôt. Je réussis bien à dormir 2 bonnes heures, allongée sur les fauteuils de l’aéroport avant d’embarquer dans l’avion. Il est 1h du matin aussi, ça explique ma fatigue, sans parler de la bonne journée que j’ai effectuée aujourd’hui.
Je rentre dans l’avion, prête pour 15h de vol en direction de Hong Kong, première étape dans cette longue traversée de la moitié du globe! Ayant choisi Singapore Airline comme compagnie de vol, je sais que je serai relativement bien installée, cette compagnie aérienne s’élevant nettement au-dessus des autres. Les hôtesses habillées en tenue traditionnelle singapourienne sont déjà un plaisir à regarder… Un menu nous est proposé avec choix de mets et d’alcool à notre convenance. Chaque siège a son propre écran de télévision, ce qui me permet d’enfiler les films durant notre traversée. Je réussis également à dormir plusieurs heures, même si je suis loin d’être confortable dans ce siège trop petit pour moi. Mais bon! Les voyages forment la jeunesse, paraît-il.
Je me force à me réveiller tôt ce matin, je ne reste qu’une seule journée à San Francisco et j’ai bien l’intention d’en profiter au maximum. Levée et prête à 8h, je laisse mes bagages à l’hôtel et pars découvrir la ville.
Mon hôtel se situe non loin de Union Square, une place où les magasins abondent, en plein centre des affaires. Je continue ma route dans Chinatown, un grand quartier chinois beaucoup plus vaste que celui de Montréal. Un rapide arrêt pour prendre un expresso dans un troquet puis je reprends ma route en direction du port. Je veux rapidement arriver à l’embarcadère qui permet de partir en bateau vers la prison d’Alcatraz, je tiens absolument à poser mes pieds sur ce rocher légendaire aujourd’hui et je n’ai aucune idée de la fréquentation des lieux par les touristes. Peut-être fallait-il réserver 3 jours à l’avance?
Après une bonne heure de marche dans les rues sinueuses de la ville, j’arrive à l’embarcadère et je réussis à avoir des billets pour le prochain départ! Super! Je monte dans le bateau qui m’emmène droit vers Alcatraz, ce lieu mythique qui a fait couler beaucoup d’encre et soulever beaucoup de questions. Ca y est, je pose mes pieds sur cet îlot, je suis sur Alcatraz! Je n’en reviens pas moi-même… Une visite guidée par un audio-tour en français me permet d’en apprendre plus sur l’histoire de cette prison. Nous entrons dans le bâtiment principal où des centaines de cellules minuscules de 2m sur 2 s’étalent sur 3 étages de barreaux en fer. Dire que des hommes ont été enfermés des années dans ces cages, dont le célèbre Al Capone qui y a séjourné plusieurs années. Nous visitons également les cellules où étaient incarcérés les prisonniers pour mauvaise conduite. Ces dernières, plus spacieuses que les autres, ne contenaient pas de vitres ni de grillages. Une lourde porte en acier les enfermait dans un noir complet qui pouvait faire perdre la raison…
On nous raconte la manière dont trois prisonniers ont réussi à s’échapper de leur cellule en creusant un trou dans le mur à l’aide de leur cuillère et ne essayant de rejoindre à la nage la baie de San Francisco. On pense qu’ils sont morts noyés mais leurs corps n’ont jamais été retrouvés. Peut-être s’en sont-ils sortis après tout? On nous parle aussi de la vendetta qui a eu lieu à l’intérieur de la prison, menée par des prisonniers qui ont pris en otage et tué à bout portant des gardiens. Il a fallu bombarder la prison de l’extérieur afin de rétablir l’ordre. En sortant dans la cour, je m’aperçois que la vue sur la baie de San Francisco est fabuleuse. J’imagine la frustration des prisonniers en regardant cette belle ville si proche et pourtant inaccessible pour eux, coincés sur leur rocher au milieu de la mer. Je suis surprise d’apprendre que certains gardiens vivaient sur l’île avec leur famille. Ca ne devait pas être évident pour eux non plus. La prison a finalement été abandonnée en 1963, la restauration des bâtiments coûtant trop cher, et les prisonniers ont été transférés ailleurs. La communauté indienne a voulu réquisitionner le rocher à la fermeture de la prison comme protestation de leur manque de reconnaissance identitaire et culturel mais ça ne fonctionnera pas longtemps. Ce rocher fait maintenant partie du patrimoine culturel de San Francisco. L’histoire d’Alcatraz est passionnante et je me régale d’en apprendre davantage tout en pouvant admirer les lieux moi-même. Après 2h de visite, je reprends le bateau dans l’autre sens pour revenir en ville, privilège que n’avaient pas les prisonniers de l’époque.
Revenue sur le continent, je me dirige ensuite vers les autres embarcadères. L’un d’entre eux possède des boutiques et des restaurants à la manière de Disneyland, colorés et kitsch au possible. Au détour d’un restaurant, je tombe sur une centaine de lions de mer se dorant au soleil sur les plates-formes en bois. Leur cri et leur odeur sont difficiles à rater. Ils ont élu domicile ici en 1990 et sont devenus une véritable attraction touristique depuis. Je reste à les admirer quelques instants en souriant. Dire qu’on les cherchait en mer à Telegraph Cove et on était tellement content d’en dénicher un! Ici, ils sont des centaines à s’exposer toute la journée à la vue de tous, à 2m de la berge! C’est plutôt drôle…
Je me repose un peu tout en mangeant quelques fruits que j’ai réussi à dénicher au milieu de tous les fast-food de hamburgers puis je continue mon chemin à travers la ville. Je décide de remonter la célèbre rue Lombard qui monte en pente raide et en serpentant sur une colline. La grimpette n’est pas facile, dire qu’il y a des gens qui habitent dans cette rue. Il vaut mieux avoir une voiture dans ce cas-là sinon ça doit être difficile de porter les courses. Il ne faut pas non plus avoir peur des démarrages en côte… Ceci dit, je suis la seule folle à monter cette rue à pied! Arrivée en haut, essoufflée mais heureuse de mon challenge, j’admire la vue de la ville qui s’étend à mes pieds. Un fou en skate board se lance dans cette rue pentue aux virages impressionnants et dévale la pente à toute allure. Ouf! Il faut du courage agrémenté d’un zeste d’inconscience…
Je saute ensuite dans un tramway qui passe en haut de Lombard Street, en m’accrochant à la rampe d’une main, un pied sur une marche, en équilibre précaire sur cet engin qui démarre aussitôt. Le chauffeur rectifie la vitesse du wagon grâce à deux manettes qu’il tire vers lui pour freiner dans les pentes et le contraire pour grimper dans une rue à pic. On dirait un moyen de transport ayant oublié d’évoluer avec l’époque moderne et qui a su garder son charme d’antan. A moitié dans le wagon et à moitié dehors, j’apprécie la balade, pouvant admirer les rues qui défilent, les cheveux au vent. Je m’amuse comme une folle! Je ne sais pas trop où je vais mais c’est sans importance, j’apprécie juste le moment présent dans mon wagon sans âge.
Je descends à Union Square, me voici revenue au point de départ, non loin de mon hôtel. Bon, il est 15h et un minibus ne passe ce soir qu’à 21h30 à mon hôtel pour me conduire à l’aéroport. J’ai donc encore beaucoup de temps devant moi. Par contre, je commence à être fatiguée de marcher, je crapahute dans la ville depuis 8h30 ce matin! Je tombe alors sur un bus au toit ouvert qui propose une visite guidée de la ville. Je n’aime pas trop ça d’habitude, ça fait beaucoup trop touriste à mon goût. Mais vu que je n’ai plus envie de marcher et que ce moyen de transport me permettra de visiter d’autres coins de San Francisco inaccessibles à pied, je me laisse tenter par l’expérience. Confortablement installée sur le toit du bus, je profite de la ville sans trop d’efforts, ce qui me ravit au plus haut point. On repasse par les coins que j’ai déjà faits à pied ce matin, puis nous partons vers le Golden Gate Bridge, trop éloigné pour y aller sans voiture. Je suis toute heureuse de pouvoir voir ce pont de près, lui aussi tellement célèbre. Un rapide arrêt photo plus tard, nous remontons vite dans le bus, une pluie s’abattant sur nous violemment. Et j’ai laissé mon imperméable dans mon sac à l’hôtel… peu importe, je suis à l’abri dans le bus.
Nous continuons dans différents coins de la ville, appréciant les maisons multicolores disséminées un peu partout. Le centre avec son hôtel de ville au toit orné d’or est impressionnant également. Puis nous revenons à Union Square, la visite de 2h étant terminée. Malgré mes a priori, j’ai beaucoup aimé cette façon de visiter la ville. C’est une bonne option quand on a peu de temps et pas de véhicule. Bon, il est 17h et je dois encore patienter jusqu’à 21h. Je feuillette mon guide, il y a encore un quartier que je n’ai pas visité et qui m’attire bien: le quartier japonais. Et là, mes yeux tombent sur la solution rêvée pour moi: le spa japonais. Non seulement ça va m’occuper autant de temps que je le souhaite tout en me relaxant de cette journée fatigante, mais de plus, je pourrai me laver avant de prendre l’avion ce soir pour quasiment 2 jours de voyage jusqu’en Inde! J’adopte tout de suite cette option.
Je passe à l’hôtel prendre des affaires de rechange, puis me rends à pied jusqu’au spa qui, par un heureux hasard, ne se situe pas loin de mon hôtel. Arrivée sur place, j’apprends que le dimanche est réservé aux femmes, ce qui n’est pas le cas des autres jours. Je suis bien chanceuse, dis donc! Les bains sont complets pour le moment mais on me propose d’attendre dans le corridor. Pas de problème pour moi, je ne suis pas pressée. En plus patienter dans cet endroit zen accompagnée d’une musique flûtée et de senteurs de thé au jasmin, c’est loin d’être désagréable. Mon tour arrive vite et je pars me déshabiller dans les vestiaires. Toutes les femmes sont nues sans aucun complexe de se montrer en tenue d’Eve devant les autres! L’endroit respire la sérénité, la paix et le repos, c’est exactement ce qu’il me fallait pour finir cette si belle journée en apothéose.
De petits tabourets sont alignés dans un coin de la pièce, face à un mur où se trouvent un robinet et un grand bol. Copiant les autres femmes, je m’assois sur ce tabouret, remplis le bol d’eau tiède et me le verse sur la tête en guise de douche. Quel délice de sentir cette eau chaude glisser sur ma peau après cette journée harassante. Un savon au bleuet me permet de me laver, accompagnée de cette douce odeur de fleur. Tous mes sens sont en éveil: l’odeur de ce parfum exquis, le murmure de cette musique zen semblant s’infiltrer dans tout mon être comme un onguent velouté, cette sensation délicieuse de l’eau chaude s déversant sur moi d’un seul coup… Je suis au paradis!
Après ma douche revigorante et relaxante à la fois, j’entre dans un bain d’eau chaude sur la pointe des pieds pour ne pas perturber l’atmosphère paisible des lieux. Certaines femmes méditent, d’autres se relaxent en s’endormant doucement, d’autres encore chuchotent si bas qu’on entend à peine leur murmure. Je m’essaie ensuite au hammam et cette chaleur moite qui me fait aussitôt transpirer. De la même façon que mes comparses, je me frotte le corps avec du sel tout en continuant de transpirer dans le hammam. S’ensuit une douche froide pour enlever le sel et les imperfections. Ma peau se trouve immédiatement plus douce, c’est incroyable. Je m’allonge sur une chaise longue pour me reposer, alternant thé chaud et eau froide citronnée, une serviette glacée sur le front et des concombres sur les yeux. Cette senteur de légume frais m’emplit les narines, me procurant une incroyable sensation de bien-être. Je m’assoupis doucement tout en restant tout de même alerte au temps qui passe, il n’est pas question de rater mon avion ce soir! Mais j’ai le temps d’en profiter. J’alterne ensuite entre sauna, bain d’eau froide, repos avec concombres, hammam et bain chaud. La soirée passe délicieusement bien de cette façon. Mes pieds fatigués de ma bonne marche d’aujourd’hui apprécient tout particulièrement l’attention que je leur apporte. Je ne pouvais pas avoir meilleure idée que celle d’être venue ici! Mon corps entier m’en remercie. Malgré tout, le temps passe et je me décide à prendre ma douche finale, toujours en me versant ce grand bol sur la tête. J’aime cette ambiance pure et zen typiquement japonaise, ça me donne des envies de voyage dans leur pays! Un jour, c’est certain…
Rhabillée et embaumée de senteurs florales, je sors dehors sous une pluie battante. Je rentre rapidement dans un centre commercial du quartier japonais pour me trouver un petit restaurant typique afin de rester dans le même registre. Je commande un plat au hasard mais je suis un peu déçue de l’assortiment bœuf-œuf-riz qui ne me convient pas. Tant pis, j’aurais essayé! Je retourne ensuite à l’hôtel pour récupérer mes bagages, mon bus passant me prendre 10 minutes plus tard. De retour à l’aéroport, j’enregistre rapidement mon bagage et pars effectuer un petit somme dans la salle d’embarquement. Je tombe par chance sur le seul siège à 2 places qui existe et m’allonge sentant le sommeil m’envahir aussitôt. Je réussis bien à dormir 2 bonnes heures, allongée sur les fauteuils de l’aéroport avant d’embarquer dans l’avion. Il est 1h du matin aussi, ça explique ma fatigue, sans parler de la bonne journée que j’ai effectuée aujourd’hui.
Je rentre dans l’avion, prête pour 15h de vol en direction de Hong Kong, première étape dans cette longue traversée de la moitié du globe! Ayant choisi Singapore Airline comme compagnie de vol, je sais que je serai relativement bien installée, cette compagnie aérienne s’élevant nettement au-dessus des autres. Les hôtesses habillées en tenue traditionnelle singapourienne sont déjà un plaisir à regarder… Un menu nous est proposé avec choix de mets et d’alcool à notre convenance. Chaque siège a son propre écran de télévision, ce qui me permet d’enfiler les films durant notre traversée. Je réussis également à dormir plusieurs heures, même si je suis loin d’être confortable dans ce siège trop petit pour moi. Mais bon! Les voyages forment la jeunesse, paraît-il.
Départ du Canada et Welcome to San Francisco
Le 12 septembre 2009
Je n’ai pas très bien dormi cette nuit, je ne sais pas trop pour quelle raison. C’est donc fatiguée et passablement de mauvaise humeur que je rejoins mes camarades au petit déjeuner. Est-ce parce que je quitte mes chères baleines?
Il est temps de dire au revoir à tout le monde, nous savons que nous ne nous reverrons certainement pas, à moins que notre amour des mammifères marins ne réussisse à nous réunir par hasard dans un coin de la planète. La séparation avec Reto est particulièrement difficile, il ne veut pas me quitter et s’accroche à moi comme à une bouée de sauvetage. Ca m’arrache le cœur. Les deux biologistes, Jackie et Bruce, me serrent dans leurs bras en me disant tous deux qu’ils sont heureux d’avoir fait ma connaissance, j’en suis très flattée. Je suis également ravie d’avoir partagé avec eux cette même passion et ils m’ont tellement appris! Merci à vous deux.
Je pars ensuite avec le couple canadien qui a gentiment proposé de me conduire à l’aéroport de Port Hardy. Après un rapide tour de la ville, ils me déposent dans un minuscule aéroport au milieu de nulle part où je n’ai plus qu’à attendre mon vol pour Vancouver, ville où je ne resterai toujours pas puisqu’un autre vol m’attend pour San Francisco! Je visiterai Vancouver une autre fois. Un petit coucou m’amène donc en une heure à Vancouver où je prends un second avion en direction de San Francisco. Après de pénibles et longues vérifications à la douane américaine, je quitte le sol canadien dans un coucher de soleil éclatant pour m’envoler vers la Californie.
Deux heures plus tard, j’atterris à San Francisco où je saute dans un taxi qui m ‘amène jusqu’à mon hôtel rapidement. Il est 23h avec tout ça et j’ai envie de me coucher rapidement, épuisée par tous ces transports et ma mauvaise nuit de la veille. Il fait nuit noire, je n’aperçois pas grand chose de la ville ce soir, j’en profiterai plus demain! Les gens d’ici ont l’air très aimables en tout cas, j’ai fait la connaissance de deux charmantes dames dans l’avion, ainsi qu’avec le chauffeur de taxi et le gérant de l’hôtel d’origine indienne qui m’ont très gentiment accueillie. Cette ville va me plaire, je le sens! Bon, je déchante un peu quand j’ouvre la porte de ma chambre: une pièce dépouillée, minuscule, avec un lit et un petit lavabo dans un coin, tout cela ne respire pas la chaleur d’un foyer. Mais peu importe, je ne vais qu’y dormir quelques heures de toute façon, j’ai d’autres chats à fouetter dans cette ville que de rester dans cette chambre. Je prends une rapide douche dans un placard à balais au fond du couloir puis je me couche d’humeur plus guillerette qu’à mon réveil, j’ai hâte de découvrir San Francisco, ville dont je rêve depuis un bon moment!
Je n’ai pas très bien dormi cette nuit, je ne sais pas trop pour quelle raison. C’est donc fatiguée et passablement de mauvaise humeur que je rejoins mes camarades au petit déjeuner. Est-ce parce que je quitte mes chères baleines?
Il est temps de dire au revoir à tout le monde, nous savons que nous ne nous reverrons certainement pas, à moins que notre amour des mammifères marins ne réussisse à nous réunir par hasard dans un coin de la planète. La séparation avec Reto est particulièrement difficile, il ne veut pas me quitter et s’accroche à moi comme à une bouée de sauvetage. Ca m’arrache le cœur. Les deux biologistes, Jackie et Bruce, me serrent dans leurs bras en me disant tous deux qu’ils sont heureux d’avoir fait ma connaissance, j’en suis très flattée. Je suis également ravie d’avoir partagé avec eux cette même passion et ils m’ont tellement appris! Merci à vous deux.
Je pars ensuite avec le couple canadien qui a gentiment proposé de me conduire à l’aéroport de Port Hardy. Après un rapide tour de la ville, ils me déposent dans un minuscule aéroport au milieu de nulle part où je n’ai plus qu’à attendre mon vol pour Vancouver, ville où je ne resterai toujours pas puisqu’un autre vol m’attend pour San Francisco! Je visiterai Vancouver une autre fois. Un petit coucou m’amène donc en une heure à Vancouver où je prends un second avion en direction de San Francisco. Après de pénibles et longues vérifications à la douane américaine, je quitte le sol canadien dans un coucher de soleil éclatant pour m’envoler vers la Californie.
Deux heures plus tard, j’atterris à San Francisco où je saute dans un taxi qui m ‘amène jusqu’à mon hôtel rapidement. Il est 23h avec tout ça et j’ai envie de me coucher rapidement, épuisée par tous ces transports et ma mauvaise nuit de la veille. Il fait nuit noire, je n’aperçois pas grand chose de la ville ce soir, j’en profiterai plus demain! Les gens d’ici ont l’air très aimables en tout cas, j’ai fait la connaissance de deux charmantes dames dans l’avion, ainsi qu’avec le chauffeur de taxi et le gérant de l’hôtel d’origine indienne qui m’ont très gentiment accueillie. Cette ville va me plaire, je le sens! Bon, je déchante un peu quand j’ouvre la porte de ma chambre: une pièce dépouillée, minuscule, avec un lit et un petit lavabo dans un coin, tout cela ne respire pas la chaleur d’un foyer. Mais peu importe, je ne vais qu’y dormir quelques heures de toute façon, j’ai d’autres chats à fouetter dans cette ville que de rester dans cette chambre. Je prends une rapide douche dans un placard à balais au fond du couloir puis je me couche d’humeur plus guillerette qu’à mon réveil, j’ai hâte de découvrir San Francisco, ville dont je rêve depuis un bon moment!
Une dernière sortie en mer riche en surprises
Le 11 septembre 2009
La journée s’annonce encore très ensoleillée pour notre dernière sortie en mer. Nous sommes chanceux d’avoir eu un si beau temps, la région est réputée pour ses incessantes pluies.
Aussitôt sortis du port, nous tombons sur de petits marsouins sautant dans l’eau. Cinq minutes plus tard, un éléphant de mer (rarissime dans la région) plonge sous notre nez. Juste après, une dizaine de dauphins jouent avec notre bateau, sautant dans son sillage. Reto et moi rions à gorge déployée de les voir ainsi d’aussi près. Ils sont tellement beaux et gracieux, mais surtout extrêmement rapides! De belles baleines à bosse se présentent à nous ensuite, tel un festival animalier juste pour nous. Deux d’entre elles s’approchent tellement de notre bateau que nous pouvons les apercevoir en transparence dans l’eau en entier! Mon Dieu, quel incroyable animal! Jackie en pleure de joie de les voir d’aussi près, et je suis proche de faire la même chose. Je tremble tellement d’excitation et de joie qu’il m’est impossible de prendre une photo correcte. Tant pis, l’image sera juste gravée dans ma mémoire ainsi que les sensations que ça m’aura procurées. L’une d’elles passe en dessous du bateau, nous la suivons du regard, retenant notre souffle comme pour mieux apprécier ce moment en silence. Incroyable! Je n’en reviens pas… Elles s’en vont ensuite tranquillement, nous ayant fait le plus beau des cadeaux.
A peine sommes-nous remis de nos émotions que le capitaine Jim nous crie: « épaulards migrateurs »! En effet, on les aperçoit au loin, sautant dans tous les sens, faisant un remue-ménage d’enfer. Ils sont en train d’attaquer un petit rorqual! Nous nous précipitons à leur rencontre, mais le temps qu’on arrive, le petit rorqual a réussi à échapper aux orques affamées. Nous suivons ces carnassiers un moment et les voyons attaquer un phoque cette fois-ci. Ouah… Quelle matinée! Nous restons toutefois à bonne distance, n’osant pas les déranger. Ils n’en feront qu’une bouchée, le tuant très rapidement, puis ils repartent tranquillement vers le large. Ouf, que d’émotions en quelques heures! Nous sommes gâtés pour notre dernière journée.
Après concertation avec tout le groupe, nous décidons à l’unanimité de suivre ces orques affamées pour étudier leur comportement. Nous voguons en leur compagnie pendant plus d’une heure, elles continuent tranquillement leur chemin. On aperçoit alors un groupe d’une centaine de dauphins qui s’ébattent joyeusement au loin, et les orques prennent tout droit le chemin vers eux! Nous mettons les gaz pour prendre de l’avance sur ces prédateurs et pouvoir assister au spectacle que l’on devine funèbre pour l’un des dauphins. Nous rattrapons les dauphins qui jouent encore une fois avec notre bateau, insouciants du danger qui les guette en arrière. C’est horrible de les voir si joueurs avec nous, ne se doutant de rien! J’aimerais pouvoir les prévenir…
Nous voyons les 6 orques se rapprocher tranquillement mais sûrement du groupe de dauphins, mon cœur bat la chamade, je suis stressée par la situation digne d’un documentaire passionnant sur Arte! Le capitaine place le microphone dans l’eau, nous entendons nettement les vocalises des dauphins, c’est incroyable d’avoir l’opportunité de les entendre aussi nettement! Soudain, les orques plongent et nous assistons à une explosion de dauphins fuyant dans toutes les directions à la fois! Ils ont repéré les épaulards et ne pensent plus à jouer cette fois. Ils ont arrêté de vocaliser également. Impuissants et assistant à la scène en simples spectateurs, nous voyons les orques remonter à la surface, éjectant un dauphin dans les airs. Ils en ont eu un. Il est vite avalé encore une fois, nous entendons encore les plongeons du reste de la troupe des dauphins qui s’éloignent . Quel spectacle époustouflant! Il est rare de pouvoir y assister en vrai… La nature peut être impitoyable parfois. Mais c’est la loi de la jungle… ou de la mer dans notre cas.
Après cette formidable journée, nous prenons la route du retour avec plein de belles images en tête pour notre dernière virée en mer. Même Bruce qui demeure impassible depuis le début de notre expédition, ne laissant aucune émotion transparaître sur son visage, me dit à l’oreille: « I’m happy » comme s’il m’avouait son plus grand secret. Reto m’offre une jolie carte postale d’orques en cadeau avec un gentil mot l’accompagnant. Je suis aux anges! Malgré son handicap, c’est une des plus belles rencontres que j’aie faite depuis le début de mon voyage. J’ai de la chance d’avoir pu croiser son chemin durant ces quelques jours. Comme ce matin, des dauphins rescapés de l ‘attaque des épaulards nous escortent jusqu’à la marina de Telegraph Cove pour nous dire au revoir. Je me souviendrai longtemps de cette journée riche en surprises et en bonheur simple de voir de si belles créatures évoluer dans leur milieu naturel. Merci à la vie!
Nous nous retrouvons tous le soir pour un dîner d’adieu, échangeant nos adresses et nos mails comme il se doit. Un des couples me propose de m’accompagner à l’aéroport de Port Hardy demain. Super! Ca va m’éviter de payer un taxi pour une somme faramineuse. Nous allons tous nous coucher avec tellement de belles images de baleines en tête, grâce à aujourd’hui en grande partie. Un beau rêve devenu réalité!
La journée s’annonce encore très ensoleillée pour notre dernière sortie en mer. Nous sommes chanceux d’avoir eu un si beau temps, la région est réputée pour ses incessantes pluies.
Aussitôt sortis du port, nous tombons sur de petits marsouins sautant dans l’eau. Cinq minutes plus tard, un éléphant de mer (rarissime dans la région) plonge sous notre nez. Juste après, une dizaine de dauphins jouent avec notre bateau, sautant dans son sillage. Reto et moi rions à gorge déployée de les voir ainsi d’aussi près. Ils sont tellement beaux et gracieux, mais surtout extrêmement rapides! De belles baleines à bosse se présentent à nous ensuite, tel un festival animalier juste pour nous. Deux d’entre elles s’approchent tellement de notre bateau que nous pouvons les apercevoir en transparence dans l’eau en entier! Mon Dieu, quel incroyable animal! Jackie en pleure de joie de les voir d’aussi près, et je suis proche de faire la même chose. Je tremble tellement d’excitation et de joie qu’il m’est impossible de prendre une photo correcte. Tant pis, l’image sera juste gravée dans ma mémoire ainsi que les sensations que ça m’aura procurées. L’une d’elles passe en dessous du bateau, nous la suivons du regard, retenant notre souffle comme pour mieux apprécier ce moment en silence. Incroyable! Je n’en reviens pas… Elles s’en vont ensuite tranquillement, nous ayant fait le plus beau des cadeaux.
A peine sommes-nous remis de nos émotions que le capitaine Jim nous crie: « épaulards migrateurs »! En effet, on les aperçoit au loin, sautant dans tous les sens, faisant un remue-ménage d’enfer. Ils sont en train d’attaquer un petit rorqual! Nous nous précipitons à leur rencontre, mais le temps qu’on arrive, le petit rorqual a réussi à échapper aux orques affamées. Nous suivons ces carnassiers un moment et les voyons attaquer un phoque cette fois-ci. Ouah… Quelle matinée! Nous restons toutefois à bonne distance, n’osant pas les déranger. Ils n’en feront qu’une bouchée, le tuant très rapidement, puis ils repartent tranquillement vers le large. Ouf, que d’émotions en quelques heures! Nous sommes gâtés pour notre dernière journée.
Après concertation avec tout le groupe, nous décidons à l’unanimité de suivre ces orques affamées pour étudier leur comportement. Nous voguons en leur compagnie pendant plus d’une heure, elles continuent tranquillement leur chemin. On aperçoit alors un groupe d’une centaine de dauphins qui s’ébattent joyeusement au loin, et les orques prennent tout droit le chemin vers eux! Nous mettons les gaz pour prendre de l’avance sur ces prédateurs et pouvoir assister au spectacle que l’on devine funèbre pour l’un des dauphins. Nous rattrapons les dauphins qui jouent encore une fois avec notre bateau, insouciants du danger qui les guette en arrière. C’est horrible de les voir si joueurs avec nous, ne se doutant de rien! J’aimerais pouvoir les prévenir…
Nous voyons les 6 orques se rapprocher tranquillement mais sûrement du groupe de dauphins, mon cœur bat la chamade, je suis stressée par la situation digne d’un documentaire passionnant sur Arte! Le capitaine place le microphone dans l’eau, nous entendons nettement les vocalises des dauphins, c’est incroyable d’avoir l’opportunité de les entendre aussi nettement! Soudain, les orques plongent et nous assistons à une explosion de dauphins fuyant dans toutes les directions à la fois! Ils ont repéré les épaulards et ne pensent plus à jouer cette fois. Ils ont arrêté de vocaliser également. Impuissants et assistant à la scène en simples spectateurs, nous voyons les orques remonter à la surface, éjectant un dauphin dans les airs. Ils en ont eu un. Il est vite avalé encore une fois, nous entendons encore les plongeons du reste de la troupe des dauphins qui s’éloignent . Quel spectacle époustouflant! Il est rare de pouvoir y assister en vrai… La nature peut être impitoyable parfois. Mais c’est la loi de la jungle… ou de la mer dans notre cas.
Après cette formidable journée, nous prenons la route du retour avec plein de belles images en tête pour notre dernière virée en mer. Même Bruce qui demeure impassible depuis le début de notre expédition, ne laissant aucune émotion transparaître sur son visage, me dit à l’oreille: « I’m happy » comme s’il m’avouait son plus grand secret. Reto m’offre une jolie carte postale d’orques en cadeau avec un gentil mot l’accompagnant. Je suis aux anges! Malgré son handicap, c’est une des plus belles rencontres que j’aie faite depuis le début de mon voyage. J’ai de la chance d’avoir pu croiser son chemin durant ces quelques jours. Comme ce matin, des dauphins rescapés de l ‘attaque des épaulards nous escortent jusqu’à la marina de Telegraph Cove pour nous dire au revoir. Je me souviendrai longtemps de cette journée riche en surprises et en bonheur simple de voir de si belles créatures évoluer dans leur milieu naturel. Merci à la vie!
Nous nous retrouvons tous le soir pour un dîner d’adieu, échangeant nos adresses et nos mails comme il se doit. Un des couples me propose de m’accompagner à l’aéroport de Port Hardy demain. Super! Ca va m’éviter de payer un taxi pour une somme faramineuse. Nous allons tous nous coucher avec tellement de belles images de baleines en tête, grâce à aujourd’hui en grande partie. Un beau rêve devenu réalité!
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