Retour à Montréal
Je réussis à dormir quasiment 5 heures cette nuit, ce qui n’est pas mal pour un voyage en avion. Je me réveille alors qu’on entame notre descente vers Atlanta.
Une fois débarquée, je m’aperçois que mon vol pour Montréal a été annulé. Voilà autre chose… Je n’ai décidément pas de chance avec ces histoires de vols, moi. Je me renseigne sur la façon dont je peux rentrer chez moi, et ils me proposent de passer par Cincinnati et de reprendre un vol ensuite pour Montréal. Bon, ça ne me fera perdre qu’une demi-heure au total, ce n’est pas si grave. Espérons juste que mon bagage me suivra encore dans tous ces changements !
Le vol jusqu’à Cincinnati se passe sans encombre, et j’embarque dans un tout petit avion en direction de Montréal. Il fait plutôt froid dans cette ville inconnue, après la chaleur tropicale de Manaus, ça fait drôle ! Brrr… J’aurais dû rester au Brésil moi. Espérons qu’il fera un peu plus chaud à Montréal !
Arrivée à Montréal, je récupère mon bagage rapidement et sors de l’aéroport une demi-heure après avoir atterri. Ils sont rapides ici ! Le froid du dehors me saisit aussitôt tandis que quelques petits flocons de neige viennent me chatouiller les narines. Bon, me voilà de retour au Québec, aucun doute là-dessus ! La ville grise et bétonnée que je vois défiler de derrière la vitre de mon taxi m’attriste un peu. Le retour à la réalité est un peu brutal ! Mais je pense à mes amis et collègues à qui je vais pouvoir raconter et partager cette formidable expérience et mon cœur s’allège aussitôt.
Revenue chez moi, je retrouve mon ami Jean-Roch avec un grand plaisir, il est resté dans mon appartement le temps de mon voyage. Je passe la soirée à lui raconter mes aventures tandis qu’il me prépare à manger en m’écoutant attentivement. Je suis choyée également ici ! J’ai de la chance… Je recommence à travailler demain, il est temps de revenir au moment présent tout en gardant ses beaux souvenirs et cette belle énergie ancrée en moi pour longtemps !
Dernier jour au Brésil
Levés vers 8h, nous avons bien récupéré cette nuit. Après un bon petit déjeuner avec vue sur le magnifique jardin, nous partons en voiture sur un chemin de terre défoncé et difficilement accessible en voiture. Max déplore que les routes ne soient pas mieux entretenues, surtout que le site est payant.
Encore une fois totalement seuls, nous nous enfonçons dans la forêt à pied, passons devant de multiples grottes et cavernes toutes plus belles les unes que les autres, cachées au milieu d’une dense végétation. Nous débouchons finalement sur une magnifique cascade chargée d’eau puissante au débit impressionnant. Nous plongeons dans cette eau froide et claire, le courant étant si puissant que nous avons du mal à ne pas être emportés. Avec l’impression d’être seuls au monde, nous nous asseyons sur un rocher au milieu de la rivière et profitons de ce moment incroyable de beauté, de nature et de solitude.
Max, qui vérifie régulièrement l’état de ma tête, s’aperçoit que le gonflement est plus important qu’hier encore. Il décide de crever l’abcès et apparemment pas mal de choses bizarres sortent de cette bosse anormale. Je remarque que Max vire un peu au vert, il m’avoue qu’il a du mal à supporter la vue du sang. Ben pour un homme de la jungle, ce n’est pas banal ! Bref, ma bosse a un peu dégonflé, espérons qu’il a pu enlever toutes les choses étranges qui s’étaient infiltrées sous la peau de mon crâne. Je me lave la tête à l’eau claire de la rivière, puis nous repartons en sens inverse jusqu’à la voiture.
Il n’est que 10h mais Max doit déjà rentrer pour travailler un peu. Il a un groupe de quinze touristes qui arrivent demain dans son lodge, il a pas mal de choses à organiser. Nous reprenons donc la route vers Manaus, ravis de notre virée dans le pays des cascades, même si c’était un peu court. A notre retour chez lui, je le laisse travailler et vais m’étendre sur le lit quelques instants. Au final, je fais une sieste de trois heures ! J’étais visiblement plus fatiguée que je ne le pensais. Le capitaine du bateau, Ed, est à l’agence et discute avec Max. Je suis contente de le revoir, je l’aime bien ce gars-là. Max termine deux ou trois choses et peut enfin se libérer pour passer les dernières heures qui restent avant mon départ en ma compagnie.
Nous allons manger dans un restaurant spécialisé dans la viande, et c’est vrai que ce morceau de bœuf est un délice total, tellement tendre et juteux ! Il m’emmène ensuite dans un centre commercial, j’avais émis le souhait de m’acheter des CDs de musique brésilienne. Il me conseille au mieux et je repars heureuse de mon achat de trois CDs. Nous revenons chez lui empaqueter mes affaires, et il me fait encore la surprise de m’offrir un beau hamac flambant neuf. Ouah ! Je suis décidément bien gâtée !
Il est temps de partir pour l’aéroport, mon avion décollant à minuit et demi. L’ambiance dans la voiture n’est pas à la fête, nous sommes tristes de devoir nous quitter, même si nous ferons en sorte qu’il ne s’agisse que d’un au revoir. Nous avons passé dix jours totalement ensemble, de mon arrivée à l’aéroport de Manaus jusqu’à mon départ, et j’ai vécu l’un des plus beaux voyages de ma vie ici. Cette expérience restera gravée dans ma mémoire à vie, c’est certain, autant pour la beauté des paysages que pour la gentillesse des Brésiliens, les bruits et l’immensité de la jungle, la baignade dans les eaux noires de l’Amazonie, et tant de moments inoubliables et magiques. Merci, Max, de m’avoir permis de réaliser mon rêve au-delà de toutes mes espérances.
Il est temps de se dire au revoir maintenant. La séparation n’est pas facile, mais je suis contente aussi de revenir chez moi avec d’aussi belles images en tête et tant d’histoires à raconter. De multiples embrassades plus tard, je passe la porte d’embarquement ; il est temps de revenir à ma vie montréalaise. L’avion pour Atlanta est quasiment vide, je peux aisément prendre trois sièges libres pour m’allonger presque confortablement. Malgré ma sieste de cet après-midi, la fatigue me submerge rapidement, et je m’endors quasiment immédiatement.
Repos à Manaus
La nuit est un peu courte, nous nous réveillons vers 7h et Max m’emmène rapidement dans la boulangerie d’hier prendre un bon petit déjeuner. Nous allons ensuite chercher le Français à son hôtel. Il travaille pour une agence de voyage française et est intéressé pour prendre l’agence de Max en partenariat. Il veut visiter son bateau avant de décider et discuter un peu avec lui. J’apprends alors que Max possède un deuxième bateau plus petit que celui où j’ai voyagé, destiné à deux ou quatre personnes. Une sorte de voyage privé. Nous le visitons ensemble, c’est la copie miniature du gros bateau que je connais.
Le Français ne parlant pas anglais, je suis chargée de faire la traductrice entre Max et lui, ce qui m’amuse beaucoup vu que ça se fait dans la simplicité et la bonne humeur. Ils se seraient débrouillés sans moi avec l’espagnol du Français et le peu de français que connaît Max, mais c’est plus simple que je traduise. Je passe un bon moment en leur compagnie, vantant les services de Max au Français comme si je faisais partie de son équipe depuis longtemps. Je me suis peut-être découvert un travail, qui sait ? Nous raccompagnons le Français à son hôtel visiblement satisfait de son entrevue avec Max.
Nous courons ensuite à l’hôtel de notre groupe américain qui repart ce matin au Nouveau Mexique. Nous les aidons à mettre tous les bagages dans le minibus puis les suivons en voiture jusqu’à l’aéroport. Vannetta n’a pas l’air contente du comportement des adultes du groupe qui n’ont pas l’air reconnaissants du merveilleux voyage qu’il leur a été offert de vivre. Visiblement, elle est aussi déçue parce qu’elle a un amant ici, à Manaus, qui n’a pas pris le temps de la voir hier soir. Je pense que c’est surtout ça qui la contrarie. Ils partent tous enregistrer leur bagage et ne ressortent pas nous dire au revoir. Bon, tant pis !
Après toute cette course, Max me propose de passer à la clinique pour regarder ma tête. J’accepte avec plaisir, ça m’inquiète un peu cette histoire. Nous passons à la clinique des maladies tropicales mais ils ne veulent pas me recevoir, considérant mon cas comme trop bénin. Ils ne traitent que les maladies graves et urgentes. Bon… Nous passons ensuite dans un hôpital public, mais la queue monstre qui attend nous dissuade de rester. Max me propose de m’emmener dans une clinique privée que je devrai payer, mais ça sera immédiat. Allez, on y va.
En effet, je passe immédiatement, pour la modique somme de 80$… Le médecin me regarde rapidement le crâne, puis me donne une prescription pour des antibiotiques et me conseille de placer un coton d’eau chaude dessus le plus souvent possible. Tout ça pour ça ! Max est déçu également du diagnostic. Il me déconseille de ne pas prendre les antibiotiques, en m’avouant qu’il me les a prescrits histoire de justifier l’argent que j’ai donné pour la consultation. Je suis d’accord avec lui, j’ai la même impression. Bon, ça ne nous aide pas beaucoup tout ça. Nous laissons tomber pour le moment, nous sommes épuisés par notre matinée chargée. Max m’emmène manger dans un chic restaurant avec vue sur la rivière, puis nous retournons chez lui faire une sieste réparatrice. Nous dormons deux bonnes heures, ce qui nous redonne un peu d’énergie pour le reste de la journée qui n’est pas finie.
Max veut me faire profiter encore un peu de la région avant mon départ. Il souhaite me faire découvrir la région des cascades de Presidente Figueiredo. Nous voici donc partis en voiture, dans la nuit tombante, en direction de cette petite ville qui se situe à deux heures de route de Manaus. Nous sommes dimanche soir et l’endroit est normalement bondé le week-end, les Brésiliens aimant se détendre dans l’eau des rivières. Ce soir, c’est totalement désert, nous avons la ville pour nous ! C’est d’ailleurs tellement vide que nous avons du mal à trouver une pousada (hôtel) d’ouverte. Mais Max connaît le coin comme sa poche, et il nous dégote un hôtel avec un immense jardin près d’une rivière. Nous partons ensuite dîner dans un restaurant d’un ami de Max qui ouvre spécialement pour nous. Nous sommes les seuls touristes dans cette ville ! Max m’a préparé une surprise et sort de je ne sais où une bouteille de champagne fraîche pour accompagner notre délicieux poisson. Moi qui adore le champagne, il ne pouvait tomber mieux ! Nous discutons de nos vies durant tout le repas, mon anglais semblant s’améliorer au fur et à mesure que mon verre se vide. Nous rentrons nous coucher, demain on doit se lever tôt pour admirer les cascades de la région.
Retour à Manaus
Je me réveille tranquillement du fond de mon hamac, profitant une dernière fois de ce balancement régulier au gré du vent et au son des feuilles d’arbres chantant.
Aujourd’hui, ça va être une journée tranquille de navigation principalement, nous devons être à 16h à Manaus. Nous en profitons pour flâner, échanger des courriels, admirer le paysage sur le pont… Nous essayons de faire le plein d’énergie ici avant de retourner à la civilisation. Un autre type de jungle nous attend dans cette société de consommation toujours plus exigeante. Ce n’est pas toujours plus simple d’y survivre !
Nous accostons sur une magnifique petite plage en fin de matinée. Nous ne sommes pas loin de Manaus et cette île est le repère des gens riches du coin. En effet, plusieurs hors-bord et jet ski viennent remplir l’espace durant la journée avec son lot de jeunes filles en bikini-string. Ca change de la profonde Amazonie où on ne croisait que des paysans au mode de vie simple et discret ! Nous étendons une corde entre le bateau et un arbre sur la plage en guise de filet de volley-ball et une partie débute entre membres de l’équipage et passagers. Le match est vraiment pris au sérieux par certaines personnes, de telle façon que des disputes éclatent sur une mésentente sur le score ou bien un hors jeu. Bref, l’ambiance n’est pas sereine, ce que je trouve dommage pour un amusement de ce genre censé nous détendre et nous faire rire. Un des jeunes du groupe, Carlos, finit par ajouter la goutte d’eau qui fait déborder le vase en se plaignant que son équipe perdait parce qu’elle n’était composée que de vieilles personnes ! Là, Rheda, très sensible à ce genre de commentaire sur son âge, quitte le jeu, fâchée. Bon, ça tourne mal cette histoire. J’arrête de jouer, je ne trouve pas ça drôle pour ma part. Je préfère aller nager un peu.
Max m’appelle peu de temps après, un paresseux est perché dans un arbre immergé dans la rivière. Nous nageons jusqu’à lui, intrigués et excités d’en voir d’aussi près. Il est trempé et fatigué d’avoir nagé jusqu’ici visiblement. Le capitaine arrive avec un canot pour le prendre et le mettre en sûreté un peu plus loin dans la forêt. Il est trop près de la plage ici. Il ne se laisse pas faire par contre, ses grandes griffes sont accrochées aux branches d’arbre et sa force est incroyable. Il est très difficile de l’en déloger ! Mais, en s’y mettant à quatre, on réussit à le mettre dans le canot puis à le placer plus loin dans la forêt où il sera en sécurité. Il bouge tellement lentement, c’est sûrement pour cette raison qu’il s’appelle ainsi, on dirait que ses mouvements sont passés au ralenti !
Nous restons encore un peu sur cette plage, le temps de lézarder puis nous reprenons la navigation vers Manaus, cette grande cité prospère au milieu de l’Amazonie. Sa grande taille et son économie croissante sont surprenantes, vu sa localisation. Mais, comme dans beaucoup de villes au Brésil, l’écart entre les pauvres et les riches est important ici, avec peu de classes moyennes, ce qui amène beaucoup de problèmes, entre autres de sécurité. Max m’accueille chez lui ce soir, j’y serai mieux que dans n’importe quel hôtel. J’accepte avec plaisir, heureuse de passer encore un peu de temps en sa compagnie.
Alors que le bateau se dirige inexorablement vers ces grandes tours annonçant le retour à la civilisation, je m’aperçois que quelque chose de bizarre se passe en haut de ma tête. Je ne vois pas très bien dans la glace, le problème se situant vraiment en haut de mon crâne. Je demande à Max de regarder et le sérieux de son visage m’inquiète. En fait, j’ai une bosse d’un centimètre de grosseur avec plus aucun cheveu autour. Il ne sait pas ce que c’est mais soupçonne une piqûre d’insecte ou bien un ver logé sous ma peau. Super ! Je vais ramener quelques amis au Canada avec moi. Ca ne fait absolument pas mal mais la perte de mes cheveux et la grosseur de la piqûre m’inquiètent un peu. Max me rassure en me disant qu’il me conduira à l’hôpital demain si ça ne s’est pas arrangé. Je suis contente qu’il s’occupe de moi, je lui fais entièrement confiance.
Arrivés à bon port, nous disons au revoir au capitaine et partons en minibus pour les uns, en voiture personnelle pour Max, les cuisinières et moi en direction du centre-ville. Le groupe s’en va à l’hôtel, moi je pars avec Max qui veut me montrer l’opéra de la ville, véritable joyau architectural que les autres ont eu le temps de visiter à leur arrivée ici. Il est, en effet, magnifique, l’intérieur me faisant penser à l’Opéra Garnier à Paris. Pas étonnant, m’apprend Max, toute la décoration a été faite en France avec du matériel d’ici. En bref, ils ont envoyé le bois en France pour être travaillé et sculpté, puis ça a été rapatrié ici une fois fini ! Ca aurait peut-être été plus simple de faire venir les artistes français ici. Enfin, pour ce que j’en dis…
Une répétition d’un concert classique est jouée sur scène. Nous sommes les seuls spectateurs dans cette grande salle féerique, je suis aux anges. Malheureusement, Max est pressé par le temps, son travail ayant repris de plus belle depuis qu’il a touché terre. Je découvre un autre Max ici. Après l’homme de la jungle, tranquille et relax dans toutes les situations, voici l’homme d’affaires continuellement pendu au téléphone, gérant mille problèmes en même temps, portant des polos classe et des lunettes noires de star. Le contraste est tellement flagrant, ça m’amuse vraiment beaucoup ! Nous devons quitter l’opéra un peu au pas de course, Max devant rester travailler à son bureau. En fait, son agence fait partie de sa maison. Il possède une grande bâtisse moderne qu’il a construite lui-même dans les beaux quartiers de Manaus. Plusieurs ordinateurs trônent dans le salon. Une magnifique chambre avec salle de bains jouxte son bureau. Il est bien installé et je m’aperçois vite qu’il fait partie de la classe riche de la ville. Je ne m’en étais pas aperçue durant cette semaine passée en sa compagnie, c’est qu’il réussit à rester simple malgré tout et c’est tout à son honneur.
Max m’emmène dans une petite boulangerie pour prendre un jus d’orange et quelques friandises de la région. Moi qui n’aime pas trop les desserts habituellement, je me régale depuis que je suis ici. Leurs gâteaux sont tellement délicieux ! Ainsi rassasiés, il me conduit ensuite vers un institut de beauté. Moi qui n’y suis jamais allée de ma vie, c’est plutôt drôle que je fasse cette expérience au Brésil ! Max m’apprend que toutes les femmes vont ici et que lui-même vient se faire dorloter toutes les deux semaines. Il demande à une dame de s’occuper de moi, je ne sais pas trop ce que ça signifie. Elle me place les pieds dans un baquet d’eau chaude tandis qu’elle s’occupe de mes ongles de mains. Elle me jette un regard de reproche lorsqu’elle voit mes ongles rongés puis passe outre et me les lime, elle pousse et coupe les peaux mortes puis me passe du vernis durcisseur dessus. Vient ensuite le tour de mes ongles de pied. Elle me râpe la plante des pieds avec une lime, ce qui me fait rire aux éclats, étant particulièrement chatouilleuse à cet endroit. Les autres femmes du salon me regardent en riant, je n’ai visiblement pas le comportement d’une cliente habituée. Max rit lui aussi de me voir si novice avec tous ces soins de beauté. C’est un homme de la jungle, un Amazonien pure souche qui m’emmène pour la première fois chez une esthéticienne ! On aura tout vu…
On s’occupe ensuite de mes cheveux. On me les lave, les traite et coiffe pour que je sois toute belle. Le coiffeur s’inquiète de mon trou dans les cheveux, ça me ramène à ce problème que j’avais momentanément oublié. J’y penserai plus tard, là j’ai juste envie de profiter ! Max aussi se fait coiffer et manucurer, nous sommes deux nouvelles personnes maintenant ! Il m’emmène ensuite dîner dans un très bon restaurant où je me régale de délicieuses crevettes accompagnées d’un verre de vin. Max me traite vraiment comme une princesse, je ne débourse rien et il s’occupe de tout. Rien que le fait de venir m’ouvrir la portière de la voiture à chaque fois ou de tenir ma chaise au restaurant m’impressionne déjà beaucoup. J’avoue que ces attentions me manquent un peu au Québec. Les Québécois ont beaucoup de qualités mais la galanterie, ils ne connaissent absolument pas ! Ca fait du bien que quelqu’un prenne aussi bien soin de moi.
Nous rejoignons ensuite le reste du groupe d’Américains à Punta Negra, dans la nouvelle partie de la ville. Ils sont attablés devant une pizza en train de regarder un spectacle de danses folkloriques. J’avoue avoir eu un bien meilleur repas pour ma part ! Et ils n’ont pas eu droit au salon de beauté. Le spectacle est bon et entraînant mais ça se gâte quand ils viennent chercher des gens du public pour monter sur scène. Ils choisissent Jordan et elle me regarde d’un air désespéré me suppliant de l’accompagner. Je la suis donc dans ce que je déteste le plus, faire le guignol en public. Enfin, c’est pour la bonne cause. Cette épreuve passée avec succès, je retourne m’asseoir, fatiguée par toute cette énergie dépensée pour rien.
Max et moi abandonnons ensuite nos amis pour partir seuls profiter du reste de la soirée pour aller danser. Il m’emmène dans un club où un très bon orchestre avec un chanteur se produit sur scène. De nombreux couples, tous brésiliens, dansent sur la piste, se déhanchent sur les rythmes entraînants. On se commande un cocktail puis nous nous joignons aux danseurs. Max m’apprend les pas de danse de base et nous réussissons rapidement à nous débrouiller ensemble. J’adore cette ambiance de fête que les Brésiliens ont l’art d’amener facilement dans une soirée. Ils ne sont pas aussi timides que la plupart des Occidentaux en ce qui concerne la danse. Ils y vont sans se poser de questions et se laissent aller à bouger comme ils le souhaitent, les femmes avec de l’embonpoint (et il y en a beaucoup ici) n’ont aucun complexe à se trémousser dans tous les sens. C’est un moyen pour eux d’extérioriser, de libérer leurs sentiments. Je me sens bien parmi eux, ils sont toujours à sourire, à danser, sans jugement des autres. Je me sens privilégiée d’être parmi eux. Ce soir, je suis définitivement la seule touriste ici, ce qui me ravit au plus haut point. On enchaîne plusieurs danses puis nous décidons de rentrer. Il est déjà 1h du matin et nous devons nous réveiller tôt demain. Max a un rendez-vous à 8h avec un Français intéressé pour faire affaire avec lui. Au dodo tout le monde !
Une croisière riche et relaxante
Réveillés à 5h du matin, tout le monde est prêt pour aller admirer le lever du soleil en canot ! Il ne manque plus que Max qui a du mal à se réveiller. Nous embarquons sans tarder dans notre chaloupe à travers la mangrove. Malheureusement, le temps est nuageux ce matin et nous ne verrons rien des belles couleurs du crépuscule. Par contre, nous profitons des sons magnifiques que nous offre la forêt. Je crois que je ne me lasserai jamais d’écouter cet opéra orchestré par les animaux de la jungle. Même à 5h du matin !
Après notre petit tour, nous revenons prendre notre petit déjeuner à bord pour repartir aussi sec en trek dans la jungle. Max nous montre encore une fois plein d’arbres et de plantes différentes, mais nous ne verrons pas d’animaux cette fois-ci. Il nous avait prévenus que les animaux sont moins visibles sur le Rio Negro que sur la rivière Mamori. Il nous apprend cependant à monter aux arbres, aidés d’une liane entrelacée, à trouver de l’eau dans certaines branches d’arbre, à trouver des limaces dans de grosses noisettes que nous goûterons même vivantes. Elles ont un goût de noix de coco ! A mon grand étonnement et à celui de Max, tout le monde goûte sa limace sans rechigner comme si on leur proposait un bonbon ! Ca nous fait bien rire !! C’est super d’avoir la curiosité et le cran d’essayer des choses différentes aussi facilement. L’autre guide parti avec nous en expédition s’était un peu éloigné quelques instants et revient vers nous avec un air fâché. Une grosse branche vient de lui tomber sur la tête, lui ouvrant méchamment le crâne. Il saigne pas mal, mais heureusement la blessure a l’air plutôt superficielle. Même les arbres peuvent être dangereux en Amazonie !
Nous déjeunons sur le bateau et reprenons notre navigation jusqu’à notre prochain arrêt : un petit village natif amazonien où là, rien n’est arrangé pour les touristes. Le village est désert, tous les hommes sont partis dans la communauté voisine aider à divers travaux. C’est ainsi que ça marche en Amazonie, pour survivre il faut s’entraider les uns les autres… Nous, Occidentaux, avons malheureusement un peu perdu cette habitude. On fait le tour du village, puis Max coupe un fruit rouge en deux et malaxe les graines qui se trouvent à l’intérieur. Le mélange donne une peinture rouge que l’on peut s’appliquer sur le visage après. Tout le monde s’amuse à se colorier les joues et le front, ça donne une belle bande de sioux ! Avec la transpiration ; la peinture dégouline de façon peu élégante, ce qui ne nous avantage pas vraiment ! Mais on aura bien ri en tout cas… Les femmes du groupe réussissent tout de même à dénicher une boutique d’artisanat dans ce village perdu et c’est reparti pour la folie des achats en tout genre ! Pendant ce temps-là, les hommes jouent à lancer dans une cible des flèches avec leur sarbacane.
Revenus sur le bateau, nous partons pour une longue traversée qui va nous emmener jusqu’au soir. Je m’installe sur la poupe du bateau et admire la large rivière et les paysages qui s’étendent devant moi au son de musiques typiquement brésiliennes. J’aime cet endroit du bateau qui me permet d’avoir une vue à 180° des alentours. On se retrouve souvent ici avec Vannetta, sans vraiment avoir envie de se parler, juste de profiter ensemble de ces paysages enchanteurs. J’aime beaucoup Vannetta, une imposante femme quadragènaire avec du caractère et une belle joie de vivre. Ca fait la 11ème fois qu’elle vient en Amazonie, d’abord seule, puis emmenant des groupes comme celui-ci. C’est elle qui a orchestré ce voyage du Nouveau Mexique. Elle me ressemble beaucoup au niveau du caractère : sociable, joyeuse et croquant la vie à pleines dents, mais fuyant les autres de temps en temps pour profiter de ces moments de silence et de calme qui ressourcent tant.
Max et le reste de l’équipage nous rejoignent souvent au devant du bateau, j’aime les entendre parler et rire en portugais. Je me sens tellement heureuse ces derniers jours, j’ai l’impression de faire le plein d’énergie, comme si on me branchait à une prise électrique depuis une semaine. Je suis vraiment ravie d’avoir choisi l’Amazonie comme destination de voyage, je ne pouvais pas mieux tomber ! Et tout se déroule à merveille, la réalité dépassant même mes rêves ! Je ne pensais pas avoir l’occasion de faire une croisière de quatre jours en Amazonie un jour, et voilà… Les choses décidées au dernier moment sont souvent les meilleures.
Nous accostons sur une petite plage pour le coucher du soleil. Max nous encourage à aller nous baigner un peu plus loin tout en profitant du superbe crépuscule. Encore une fois, nous assistons à un chef d’œuvre pictural. La nature est si belle lorsqu’on sait la regarder et la respecter. Je me baigne dans l’eau de cette rivière si haute qu’on aperçoit seulement la cime des arbres dépasser de la surface. C’est étrange de se dire qu’on peut toucher les feuilles d’un arbre de 10 mètres de hauteur en nageant !
Nous revenons près du bateau et là, une surprise nous attend : l’équipage nous a prévu un dîner sur la plage avec grillade au feu de bois, une piste de danse improvisée sur le sable, des chaises l’entourant, des drapeaux brésiliens accrochés aux branches et une sono d’où sort une musique entraînante. Ils ont même planté des arbres et des feuilles dans le sable comme décoration et ont installé des lampes au-dessus de nos têtes en étirant un fil entre deux arbres. Quelle organisation en si peu de temps ! Je suis épatée…
J’entraîne les deux jeunes filles Jordan et Deanna à danser, elles se prêtent au jeu et tout le monde nous rejoint facilement. L’ambiance est à la fête ce soir pour notre dernière nuit tous ensemble. En effet, nous rentrons sur Manaus demain ! Mais pour l’instant, profitons du moment présent en dansant, mangeant et buvant ce délicieux jus de fruit de la passion. Max nous propose un jeu par la suite. Il pose une assiette de bonbons sur le sable et celui qui se retrouve au milieu doit faire un petit discours sur ce qu’il a pensé de son expédition ici et donne ensuite son bonbon à une personne qu’il affectionne particulièrement, qui vient à son tour au milieu faire un discours et ainsi de suite. Max commence et donne son bonbon à Vannetta, son amie de longue date. Elle est tout émue et resplendissante dans sa belle sensibilité. Après un discours sincère et vrai, contre toute attente, elle me choisit moi comme personne particulière pour elle. A mon tour d’être émue par cette belle preuve d’amitié. Je bredouille quelques mots en anglais et donne mon bonbon à Deanna, une si jolie jeune fille en robe de soirée ce soir, qui s’est transformée petit à petit au fur et à mesure du voyage. Elle était si timide et terrifiée il y a une semaine !
Et ainsi continue la chaîne des discours et des embrassades. Un très beau moment émouvant. L’équipage est aussi amené à venir faire son discours que Max traduit en anglais. Et la danse reprend de plus belle. Max m’apprend quelques pas de samba et je prends vite le tempo. Nous finirons la soirée sur la plage en regardant les étoiles et la lune si brillante qui illumine le ciel de son halo argenté, tout en écoutant le bruit de la rivière léchant le sable fin. Epuisée par cette longue journée, je file dans mon hamac, m’endormant comme un bébé, balancée par la brise nocturne.
Nager avec les dauphins!
La nuit fut un peu fraîche dans le hamac, j’ai dû me lever au milieu de la nuit pour prendre une autre couverture. Mais la fraîcheur matinale a le mérite de me réveiller assez tôt pour admirer les superbes couleurs de l’aube éclatant sur le Rio Negro! Superbe!
Après un extraordinaire petit déjeuner, nous nous arrêtons sur une charmante petite île où trônent une petite maison et une balançoire au milieu d’arbres fruitiers éclatants. Un petit coin de paradis où je passerais bien le prochain mois! Comme d’habitude, nous sommes les seuls touristes à profiter de cet endroit, Max a le don de nous emmener dans des coins magiques et totalement perdus et méconnus. Je descends avec Vannetta, l’organisatrice du groupe en avance sur les autres, je suis toujours prête dans les premières. Le propriétaire de l’île nous fait visiter sa maison ainsi que les nouvelles cabanes qu’il a construites. Tous les Amazoniens que nous rencontrons ont le sourire aux lèvres et me charment par leur gentillesse. Je paresse ensuite sur la balançoire devant ce paysage d’île déserte idyllique de carte postale.
Nous montons ensuite tous dans un petit canot qui nous emmène un peu plus loin sur une autre petite île. Et là, j’aperçois vite plusieurs dauphins roses qui tournent autour du promontoire. Ils sont habitués à se faire nourrir dans ce coin ci et nous allons avoir le plaisir d’en profiter. En effet, on nous encourage à plonger dans l’eau et l’un des résidents du coin appâte les dauphins avec un poisson pour qu’ils s’approchent de nous. Et ça ne tarde pas. Deux ou trois dauphins s’approchent discrètement, attirés par le poisson. C’est merveilleux de les voir d’aussi près! Ils ne ressemblent pas vraiment aux dauphins de chez nous, leur gueule est plus longue et leur corps plus imposant. Leur couleur rose est aussi très singulière. Nous avons le plaisir de pouvoir les toucher, leur peau est douce et délicate. Je prends un des appâts dans ma main et un dauphin vient délicatement me le prendre, sans me toucher. Je trouve ça incroyable. Ce que j’apprécie le plus, c’est de savoir qu’ils sont en liberté ici et que rien ne les oblige à venir nous voir. Ils ont même l’air de s’amuser en notre compagnie! Jamais je ne pourrais supporter de nager avec des dauphins en captivité, je serais juste malheureuse pour eux. Mais là, aucune grille, aucun filet ne les retient. C’est un beau cadeau qu’ils nous font de venir jouer avec nous.
Après ce grand moment de joie autant pour les adolescents que pour les plus âgés, nous reprenons la rivière pour nous arrêter un peu plus loin dans un petit village local. Une église nous accueille avec majesté. Ce village n’est accessible que par bateau, la route commence donc au ponton. Nous visitons une école, puis une infirmière et Max nous emmènent voir un ébéniste qui est spécialisé dans la construction de canots que les Amazoniens utilisent tout le temps comme moyen de transport. Max nous apprend que c’est ici qu’il achète ses bateaux pour 700 dollars environ. C’est une grosse somme pour ici et il en a plusieurs près de son lodge dans la jungle.
Il fait vraiment beau et lourd aujourd’hui, un petit bain dans la rivière s’impose avant de retourner sur le bateau. Le début d’après-midi est consacré à la sieste tout en profitant de la douce brise que nous apporte le bateau qui glisse sur l’eau brunâtre entourée de dense forêt. Je resterais bien toute ma vie ici moi, sur ce bateau, à admirer le paysage. Peut-être finirais-je par m’ennuyer au bout d’une ou deux années ! Je discute avec Vannetta et Max et ils me disent tous les deux que c’est un bonheur de me voir sourire tout le temps. Ils aimeraient qu’il en soit de même pour les autres personnes du groupe qu’ils trouvent trop « américains ». C’est drôle, je n’ai pas cette impression, moi. J’avais une image des Américains en voyage bien pire que ça ! C’est vrai qu’ils n’expriment pas autant leur joie que moi mais ça ne veut pas dire qu’ils ne sont pas heureux d’être là. Chacun a sa propre façon d’être démonstratif. Le principal problème, je crois, c’est que, hormis les adolescents, il n’y a que des femmes sur ce bateau comme touristes et la gente féminine est un peu spécialiste pour créer des problèmes là où il n’y a pas lieu d’être. Des groupes se sont formés et les unes médisent sur les autres… Je ne m’intéresse pas à ça, de toute façon, je passe mon temps avec Vannetta, les membres de l’équipage et les adolescents. Leur guerre ne me concerne pas et globalement elles ont l’air de m’apprécier tout de même ou bien elles font bien semblant…
Après une bonne sieste dans le hamac sur le pont supérieur, nous reprenons une chaloupe pour nous enfoncer de nouveau dans la forêt. La jungle ici est totalement inondée en saison humide. Une dénivellation de près de 10 mètres peut avoir lieu entre la saison sèche et la saison des pluies. Max nous explique que les poissons ici sont totalement végétariens et mangent principalement des fruits et des plantes, ce qui donne à leur chair un goût très particulier. C’est drôle d’imaginer des poissons mangeant des fruits qui poussent dans les arbres !
Sur le chemin, nous entendons des bruits sourds, comme si on soufflait dans une sorte de corne. Plus nous avançons, plus le son se rapproche. Nous arrivons dans une communauté indigène où les adultes comme les plus jeunes sont vêtus d’habits de perles, sont maquillés à la manière des Apaches avec de la peinture sur les joues et s’amusent avec des arcs, des flèches, et sarbacanes…Certains soufflent dans des bambous, c’est ce bruit qui nous a accueillis à l’arrivée. Nous sommes invités à entrer dans la tanière de la chaman du village où un feu est continuellement entretenu, ce qui permet, paraît-il, d’éloigner les mauvais esprits de la hutte et de guérir certaines maladies des personnes entrant dans son antre. Elle nous parle de ses potions et concoctions diverses et variées qui servent à tout guérir : du simple rhume au cancer le plus grave, en passant par les pertes de mémoire ou le manque d’intelligence. Sa hutte est remplie de crânes d’animaux de la région tels que caïmans, dauphins, et singes. Il fait sombre à l’intérieur et l’atmosphère qui s’en dégage est un peu étrange. Elle nous explique que d’être chaman, ça ne s’apprend pas : on naît avec ce don. Un enfant a déjà développé cette faculté et succèdera à la vieille dame. Max profite de notre venue pour demander une concoction pour sa gorge.
Nous passons ensuite dans l’école où un groupe d’enfants locaux chante des chansons et danse pour nous. Pour la première fois depuis mon aventure en Amazonie, je me sens touriste devant cette communauté factice, essentiellement là pour faire marcher leur fabrique d’artisanat. Je n’aime pas cette façon d’exploiter les enfants, de les obliger à s’habiller ainsi, de les faire chanter et danser…. Je ne me sens pas trop à l’aise. Au moins, ça me permet de comparer avec les autres communautés natives que nous avons visitées auparavant. Mes compatriotes américaines se jettent sur les bijoux locaux comme si elles n’en avaient pas déjà acheté des dizaines lors de nos précédents passages dans des boutiques d’artisanat. Je suis assez estomaquée par le nombre de colliers, bracelets et boucles d’oreilles qu’elles ont pu s’offrir. Jamais elles n’en utiliseront la moitié ! A ce stade, ça en devient presque compulsif ! Enfin… Nous quittons ensuite cet endroit trop touristique à mon goût.
Nous reprenons la route inverse pour revenir à notre bateau. Après quelques heures de relaxation, Max nous propose une autre sortie pour admirer le coucher de soleil en chaloupe. Allez, nous voilà repartis. Nous nous arrêtons en plein milieu d’un grand lac et plongeons de notre petite embarcation dans cette eau limpide qui semble nous appeler à entrer en elle. Quel plaisir de nager, seuls, au milieu de la nature sauvage ! Je me sens toute petite en comparaison de tout ce que notre terre peut nous offrir comme précieux cadeaux. Je nage sur le dos, les oreilles dans l’eau, n’entendant plus que les bruits aquatiques et admirant le coucher de soleil qui me donne l’impression de n’exister que pour moi. Je me sens encore une fois très émue de ce beau moment qu’il m’est donné de vivre ! Je remonte non sans mal dans le canot, il n’est pas aisé de sortir de l’eau rien qu’avec la force des bras. Il faut deux hommes forts pour en faire remonter quelques-unes d’entre nous !
Nous rentrons dans la nuit noire au bateau et reprenons la navigation jusqu’à l’endroit où nous passerons la nuit. Nous soupons à bord juste au moment où une tempête commence à se lever, notre bateau pris dans les vagues se fait ballotter en tous sens. On attrape les plats comme on peut, ayant déjà bien du mal à rester assis sur nos chaises. Les plus effrayées sont, en fait, les deux cuisinières brésiliennes dans leur cuisine, qui effectuent leur première croisière à bord de ce genre de bateau. Le reste du groupe prend ça plutôt à la rigolade, les adolescents plongeant dans leur hamac afin de profiter du tangage du bateau pour se faire balancer naturellement. Les vagues cessent aussi brutalement qu’elles étaient apparues et nous reprenons notre navigation tranquille. Le repas fini, nous accostons de nouveau sur la petite île avec la balançoire où nous étions ce matin. Le bateau restera là pour la nuit.
Max a ramené du vin de Manaus et nous goûtons ce mauvais cru brésilien tout en discutant de nos vies. C’est très agréable, j’aime beaucoup sa compagnie relaxante. Nous partons ensuite nous coucher mais les jeunes du groupe ont décidé qu’ils ne nous laisseraient pas dormir et viennent souffler dans leurs bambous près de nos oreilles leurs sons caverneux. Ah ces jeunes ! En tout cas, ça nous fera bien rire ! Nous nous endormirons finalement avec les bruits nocturnes que nous offre la forêt, le moteur du bateau étant éteint.
Départ en croisière
Ca y est, il est temps de dire au revoir au « Dolphin Lodge » pour partir vers de nouvelles aventures ! Après un bon petit-déjeuner, nous empaquetons nos affaires et partons sur un petit bateau à moteur sous un ciel chargé.
Nous entamons le chemin inverse de notre arrivée. La pluie ne tarde pas à se déverser sur nous sous la forme d’une grosse mousson. Pour ne pas finir totalement trempés, notre guide déploie une grande bâche au dessus de nos têtes. Nous sommes un peu serrés en dessous mais ça aura au moins le mérite de bien nous faire rire ! Au bout de deux heures de traversée, nous retrouvons le petit port d’où nous sommes venus puis prenons la route dans un minibus. Je me retrouve entre le conducteur et notre guide qui tous les deux s’amusent à me draguer gentiment. Pas facile d’être une fille voyageant seule ! Cependant, c’est plutôt un jeu pour eux et ça me fait plutôt rire qu’autre chose.
Nous arrivons au port principal sous une pluie démentielle, j’ai rarement vu pareille mousson. Nous attendons dans les véhicules que la pluie se calme mais ça n’a pas l’air de vouloir s’interrompre. Nous sortons courageusement pour nous engouffrer le plus rapidement possible dans le gros bateau, mais ça suffit pour qu’on soit tous trempés jusqu’aux os. Nous enfilons un tee-shirt sec dès notre arrivée pour ne pas attraper froid, puis nous prenons le temps d’admirer notre nouvelle maison. Ce bateau me fait penser à celui qu’on avait pris en Indonésie pour notre croisière de quatre jours entre Sulawesi – Komodo et Flores. Il possède quelques cabines mais la majorité d’entre nous dormirons sur le pont dans des hamacs. Des toilettes faisant office de salle de bain avec une douche à l’intérieur se situent en bas, à côté d’une petite cuisine. Le pont supérieur est plutôt large, assez pour être à l’aise avec dix passagers. Certains s’attablent pour jouer, d’autres installent leur hamac pour faire une sieste, d’autres encore discutent dans le fond. J’adore ce genre de croisière sur un bateau de fortune comme celui-ci.
Nous déjeunons avidement comme si nous n’avions pas mangé depuis deux jours, puis le bateau s’arrête dans une pisciculture. Là, on nous donne des cannes à pêche avec des gros bouts de poissons. On a à peine le temps de plonger notre ligne dans l’eau que de gros poissons se jettent littéralement dessus. Par contre, ces monstres (les plus gros poissons d’Amazonie) pèsent plusieurs kilos et il nous est impossible de les soulever hors de l’eau. Après d’innombrables efforts, je réussi à en soulever un quasiment jusqu’à ma main, mais il s’échappe au dernier moment. Dommage ! Je suis la seule qui est aussi prêt d’en avoir un, je ne suis pas peu fière ! Nous finirons par laisser les poissons à leur pisciculture, ils seront bientôt vendus à des fins gourmets !
Nous remontons dans le bateau et effectuons un autre arrêt un peu plus loin pour visiter un champ de nénuphars. Ils sont magnifiques, certains possédant de magnifiques fleurs roses. On a même la chance d’apercevoir un beau caïman au milieu de cette superbe mangrove. Quelle chance ! Nous passons ensuite par un magasin d’artisanat où je m’achète un petit bracelet et un collier tout simples. Le bateau repart ensuite tranquillement et poursuit son chemin vers Manaus. Là, Max nous rejoint au passage, le bateau ne s’arrêtant même pas pour le laisser monter. Il arrive en chaloupe et saute dans notre maison mouvante comme un chat sur une gouttière. Tout le monde est content de le retrouver, moi y comprise… Mes sandales se sont cassées quelques jours auparavant et il m’en offre des nouvelles comme cadeau. Comme c’est mignon !
Le soir venu, nous dînons sur le pont un délicieux poisson de la région. La musique résonne sur le bateau et j’encourage les jeunes filles à venir danser avec moi. Elles ne se font pas prier puis tous les autres finissent par nous imiter. J’ai réussi à instaurer une belle discothèque improvisée sur le bateau, je suis plutôt fière de moi ! Le bateau s’arrête au bord d’une petite plage où Max nous invite à nous baigner. Il fait nuit noire à présent et j’ai de nouveau le plaisir de me baigner sous les étoiles. Je crois que je ne m’en lasserais jamais ! Nous sommes seulement deux ou trois téméraires à venir nous baigner, les autres préférant jouer au football sur la plage. Avec l’éclairage du bateau et de la lune, ça suffit pour entrapercevoir les joueurs ! C’est vrai que se baigner dans le noir, ça peut effrayer un peu, surtout quand on sait que les eaux amazoniennes sont chargées de bestioles en tout genre, mais bon… Je pense que les piranhas, caïmans et anacondas ont plus peur de nous que le contraire. En tous cas, c’est bien agréable ! Et j’aime vivre dangereusement…
Revenus sur le bateau et quelques parties de dominos plus tard, nous plongeons dans nos hamacs et nous endormons, bercés par la brise qui balance doucement nos lits de fortune.
Ecole amazonienne
La nuit fut un peu courte et bruyante à mon goût. Les ronflements sonores de mes congénères à quelques mètres de moi étaient si forts que j’avais du mal à apprécier les bruits de la forêt. Par contre, on est bien dans un hamac, j’aime dormir de cette façon, en pleine nature de surcroît !
Max est parti à l’aube ce matin, il avait des choses à préparer pour la suite de notre voyage. C’est donc un autre guide au sourire constamment gravé sur le visage qui prend en charge notre groupe. Nous empaquetons nos affaires et reprenons le bateau pour revenir au lodge. Au revoir, campement de survie ! Une demi-heure plus tard, nous voici revenus à la maison où un bon petit déjeuner nous attend. Nous engouffrons le tout goulûment avant de repartir aussi sec pour rendre visite à des écoliers.
Le groupe de touristes qui m’accompagne s’occupe d’un très beau projet : aider les écoles amazoniennes en leur fournissant des cahiers, stylos et livres scolaires. Je leur demande si je peux les accompagner et ils me répondent qu’ils seront heureux que je les aide dans ce projet. Génial ! Nous voici donc repartis en bateau jusqu’à l’école la plus proche qui se trouve à une heure à peu près. Une fois sur place, nous nous séparons en trois groupes, puisqu’il y a trois classes, et chacun est chargé d’apprendre quelque chose aux élèves. L’un s’occupe de leur apprendre les origamis, l’autre leur donne des rudiments d’anglais, et mon groupe est chargé de leur apprendre une chanson en français ! J’apprends en vitesse « Sur le pont d’Avignon » et « Frère Jacques » à mes camarades, puis nous entrons dans une classe. C’est plutôt amusant d’essayer de leur apprendre ma langue ! Ca ne marche pas vraiment, mais, bon, tout le monde s’amuse, c’est l’essentiel. Une même classe est composée de jeunes de six à douze ans, les professeurs n’étant pas assez nombreux pour séparer les classes en tranches d’âge. Le matin, ce sont les petits qui vont à l’école, l’après midi c’est la grande section jusqu’à dix huit ans.
Après notre cours improvisé, notre groupe sort des ballons, du savon pour faire des bulles, des jeux en tout genre qui rendent les enfants amazoniens fous de joie. Tout le monde crie, s’amuse, l’atmosphère est à la joie et à la fête. Encore une fois, je me sens émue par l’intensité de ces émotions. Les adolescents touristes s’amusent avec les jeunes Amazoniens, cette belle mixité est superbe à admirer. J’ai vraiment de la chance d’être tombée sur ce groupe à part. Surtout que je me trouve en âge entre les jeunes adolescents et les professeurs, je m’entends donc bien avec tout le monde. Spécialement avec Deanna, une jeune Américaine de quatorze ans, extrêmement timide au premier abord, mais qui commence à s’ouvrir à moi tout doucement.
Nous quittons ensuite l’école avec les enfants, en suivant, non pas les bus scolaires, mais les bateaux scolaires ici. Revenus au lodge, nous avons enfin quelques heures devant nous pour nous relaxer un peu. J’en profite pour faire une sieste dans le hamac et m’endors aussitôt, le balancement de la toile et le calme environnant m’y aidant fortement. Ca fait du bien de ne rien faire, aussi ! Je prends un peu de temps pour méditer, c’est si énergisant ici !
Vers quinze heures trente, nous repartons pour une expédition en petit canot à rame à la recherche des singes, animaux fétiches de la région. Nous nous enfonçons sans bruit dans la mangrove, scrutant le haut des arbres avec attention. Ce silence, juste perturbé par le bruit de la rame s’enfonçant dans l’eau, est vraiment agréable. C’est ce que j’apprécie dans notre groupe aussi : même si on est plutôt nombreux, tout le monde est calme et respectueux, des plus jeunes aux plus âgées ! Je suis vraiment bien tombée. Je me trouve à côté de Deanna sur le bateau, et la pauvre a une phobie des araignées. Ce n’est pas très pratique en Amazonie. Apeurée, elle me demande toutes les dix minutes de jeter à l’eau les petites araignées qui viennent nous saluer dans notre bateau . Je m’en occupe vaillamment, les araignées ne me causant aucun souci, et ça a l’air de la rassurer. Je me suis fait une copine !
Soudain, la cime d’un des arbres bouge en tous sens, un groupe de singes s’amuse là-haut. Nous nous approchons suffisamment près pour voir leurs petites têtes nous regarder. Plusieurs faucons nous survolent, leurs magnifiques ailes déployées, et je me prends à rêver que je suis moi-même l’un de ces majestueux oiseaux pour pouvoir admirer l’Amazonie du ciel. Après une heure trente de cheminement dans les canaux du Rio Mamori, nous rentrons au lodge, encore une fois charmés par cette expédition. Ne cesseront-ils jamais de me surprendre par toute cette beauté à l’état pur ? Sur le chemin, nous assistons à l’un des plus beaux couchers de soleil de mon existence. Le ciel se couvre de rouge, semblant éclater de toutes parts. Puis des couleurs pastel telles que le rose et l’orangé prennent le relais. J’admire ce spectacle en écoutant les bruits de la forêt qui se réveille avec la tombée de la nuit. C’est simplement magnifique ! Je n’ai pas de mots pour décrire un tel enchantement.
Une fois rentrés au lodge, et pour parfaire cette journée déjà incroyable, j’enfile mon maillot en vitesse pour profiter de la fin du crépuscule dans la rivière. Les premières étoiles commencent à étinceler et entourent une lune brillante et majestueuse. Je glisse dans l’eau noire doucement, comme pour ne pas perturber cet environnement enchanteur. Quel bonheur de nager seule, sous ce ciel aux couleurs si changeantes, alors que l’obscurité commence doucement à nous engloutir ! Les autres membres du groupe viennent me rejoindre et je discute avec Paawee, un adolescent aux origines asiatiques. Mon anglais commence à s’améliorer avec tout ça !
Une bonne douche et un souper, et je tombe rapidement dans les bras de Morphée pour ma dernière nuit au lodge. Demain, nous partons en croisière sur un gros bateau durant quatre jours. Youhou !
Camping sauvage
Je me réveille vers 7h du matin en ayant bien récupéré de ces derniers jours. Je suis fin prête pour la suite de mon aventure ! Je découvre un peu plus le petit coin de paradis où nous nous trouvons. Il fait gris ce matin mais ça n’enlève rien au charme du lieu. C’est apaisant, relaxant et énergisant à la fois. Les bruits de la jungle nous entourant ne cessent de me ravir, j’ai l’impression de faire partie des films que j’ai tant visualisés et qui se passent au fin fond de l’Amazonie. Je m’attends presque à apercevoir un anaconda géant glisser nonchalamment devant moi !
Le petit déjeuner est incroyable avec tous ces fruits tropicaux, ces œufs, ces cakes de toutes sortes, tout fait à la main ici même ! Une fois prêts, Max nous emmène nous promener en forêt. Nous partons toute l’équipée à travers l’épaisse jungle, un guide nous frayant un passage devant nous avec sa machette, un autre guide fermant la marche et Max nous donnant des informations sur des plantes et des arbres que nous croisons. Nous sommes bien entourés,
et encadrés, aucun doute là-dessus. Max nous parle des plantes médicinales, des arbres à caoutchouc, des arbres fruitiers, des termitières géantes. Il nous montre également des fourmis carnivores, de gros insectes noirs qui peuvent tuer un homme s’il reçoit une dizaine de piqûres en même temps. Max réussit même à dénicher une énorme mygale de sa tanière. Elle est très impressionnante par sa taille et ses pattes velues. Attention de rester éloignés toutefois. Max m’apprend aussi à manier une machette, ce n’est pas aussi évident que ça de bien s’en servir. Comme quoi, ce n’est pas seulement la taille qui compte !
Il se met à sérieusement pleuvoir durant la randonnée. Les arbres nous protègent un peu mais là nous commençons à être vraiment détrempés. Nous écourterons un peu le trek, les animaux ne sortant pas quand il pleut de toute manière. Mouillés de la tête aux pieds, nous revenons au lodge pour nous changer. J’en profite pour piquer une tête dans le fleuve, c’est tellement agréable de se baigner dans de l’eau chaude alors qu’il pleut ! Je me repose ensuite un peu et reste rêveuse devant cet enchantement pictural. Perdue dans mes pensées, j’aperçois un dauphin rose sortir le bout de son nez hors de la rivière comme pour me dire bonjour. Je suis seule à assister à ce cadeau que dame Nature me fait. Je suis aux anges ! Il est tout petit, rose et rapide. Je l’aperçois deux ou trois fois avant qu’il ne disparaisse dans les profondeurs. Je savais qu’il y avait des dauphins en Amazonie mais je ne pensais pas en voir un ! Je raconte ça à Max qui, d’un air amusé, me confie que je risque d’en voir plus d’un durant mon séjour ici et que, si on a de la chance, je pourrai même nager avec eux !! Alors là, j’ai du mal à contenir ma joie…Tout ça est si loin de mes espérances les plus folles ! Suis-je au paradis ? Ca m’en a tout l’air à priori.
Après déjeuner, nous devons empaqueter le minimum vital avec nous, ce soir nous dormons en pleine jungle en camping sauvage ! Ouah… Tout le monde se prépare puis nous embarquons dans une grande barque en destination de l’inconnu. Max veut nous apprendre comment survivre en forêt, enfin nous donner quelques rudiments au moins. Il me place au premier rang de la grande barque pour que je puisse avoir la meilleure vue sur les paysages. J’ai l’impression qu’il a un petit faible pour moi, ce qui me vaut toutes ses faveurs, je ne vais pas m’en plaindre. Par contre, je commence à attirer la jalousie des autres dames du groupe, je le sens. Bah, je ne peux pas gérer leurs émotions pour elles, j’ai juste envie de profiter des miennes !
Max a décidé de nous apprendre à pêcher le piranha. Il nous donne de grandes cannes à pêche et un morceau de viande, puis nous lançons notre ligne à même le bateau. Ca ne mord pas fort, c’est le moins qu’on puisse dire. Nous patientons un bon moment mais rien à faire. Nous changeons d’endroit sans beaucoup plus de succès. Max prend ma ligne et réussit à attraper un énorme piranha en moins de dix minutes. Ok , nous manquons visiblement de technique. Le poisson pêché est vraiment gros, beaucoup plus imposant que ceux que j’avais pêchés dans le Pantanal, il y a quatre ans de cela. Max nous montre les dents du piranha et comment il peut couper une branchette en deux sans difficulté. Impressionnant ! Mais j’en avais déjà fait l’expérience il y a quatre ans lorsque Michaël s’était fait mordre par cette bestiole alors qu’il était en train de la vider pour qu’elle serve de repas!
Nous n’attraperons rien d’autre que ce malheureux poisson aujourd’hui. Tant pis, on va partager notre misérable gain à 10 ce soir ! Nous voguons sur la rivière Mamori et, encore une fois, j’en prends plein les yeux. Max s’arrête dans la maison de sa mère au passage, histoire de lui dire bonjour, de présenter son groupe de touristes à sa famille et surtout pour prendre des hamacs, il n’en avait pas assez pour nous tous pour cette nuit. Sa mère est charmante et nous accueille dans son humble demeure avec beaucoup de chaleur. Elle a l’air fière de son fils et de son travail, du fait qu’il parle anglais et qu’il gagne bien sa vie. Elle ne parle que portugais mais son sourire vaut toutes les paroles. Sa maison en bois est construite sur pilotis à cause de la dénivellation importante de la rivière et un troupeau de chèvres a élu domicile en dessous. C’est drôle, on retrouve le même schéma dans les différents endroits de la planète. En Thaïlande et en Indonésie, on trouve exactement ces mêmes cabanes sur pilotis avec des animaux sous la maison. Dans tous les endroits humides, marécageux et un peu éloignés de la civilisation, c’est le même principe.
Il est temps de dire au revoir à la famille de Max, nous reprenons la route - ou bien la rivière devrais-je plutôt dire - jusqu’à notre campement pour la nuit. Max m’a carrément permis de prendre sa place à la poupe du bateau. Le canot file sur l’eau de la rivière et je suis aux premières loges pour apprécier le spectacle. Quel moment inoubliable ! Les paysages passent de la mangrove dans laquelle il faut se frayer un chemin avec la machette parmi les roseaux et les branches d’arbres inondés, au lac calme et tranquille entouré de palmiers, à la rivière large et aussi passante qu’une route de campagne… On s’arrête dans un champ d’ananas pour cueillir quelques-uns de ces délicieux fruits pour accompagner notre maigre repas de piranha. Nous arrivons ensuite sur un des lacs près duquel Max a grandi. Il est vraiment chez lui ici et il nous fait prendre des raccourcis à travers la mangrove que personne d’autre ne doit connaître. Je n’arrive vraiment pas à comprendre comment il arrive à s’y retrouver dans ces méandres d’affluents. « Son » lac est en effet incroyable. L’eau calme reflète les paysages environnants comme dans un miroir. De nombreux oiseaux jouent une jolie symphonie pour nous, nous éteignons le moteur afin de les honorer. Nous continuerons à la rame, ce qui nous permet de grandement plus apprécier la beauté et les sons qui nous entourent. Soudain, dans ce tableau déjà idyllique, deux dauphins roses se mettent à jouer autour de nous. Cette touche finale finira par m’émouvoir au plus profond de moi et c’est les larmes aux yeux que je remercie la vie de m’offrir de si beaux moments.
Nous profitons en chemin d’un magnifique coucher de soleil sur la rivière, j’ai l’impression que mon cœur va exploser à force d’emmagasiner tant de beautés d’un seul coup. J’ai tellement du mal à m’imaginer que j’étais encore derrière un ordinateur au travail il y a 3 jours à peine ! Mais n’y pensons pas, ça reprendra bien assez vite. Je n’ai qu’un seul regret cependant : ne pas pouvoir partager ces moments inoubliables avec quelqu’un. J’ai comme l’impression qu’être deux renforce encore cette harmonie. Je ne parle même pas forcément d’un petit ami, il peut s’agir d’une très bonne amie également ou quelqu’un de ma famille mais je m’aperçois que le partage est important pour moi dans ces cas-ci et ça me manque un peu.
Nous arrivons au campement une fois la nuit tombée. Plusieurs membres du groupe de Max sont déjà sur place pour préparer le camp. Il y a deux abris sous lesquels on peut étendre nos hamacs au cas où il pleuvrait et ils nous ont apporté à manger, histoire qu’on ne meure pas de faim avec notre unique piranha à partager. C’est de la survie de luxe tout ça ! Max nous explique que nous pouvons choisir nous-mêmes où nous voulons étirer notre hamac : sous l'abri si la peur de la pluie nous gêne ou entre deux arbres partout ailleurs. Je choisis à même la forêt évidemment. Max m’aide à accrocher mon hamac puis nous nous retrouvons tous autour du feu, Max nous montrant comment fabriquer des éventails tressés avec des feuilles séchées.
Tandis que la nourriture est en train de cuire sur le feu, quelques-uns d’entre nous descendons discrètement à la rivière boire quelques bières dans le canot. On ne veut pas que les enfants s’en rendent compte, voilà pourquoi la discrétion est de mise. Je passe un bon moment avec ce petit groupe composé de trois Brésiliens et d’une Américaine. J’ai l’impression d’être intégrée à la population locale plus rapidement que je n’avais pu le faire lorsque je voyageais avec Michaël. Le fait d’être une jeune femme dans la trentaine voyageant seule doit jouer un peu quand même. En tout cas, nous passons un très bon moment tous ensemble.
Le repas est servi et nous avons le droit à un véritable festin en plus de notre piranha rôti au feu de bois. Des légumes, du riz, du poulet grillé sont servis sur un plateau fabriqué à la hâte par Max avec ses feuilles séchées entrelacées. Quel festin ! Délicieux en plus… Et nous avons même le droit à des ananas grillés au feu de bois en dessert. Un vrai délice ! Bien rassasiés, Max nous propose une virée nocturne en canot pour apprécier les bruits des animaux qui se réveillent la nuit. Nous voici donc repartis sur la rivière. Mais l’atmosphère est totalement différente la nuit. On dirait que la forêt nous offre un opéra de sons en tout genre. Des criquets au bruissement des feuilles d’arbres; des oiseaux aux reptiles sautant dans l’eau. Ces sons, bien qu’un peu inquiétants au premier abord, m’apparaissent comme enchanteurs et mélodieux. Max a pris un bateau sans moteur cette fois juste pour nous faire apprécier ces sons nocturnes que je trouve fantastiques. Il balaie les alentours avec sa lampe de poche et me montre deux yeux rouges dans le faisceau de la lumière. Vaguement inquiète mais surtout intriguée, je lui demande de quel genre d’animal il s’agit. C’est un caïman, me répond-il. Ouah ! Nous nous approchons mais il nous a entendu venir et décide de ne pas nous attendre. De toute façon, la région est visiblement infestée de caïmans, vu que nous apercevons des yeux rouges un peu partout lorsqu’il promène sa lampe.
Avec dextérité, Max réussit à attraper un bébé caïman pour nous le montrer de près. J’ai même pu le tenir dans mes mains ! En faisant attention à lui tenir la gueule comme il faut, il n’y a absolument aucun risque avec un petit comme celui-ci. Avec une technique particulière de caresses sur le ventre, notre guide parvient même à faire dormir notre bébé caïman ! Incroyable ! Nous revenons ensuite tranquillement au camp sous un ciel un peu trop nuageux pour voir les étoiles. Mais la lune est au rendez-vous par contre. Un bain de minuit au clair de lune s’impose donc. Me voici dans l’eau en pleine nuit noire, juste éclairée par cette lumière naturelle en plein milieu de l’Amazonie ! Je savoure ce moment d’éternité qui s’offre à moi.
Bon, il est temps d’aller se coucher maintenant. Je plonge dans mon hamac et commence à m’endormir lorsque la pluie se met à tomber. Max vient me voir et me conseille de déménager sous les abris pour ne pas être trempée. Il me donne un coup de main et, en deux minutes, mon lit est installé à l’abri de la pluie. Je m’endors d’un sommeil entrecoupé par les ronflements de mes compatriotes et par la chorale de singes hurleurs qui s’amusent non loin de là.
Enfin arrivée à destination !
Je me réveille comme une fleur vers les 6h du matin en ayant réussi à récupérer un peu d’énergie. Il va m’en falloir pour la suite, je ne suis pas arrivée encore ! J’ai raté le petit déjeuner, j’ai préféré dormir à la place… De toute façon, je n’arrête pas de manger depuis que j’ai mis un pied dans l’aéroport de Montréal ! C’était hier seulement ? J’ai déjà l’impression d’être partie depuis 3 jours.
Je profite encore un peu de l’environnement de luxe qui m’a été offert gracieusement avant que l’avion n’atterrisse. Une fois sur le sol de Sao Paulo au Brésil, je suis obligée d’aller récupérer mes bagages avant d’embarquer sur mon prochain vol pour Manaus. Un doute m’assaille : j’espère que mon sac à dos m’a suivie dans toute cette pagaille de changement d’avion ? Bon, je vais le savoir très vite. Je me présente à la récupération des bagages et j’attends… J’attends… Alors que je commençais à perdre espoir sur la récupération de mon bien, je le vois apparaître, tranquillement dernier, sur le tapis roulant, comme s’il avait pris un malin plaisir à me faire poireauter... Trop contente de le récupérer, je ne le réprimande même pas (oui, je parle bien toujours de mon sac à dos, c’est devenu un compagnon de voyage depuis le temps). Et il faut maintenant sortir pour faire l’enregistrement de mon prochain vol. Je me trompe de queue et patiente 30 minutes pour rien. Bref, je finis par m’y retrouver et enregistre juste à temps mes bagages, un quart d’heure avant la fin du check in. Ouf ! J’ai à peine le temps d’entrer dans la salle d’embarquement et hop on nous fait monter dans l’avion. La chaleur moite du Brésil commence à me coller à la peau, je crois que je vais apprécier ma prochaine douche. Le seul hic, c’est que je n’ai aucune idée de son échéance si je pars dans la jungle dès mon arrivée à Manaus cet après-midi ! On verra bien…
Je réussis à somnoler un peu dans l’avion durant ces 4 heures de vol. Il faut le mériter ce voyage en Amazonie, dis donc ! Juste au moment où je commençais vraiment à trouver le temps long, je jette un coup d’oeil par le hublot et là, mon cœur s’arrête le temps d’une seconde. Ce que j’aperçois à travers ma vitre me laisse sans voix. Une immensité verte s'étend à perte de vue entrecoupée d’entrelacements de cours d’eau sombres qui serpentent au milieu de cette jungle. Le ciel est chargé d’eau, ce qui rend l’atmosphère encore plus magique et mystérieuse. J’atterris au milieu de l’Amazonie, il n’y a aucun doute là-dessus et la beauté des paysages dépasse mes rêves les plus fous sur cette contrée lointaine ! Je savoure chacune de mes émotions, photographie en mémoire ce tableau de carte postale, accrochée à mon petit hublot, les larmes me montant soudain aux yeux. Ca y est, l’avion se pose sur cette contrée sauvage et totalement étrangère. Après ce grand moment d’extase, un brin d’anxiété me saisit : « Vais-je être à l’aise dans ce monde si différent du mien ? », « Ne me suis-je pas un peu surestimée en venant ici seule en quête d’aventure ? ». Mais cette appréhension n’est que passagère et je décide rapidement de revenir au moment présent plutôt que de me laisser entraîner par mes peurs sur un futur hypothétique qui n’existe pas encore.
Je récupère rapidement mon bagage cette fois et sors de l’aéroport regardant partout un écriteau où apparaîtrait mon nom. En effet, l’agence qui a préparé mon expédition dans la jungle est censée me récupérer à l’aéroport mais avec tous ces changements de vol, je ne suis pas sûre qu’ils aient eu mes emails à temps. A première vue, les pancartes ne me concernent pas, je me fais donc une raison : je dois me débrouiller seule. Mais encore une fois, comme par magie, un petit homme au teint mat et au sourire accueillant vient vers moi en m’appelant par mon prénom. Il s’agit de Max, le gérant de l’agence Maia avec laquelle j’avais prévu de partir en expédition. Ouf, il est venu me chercher ! Il m’apprend qu’on part aussitôt dans la jungle afin de dormir dans son lodge au milieu de la forêt. Parfait ! (Je fais donc une croix sur ma douche pour le moment). Nous voilà partis pour l’aventure !
Une demi-heure de voiture plus tard et une noix de coco dans le gosier généreusement offerte par mon hôte, nous débarquons à un petit port au bout de la ville. J’aperçois un homme sortant d’un petit bateau, la tête en sang, totalement hébété et groggy. Je ne sais pas ce qu’il lui est arrivé mais il est mal en point. Cette vision me rappelle comme il est aisé pour nous d’accéder à des soins médicaux dans les plus brefs délais. Cet homme a dû faire des heures de bateau à travers la jungle avant d’arriver jusqu’ici, le crâne ensanglanté. Je regarde autour de moi, vois ce petit marché sale et désordonné à ma gauche, des hommes assis nous regardant nonchalamment à ma droite, des petits rafiots à moitié rafistolés qui voguent sur l’énorme fleuve noir qui s’étend devant nous : le Rio Negro, je sens la chaleur chargée d’humidité qui m’étreint. Il n’y a pas de doute, je suis bel et bien en voyage au milieu de nulle part ! Et dire qu’il y a deux jours encore, je travaillais devant mon écran d’ordinateur dans l’un des buildings les plus modernes de Montréal. La vie réserve tellement de belles surprises !
On monte dans un petit bateau à moteur qui file à toute vitesse sur le fleuve rejoindre la rive opposée. Le vent me fouette le visage et je souris bêtement à tout ce qui m’arrive. Mon guide Max s’en amuse et je fais plus ample connaissance avec lui. C’est un homme charmant et courageux qui a monté son agence au prix de multiples heures de travail. Il me parle de sa région l’Amazonie et on voit qu’il aime vraiment son travail et sa jungle. Une fois arrivés à bon port, une voiture nous attend et nous grimpons rapidement dedans pour une heure de transport à travers les verts pâturages et la forêt se faisant de plus en plus dense. La route bitumée se transforme en chemin boueux jusqu’à ce qu’on arrive à une rivière, la route s’arrêtant brusquement dans l’eau noire marécageuse. Nous descendons de voiture et grimpons dans un canot à moteur et nous voilà repartis pour deux heures de transport à travers la mangrove et la forêt.
La traversée de ces marécages en bateau est vraiment de toute beauté. Exactement comme je l’avais imaginé, seule aventurière sur mon petit bateau à admirer ces paysages si changeants. Nous nous enfonçons toujours plus loin dans la jungle à travers les énormes feuillages et les arbres si touffus. Nous sommes en pleine saison des pluies, l’eau de la rivière est très haute et a inondé beaucoup de marécages. Le seul moyen de se déplacer pour les locaux est en bateau à moteur et nous croisons plusieurs familles utilisant ce mode de transport pour se rendre en ville. Selon les pluies, la hauteur de la rivière change, transformant les paysages environnants. Max et son compatriote se perdent plus d’une fois dans ce dédale d’embranchements fluviaux alors qu’ils sont pourtant nés dans la région.
Cette traversée en bateau est si incroyable, j’en prends plein les yeux ! Je regrette seulement d’être un peu trop fatiguée pour en profiter comme je le souhaiterais. Je commence à sérieusement accuser le coup du manque de sommeil et de mes innombrables heures d’avion pour arriver jusqu’ici. J’essaie pourtant d’oublier ma fatigue pour profiter autant que je peux de ce moment inoubliable. Nous apercevons de nombreux oiseaux en chemin : des aigrettes, ibis, toucans, perroquets. Mon guide arrive même à dénicher un paresseux tout en haut d’un arbre et de grands singes noirs s’amusant dans les branches. Parfois, il faut faire attention à nos têtes pour ne pas se blesser avec un arbre. Plus nous nous enfonçons dans l’Amazonie, plus mes repères s’évanouissent et j’ai l’impression de renaître, de respirer, de revenir aux sources dans lesquelles je peux puiser tant d’énergie.
Max a beaucoup voyagé, même en France et il connaît la valeur de son patrimoine qui est cette forêt encore préservée, mais pour combien de temps encore ? Il m’explique qu’il ne comprenait pas au début pourquoi les touristes paraissaient si émerveillés par cette forêt et les créatures qui la peuplent. Tout ça lui paraissait naturel. C’est en voyageant qu’il a compris qu’il n’en était pas de même partout. Des amis Français à lui qui habitent Paris lui ont montré leur petit appartement, leur façon de vivre métro-boulot-dodo cinq jours par semaine et il les a trouvés bien malheureux comparativement à lui. Il a certes moins d’argent mais une qualité de vie bien meilleure. Il possède une grande maison aux alentours de Manaus et un lodge qu’il a construit de ses mains au milieu de la forêt. Il travaille dur également pour faire marcher son entreprise mais il adore son métier. Il me confie que sa plus grande récompense c’est de voir les gens heureux et éblouis par sa contrée. Bref, il n’envie pas du tout les Occidentaux et je le comprends parfaitement. Il connaît son bonheur d’être ici et il en profite, je lui donne entièrement raison.
Nous finissons par arriver au lodge au crépuscule, le ciel nous montrant ses plus belles couleurs. Le « Dolphin Lodge » se situe au bord de la rivière dans une petit crique enchanteresse. Deux maisonnettes rondes faites de bois et de roseaux trônent en haut d’un petit ponton. Une est une salle de détente où sont étendus plusieurs hamacs, l’autre sert de salle à manger et cuisine. Un peu plus loin se trouvent des chambres avec chacune une petite salle de bain privée, lovées dans des cabanes en bois. Il reste une chambre de libre, j’ai de la chance ! Sinon, j’aurais dormi dans les hamacs, ça ne m’aurait pas dérangé non plus.
Je cours sous une bonne douche tant attendue et j’ai l’impression de gagner un peu de vitalité. Peut-être aussi parce que l’eau froide, ça réveille ! L’eau chaude n’existe pas ici, mais il fait tellement chaud que ça n’est absolument pas nécessaire. Je suis même étonnée qu’il y ait de l’électricité en fait, nous sommes si loin dans la jungle. On m’apprend que la génératrice fonctionne seulement peu de temps. Parfait, je ne compte pas faire long feu ce soir de toute façon.
On me présente ensuite à l’équipée de touristes établis ici depuis quelques jours et avec laquelle je vais passer la prochaine semaine. Il s’agit d’un groupe particulier en fait. Des professeurs font voyager certains de leurs élèves du Nouveau Mexique aux USA au Brésil durant une vingtaine de jours. Il y a 5 étudiants de 14 à 16 ans et 3 professeurs, leur but étant de partager un autre genre de vie, de s’ouvrir à une autre culture différente de la leur en leur faisant découvrir une partie du Brésil. Ils viennent de vivre des aventures incroyables au Pantanal avec beaucoup de moustiques visiblement et ils enchaînent sur l’Amazonie. Les professeurs, des femmes plutôt âgées, m’accueillent avec chaleur et beaucoup de gentillesse. Les jeunes sont curieux de ma présence et intrigués par mon origine française. Ils sont calmes et plutôt timides, on est loin de l’équipe d’adolescents bruyants que je redoutais un peu. Tant mieux !
Le temps de me reposer un peu dans les hamacs et le dîner est servi. Au menu : poulet, soupe de piranhas, légumes frais, riz… Je mange avec avidité ces bons plats régionaux, je meurs de faim en fin de compte. Je n’ai rien mangé depuis la veille au soir à part une noix de coco et quelques oranges que Max m’a généreusement offertes. En effet, j’ai raté le petit-déjeuner ce matin dans l’avion pour gagner quelques heures de sommeil, n’ai pas eu le temps de grignoter quelque chose à midi entre mes deux avions à Sao Paulo et ils n’ont rien donné à part du jus d’orange sur le vol pour Manaus ! Ah, ça fait du bien d’avoir quelque chose dans le ventre…
Après le souper, Max fait un exposé aux élèves sur la façon de vivre dans la jungle. Il explique le mode de vie des habitants de la région, parle des écoles ici où certains élèves ne peuvent y parvenir qu’après 4 heures de bateau quotidien aller et retour. Il essaie d’expliquer que nous, les Occidentaux, avons de la chance d’avoir accès à tant de choses facilement et qu’il faut en prendre conscience tout en ne perdant pas leur valeur.
Il fait un très beau discours, je suis particulièrement touchée par ce qu’il dit. Il possède de belles valeurs et il sait où il va dans la vie, c’est un homme admirable. Plusieurs autres guides parlent à leur tour de leur vie dans la jungle et malgré tout l’intérêt de leurs histoires, j’avoue que je sens mes paupières s’alourdir inexorablement. Je regarde l’assistance qui n’a pas l’air plus en forme que moi. Les discours s’éternisent et malgré le silence respectueux de chacun, je peux lire la même lassitude sur le visage de mes convives. Ouf, au bout d’un moment qui me paraît durer une éternité, ils finissent par conclure et nous partons nous coucher pour la plupart d’entre nous tandis que d’autres entament leur partie de dominos. Je m’endors aussitôt aux sons des bruits de la forêt qui, elle, se réveille…
Le départ pour l'Amazonie
28 mars 2009
Il est 10h30. Je suis attablée dans un petit bar de l’aéroport de Trudeau à Montréal avec un café, en attendant mes œufs et mon jambon. Aujourd’hui, l’aventure recommence à mon plus grand bonheur. Voilà quelque temps que l’envie de voyager m’avait repris, cette idée ne cessait de hanter mes pensées…
Le week-end dernier, je me suis décidée et comme je n’aime pas faire traîner les choses très longtemps, j’ai pris mon billet d’avion pour le départ dès la semaine suivante. La destination du voyage est restée quelque temps nébuleuse dans mon esprit. J’hésitais entre un séjour relaxant au bord d’une plage à Cuba ou à Belize ou bien un voyage un peu plus excitant en pleine nature. Mon cœur aventureux a vite fait taire mon envie de farniente et la destination de l’Amazonie est devenue comme une évidence pour moi. J’ai toujours rêvé m’enfoncer dans cette jungle luxuriante, m’endormir en écoutant les bruits de la forêt, voguer sur l’Amazone sur un petit bateau à la recherche des alligators et des anacondas…
A l’évocation de mon voyage en plein cœur du poumon de la planète, mes collègues s’interrogent : « Mais que vas-tu chercher là-bas ? », « Il faudrait me payer cher pour y aller moi… », « Et tu n’auras pas Internet là-bas ? », « Tu as pensé à tes vaccins ? », « Fais attention aux crocodiles et aux mygales… ». Bref, autant de commentaires qui me font sourire d’autant plus que ce ne sont pas mes préoccupations principales. Je souhaite surtout revenir aux valeurs de la Terre, respirer la Nature, me sentir vivante et pleine d’énergie ! Je ne me suis jamais autant ressourcée que dans mes expéditions loin de toute civilisation et de tout matérialisme. Dès que je me sens entraînée par notre société de consommation en oubliant les valeurs humaines fondamentales, je sens qu’un départ au milieu de nulle part m’est nécessaire. Ca me permet de relativiser ma vie actuelle et de réapprendre à profiter du moment présent. Quelle belle thérapie !
Mon dernier grand voyage remonte à un an et demi avec Michaël lorsque nous sommes partis en Indonésie. Cette fois, je pars seule. Cette situation m’aurait effrayée il y a quelques mois, ne me sentant pas assez sûre de moi pour partir à l’aventure en solitaire. Aujourd’hui, je me sens sereine et libre. J’ai décidé la semaine dernière de mon départ au Brésil et la décision m’appartient à moi seule !
En effet, l’aventure a bel et bien commencé. Comme quoi, il faut de l’énergie pour voyager, ça commence fort cette fois-ci ! Arrivée à la porte d’embarquement à Montréal à l’heure prévue, je commence à m’assoupir tranquillement en attendant le moment de monter dans l’avion pour Atlanta, ma ville de transit avant Manaus au Brésil. Je vois soudain sur l’écran d’affichage que mon vol aura 1h30 de retard à cause du mauvais temps à Atlanta. Le hic, c’est que j’ai 2 heures normalement de battement à Atlanta avant mon vol pour Manaus. Je vais voir l’agent qui fronce les sourcils et me répond que ça risque d’être juste pour attraper mon vol. Le suivant part seulement le lendemain. Passer une nuit à Atlanta n’était pas vraiment dans mes plans… Surtout que je suis attendue par un guide sur place pour partir dès le lendemain en expédition dans la jungle dès demain matin. Bon, on verra, je me dis qu’il est possible que je réussisse à attraper mon vol après tout. Ca ne sert à rien de s’en faire à l’avance. Je prends donc mon mal en patience.
Nous finissons par monter dans l’avion avec 1h30 de retard comme il était prévu. C’est un petit coucou avec peu de places, je ne me m’attendais pas à un si petit avion… Je ne suis pas sûre qu’avec si peu de monde en retard, mon avion ait la décence de nous attendre à Atlanta. De toute façon, qui, à part moi, à l’idée saugrenue de partir à Manaus, au milieu de l’Amazonie, en pleine saison des pluies ?
Le vol dure 2h30 mais j’ai l’impression qu’il n’en finit pas. Je vois le temps se rapprocher de l’heure fatidique de ma correspondance et je suis toujours dans les airs. En plus, le mauvais temps est en effet bien présent et secoue notre petit avion dans tous les sens. Des sacs sont distribués aux passagers… Et malgré tout, je me sens détachée de tout ce qui se passe. Je suis en train de lire un livre passionnant : « Le pouvoir du moment présent » d’Eckart Tolle qui me fait relativiser petit à petit ma situation comme par enchantement. Une phrase me percute de plein fouet : « Ce n’est pas le but du voyage qui importe, mais le chemin pour s’y rendre… ». C’est exactement ça ! Il faut vivre le moment présent, savourer chaque pas qui m’amène à ma destination, c’est ça le voyage après tout ! D’un seul coup, je relativise ma situation en me disant que tout moment est bon à prendre et m’apprend quelque chose sur moi. J’arrête instantanément de m’inquiéter et profite juste de l’instant là, maintenant, tout de suite et je ressens une sorte de paix m’envahir et un sourire effleurer mes lèvres. C’est si simple après tout !
Bon, il est 17h quand l’avion pose enfin ses roues sur la piste d’atterrissage et mon avion part à 17h05. J’entame une course effrénée à travers l’aéroport d’Atlanta pour tenter d’attraper mon vol. Après 15 minutes de dédales dans les couloirs au pas de course, j’arrive à bout de souffle à la porte d’embarquement… 5 minutes trop tard ! Les portes sont closes, l’avion vient de partir ! Déçue, je vais au comptoir d’enregistrement de la compagnie aérienne, résignée à devoir passer la nuit ici à Atlanta. Bonne nouvelle m’apprend-on, ma place a été réservée ce soir sur un vol pour Sao Paulo d’où on me transfèrera sur un autre vol pour Manaus. Bon, tout s’arrange ! Sauf que je vais arriver à Manaus à 13h au lieu des minuits prévus initialement. Je vais au moins gagner une nuit d’hôtel. Et j’aviserai sur place pour mon départ en expédition. Pff, quelle histoire !
Je mange un morceau en vitesse à l’aéroport et me prépare à embarquer sur un vol de 11 heures jusqu’à Sao Paulo. Une belle nuit s’annonce… Mais quelle n’est pas ma surprise lorsque je m’aperçois qu’on m’a assigné une place en business classe sur ce vol ! Ouah… Ca c’est une bonne nouvelle… Moi qui n’ai jamais voyagé en première classe en avion ! J’embarque dans l’appareil et me retrouve sur un fauteuil ultra confortable, transformable en lit sur demande, des hôtesses aux petits soins pour moi et un verre de champagne en guise de bienvenue ! La grande classe… J’ai l’impression d’être une princesse habillée en routarde !
Je fais la connaissance de mon voisin Laurent, un homme frisant la cinquantaine. Après quelques bredouillages en anglais, on s’aperçoit vite qu’on peut parler notre langue natale. Il est Français de la région parisienne ! C’est drôle, la probabilité que je me retrouve à côté d’un Français sur un vol Atlanta – Sao Paulo n’était quand même pas grande… Il travaille dans l’aviation, la classe business n’a donc pas de secret pour lui et il s’amuse de me voir si enthousiaste à découvrir tous les avantages de me retrouver dans une situation si privilégiée et rare pour moi ! Je joue avec les programmes de notre télévision individuelle, avec les manettes de mon siège, relis le menu du dîner qui ressemble à une carte de grand restaurant, me demande quel vin je vais bien pouvoir choisir… tout ça sous le regard amusé de mon voisin qui se rend compte qu’il est un peu blasé de toutes ces choses.
Nous discutons, mon voisin et moi, jusqu’à tard dans la nuit, notre conversation est d’autant plus alimentée par les verres de vin qui se remplissent comme par magie par notre hôtesse. Je finis par tomber de fatigue vers les 1h30 du matin et m’endors confortablement installée sur mon lit horizontal sous une petite couette douillette. Comme à la maison ! Bonne nuit.