02 avril 2009
La nuit fut un peu fraîche dans le hamac, j’ai dû me lever au milieu de la nuit pour prendre une autre couverture. Mais la fraîcheur matinale a le mérite de me réveiller assez tôt pour admirer les superbes couleurs de l’aube éclatant sur le Rio Negro! Superbe!
Après un extraordinaire petit déjeuner, nous nous arrêtons sur une charmante petite île où trônent une petite maison et une balançoire au milieu d’arbres fruitiers éclatants. Un petit coin de paradis où je passerais bien le prochain mois! Comme d’habitude, nous sommes les seuls touristes à profiter de cet endroit, Max a le don de nous emmener dans des coins magiques et totalement perdus et méconnus. Je descends avec Vannetta, l’organisatrice du groupe en avance sur les autres, je suis toujours prête dans les premières. Le propriétaire de l’île nous fait visiter sa maison ainsi que les nouvelles cabanes qu’il a construites. Tous les Amazoniens que nous rencontrons ont le sourire aux lèvres et me charment par leur gentillesse. Je paresse ensuite sur la balançoire devant ce paysage d’île déserte idyllique de carte postale.
Nous montons ensuite tous dans un petit canot qui nous emmène un peu plus loin sur une autre petite île. Et là, j’aperçois vite plusieurs dauphins roses qui tournent autour du promontoire. Ils sont habitués à se faire nourrir dans ce coin ci et nous allons avoir le plaisir d’en profiter. En effet, on nous encourage à plonger dans l’eau et l’un des résidents du coin appâte les dauphins avec un poisson pour qu’ils s’approchent de nous. Et ça ne tarde pas. Deux ou trois dauphins s’approchent discrètement, attirés par le poisson. C’est merveilleux de les voir d’aussi près! Ils ne ressemblent pas vraiment aux dauphins de chez nous, leur gueule est plus longue et leur corps plus imposant. Leur couleur rose est aussi très singulière. Nous avons le plaisir de pouvoir les toucher, leur peau est douce et délicate. Je prends un des appâts dans ma main et un dauphin vient délicatement me le prendre, sans me toucher. Je trouve ça incroyable. Ce que j’apprécie le plus, c’est de savoir qu’ils sont en liberté ici et que rien ne les oblige à venir nous voir. Ils ont même l’air de s’amuser en notre compagnie! Jamais je ne pourrais supporter de nager avec des dauphins en captivité, je serais juste malheureuse pour eux. Mais là, aucune grille, aucun filet ne les retient. C’est un beau cadeau qu’ils nous font de venir jouer avec nous.
Après ce grand moment de joie autant pour les adolescents que pour les plus âgés, nous reprenons la rivière pour nous arrêter un peu plus loin dans un petit village local. Une église nous accueille avec majesté. Ce village n’est accessible que par bateau, la route commence donc au ponton. Nous visitons une école, puis une infirmière et Max nous emmènent voir un ébéniste qui est spécialisé dans la construction de canots que les Amazoniens utilisent tout le temps comme moyen de transport. Max nous apprend que c’est ici qu’il achète ses bateaux pour 700 dollars environ. C’est une grosse somme pour ici et il en a plusieurs près de son lodge dans la jungle.
Il fait vraiment beau et lourd aujourd’hui, un petit bain dans la rivière s’impose avant de retourner sur le bateau. Le début d’après-midi est consacré à la sieste tout en profitant de la douce brise que nous apporte le bateau qui glisse sur l’eau brunâtre entourée de dense forêt. Je resterais bien toute ma vie ici moi, sur ce bateau, à admirer le paysage. Peut-être finirais-je par m’ennuyer au bout d’une ou deux années ! Je discute avec Vannetta et Max et ils me disent tous les deux que c’est un bonheur de me voir sourire tout le temps. Ils aimeraient qu’il en soit de même pour les autres personnes du groupe qu’ils trouvent trop « américains ». C’est drôle, je n’ai pas cette impression, moi. J’avais une image des Américains en voyage bien pire que ça ! C’est vrai qu’ils n’expriment pas autant leur joie que moi mais ça ne veut pas dire qu’ils ne sont pas heureux d’être là. Chacun a sa propre façon d’être démonstratif. Le principal problème, je crois, c’est que, hormis les adolescents, il n’y a que des femmes sur ce bateau comme touristes et la gente féminine est un peu spécialiste pour créer des problèmes là où il n’y a pas lieu d’être. Des groupes se sont formés et les unes médisent sur les autres… Je ne m’intéresse pas à ça, de toute façon, je passe mon temps avec Vannetta, les membres de l’équipage et les adolescents. Leur guerre ne me concerne pas et globalement elles ont l’air de m’apprécier tout de même ou bien elles font bien semblant…
Après une bonne sieste dans le hamac sur le pont supérieur, nous reprenons une chaloupe pour nous enfoncer de nouveau dans la forêt. La jungle ici est totalement inondée en saison humide. Une dénivellation de près de 10 mètres peut avoir lieu entre la saison sèche et la saison des pluies. Max nous explique que les poissons ici sont totalement végétariens et mangent principalement des fruits et des plantes, ce qui donne à leur chair un goût très particulier. C’est drôle d’imaginer des poissons mangeant des fruits qui poussent dans les arbres !
Sur le chemin, nous entendons des bruits sourds, comme si on soufflait dans une sorte de corne. Plus nous avançons, plus le son se rapproche. Nous arrivons dans une communauté indigène où les adultes comme les plus jeunes sont vêtus d’habits de perles, sont maquillés à la manière des Apaches avec de la peinture sur les joues et s’amusent avec des arcs, des flèches, et sarbacanes…Certains soufflent dans des bambous, c’est ce bruit qui nous a accueillis à l’arrivée. Nous sommes invités à entrer dans la tanière de la chaman du village où un feu est continuellement entretenu, ce qui permet, paraît-il, d’éloigner les mauvais esprits de la hutte et de guérir certaines maladies des personnes entrant dans son antre. Elle nous parle de ses potions et concoctions diverses et variées qui servent à tout guérir : du simple rhume au cancer le plus grave, en passant par les pertes de mémoire ou le manque d’intelligence. Sa hutte est remplie de crânes d’animaux de la région tels que caïmans, dauphins, et singes. Il fait sombre à l’intérieur et l’atmosphère qui s’en dégage est un peu étrange. Elle nous explique que d’être chaman, ça ne s’apprend pas : on naît avec ce don. Un enfant a déjà développé cette faculté et succèdera à la vieille dame. Max profite de notre venue pour demander une concoction pour sa gorge.
Nous passons ensuite dans l’école où un groupe d’enfants locaux chante des chansons et danse pour nous. Pour la première fois depuis mon aventure en Amazonie, je me sens touriste devant cette communauté factice, essentiellement là pour faire marcher leur fabrique d’artisanat. Je n’aime pas cette façon d’exploiter les enfants, de les obliger à s’habiller ainsi, de les faire chanter et danser…. Je ne me sens pas trop à l’aise. Au moins, ça me permet de comparer avec les autres communautés natives que nous avons visitées auparavant. Mes compatriotes américaines se jettent sur les bijoux locaux comme si elles n’en avaient pas déjà acheté des dizaines lors de nos précédents passages dans des boutiques d’artisanat. Je suis assez estomaquée par le nombre de colliers, bracelets et boucles d’oreilles qu’elles ont pu s’offrir. Jamais elles n’en utiliseront la moitié ! A ce stade, ça en devient presque compulsif ! Enfin… Nous quittons ensuite cet endroit trop touristique à mon goût.
Nous reprenons la route inverse pour revenir à notre bateau. Après quelques heures de relaxation, Max nous propose une autre sortie pour admirer le coucher de soleil en chaloupe. Allez, nous voilà repartis. Nous nous arrêtons en plein milieu d’un grand lac et plongeons de notre petite embarcation dans cette eau limpide qui semble nous appeler à entrer en elle. Quel plaisir de nager, seuls, au milieu de la nature sauvage ! Je me sens toute petite en comparaison de tout ce que notre terre peut nous offrir comme précieux cadeaux. Je nage sur le dos, les oreilles dans l’eau, n’entendant plus que les bruits aquatiques et admirant le coucher de soleil qui me donne l’impression de n’exister que pour moi. Je me sens encore une fois très émue de ce beau moment qu’il m’est donné de vivre ! Je remonte non sans mal dans le canot, il n’est pas aisé de sortir de l’eau rien qu’avec la force des bras. Il faut deux hommes forts pour en faire remonter quelques-unes d’entre nous !
Nous rentrons dans la nuit noire au bateau et reprenons la navigation jusqu’à l’endroit où nous passerons la nuit. Nous soupons à bord juste au moment où une tempête commence à se lever, notre bateau pris dans les vagues se fait ballotter en tous sens. On attrape les plats comme on peut, ayant déjà bien du mal à rester assis sur nos chaises. Les plus effrayées sont, en fait, les deux cuisinières brésiliennes dans leur cuisine, qui effectuent leur première croisière à bord de ce genre de bateau. Le reste du groupe prend ça plutôt à la rigolade, les adolescents plongeant dans leur hamac afin de profiter du tangage du bateau pour se faire balancer naturellement. Les vagues cessent aussi brutalement qu’elles étaient apparues et nous reprenons notre navigation tranquille. Le repas fini, nous accostons de nouveau sur la petite île avec la balançoire où nous étions ce matin. Le bateau restera là pour la nuit.
Max a ramené du vin de Manaus et nous goûtons ce mauvais cru brésilien tout en discutant de nos vies. C’est très agréable, j’aime beaucoup sa compagnie relaxante. Nous partons ensuite nous coucher mais les jeunes du groupe ont décidé qu’ils ne nous laisseraient pas dormir et viennent souffler dans leurs bambous près de nos oreilles leurs sons caverneux. Ah ces jeunes ! En tout cas, ça nous fera bien rire ! Nous nous endormirons finalement avec les bruits nocturnes que nous offre la forêt, le moteur du bateau étant éteint.
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