28 mars 2009
Il est 10h30. Je suis attablée dans un petit bar de l’aéroport de Trudeau à Montréal avec un café, en attendant mes œufs et mon jambon. Aujourd’hui, l’aventure recommence à mon plus grand bonheur. Voilà quelque temps que l’envie de voyager m’avait repris, cette idée ne cessait de hanter mes pensées…
Le week-end dernier, je me suis décidée et comme je n’aime pas faire traîner les choses très longtemps, j’ai pris mon billet d’avion pour le départ dès la semaine suivante. La destination du voyage est restée quelque temps nébuleuse dans mon esprit. J’hésitais entre un séjour relaxant au bord d’une plage à Cuba ou à Belize ou bien un voyage un peu plus excitant en pleine nature. Mon cœur aventureux a vite fait taire mon envie de farniente et la destination de l’Amazonie est devenue comme une évidence pour moi. J’ai toujours rêvé m’enfoncer dans cette jungle luxuriante, m’endormir en écoutant les bruits de la forêt, voguer sur l’Amazone sur un petit bateau à la recherche des alligators et des anacondas…
A l’évocation de mon voyage en plein cœur du poumon de la planète, mes collègues s’interrogent : « Mais que vas-tu chercher là-bas ? », « Il faudrait me payer cher pour y aller moi… », « Et tu n’auras pas Internet là-bas ? », « Tu as pensé à tes vaccins ? », « Fais attention aux crocodiles et aux mygales… ». Bref, autant de commentaires qui me font sourire d’autant plus que ce ne sont pas mes préoccupations principales. Je souhaite surtout revenir aux valeurs de la Terre, respirer la Nature, me sentir vivante et pleine d’énergie ! Je ne me suis jamais autant ressourcée que dans mes expéditions loin de toute civilisation et de tout matérialisme. Dès que je me sens entraînée par notre société de consommation en oubliant les valeurs humaines fondamentales, je sens qu’un départ au milieu de nulle part m’est nécessaire. Ca me permet de relativiser ma vie actuelle et de réapprendre à profiter du moment présent. Quelle belle thérapie !
Mon dernier grand voyage remonte à un an et demi avec Michaël lorsque nous sommes partis en Indonésie. Cette fois, je pars seule. Cette situation m’aurait effrayée il y a quelques mois, ne me sentant pas assez sûre de moi pour partir à l’aventure en solitaire. Aujourd’hui, je me sens sereine et libre. J’ai décidé la semaine dernière de mon départ au Brésil et la décision m’appartient à moi seule !
En effet, l’aventure a bel et bien commencé. Comme quoi, il faut de l’énergie pour voyager, ça commence fort cette fois-ci ! Arrivée à la porte d’embarquement à Montréal à l’heure prévue, je commence à m’assoupir tranquillement en attendant le moment de monter dans l’avion pour Atlanta, ma ville de transit avant Manaus au Brésil. Je vois soudain sur l’écran d’affichage que mon vol aura 1h30 de retard à cause du mauvais temps à Atlanta. Le hic, c’est que j’ai 2 heures normalement de battement à Atlanta avant mon vol pour Manaus. Je vais voir l’agent qui fronce les sourcils et me répond que ça risque d’être juste pour attraper mon vol. Le suivant part seulement le lendemain. Passer une nuit à Atlanta n’était pas vraiment dans mes plans… Surtout que je suis attendue par un guide sur place pour partir dès le lendemain en expédition dans la jungle dès demain matin. Bon, on verra, je me dis qu’il est possible que je réussisse à attraper mon vol après tout. Ca ne sert à rien de s’en faire à l’avance. Je prends donc mon mal en patience.
Nous finissons par monter dans l’avion avec 1h30 de retard comme il était prévu. C’est un petit coucou avec peu de places, je ne me m’attendais pas à un si petit avion… Je ne suis pas sûre qu’avec si peu de monde en retard, mon avion ait la décence de nous attendre à Atlanta. De toute façon, qui, à part moi, à l’idée saugrenue de partir à Manaus, au milieu de l’Amazonie, en pleine saison des pluies ?
Le vol dure 2h30 mais j’ai l’impression qu’il n’en finit pas. Je vois le temps se rapprocher de l’heure fatidique de ma correspondance et je suis toujours dans les airs. En plus, le mauvais temps est en effet bien présent et secoue notre petit avion dans tous les sens. Des sacs sont distribués aux passagers… Et malgré tout, je me sens détachée de tout ce qui se passe. Je suis en train de lire un livre passionnant : « Le pouvoir du moment présent » d’Eckart Tolle qui me fait relativiser petit à petit ma situation comme par enchantement. Une phrase me percute de plein fouet : « Ce n’est pas le but du voyage qui importe, mais le chemin pour s’y rendre… ». C’est exactement ça ! Il faut vivre le moment présent, savourer chaque pas qui m’amène à ma destination, c’est ça le voyage après tout ! D’un seul coup, je relativise ma situation en me disant que tout moment est bon à prendre et m’apprend quelque chose sur moi. J’arrête instantanément de m’inquiéter et profite juste de l’instant là, maintenant, tout de suite et je ressens une sorte de paix m’envahir et un sourire effleurer mes lèvres. C’est si simple après tout !
Bon, il est 17h quand l’avion pose enfin ses roues sur la piste d’atterrissage et mon avion part à 17h05. J’entame une course effrénée à travers l’aéroport d’Atlanta pour tenter d’attraper mon vol. Après 15 minutes de dédales dans les couloirs au pas de course, j’arrive à bout de souffle à la porte d’embarquement… 5 minutes trop tard ! Les portes sont closes, l’avion vient de partir ! Déçue, je vais au comptoir d’enregistrement de la compagnie aérienne, résignée à devoir passer la nuit ici à Atlanta. Bonne nouvelle m’apprend-on, ma place a été réservée ce soir sur un vol pour Sao Paulo d’où on me transfèrera sur un autre vol pour Manaus. Bon, tout s’arrange ! Sauf que je vais arriver à Manaus à 13h au lieu des minuits prévus initialement. Je vais au moins gagner une nuit d’hôtel. Et j’aviserai sur place pour mon départ en expédition. Pff, quelle histoire !
Je mange un morceau en vitesse à l’aéroport et me prépare à embarquer sur un vol de 11 heures jusqu’à Sao Paulo. Une belle nuit s’annonce… Mais quelle n’est pas ma surprise lorsque je m’aperçois qu’on m’a assigné une place en business classe sur ce vol ! Ouah… Ca c’est une bonne nouvelle… Moi qui n’ai jamais voyagé en première classe en avion ! J’embarque dans l’appareil et me retrouve sur un fauteuil ultra confortable, transformable en lit sur demande, des hôtesses aux petits soins pour moi et un verre de champagne en guise de bienvenue ! La grande classe… J’ai l’impression d’être une princesse habillée en routarde !
Je fais la connaissance de mon voisin Laurent, un homme frisant la cinquantaine. Après quelques bredouillages en anglais, on s’aperçoit vite qu’on peut parler notre langue natale. Il est Français de la région parisienne ! C’est drôle, la probabilité que je me retrouve à côté d’un Français sur un vol Atlanta – Sao Paulo n’était quand même pas grande… Il travaille dans l’aviation, la classe business n’a donc pas de secret pour lui et il s’amuse de me voir si enthousiaste à découvrir tous les avantages de me retrouver dans une situation si privilégiée et rare pour moi ! Je joue avec les programmes de notre télévision individuelle, avec les manettes de mon siège, relis le menu du dîner qui ressemble à une carte de grand restaurant, me demande quel vin je vais bien pouvoir choisir… tout ça sous le regard amusé de mon voisin qui se rend compte qu’il est un peu blasé de toutes ces choses.
Nous discutons, mon voisin et moi, jusqu’à tard dans la nuit, notre conversation est d’autant plus alimentée par les verres de vin qui se remplissent comme par magie par notre hôtesse. Je finis par tomber de fatigue vers les 1h30 du matin et m’endors confortablement installée sur mon lit horizontal sous une petite couette douillette. Comme à la maison ! Bonne nuit.
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