Le 21 octobre 2009
Réveillés à 3h30 par le gérant de l’hôtel, notre taxi nous attend déjà dehors. Jean-Roch vient avec moi au final ce matin, même si son vol pour Puna (une autre ville en Inde) n’est qu’à 9h30. Il profite ainsi de mon taxi et nous pouvons nous voir un peu plus. Trente minutes plus tard, nous sommes à l’aéroport, le taxi ayant filé à toute allure dans les rues, désertes cette fois, de Bangalore.
Après un café nécessaire à notre réveil bien matinal, nous nous disons au revoir nous serrant chaleureusement dans nos bras, ne sachant vraiment pas cette fois quand sera notre prochaine rencontre. C’était un plaisir de l’avoir comme compagnon de voyage en Inde, Jean-Roch est d’une débrouillardise et d’un naturel intact, bourré d’humour et toujours de bonne humeur, ce qui le rend adorable. Nous avons dû être frère et sœur dans une autre vie, nous chamaillant de temps en temps de la même façon. Notre amour fraternel l’un pour l’autre, à la communication sincère ouverte et franche, nous a beaucoup rapprochés lors de ce voyage.
Je monte ensuite dans mon avion en direction de Delhi, des hôtesses en sari accueillant les passagers à bord. Je rechigne un peu devant le petit déjeuner épicé servi à bord, mon ventre criant grâce. Deux heures plus tard, j’atterris à Delhi où j’ai 3 heures de transit avant de prendre mon avion pour Paris. Je n’ai même pas le temps de passer aux toilettes, me voilà dirigée dans un bus qui me conduit à l’aéroport international qui n’est visiblement pas à côté du régional. Je me place au premier rang du bus, derrière le chauffeur, comme j’ai pris l’habitude de le faire en Inde et voici qu’un garde armé jusqu’aux dents vient s’assoir à côté de moi, son long fusil posé sur ses genoux, le canon pointant juste dans ma direction. Voilà autre chose… Un trou dans la route, un moment d’inattention, une mauvaise manipulation, le coup peut partir et c’est moi qui écope. J’aurai vraiment tout eu en Inde moi ! Il s’endort à moitié, ne prêtant pas attention à son arme pointée sur une touriste aux regards inquiets. Je change prudemment de place, ne souhaitant pas tenter le diable !
Nous parcourons l’aéroport, le bus aux trois quarts vide, n’ayant aucune idée de l’endroit où il m’amène. Ca ne ressemble pas à un aéroport international tout ça et le garde armé ne me rassure pas quant à ma destination finale. Mais si, au bout de 20 minutes, nous passons une grille qui nous amène directement devant les portes d’embarquement pour les vols internationaux. Il a juste pris des raccourcis intérieurs, à l’indienne quoi ! J’ai encore psychoté toute seule sans raison valable. Ne jamais faire de suppositions (surtout négatives) quand on ne sait pas, c’est la clé de la paix d’esprit ! Enfin, je vais mettre ça sur le compte de la fatigue d’aujourd’hui. Etre réveillée à 3h30 du matin n’aide pas pour le calme d’esprit à toute épreuve.
A peine ai-je franchi la porte de l’aéroport que je suis immédiatement saisie par le nombre de Français que j’entends partout. Je suis pourtant encore à Delhi, mais j’ai un bon aperçu de mon pays natal ici déjà. Tout le monde prend le même vol pour Paris que moi. Ca fait longtemps que je n’ai pas entendu autant de Français, même à Montréal, l’accent québécois changeant tout. Je ne sais pas si je suis contente ou non, c’est étrange comme sensation. Je trouve que la langue française manque d’exotisme et en même temps je me sens de nouveau faire partie de ma tribu. Par contre, je trouve que tout le monde a l’air frais et rose; je me sens sale, poussiéreuse (n‘ayant pas eu le temps de laver mes vêtements de la poussière accumulée ces derniers jours), transpirante et fatiguée. Parmi les Indiens, je ne m’inquiète pas de mon allure corporelle, mais entourée de Français, ça me saute immédiatement aux yeux. Ah, l’apparence française ! Je retombe déjà dedans alors que je n’ai même pas mis un pied sur mon sol natal encore… Je suis sûre que l’impression ne serait pas aussi forte au Québec vu qu’ils ne prêtent pas vraiment attention à l’apparence. C’est drôle de m’en apercevoir de cette façon !
Après 3 heures de transit, raccourcies par le transport entre les deux terminaux, nous montons dans un énorme Boeing rempli à peine à la moitié de sa capacité. Du coup, j’ai 3 sièges pour moi toute seule sur lesquels je peux m’allonger, oreiller et couverture étant fournis ainsi qu’un écran de télévision personnalisé incrusté dans les sièges me faisant face. Le grand luxe quoi ! Les 8 heures de trajet passent assez vite entre les différents films, la musique et la lecture. Je n’arrive pas à dormir cependant, mais ne me force pas, espérant pouvoir me recaler sur l’horaire français assez vite de cette façon.
Nous atterrissons à Roissy sous un ciel gris et pluvieux, typiquement automnal, de quoi me faire sentir chez moi dès l’arrivée ! Je sens mon excitation monter à l’idée de retrouver ma famille et mes racines, me voilà de retour au bercail après un an ! Alors que les passagers commencent à sortir de l’avion, j’entends un Français se plaindre de l’Indien assis à côté de lui qui prenait toute la place et il ajoute à la fin de ses jérémiades : « en plus, il avait une tête de terroriste! ». Là, mon cœur bondit dans ma poitrine… Comment ose-t-il insulter de la sorte un Indien qui ne lui a même pas adressé la parole du voyage ? Je sais de qui il parle, ils étaient assis non loin de moi dans l’avion. Je préférais me trouver dans un pays étranger où je ne comprenais pas la langue plutôt que d’entendre des idioties pareilles. Bienvenue en France !
Je dépasse rapidement ce groupe de Français antipathiques et râleurs pour aller récupérer mon bagage. J’ai toujours une légère crainte qu’il se soit perdu dans le transit, en particulier entre le terminal régional et international, mais je le vois sortir en premier, à ma grande surprise. Génial, je vais pouvoir sauter dans les bras de ma famille au plus tôt ! Les connaissant, ils doivent déjà m’attendre depuis une heure dehors… Je sors du terminal, mais ne vois personne. Bon, le comité d’accueil n’est pas encore arrivé. Un peu déçue, je m’assois sur un banc et attends. Vingt minutes plus tard, commençant à trouver le temps long, je pars chercher une cabine téléphonique lorsque j’aperçois ma mère occupée à scruter ma venue dans la direction opposée à la mienne, à l’intérieur du terminal. Je lui saute dessus, toute contente de la voir enfin ! Je m’aperçois que ma grand-mère m’a fait la surprise de m’accueillir avec un bouquet de fleurs suivi de mon père derrière. Ils sont là depuis une heure en fait, mais ne m’attendaient pas où il fallait. Peu importe, je suis tellement contente de pouvoir enfin les serrer dans mes bras ! Ca fait presqu’un an que je ne les ai vus…
Je parle de mon voyage durant le trajet du retour sur Rouen en Normandie, tenant les mains de ma grand-mère ou de ma mère comme si j’avais peur qu’elles s’envolent loin de moi ce soir. Nous aurons le temps de discuter, des embouteillages monstres nous coinçant 1h30 dans Paris… J’arrive exténuée chez mes parents où je ne tarde pas à sombrer pour deux semaines de cocooning avant de repartir pour de nouvelles aventures brésiliennes !
Bangalore
Le 20 octobre 2009
J’ai fait de drôles de rêves cette nuit, différents de tout ce que j’ai vécu auparavant. Je suis plutôt chamboulée au réveil, je n’ai jamais ressenti ça jusqu’alors. Est-ce que le darshan de Mère Meera y est pour quelque chose ? Je ne saurais le dire… C’est vraiment étrange.
Jean-Roch est malade ce matin et préfère rater le petit déjeuner pour rester se reposer un peu et jeûner par la même occasion. Je pars donc seule demander mon yaourt et mon assiette afin de préparer ma mixture matinale de céréales, bananes, raisins secs et figues. Je rencontre des Allemands au restaurant mais ils me paraissent vraiment bizarres, si bien que je me dépêche de finir mon petit déjeuner pour pouvoir prendre congé. Ils ne sont pas méchants, juste un peu illuminés. C’est l’inconvénient de voyager en Inde dans des endroits un peu spirituels, on rencontre pas mal de gens déconnectés de la réalité qui nous servent aussi d’exemples à ne pas suivre…
Je pars ensuite au marché ouvert seulement les mardis, tous les habitants du coin venant s’y approvisionner. Des étals de fruits, légumes, épices, casseroles jonchent le sol, donnant un bel aperçu d’explosions de couleurs se mêlant avec les teintes pastel des saris des vendeuses. Quel beau tableau ! Un peu gâché par la multitude de détritus autour mais étrangement, je dirais que ça ajoute une certaine touche indienne au décor qui n’est pas si laid après tout. Ou bien est-ce je m’habitue à la saleté ? Je dois avouer que je n’y fais plus vraiment attention, ça fait partie de mon quotidien de marcher dans les ordures, de sentir les odeurs de pourriture mélangées aux fortes senteurs d’épices, tout en admirant les femmes dans leurs plus beaux atours déambuler dans cette porcherie à ciel ouvert, enjambant les bouses de vache tout en relevant le bas de leur superbe robe multicolore, parées d’étincelants bijoux, leur donnant des allures de reines. Lorsque je prends un peu de recul sur ce que je vis en Inde, je me dis que c’est vraiment un pays unique au monde et tellement particulier que des milliers de lignes couchées sur le papier n’arriveraient pas à décrire. Il faut le vivre tout simplement. J’encourage tout le monde à en faire l’expérience. Elle ne sera peut-être pas toujours bonne ni agréable, mais sans aucun doute inoubliable. Et malgré toutes les galères, les ras le bol, les inconforts et les crises de nerf, on ne pense qu’à retourner dans ce pays incroyable après l’avoir quitté. Il s’immisce en vous et ne vous lâche plus par la suite…
Jean-Roch me rejoint au marché finalement juste après avoir fini les achats de noix de cajou mandatés par Manu qui en voulait 2kgs (!!) et Jean-Roch 500g. Ca fait bien lourd dans mon sac tout ça, je devrais me faire payer la commission. Comme d’habitude, les Indiens sont très curieux de notre présence et souhaitent sans cesse que je les prenne en photos. Au moins, je ne manquerai pas d’images d’Indiens dans leur vie de tous les jours. Nous revenons ensuite à l’hôtel, rangeons nos affaires, attendons 15 minutes François coincé dans les toilettes afin de lui dire au revoir (comme dirait Jean-Roch, en Inde la bouffe n’est pas chère et la diarrhée est gratuite !) puis quittons sans regret cette chambre nauséabonde dans laquelle nous avons tout de même réussi à passer 4 nuits entières !
Nous nous rendons à la gare routière et sautons dans un bus dit « de luxe » en direction de Bangalore. Cette appellation permet juste de s’assurer que nous serons seulement 2 sur des sièges doubles et pas plus, comme c’est l’usage dans les bus ordinaires, ce qui est déjà une source de confort non négligeable. Surtout durant 3 heures et demie de trajet sur une route cabossée, les genoux sous le menton, la place pour des jambes d’Européens n’étant pas prise en compte dans leur mention « de luxe ». Nous somnolons à tour de rôle, nous cachant de temps en temps le visage dans un linge pour éviter la poussière, notre tolérance à la pollution arrivant à saturation. Et ce n’est pas à Bangalore que ça va s’arranger, réputée pour être une grosse ville industrielle pas vraiment agréable pour des touristes.
Nous arrivons à Bangalore vers 15h, n’ayant pas déjeuné. Jean-Roch est au bout du rouleau, le trajet l’ayant achevé en plus de son rhume et mal de gorge. Nous sautons sur une massala dosa dans un boui-boui de la gare routière afin de récupérer un peu d’énergie, puis partons à la recherche d’un hôtel parmi la pléthore de guest houses aux allures miteuses et bruyantes qui entourent la gare. Après plusieurs échecs, nous en trouvons une correcte, sans fenêtre, ce qui nous évitera d’entendre le bazar venant de la rue, puis nous nous écroulons sur le lit, lessivés. Ils veulent notre peau ces Indiens ! Jean-Roch n’en peut plus, il a besoin de dormir un peu. Nous nous octroyons une demi-heure de sieste avant d’appeler un ami de Jean-Roch que nous devons retrouver ce soir.
Après ce sommeil réparateur, nous prenons le rickshaw pour retrouver Rob, l’ami Australien que Jean-Roch a rencontré à Varkala. La course à travers Bangalore relève de la science fiction… Imaginez un trois roues conduit par un Indien sans permis, avec deux Blancs dans la nacelle arrière se prenant tous les gaz d’échappement dans la figure, dans une ville comme Paris avec le même genre d’embouteillage, mais en plus polluée… Les queues de poissons sont de mises ici, les demi-tours cavaliers sans clignotant également, le tout à travers une foule de voitures, bus, rickshaws ne tenant pas vraiment compte des feux de signalisation. Nous arrivons pourtant entiers au café où nous attend Rob, après une demi-heure de folie routière, nos poumons en feu.
Nous reprenons vie dans ce café occidentalisé à la nourriture hors de prix en comparaison de ce que nous avons mangé depuis 15 jours, mais à l’air pur et respirable. Rob s’avère être un garçon sympathique et drôle, mais sa conversation uniquement basée sur les filles et le sexe me barbera assez rapidement. D’autant plus lorsqu’il commencera à me caresser le bras ! Y a des claques qui se perdent… Après manger, je ne tarde pas à faire de grands signes à Jean-Roch pour rentrer rapidement mais Rob insiste pour nous montrer ses photos de Varkala. Je visionne les images d’un œil morne, je n’y étais pas, il n’y a que des photos de filles et je ne connais personne. J’entraîne ensuite Jean-Roch pour rentrer, mon avion est à 6h du matin demain donc réveil à 4 ! Il accepte volontiers ma requête, il est mort de fatigue lui aussi. Nous rentrons sagement nous coucher pas trop tard.
J’ai fait de drôles de rêves cette nuit, différents de tout ce que j’ai vécu auparavant. Je suis plutôt chamboulée au réveil, je n’ai jamais ressenti ça jusqu’alors. Est-ce que le darshan de Mère Meera y est pour quelque chose ? Je ne saurais le dire… C’est vraiment étrange.
Jean-Roch est malade ce matin et préfère rater le petit déjeuner pour rester se reposer un peu et jeûner par la même occasion. Je pars donc seule demander mon yaourt et mon assiette afin de préparer ma mixture matinale de céréales, bananes, raisins secs et figues. Je rencontre des Allemands au restaurant mais ils me paraissent vraiment bizarres, si bien que je me dépêche de finir mon petit déjeuner pour pouvoir prendre congé. Ils ne sont pas méchants, juste un peu illuminés. C’est l’inconvénient de voyager en Inde dans des endroits un peu spirituels, on rencontre pas mal de gens déconnectés de la réalité qui nous servent aussi d’exemples à ne pas suivre…
Je pars ensuite au marché ouvert seulement les mardis, tous les habitants du coin venant s’y approvisionner. Des étals de fruits, légumes, épices, casseroles jonchent le sol, donnant un bel aperçu d’explosions de couleurs se mêlant avec les teintes pastel des saris des vendeuses. Quel beau tableau ! Un peu gâché par la multitude de détritus autour mais étrangement, je dirais que ça ajoute une certaine touche indienne au décor qui n’est pas si laid après tout. Ou bien est-ce je m’habitue à la saleté ? Je dois avouer que je n’y fais plus vraiment attention, ça fait partie de mon quotidien de marcher dans les ordures, de sentir les odeurs de pourriture mélangées aux fortes senteurs d’épices, tout en admirant les femmes dans leurs plus beaux atours déambuler dans cette porcherie à ciel ouvert, enjambant les bouses de vache tout en relevant le bas de leur superbe robe multicolore, parées d’étincelants bijoux, leur donnant des allures de reines. Lorsque je prends un peu de recul sur ce que je vis en Inde, je me dis que c’est vraiment un pays unique au monde et tellement particulier que des milliers de lignes couchées sur le papier n’arriveraient pas à décrire. Il faut le vivre tout simplement. J’encourage tout le monde à en faire l’expérience. Elle ne sera peut-être pas toujours bonne ni agréable, mais sans aucun doute inoubliable. Et malgré toutes les galères, les ras le bol, les inconforts et les crises de nerf, on ne pense qu’à retourner dans ce pays incroyable après l’avoir quitté. Il s’immisce en vous et ne vous lâche plus par la suite…
Jean-Roch me rejoint au marché finalement juste après avoir fini les achats de noix de cajou mandatés par Manu qui en voulait 2kgs (!!) et Jean-Roch 500g. Ca fait bien lourd dans mon sac tout ça, je devrais me faire payer la commission. Comme d’habitude, les Indiens sont très curieux de notre présence et souhaitent sans cesse que je les prenne en photos. Au moins, je ne manquerai pas d’images d’Indiens dans leur vie de tous les jours. Nous revenons ensuite à l’hôtel, rangeons nos affaires, attendons 15 minutes François coincé dans les toilettes afin de lui dire au revoir (comme dirait Jean-Roch, en Inde la bouffe n’est pas chère et la diarrhée est gratuite !) puis quittons sans regret cette chambre nauséabonde dans laquelle nous avons tout de même réussi à passer 4 nuits entières !
Nous nous rendons à la gare routière et sautons dans un bus dit « de luxe » en direction de Bangalore. Cette appellation permet juste de s’assurer que nous serons seulement 2 sur des sièges doubles et pas plus, comme c’est l’usage dans les bus ordinaires, ce qui est déjà une source de confort non négligeable. Surtout durant 3 heures et demie de trajet sur une route cabossée, les genoux sous le menton, la place pour des jambes d’Européens n’étant pas prise en compte dans leur mention « de luxe ». Nous somnolons à tour de rôle, nous cachant de temps en temps le visage dans un linge pour éviter la poussière, notre tolérance à la pollution arrivant à saturation. Et ce n’est pas à Bangalore que ça va s’arranger, réputée pour être une grosse ville industrielle pas vraiment agréable pour des touristes.
Nous arrivons à Bangalore vers 15h, n’ayant pas déjeuné. Jean-Roch est au bout du rouleau, le trajet l’ayant achevé en plus de son rhume et mal de gorge. Nous sautons sur une massala dosa dans un boui-boui de la gare routière afin de récupérer un peu d’énergie, puis partons à la recherche d’un hôtel parmi la pléthore de guest houses aux allures miteuses et bruyantes qui entourent la gare. Après plusieurs échecs, nous en trouvons une correcte, sans fenêtre, ce qui nous évitera d’entendre le bazar venant de la rue, puis nous nous écroulons sur le lit, lessivés. Ils veulent notre peau ces Indiens ! Jean-Roch n’en peut plus, il a besoin de dormir un peu. Nous nous octroyons une demi-heure de sieste avant d’appeler un ami de Jean-Roch que nous devons retrouver ce soir.
Après ce sommeil réparateur, nous prenons le rickshaw pour retrouver Rob, l’ami Australien que Jean-Roch a rencontré à Varkala. La course à travers Bangalore relève de la science fiction… Imaginez un trois roues conduit par un Indien sans permis, avec deux Blancs dans la nacelle arrière se prenant tous les gaz d’échappement dans la figure, dans une ville comme Paris avec le même genre d’embouteillage, mais en plus polluée… Les queues de poissons sont de mises ici, les demi-tours cavaliers sans clignotant également, le tout à travers une foule de voitures, bus, rickshaws ne tenant pas vraiment compte des feux de signalisation. Nous arrivons pourtant entiers au café où nous attend Rob, après une demi-heure de folie routière, nos poumons en feu.
Nous reprenons vie dans ce café occidentalisé à la nourriture hors de prix en comparaison de ce que nous avons mangé depuis 15 jours, mais à l’air pur et respirable. Rob s’avère être un garçon sympathique et drôle, mais sa conversation uniquement basée sur les filles et le sexe me barbera assez rapidement. D’autant plus lorsqu’il commencera à me caresser le bras ! Y a des claques qui se perdent… Après manger, je ne tarde pas à faire de grands signes à Jean-Roch pour rentrer rapidement mais Rob insiste pour nous montrer ses photos de Varkala. Je visionne les images d’un œil morne, je n’y étais pas, il n’y a que des photos de filles et je ne connais personne. J’entraîne ensuite Jean-Roch pour rentrer, mon avion est à 6h du matin demain donc réveil à 4 ! Il accepte volontiers ma requête, il est mort de fatigue lui aussi. Nous rentrons sagement nous coucher pas trop tard.
Le paradis de Rishi Valley
Le 19 octobre 2009
Je me réveille en meilleure santé qu’hier, mon rhume a l’air d’aller mieux. En effet, rien de tel qu’un petit jeûne pour faire travailler le système immunitaire à plein régime !
Après le petit déjeuner, nous partons Jean-Roch, Manu, Conan et moi en rickshaw jusqu’à Rishi Valley, une place loin de la ville où Krishnamurti a fondé une université basée sur sa philosophie de recherche personnelle loin de tout guru, maître spirituel ou religion. J’ai lu plusieurs de ses livres à Montréal qui sont très intéressants mais pas évidents à comprendre.
Nous débarquons, après une demi-heure de trajet, dans un grand parc où seuls sont audibles les chants des oiseaux. Ca fait tellement du bien ce calme loin du bazar de la ville, de la pollution et de la poussière que nous ingérons sans le vouloir. Manu et Conan, tombant amoureux des lieux, décident de prendre une chambre ici. Nous visitons les logements qui sont superbes, propres et contiennent radio, frigidaire et bibliothèque… Moi aussi je resterais là à leur place si je passais du temps ici. Mais Jean-Roch et moi partons demain pour Bengalore, ça ne vaut pas la peine de changer. Nous allons ensuite déjeuner un succulent repas non épicé pour une fois, ça fait tellement du bien ! Nous allons ensuite nous étendre sous un immense arbre au tronc gigantesque et aux racines tombant du ciel. Cet arbre abrite une colonie d’oiseaux, de singes et de grosses chauves-souris impressionnantes.
Je m’allonge sur l’herbe et admire cette vie cachée entre les branches, les rayons du soleil jouant avec les feuilles pour mieux nous éblouir. Je suis tellement bien en pleine nature, j’avoue me sentir bien plus à ma place qu’en ville. J’aime la sensation de la chaleur du soleil sur ma peau alors qu’une douce brise vient me rafraîchir en même temps. Couchée sur la pelouse, des fourmis venant me chatouiller les doigts de pieds, je resterais des heures à juste profiter des bruits environnants en regardant les nuages traverser le ciel. Tout le monde fait la sieste, ravis de ce moment de plénitude qui s’offre à nous. Le fait d’être constamment dans la poussière et le bruit nous fait d’autant plus apprécier ces moments de grâce.
Vers 3h30, nous décidons de rentrer, les garçons ayant leur sac à faire pour le déménagement de ce soir. Le seul souci, c’est qu’il n’y a aucun moyen de transport pour nous ramener jusqu’à la ville, le coin étant vraiment désert de véhicule. Nous marchons jusqu’au chemin en espérant qu’une voiture, rickshaw ou même tracteur (nous nous contentons de peu) passe par là.
Au bout de 20 minutes, un rickshaw déjà plein passe devant nous. Nous lui faisons signe sans vraiment espérer qu’il s’arrête, vu qu’il est déjà en surcapacité avec au moins 6 personnes à l’intérieur alors qu’on tient à peine à 3 normalement. Mais rien n’est impossible en Inde ! Il s’arrête devant nous et nous fait signe de monter. Les garçons se glissent à l’arrière, les fesses sur le petit rebord, se tenant à la rampe pour ne pas tomber et levant les jambes pour ne pas toucher le pot d’échappement. Je rentre à l’intérieur du rickshaw déjà rempli d’étudiantes qui s’amusent de voir débarquer une étrangère parmi elles. Pliée en quatre, à moitié sur leur genoux, dans une position vraiment inconfortable, je prie pour qu’on n’effectue pas les 10km ainsi… A chaque trou dans la route, ma tête se cogne durement contre les barres du toit, je vais être criblée de bosses si ça continue ! En tout cas, ça a le mérite de faire rire mes nouvelles amies ! Après 3km, je n’en peux déjà plus… J’aperçois alors un rickshaw vide derrière nous. Ah ! Je stoppe notre engin et grimpe avec mes 3 compagnons dans le rickshaw vide. Ca fait du bien d’avoir de la place ! Ceci dit, je ne me plains pas, c’était déjà gentil de leur part de s’arrêter pour nous prendre, ils nous ont bien rendu service.
Revenus en ville, nous retombons dans la poussière et la pollution de plus en plus difficile à supporter pour nous tous. Surtout après avoir passé la journée à l’air pur et frais ! Nous essayons de minimiser les dégâts en nous couvrant le nez et la bouche avec un foulard, mais je ne suis pas sûre que ça change grand-chose. Je ne sais pas comment font les gens qui vivent ici à longueur d’année ! Leurs poumons doivent être couverts de crasse ! Moi-même je commence à tousser, la gorge irritée par tant de poussière, Jean-Roch n’étant guère mieux.
Alors que nous prenons un petit jus de fruits dans une échoppe pour nous rafraîchir un peu, nous apercevons François, le Français qui était dans notre chambre chez Amma, qui débarque de nulle part. Décidemment, tout le monde se retrouve dans cette ville perdue et sans autre véritable intérêt que l’ashram de Mère Meera. Il a passé deux semaines en Egypte avant de revenir en Inde ce matin. Il nous raconte son voyage, nous échangeons nos expériences puis partons ensemble pour le darshan quotidien.
C’est le dernier pour ma part vu que je pars demain pour Bangalore afin de rentrer en France. Comme chaque soir, nous écoutons religieusement les chants hindis des orphelins qui me transportent encore une fois. Mère Meera arrive par la suite, nous passons à tour de rôle pour le darshan qui, cette fois encore, ne me fera pas beaucoup d’effet sur le moment. Par contre, la méditation qui s’ensuit est l’une des plus profondes que j’ai jamais effectuée. J’ai même du mal à me relever une fois fini, la tête me tournant pas mal. Je me sens comme groggy et sors en silence, mes compagnons me suivant tout en ayant l’air aussi retourné que moi. Elle nous fait bouger quelque chose à l’intérieur, c’est certain, même si je n’ai aucune idée de quoi exactement. Mais est-ce vraiment important de le savoir ?
Sur le chemin du retour, nous croisons un Suisse-Allemand qui parle français aussi et l’invitons à se joindre à nous pour le souper. Sur les conseils de François qui connaît le coin pour y être venu quelquefois, nous tentons un autre restaurant, plus calme et excentré, où on peut manger dans un grand jardin à l’abri des bruits de la ville. C’est parfait, vu qu’on devient assez intolérant sur le vacarme et la pollution Jean-Roch et moi depuis ce matin. De plus, ils ont une carte de plats avec du choix ! Ca fait longtemps qu’on n’a pas vu ça, le choix étant généralement limité à un thali ou une massala dosa… Je choisis un plat de champignons massala, dédaignant les plats de viande, n’en ayant vraiment aucune envie. Surtout depuis que j’ai vu comment était gardée la viande au marché à l’air libre entourée de mouches… Beurk !
Alors que nous avions bien précisé « non épicé » quant à nos plats en sauce, je tombe lors de ma première bouchée sur un piment qui me brûle instantanément la bouche. Il est tellement fort que je peux à peine parler, les larmes me coulant abondamment sur les joues. Jean-Roch comprend tout de suite ce qui m’arrive et demande dare-dare du yaourt écaillé au serveur, idéal pour atténuer les épices. Ouff, je respire un peu… Ils sont fous de faire des plats aussi épicés ! C’est horrible pour l’estomac ! Nous terminons la soirée à la belle étoile, l’air se rafraîchissant bien. On mettrait presque un pull, dis donc ! La discussion porte essentiellement sur notre nouvel ami le Suisse Allemand qui travaille dans un resort aux Maldives et vient de temps en temps se changer d’air en Inde vu que ce n’est pas loin. Ce n’est pas le même folklore, c’est certain ! Nous partons nous coucher par la suite.
Je me réveille en meilleure santé qu’hier, mon rhume a l’air d’aller mieux. En effet, rien de tel qu’un petit jeûne pour faire travailler le système immunitaire à plein régime !
Après le petit déjeuner, nous partons Jean-Roch, Manu, Conan et moi en rickshaw jusqu’à Rishi Valley, une place loin de la ville où Krishnamurti a fondé une université basée sur sa philosophie de recherche personnelle loin de tout guru, maître spirituel ou religion. J’ai lu plusieurs de ses livres à Montréal qui sont très intéressants mais pas évidents à comprendre.
Nous débarquons, après une demi-heure de trajet, dans un grand parc où seuls sont audibles les chants des oiseaux. Ca fait tellement du bien ce calme loin du bazar de la ville, de la pollution et de la poussière que nous ingérons sans le vouloir. Manu et Conan, tombant amoureux des lieux, décident de prendre une chambre ici. Nous visitons les logements qui sont superbes, propres et contiennent radio, frigidaire et bibliothèque… Moi aussi je resterais là à leur place si je passais du temps ici. Mais Jean-Roch et moi partons demain pour Bengalore, ça ne vaut pas la peine de changer. Nous allons ensuite déjeuner un succulent repas non épicé pour une fois, ça fait tellement du bien ! Nous allons ensuite nous étendre sous un immense arbre au tronc gigantesque et aux racines tombant du ciel. Cet arbre abrite une colonie d’oiseaux, de singes et de grosses chauves-souris impressionnantes.
Je m’allonge sur l’herbe et admire cette vie cachée entre les branches, les rayons du soleil jouant avec les feuilles pour mieux nous éblouir. Je suis tellement bien en pleine nature, j’avoue me sentir bien plus à ma place qu’en ville. J’aime la sensation de la chaleur du soleil sur ma peau alors qu’une douce brise vient me rafraîchir en même temps. Couchée sur la pelouse, des fourmis venant me chatouiller les doigts de pieds, je resterais des heures à juste profiter des bruits environnants en regardant les nuages traverser le ciel. Tout le monde fait la sieste, ravis de ce moment de plénitude qui s’offre à nous. Le fait d’être constamment dans la poussière et le bruit nous fait d’autant plus apprécier ces moments de grâce.
Vers 3h30, nous décidons de rentrer, les garçons ayant leur sac à faire pour le déménagement de ce soir. Le seul souci, c’est qu’il n’y a aucun moyen de transport pour nous ramener jusqu’à la ville, le coin étant vraiment désert de véhicule. Nous marchons jusqu’au chemin en espérant qu’une voiture, rickshaw ou même tracteur (nous nous contentons de peu) passe par là.
Au bout de 20 minutes, un rickshaw déjà plein passe devant nous. Nous lui faisons signe sans vraiment espérer qu’il s’arrête, vu qu’il est déjà en surcapacité avec au moins 6 personnes à l’intérieur alors qu’on tient à peine à 3 normalement. Mais rien n’est impossible en Inde ! Il s’arrête devant nous et nous fait signe de monter. Les garçons se glissent à l’arrière, les fesses sur le petit rebord, se tenant à la rampe pour ne pas tomber et levant les jambes pour ne pas toucher le pot d’échappement. Je rentre à l’intérieur du rickshaw déjà rempli d’étudiantes qui s’amusent de voir débarquer une étrangère parmi elles. Pliée en quatre, à moitié sur leur genoux, dans une position vraiment inconfortable, je prie pour qu’on n’effectue pas les 10km ainsi… A chaque trou dans la route, ma tête se cogne durement contre les barres du toit, je vais être criblée de bosses si ça continue ! En tout cas, ça a le mérite de faire rire mes nouvelles amies ! Après 3km, je n’en peux déjà plus… J’aperçois alors un rickshaw vide derrière nous. Ah ! Je stoppe notre engin et grimpe avec mes 3 compagnons dans le rickshaw vide. Ca fait du bien d’avoir de la place ! Ceci dit, je ne me plains pas, c’était déjà gentil de leur part de s’arrêter pour nous prendre, ils nous ont bien rendu service.
Revenus en ville, nous retombons dans la poussière et la pollution de plus en plus difficile à supporter pour nous tous. Surtout après avoir passé la journée à l’air pur et frais ! Nous essayons de minimiser les dégâts en nous couvrant le nez et la bouche avec un foulard, mais je ne suis pas sûre que ça change grand-chose. Je ne sais pas comment font les gens qui vivent ici à longueur d’année ! Leurs poumons doivent être couverts de crasse ! Moi-même je commence à tousser, la gorge irritée par tant de poussière, Jean-Roch n’étant guère mieux.
Alors que nous prenons un petit jus de fruits dans une échoppe pour nous rafraîchir un peu, nous apercevons François, le Français qui était dans notre chambre chez Amma, qui débarque de nulle part. Décidemment, tout le monde se retrouve dans cette ville perdue et sans autre véritable intérêt que l’ashram de Mère Meera. Il a passé deux semaines en Egypte avant de revenir en Inde ce matin. Il nous raconte son voyage, nous échangeons nos expériences puis partons ensemble pour le darshan quotidien.
C’est le dernier pour ma part vu que je pars demain pour Bangalore afin de rentrer en France. Comme chaque soir, nous écoutons religieusement les chants hindis des orphelins qui me transportent encore une fois. Mère Meera arrive par la suite, nous passons à tour de rôle pour le darshan qui, cette fois encore, ne me fera pas beaucoup d’effet sur le moment. Par contre, la méditation qui s’ensuit est l’une des plus profondes que j’ai jamais effectuée. J’ai même du mal à me relever une fois fini, la tête me tournant pas mal. Je me sens comme groggy et sors en silence, mes compagnons me suivant tout en ayant l’air aussi retourné que moi. Elle nous fait bouger quelque chose à l’intérieur, c’est certain, même si je n’ai aucune idée de quoi exactement. Mais est-ce vraiment important de le savoir ?
Sur le chemin du retour, nous croisons un Suisse-Allemand qui parle français aussi et l’invitons à se joindre à nous pour le souper. Sur les conseils de François qui connaît le coin pour y être venu quelquefois, nous tentons un autre restaurant, plus calme et excentré, où on peut manger dans un grand jardin à l’abri des bruits de la ville. C’est parfait, vu qu’on devient assez intolérant sur le vacarme et la pollution Jean-Roch et moi depuis ce matin. De plus, ils ont une carte de plats avec du choix ! Ca fait longtemps qu’on n’a pas vu ça, le choix étant généralement limité à un thali ou une massala dosa… Je choisis un plat de champignons massala, dédaignant les plats de viande, n’en ayant vraiment aucune envie. Surtout depuis que j’ai vu comment était gardée la viande au marché à l’air libre entourée de mouches… Beurk !
Alors que nous avions bien précisé « non épicé » quant à nos plats en sauce, je tombe lors de ma première bouchée sur un piment qui me brûle instantanément la bouche. Il est tellement fort que je peux à peine parler, les larmes me coulant abondamment sur les joues. Jean-Roch comprend tout de suite ce qui m’arrive et demande dare-dare du yaourt écaillé au serveur, idéal pour atténuer les épices. Ouff, je respire un peu… Ils sont fous de faire des plats aussi épicés ! C’est horrible pour l’estomac ! Nous terminons la soirée à la belle étoile, l’air se rafraîchissant bien. On mettrait presque un pull, dis donc ! La discussion porte essentiellement sur notre nouvel ami le Suisse Allemand qui travaille dans un resort aux Maldives et vient de temps en temps se changer d’air en Inde vu que ce n’est pas loin. Ce n’est pas le même folklore, c’est certain ! Nous partons nous coucher par la suite.
Petit tour en vélo
Le 18 octobre 2009
Je me réveille la tête ankylosée par mon satané rhume qui ne passe pas. C’est fou d’attraper un coup de froid en Inde tout de même !
Après le petit déjeuner, nous rejoignons Manu et enfourchons tous les trois des vélos loués pour sortir un peu de cette ville bruyante et aller découvrir la campagne environnante. Rapidement, les rickshaws, maisons, bus et bruits de pétards font place aux rizières, vaches, monts rocailleux et calmes plus agréables aux yeux et aux oreilles. Nous pédalons à travers champ, les rares Indiens que nous croisons semblant vraiment surpris de nous voir, le passage de Blancs dans leur campagne étant plutôt rare !
Nous profitons de cette quiétude si éphémère en Inde tout en admirant le paysage. Au bout d’une heure de trajet, la roue arrière du vélo de Manu crève… Bon, nous voilà au milieu des champs avec un vélo inutilisable. Sur les conseils d’un vieil homme qui passe, nous nous rendons au village voisin pour voir s’ils peuvent réparer la roue. Ils apportent une pompe à air et s’escriment à regonfler la roue mais ça ne sert à rien, elle est bel et bien crevée. Nous les regardons faire tout en savourant un chaï gracieusement offert par une échoppe. Tout le monde veut nous aider et met la main à la pâte, toujours avec un immense sourire. Et lorsqu’on on souhaite leur donner un peu d’argent pour le service et les boissons, ils refusent tout net. Ils sont gentils ces Indiens ! Je suis touchée par tant de sollicitude…
Jean-Roch échange gentiment son vélo contre celui, crevé, de Manu puis nous revenons à la ville afin de rendre cet engin difficilement utilisable à présent vu que Jean-Roch roule sur la jante… Nous nous perdons un peu sur le chemin du retour mais il y a toujours un Indien caché dans un buisson pour nous indiquer la route. C’est la magie de l’Inde ! Nous passons par le quartier musulman de la ville beaucoup plus propre et calme que celui des Indiens. Nous trouvons un petit restaurant qui sert des massalas dosas, j’avoue commencer à en avoir marre de manger toujours la même chose, ils ne connaissent donc rien d’autre que ça et les thalis ici ? De plus, mon estomac demande grâce quant au trop plein d’épices. Mais bon, on fait avec ce qu’on a !
On rend ensuite les vélos dans un piteux état, mais les loueurs ne sont nullement surpris et nous ne payons aucun supplément pour la roue crevée. Une sieste s’impose ensuite pour nous remettre de notre matinée sportive. Le soir venu, nous retournons dans l’ashram de Mère Meera recevoir notre darshan. Mon rhume étant à son pic, j’avoue ne pas profiter beaucoup de la méditation, ni du darshan pourtant intense, mon esprit étant trop occupé à couper mes éternuements qui auraient perturbé cette atmosphère de silence. Manu, Jean-Roch, Conan un Américain et moi partons dîner tous ensemble mais je préfère jeûner pour ma part. Non seulement ça fera un peu de repos à mon estomac de ne pas recevoir d’épices ce soir et de plus, lorsqu’on est malade, il est recommandé de jeûner afin que le corps ne perde pas d’énergie à digérer la nourriture et puisse se concentrer uniquement sur le renforcement de l’immunité et éliminer la maladie. Et je n’ai vraiment pas faim de surcroît.
Nous passons ensuite une bonne partie de la soirée à discuter de spiritualité, Jean-Roch et moi entre deux éternuements puis je m’impose un couvre feu, j’ai besoin de sommeil pour pouvoir récupérer et guérir.
Je me réveille la tête ankylosée par mon satané rhume qui ne passe pas. C’est fou d’attraper un coup de froid en Inde tout de même !
Après le petit déjeuner, nous rejoignons Manu et enfourchons tous les trois des vélos loués pour sortir un peu de cette ville bruyante et aller découvrir la campagne environnante. Rapidement, les rickshaws, maisons, bus et bruits de pétards font place aux rizières, vaches, monts rocailleux et calmes plus agréables aux yeux et aux oreilles. Nous pédalons à travers champ, les rares Indiens que nous croisons semblant vraiment surpris de nous voir, le passage de Blancs dans leur campagne étant plutôt rare !
Nous profitons de cette quiétude si éphémère en Inde tout en admirant le paysage. Au bout d’une heure de trajet, la roue arrière du vélo de Manu crève… Bon, nous voilà au milieu des champs avec un vélo inutilisable. Sur les conseils d’un vieil homme qui passe, nous nous rendons au village voisin pour voir s’ils peuvent réparer la roue. Ils apportent une pompe à air et s’escriment à regonfler la roue mais ça ne sert à rien, elle est bel et bien crevée. Nous les regardons faire tout en savourant un chaï gracieusement offert par une échoppe. Tout le monde veut nous aider et met la main à la pâte, toujours avec un immense sourire. Et lorsqu’on on souhaite leur donner un peu d’argent pour le service et les boissons, ils refusent tout net. Ils sont gentils ces Indiens ! Je suis touchée par tant de sollicitude…
Jean-Roch échange gentiment son vélo contre celui, crevé, de Manu puis nous revenons à la ville afin de rendre cet engin difficilement utilisable à présent vu que Jean-Roch roule sur la jante… Nous nous perdons un peu sur le chemin du retour mais il y a toujours un Indien caché dans un buisson pour nous indiquer la route. C’est la magie de l’Inde ! Nous passons par le quartier musulman de la ville beaucoup plus propre et calme que celui des Indiens. Nous trouvons un petit restaurant qui sert des massalas dosas, j’avoue commencer à en avoir marre de manger toujours la même chose, ils ne connaissent donc rien d’autre que ça et les thalis ici ? De plus, mon estomac demande grâce quant au trop plein d’épices. Mais bon, on fait avec ce qu’on a !
On rend ensuite les vélos dans un piteux état, mais les loueurs ne sont nullement surpris et nous ne payons aucun supplément pour la roue crevée. Une sieste s’impose ensuite pour nous remettre de notre matinée sportive. Le soir venu, nous retournons dans l’ashram de Mère Meera recevoir notre darshan. Mon rhume étant à son pic, j’avoue ne pas profiter beaucoup de la méditation, ni du darshan pourtant intense, mon esprit étant trop occupé à couper mes éternuements qui auraient perturbé cette atmosphère de silence. Manu, Jean-Roch, Conan un Américain et moi partons dîner tous ensemble mais je préfère jeûner pour ma part. Non seulement ça fera un peu de repos à mon estomac de ne pas recevoir d’épices ce soir et de plus, lorsqu’on est malade, il est recommandé de jeûner afin que le corps ne perde pas d’énergie à digérer la nourriture et puisse se concentrer uniquement sur le renforcement de l’immunité et éliminer la maladie. Et je n’ai vraiment pas faim de surcroît.
Nous passons ensuite une bonne partie de la soirée à discuter de spiritualité, Jean-Roch et moi entre deux éternuements puis je m’impose un couvre feu, j’ai besoin de sommeil pour pouvoir récupérer et guérir.
Darshan de Mère Meera
Le 17 octobre 2009
J’ai bien dormi cette nuit, ça fait du bien ! C’est peut-être aussi dû aux boules Quiès qui m’ont permis de baigner dans une douce quiétude toute la nuit, je n’ai même pas entendu les pétards ce matin.
Vers 8h, nous partons à la recherche d’un restaurant pouvant nous fournir un bol et du yaourt qu’on puisse mélanger avec nos céréales et fruits secs qu’on a emportés de notre dernière étape. Ce n’est pas une mince affaire, personne ne parlant vraiment anglais ici et ils ne comprennent pas un traître mot de ce qu’on leur raconte. Ils n’ont pas l’air d’avoir de yaourt ici… Alors que nous allions déclarer forfait et que nous nous apprêtions à manger une de leur spécialité épicée salée en guise de petit déjeuner, je m’essaie dans un dernier boui-boui , Jean-Roch allant carrément dans les cuisines et il revient victorieux, deux verres de yaourt à la main ! Nous mélangeons nos céréales avec ce lait écaillé dans une soucoupe ajoutant des figues sèches, des raisins secs et des bananes fraîches. Le tout est plutôt bon ! Et plus digeste pour ma part qu’une crêpe aux pommes de terre sauce épicée…
Nous passons ensuite un moment à chercher un Internet café, toute recherche s’avérant assez difficile dans cette ville où peu de locaux parlent anglais. Mais nous finissons par en dénicher un encore fermé pour le moment, il n’est que 9h30. Nous nous rabattons sur un chaï puis des jus de fruits frais qui me donneront, je l’espère, assez de vitamines pour combattre un gros rhume qui m’ennuie depuis ce matin. Pourtant, on ne peut pas dire qu’il fasse froid en Inde ! Ca doit être le ventilateur de la guest house à Tiruvannamalai qui m’a causé ce coup de froid.
Nous revenons nous reposer un peu à la chambre, Jean-Roch essayant de me faire un cours d’anglais en m’apprenant des mots que je n’arrive pas à retenir. Nous retournons passer un peu de temps sur Internet, puis partons manger un thali dans un restaurant à la propreté douteuse, mais à la nourriture correcte bien qu’épicée. Nous sommes encore une fois l’attraction du jour, tout le monde veut nous parler ou nous sourit gentiment, intrigués par notre présence. En Inde, il ne faut pas souhaiter passer inaperçus, c’est impossible, spécialement dans les villages reculés comme ici. Mais je fais maintenant abstraction de la curiosité qu’on suscite, ne la remarquant qu’à peine.
Nous rentrons ensuite faire une sieste, n’ayant pas grand-chose à faire dans cette ville, puis nous repartons à travers les échoppes pour essayer de trouver un couturier qui pourrait réparer mon petit sac de voyage qui se déchire. Après un moment de recherche, on arrive dans un petit magasin ou plusieurs hommes (eh oui, je ne vois aucune femme à l’ouvrage) affairés sur leur antique machine à coudre. Je leur explique mon problème et ils me passent mon sac à la machine à coudre ce qui remet d’aplomb les coutures (avec du fil vert cependant, ça met un peu de couleur à mon sac brun) en moins de deux minutes. Et le tout pour moins d’un euro… Ca c’est du service rapide et bien fait ! Et en plus, avec de radieux sourires en prime, tout contents d’avoir rendu service à des Blancs ! Je les adore ces Indiens…
Nous nous promenons ensuite dans la ville bondée et bruyante, chacun nous adressant un « Hello » gentil et curieux, des sourires fusant de toute part. Nous passons devant les étals de fleurs et chaque vendeur m’offre une fleur au passage, les marchands de légumes me donnent des courgettes gratuites, les marchands de poulet veulent se faire prendre en photo en train de découper leur viande entourée de mouches nauséabondes à faire devenir végétarien n’importe quel adorateur de chair blanche. J’admire leur gentillesse à notre égard, je m’imagine difficilement le même genre de scène en Europe, nos marchands français offrant des fleurs à des Japonais… Ca ne doit pas arriver souvent. Je déambule dans les rues, heureuse de partager leur scène de vie avec eux, voulant tout voir, courant partout, Jean-Roch peinant à me suivre, le bruit ambiant le fatiguant trop. Je ne sais pour quelle raison ça ne me gêne pas pour ma part. Je veux juste profiter de cet élan de gentillesse et d’hospitalité que m’offrent ces gens si souriants… Toutes ces démonstrations joyeuses et dénuées d’intérêt de leur part me remplissent d’un incroyable amour envers tous les êtres humains et c’est avec l’impression de flotter sur un nuage, le cœur gonflé à bloc, que nous prenons le chemin du retour à l’hôtel.
Nous tombons ensuite sur un Blanc, le seul que nous ayons croisé depuis ce matin. Il est français et vit à l’ashram avec sa femme indienne où il s’occupe d’orphelins. Vivre dans cette ville indienne à l’année ne doit tout de même pas être évident. Pour moi, ça ira pour 4 jours, mais je ne me vois pas rester ici des années ! Je serai contente de retrouver un peu plus de calme et de confort bientôt. Il nous parle de Mère Meera, la femme qu’on est venu voir ici. C’est un avatar (de naissance divine), comme Amma, contrairement à Sri Aurobindo, Ramana Maharshi ou Siva Shakti qui sont nés humains et ont atteint l’illumination au cours de leur vie terrestre. Enfin, c’est comme ça que les gens nous les décrivent. Mère Meera vit en Allemagne à présent et revient de temps en temps en Inde pour retrouver ses racines et donner le darshan. Nous la verrons ce soir à l’ashram.
De retour à l’hôtel, nous croisons Emmanuel, un Français que nous avions rencontré chez Amma, qui est lui aussi venu voir Mère Meera. Nous faisons donc la route ensemble jusqu’à l’ashram afin de recevoir notre premier darshan. On nous assoit, Jean-Roch et moi, au premier rang sur des chaises, tandis que la salle se remplit doucement d’une vingtaine de personnes. Les orphelins indiens, accompagnés du Français que nous avons croisé, sont assis par terre à la gauche de la chaise principale encore vide et ils chantent en cœur des mantras hindis. Ca y est, Mère Meera entre dans la pièce et vient s’asseoir sur son trône. Nous sommes les premiers à passer, on s’agenouille devant elle afin qu’elle puisse nous prendre la tête entre ses mains, ses doigts contre nos tempes, puis, après un moment plus ou moins long selon les personnes, nous devons relever la tête puis la regarder droit dans les yeux. C’est un autre style de darshan que celui d’Amma qui prend dans ses bras maternellement. Mère Meera est plus austère et moins tactile, le tout s’exécutant dans un silence total, mais elle n’en reste pas moins intimidante…
Lorsque c’est mon tour de passer, je m’agenouille, lui présente ma tête pour qu’elle puisse saisir mes tempes qu’elle garde 30 secondes entre ses mains. Je relève ensuite les yeux pour pénétrer son regard et là le temps s’arrête… Ses yeux d’une profondeur infinie semblent me montrer tout l’univers dans sa globalité. Elle a l’air, quant à elle, de pénétrer mon âme en brisant des nœuds et des blocages sur son passage… Je me relève, chancelante, pour revenir m’asseoir à ma place. Le tout n’a pas duré plus d’une minute. Je ferme les yeux pour méditer, de grosses larmes s’échappant comme par surprise de mes paupières closes. Oufff…
Nous restons à méditer tandis que tout le monde passe pour le darshan. Ca se finit une heure plus tard, Mère Meera reste encore un moment à méditer avec nous, puis se lève sans bruit et cette femme de 49 ans qui en paraît à peine 35, quitte la pièce subrepticement. Nous partons également peu après, notre faim prenant le dessus sur notre méditation. Manu nous accompagne pour dîner et nous raconte son histoire de vie. A 19 ans, après avoir bu un coup de trop, il a sauté dans une piscine à moitié vide, sa tête tapant contre le fond, et lui brisant une cervicale. Il est resté cliniquement mort durant 3 minutes et se souvient parfaitement, dans son inconscience, avoir eu le choix entre partir définitivement ou bien revenir parmi les vivants. Il a crié dans son esprit qu’il voulait revenir à condition qu’on lui redonne l’usage de ses jambes. En effet, il savait, alors qu’il était inconscient, qu’il se réveillerait certainement paralysé. Il est donc revenu et est resté tétraplégique durant 6 mois. Il était tellement convaincu qu’il allait remarcher qu’il n’a jamais désespéré et qu’il refusait tous les médicaments qui avaient pour effet de le droguer ou de l’assommer, au grand mécontentement des médecins. Le premier moment où, après d’incommensurables efforts, il a réussi à bouger un doigt, a été un bel accomplissement pour lui, il en est même tombé dans les pommes sous l’effet de trop d’efforts ! Huit ans après, il peut de nouveau marcher, faire du vélo, le tout étant toujours fragile, mais bon… Il a décidé de voyager depuis et a parcouru toute l’Asie et l’Amérique du Sud en quête de sorciers, prêtres, guérisseurs ou Saints qui pourraient lui permettre d’améliorer sa santé complètement. Il a trouvé son but dans l’ashram d’Amma… Il y reste maintenant plusieurs mois par année auprès d’elle. Quelle histoire ! Je trouve ça toujours incroyable d’entendre des chemins de vie pareils, c’est tellement loin des gens que je rencontre dans ma vie quotidienne. Et l’écouter parler de toutes ses expériences spirituelles est incroyable… Je n’adhère évidemment pas à tout ce qu’il dit, mais je respecte profondément ses croyances et suis contente de voir qu’il a l’air heureux et épanoui dans sa vie actuelle.
Nous partons ensuite nous coucher, la bouche en feu à cause d’un trop plein d’épices de nos plats. Malheureusement, nous n’avons pas le choix du restaurant ici, nous devons manger à l’indienne. Espérons que notre estomac tiendra le coup !
J’ai bien dormi cette nuit, ça fait du bien ! C’est peut-être aussi dû aux boules Quiès qui m’ont permis de baigner dans une douce quiétude toute la nuit, je n’ai même pas entendu les pétards ce matin.
Vers 8h, nous partons à la recherche d’un restaurant pouvant nous fournir un bol et du yaourt qu’on puisse mélanger avec nos céréales et fruits secs qu’on a emportés de notre dernière étape. Ce n’est pas une mince affaire, personne ne parlant vraiment anglais ici et ils ne comprennent pas un traître mot de ce qu’on leur raconte. Ils n’ont pas l’air d’avoir de yaourt ici… Alors que nous allions déclarer forfait et que nous nous apprêtions à manger une de leur spécialité épicée salée en guise de petit déjeuner, je m’essaie dans un dernier boui-boui , Jean-Roch allant carrément dans les cuisines et il revient victorieux, deux verres de yaourt à la main ! Nous mélangeons nos céréales avec ce lait écaillé dans une soucoupe ajoutant des figues sèches, des raisins secs et des bananes fraîches. Le tout est plutôt bon ! Et plus digeste pour ma part qu’une crêpe aux pommes de terre sauce épicée…
Nous passons ensuite un moment à chercher un Internet café, toute recherche s’avérant assez difficile dans cette ville où peu de locaux parlent anglais. Mais nous finissons par en dénicher un encore fermé pour le moment, il n’est que 9h30. Nous nous rabattons sur un chaï puis des jus de fruits frais qui me donneront, je l’espère, assez de vitamines pour combattre un gros rhume qui m’ennuie depuis ce matin. Pourtant, on ne peut pas dire qu’il fasse froid en Inde ! Ca doit être le ventilateur de la guest house à Tiruvannamalai qui m’a causé ce coup de froid.
Nous revenons nous reposer un peu à la chambre, Jean-Roch essayant de me faire un cours d’anglais en m’apprenant des mots que je n’arrive pas à retenir. Nous retournons passer un peu de temps sur Internet, puis partons manger un thali dans un restaurant à la propreté douteuse, mais à la nourriture correcte bien qu’épicée. Nous sommes encore une fois l’attraction du jour, tout le monde veut nous parler ou nous sourit gentiment, intrigués par notre présence. En Inde, il ne faut pas souhaiter passer inaperçus, c’est impossible, spécialement dans les villages reculés comme ici. Mais je fais maintenant abstraction de la curiosité qu’on suscite, ne la remarquant qu’à peine.
Nous rentrons ensuite faire une sieste, n’ayant pas grand-chose à faire dans cette ville, puis nous repartons à travers les échoppes pour essayer de trouver un couturier qui pourrait réparer mon petit sac de voyage qui se déchire. Après un moment de recherche, on arrive dans un petit magasin ou plusieurs hommes (eh oui, je ne vois aucune femme à l’ouvrage) affairés sur leur antique machine à coudre. Je leur explique mon problème et ils me passent mon sac à la machine à coudre ce qui remet d’aplomb les coutures (avec du fil vert cependant, ça met un peu de couleur à mon sac brun) en moins de deux minutes. Et le tout pour moins d’un euro… Ca c’est du service rapide et bien fait ! Et en plus, avec de radieux sourires en prime, tout contents d’avoir rendu service à des Blancs ! Je les adore ces Indiens…
Nous nous promenons ensuite dans la ville bondée et bruyante, chacun nous adressant un « Hello » gentil et curieux, des sourires fusant de toute part. Nous passons devant les étals de fleurs et chaque vendeur m’offre une fleur au passage, les marchands de légumes me donnent des courgettes gratuites, les marchands de poulet veulent se faire prendre en photo en train de découper leur viande entourée de mouches nauséabondes à faire devenir végétarien n’importe quel adorateur de chair blanche. J’admire leur gentillesse à notre égard, je m’imagine difficilement le même genre de scène en Europe, nos marchands français offrant des fleurs à des Japonais… Ca ne doit pas arriver souvent. Je déambule dans les rues, heureuse de partager leur scène de vie avec eux, voulant tout voir, courant partout, Jean-Roch peinant à me suivre, le bruit ambiant le fatiguant trop. Je ne sais pour quelle raison ça ne me gêne pas pour ma part. Je veux juste profiter de cet élan de gentillesse et d’hospitalité que m’offrent ces gens si souriants… Toutes ces démonstrations joyeuses et dénuées d’intérêt de leur part me remplissent d’un incroyable amour envers tous les êtres humains et c’est avec l’impression de flotter sur un nuage, le cœur gonflé à bloc, que nous prenons le chemin du retour à l’hôtel.
Nous tombons ensuite sur un Blanc, le seul que nous ayons croisé depuis ce matin. Il est français et vit à l’ashram avec sa femme indienne où il s’occupe d’orphelins. Vivre dans cette ville indienne à l’année ne doit tout de même pas être évident. Pour moi, ça ira pour 4 jours, mais je ne me vois pas rester ici des années ! Je serai contente de retrouver un peu plus de calme et de confort bientôt. Il nous parle de Mère Meera, la femme qu’on est venu voir ici. C’est un avatar (de naissance divine), comme Amma, contrairement à Sri Aurobindo, Ramana Maharshi ou Siva Shakti qui sont nés humains et ont atteint l’illumination au cours de leur vie terrestre. Enfin, c’est comme ça que les gens nous les décrivent. Mère Meera vit en Allemagne à présent et revient de temps en temps en Inde pour retrouver ses racines et donner le darshan. Nous la verrons ce soir à l’ashram.
De retour à l’hôtel, nous croisons Emmanuel, un Français que nous avions rencontré chez Amma, qui est lui aussi venu voir Mère Meera. Nous faisons donc la route ensemble jusqu’à l’ashram afin de recevoir notre premier darshan. On nous assoit, Jean-Roch et moi, au premier rang sur des chaises, tandis que la salle se remplit doucement d’une vingtaine de personnes. Les orphelins indiens, accompagnés du Français que nous avons croisé, sont assis par terre à la gauche de la chaise principale encore vide et ils chantent en cœur des mantras hindis. Ca y est, Mère Meera entre dans la pièce et vient s’asseoir sur son trône. Nous sommes les premiers à passer, on s’agenouille devant elle afin qu’elle puisse nous prendre la tête entre ses mains, ses doigts contre nos tempes, puis, après un moment plus ou moins long selon les personnes, nous devons relever la tête puis la regarder droit dans les yeux. C’est un autre style de darshan que celui d’Amma qui prend dans ses bras maternellement. Mère Meera est plus austère et moins tactile, le tout s’exécutant dans un silence total, mais elle n’en reste pas moins intimidante…
Lorsque c’est mon tour de passer, je m’agenouille, lui présente ma tête pour qu’elle puisse saisir mes tempes qu’elle garde 30 secondes entre ses mains. Je relève ensuite les yeux pour pénétrer son regard et là le temps s’arrête… Ses yeux d’une profondeur infinie semblent me montrer tout l’univers dans sa globalité. Elle a l’air, quant à elle, de pénétrer mon âme en brisant des nœuds et des blocages sur son passage… Je me relève, chancelante, pour revenir m’asseoir à ma place. Le tout n’a pas duré plus d’une minute. Je ferme les yeux pour méditer, de grosses larmes s’échappant comme par surprise de mes paupières closes. Oufff…
Nous restons à méditer tandis que tout le monde passe pour le darshan. Ca se finit une heure plus tard, Mère Meera reste encore un moment à méditer avec nous, puis se lève sans bruit et cette femme de 49 ans qui en paraît à peine 35, quitte la pièce subrepticement. Nous partons également peu après, notre faim prenant le dessus sur notre méditation. Manu nous accompagne pour dîner et nous raconte son histoire de vie. A 19 ans, après avoir bu un coup de trop, il a sauté dans une piscine à moitié vide, sa tête tapant contre le fond, et lui brisant une cervicale. Il est resté cliniquement mort durant 3 minutes et se souvient parfaitement, dans son inconscience, avoir eu le choix entre partir définitivement ou bien revenir parmi les vivants. Il a crié dans son esprit qu’il voulait revenir à condition qu’on lui redonne l’usage de ses jambes. En effet, il savait, alors qu’il était inconscient, qu’il se réveillerait certainement paralysé. Il est donc revenu et est resté tétraplégique durant 6 mois. Il était tellement convaincu qu’il allait remarcher qu’il n’a jamais désespéré et qu’il refusait tous les médicaments qui avaient pour effet de le droguer ou de l’assommer, au grand mécontentement des médecins. Le premier moment où, après d’incommensurables efforts, il a réussi à bouger un doigt, a été un bel accomplissement pour lui, il en est même tombé dans les pommes sous l’effet de trop d’efforts ! Huit ans après, il peut de nouveau marcher, faire du vélo, le tout étant toujours fragile, mais bon… Il a décidé de voyager depuis et a parcouru toute l’Asie et l’Amérique du Sud en quête de sorciers, prêtres, guérisseurs ou Saints qui pourraient lui permettre d’améliorer sa santé complètement. Il a trouvé son but dans l’ashram d’Amma… Il y reste maintenant plusieurs mois par année auprès d’elle. Quelle histoire ! Je trouve ça toujours incroyable d’entendre des chemins de vie pareils, c’est tellement loin des gens que je rencontre dans ma vie quotidienne. Et l’écouter parler de toutes ses expériences spirituelles est incroyable… Je n’adhère évidemment pas à tout ce qu’il dit, mais je respecte profondément ses croyances et suis contente de voir qu’il a l’air heureux et épanoui dans sa vie actuelle.
Nous partons ensuite nous coucher, la bouche en feu à cause d’un trop plein d’épices de nos plats. Malheureusement, nous n’avons pas le choix du restaurant ici, nous devons manger à l’indienne. Espérons que notre estomac tiendra le coup !
Journée de voyage jusqu’à Madanapalle
Le 16 octobre 2009
La nuit ne fut pas bonne pour ma part, c’est le moins qu’on puisse dire. Attaquée par des moustiques toute la nuit, j’ai plutôt perdu la bataille cette fois-ci. En plus, mon esprit était très agité pour une raison inconnue ce qui m’a empêchée de trouver le sommeil durant de nombreuses heures.
Nous sommes brutalement réveillés à 6h30 du matin par des pétards lancés juste en dessous de la guest house. C’est jour de fête aujourd’hui et ils commencent tôt à le célébrer ! Vu que nous sommes réveillés, je pousse Jean-Roch à aller déjeuner rapidement de céréales que nous avons achetés la veille à l’épicerie (on commence à en avoir marre des pancakes ou yaourt aux fruits frais tous les matins) avant d’aller effectuer une petite randonnée sur la montagne sacrée. Même tôt le matin, le soleil tape fort et nous piquons une bonne suée à grimper de la sorte. Nous croisons nombre de singes peu effrayés par notre présence, nous avons donc tout le loisir de les admirer.
Après 20 minutes de grimpette, nous tombons, à notre grande surprise, sur un ashram perdu dans les rochers. Nous restons y méditer un moment avant de continuer notre ascension vers une grotte célèbre pour avoir hébergé Ramana Maharshi durant 20 ans. Cet homme, devenu maître spirituel par la suite, est resté 20 ans seul dans cette grotte à méditer afin d’atteindre l’illumination. Il aurait ensuite entendu un message du divin qui lui demandait de sortir de la grotte pour apporter au monde son savoir, son aide et son influence. C’est sûr que c’est bien beau d’être illuminé, mais si ça signifie se couper de tous les êtres humains… Ca ne m’intéresse pas dans ce cas, moi !
En tout cas, il est indéniable qu’il règne une atmosphère spéciale dans cette petite grotte si minuscule qu’elle peut à peine accueillir 6 personnes assises en tailleur. Il y règne une chaleur folle mais étrangement ça ne gêne en rien notre méditation qui est puissante et profonde. Que d’énergie dans un si petit endroit ! Jean-Roch et moi avons le même ressenti à ce sujet et nous restons un moment absorbés par ce lieu magique. Je sors la première et attends Jean-Roch dehors à l’air plus frais. Un moment d’inattention et j’aperçois juste à temps un singe en train de me voler mon sac ! Non mais, petit sacripant ! Il me fera bien rire en tout cas.
Nous redescendons ensuite vers la ville et prenons un rickshaw qui nous ramène à l’hôtel. Nous préparons nos bagages puis quittons les lieux. J’avoue être contente de partir après 5 jours dans cette ville. Je m’y sentais bien mais on ne peut pas dire qu’il y ait grand-chose à faire. Et elle me rappelle sans cesse James que j’ai laissé partir il y a 2 jours. J’hésite même à aller le rejoindre à Hampi aujourd’hui, mais ça n’a rien de raisonnable, c’est à plus de 12 heures de trajet en bus dans la direction opposée de Bangalore, ville où je dois prendre mon avion dans 4 jours… Et je ne vais pas laisser mon ami Jean-Roch en plan non plus, il a traversé la moitié de l’Inde du Sud pour me rejoindre ! Ce sont toutes ces tergiversations qui m’ont empêchée de dormir aussi… ma raison prendra donc le dessus sur le reste, je ne rejoindrai pas James à Hampi, je vais rester autour de Bangalore avec Jean-Roch.
Nous nous présentons à la gare routière avec nos gros sacs sur le dos puis grimpons dans un premier bus inconfortable qui nous emmène en 2 heures de temps à Vellore. Les transports en Inde sont vraiment incroyables… Malgré leur inconfort, nos genoux pliés sous le menton, les klaxons tonitruants retentissant toutes les 30 secondes, les jeunes Indiens souhaitant nous baragouiner des mots d’anglais incompréhensibles pendant une heure (mais ils ne s’adressent qu’à Jean-Roch, je suis plutôt tranquille pour ma part… c’est bien de voyager à deux !), les trajets en bus restent toutefois fascinants. Tous les passagers sont entassés sur de petits sièges à 4 sur des doubles fauteuils, les uns sur les autres, sans jamais se plaindre. Les enfants inconfortablement installés sur les genoux de leur mère ne pleurent jamais, même après 5 heures de trajet, leur tête cognant régulièrement des barres en fer lors de virages un peu serrés ou de dépassements cavaliers. Par contre, nous avons régulièrement le droit à des lâchers de flatulences et vu la proximité des uns et des autres, tout le monde en profite… Les Indiens ont toujours un sourire envers nous, mêlé de curiosité, leur gentillesse surpassant le fait qu’ils soient un peu pénibles certaines fois.
Je ne me lasse pas du spectacle se déroulant tel un écran de cinéma à travers la petite fenêtre sans vitre du bus et ce malgré toute la poussière que j’avale durant ces trajets sur la terre battue. Nous traversons des petites villes bruyantes, évitant aussi bien les vaches que les rickshaws et les piétons, annonçant notre arrivée à grands coups de klaxon qui finissent par me donner mal à la tête à force. Les paysages de campagnes plus calmes et paisibles sont souvent détériorés par des monticules de détritus. L’Inde est une fleur de lotus sur un tas de fumier, voilà une métaphore qui décrit parfaitement ce pays incroyable.
Arrivés à Vellore, nous nous arrêtons pour déjeuner dans un boui-boui local. Les tenanciers nous accueillent comme des rois, heureux de voir arriver des étrangers dans son échoppe ; ils ne doivent pas en voir beaucoup. On nous sert un succulent thali que nous dégustons avec les doigts, mélangeant la sauce avec le riz en formant de petites boules que nous portons à notre bouche en faisant attention de n’utiliser que la main droite, la main gauche étant considérée comme impure, vu que c’est elle qu’on utilise pour se laver après être allés aux toilettes, le papier n’existant pas ici ; ils se passent de l’eau et puis c’est tout ! Et dire qu’ils préparent notre nourriture avec les mains… Mieux vaut ne pas y penser ! En tout cas, leur thali est délicieux et ils sont tellement contents de pouvoir discuter avec des Blancs, chacun se bousculant pour nous parler. Nous mangeons très bien pour 50 centimes d’euro chacun, je n’en reviens toujours pas des prix dérisoires que nous payons ici, surtout dans les petits restaurants non touristiques et typiquement indiens. Les chambres d’hôtel dépassent rarement les 3 euros pour la nuit par exemple. Bon, ce n’est pas le grand luxe, c’est évident, mais les lits sont généralement bons, il y a toujours des ventilateurs pour aérer un peu la chambre et la salle de bain est généralement privative avec toilettes occidentales (quelquefois des toilettes turques) et un robinet avec un seau pour se laver. Le strict minimum mais confortable.
Après déjeuner, nous sautons dans un autre bus qui nous emmène en une heure de temps à Chittoor, dans la province de l’Andhra Pradesh. Jean-Roch se fait gentiment agrippé par un Indien un peu efféminé qui visiblement craque sur le corps musclé de mon ami. Il ira même jusqu’à lui faire un baise-main passionné qui dégoûtera un peu Jean-Roch mais qui aura le mérite de me faire mourir de rire ! Ah, ces Indiens… On ne sait jamais à quoi s’attendre avec eux !
Arrivés à Chittoor, nous devons attendre notre troisième et dernier bus de la journée pour Madanapalle, notre destination finale. Deux heures plus tard, nous arrivons enfin au but, les fesses en compote, ne pouvant plus supporter un « Hello » pourtant amical de nos amis Indiens qui ignorent que nous en avons eu 15 000 depuis ce matin, ne demandant plus qu’à nous étendre dans un bon lit. Nous sautons dans un rickshaw en lui indiquant le nom d’un hôtel. Il semble avoir compris, dodelinant de la tête à la façon indienne pour dire « oui », puis traverse cette ville nullement touristique à travers la nuit noire.
Il nous amène devant l’ashram de la ville, ce qui n’était pas du tout ce que nous lui avions demandé, mais comme à leurs habitudes, les Indiens ne peuvent pas dire qu’ils ne comprennent pas et préfèrent inventer le plus probable dans ce cas-là ! Malgré l’heure tardive, nous tombons sur un Blanc qui nous indique où nous pourrons trouver un hôtel non loin d’ici. Nous nous y rendons à pied, notre chauffeur ne comprenant rien à ce qu’on essaie de lui dire. Heureusement, le patron de l’hôtel est là et nous donne une chambre pas vraiment propre, mais elle fera l’affaire pour ce soir. Nous nous enquérons d’un endroit où manger mais le patron nous explique que tout est fermé aux alentours, mais que son employé peut aller nous chercher à manger et nous l’apporter dans la chambre si nous le désirons. Parfait ! Nous commandons deux massala dosas chacun, puis restons à discuter dans la chambre en attendant. Il débarque sans frapper 20 minutes plus tard avec notre nourriture emmaillotée dans du papier journal que nous mangeons sur le lit sans assiette ni couvert, essayant de ne pas tacher les draps. Notre Indien reste à nous regarder manger, sans nous laisser l’intimité de notre chambre, à la mode indienne quoi ! Je suis contente de ne pas être seule dans cette chambre, je ne serais pas très rassurée. Là, à deux avec Jean-Roch, nous prenons ça à la rigolade ! Nous finissons par le virer gentiment afin de pouvoir finir de manger tranquillement. Il reviendra une heure plus tard pour savoir si nous avons bien mangé en nous expliquant qu’il y a une sonnette sur le mur qui permet de l’appeler pour lui demander n’importe quoi. Il ne serait pas un peu envahissant notre ami ? Nous le remercions et le poussons hors de la chambre en prenant garde de fermer à clé cette fois-ci. Enfin tranquilles !
J’avoue ne pas me sentir à l’aise dans cette chambre, non pas à cause de cet employé qui est bien gentil, même s’il est un peu collant, mais à cause de la saleté qui y règne. Les murs sont constellés de taches, de même que le carrelage sur lequel je rechigne à marcher pieds nus, et je ne parle même pas de la salle de bain, en particulier des toilettes qui n’ont pas dû être nettoyées depuis 10 ans… Je ne suis pas spécialement regardante à ce sujet, me contentant généralement de peu, mais là ça dépasse mes limites d’hygiène les plus basses ! C’est donc sur la pointe des pieds que je prends ma douche, n’osant toucher aucun mur et remettant à plus tard mes besoins naturels. Vive l’Inde ! On voit qu’on n’est absolument pas dans un endroit pour touristes ici. Je voulais voir ce que donne une ville typiquement indienne, je ne suis pas déçue ! Nous nous écroulons sur nos lits aux draps relativement propres… Bonne nuit.
La nuit ne fut pas bonne pour ma part, c’est le moins qu’on puisse dire. Attaquée par des moustiques toute la nuit, j’ai plutôt perdu la bataille cette fois-ci. En plus, mon esprit était très agité pour une raison inconnue ce qui m’a empêchée de trouver le sommeil durant de nombreuses heures.
Nous sommes brutalement réveillés à 6h30 du matin par des pétards lancés juste en dessous de la guest house. C’est jour de fête aujourd’hui et ils commencent tôt à le célébrer ! Vu que nous sommes réveillés, je pousse Jean-Roch à aller déjeuner rapidement de céréales que nous avons achetés la veille à l’épicerie (on commence à en avoir marre des pancakes ou yaourt aux fruits frais tous les matins) avant d’aller effectuer une petite randonnée sur la montagne sacrée. Même tôt le matin, le soleil tape fort et nous piquons une bonne suée à grimper de la sorte. Nous croisons nombre de singes peu effrayés par notre présence, nous avons donc tout le loisir de les admirer.
Après 20 minutes de grimpette, nous tombons, à notre grande surprise, sur un ashram perdu dans les rochers. Nous restons y méditer un moment avant de continuer notre ascension vers une grotte célèbre pour avoir hébergé Ramana Maharshi durant 20 ans. Cet homme, devenu maître spirituel par la suite, est resté 20 ans seul dans cette grotte à méditer afin d’atteindre l’illumination. Il aurait ensuite entendu un message du divin qui lui demandait de sortir de la grotte pour apporter au monde son savoir, son aide et son influence. C’est sûr que c’est bien beau d’être illuminé, mais si ça signifie se couper de tous les êtres humains… Ca ne m’intéresse pas dans ce cas, moi !
En tout cas, il est indéniable qu’il règne une atmosphère spéciale dans cette petite grotte si minuscule qu’elle peut à peine accueillir 6 personnes assises en tailleur. Il y règne une chaleur folle mais étrangement ça ne gêne en rien notre méditation qui est puissante et profonde. Que d’énergie dans un si petit endroit ! Jean-Roch et moi avons le même ressenti à ce sujet et nous restons un moment absorbés par ce lieu magique. Je sors la première et attends Jean-Roch dehors à l’air plus frais. Un moment d’inattention et j’aperçois juste à temps un singe en train de me voler mon sac ! Non mais, petit sacripant ! Il me fera bien rire en tout cas.
Nous redescendons ensuite vers la ville et prenons un rickshaw qui nous ramène à l’hôtel. Nous préparons nos bagages puis quittons les lieux. J’avoue être contente de partir après 5 jours dans cette ville. Je m’y sentais bien mais on ne peut pas dire qu’il y ait grand-chose à faire. Et elle me rappelle sans cesse James que j’ai laissé partir il y a 2 jours. J’hésite même à aller le rejoindre à Hampi aujourd’hui, mais ça n’a rien de raisonnable, c’est à plus de 12 heures de trajet en bus dans la direction opposée de Bangalore, ville où je dois prendre mon avion dans 4 jours… Et je ne vais pas laisser mon ami Jean-Roch en plan non plus, il a traversé la moitié de l’Inde du Sud pour me rejoindre ! Ce sont toutes ces tergiversations qui m’ont empêchée de dormir aussi… ma raison prendra donc le dessus sur le reste, je ne rejoindrai pas James à Hampi, je vais rester autour de Bangalore avec Jean-Roch.
Nous nous présentons à la gare routière avec nos gros sacs sur le dos puis grimpons dans un premier bus inconfortable qui nous emmène en 2 heures de temps à Vellore. Les transports en Inde sont vraiment incroyables… Malgré leur inconfort, nos genoux pliés sous le menton, les klaxons tonitruants retentissant toutes les 30 secondes, les jeunes Indiens souhaitant nous baragouiner des mots d’anglais incompréhensibles pendant une heure (mais ils ne s’adressent qu’à Jean-Roch, je suis plutôt tranquille pour ma part… c’est bien de voyager à deux !), les trajets en bus restent toutefois fascinants. Tous les passagers sont entassés sur de petits sièges à 4 sur des doubles fauteuils, les uns sur les autres, sans jamais se plaindre. Les enfants inconfortablement installés sur les genoux de leur mère ne pleurent jamais, même après 5 heures de trajet, leur tête cognant régulièrement des barres en fer lors de virages un peu serrés ou de dépassements cavaliers. Par contre, nous avons régulièrement le droit à des lâchers de flatulences et vu la proximité des uns et des autres, tout le monde en profite… Les Indiens ont toujours un sourire envers nous, mêlé de curiosité, leur gentillesse surpassant le fait qu’ils soient un peu pénibles certaines fois.
Je ne me lasse pas du spectacle se déroulant tel un écran de cinéma à travers la petite fenêtre sans vitre du bus et ce malgré toute la poussière que j’avale durant ces trajets sur la terre battue. Nous traversons des petites villes bruyantes, évitant aussi bien les vaches que les rickshaws et les piétons, annonçant notre arrivée à grands coups de klaxon qui finissent par me donner mal à la tête à force. Les paysages de campagnes plus calmes et paisibles sont souvent détériorés par des monticules de détritus. L’Inde est une fleur de lotus sur un tas de fumier, voilà une métaphore qui décrit parfaitement ce pays incroyable.
Arrivés à Vellore, nous nous arrêtons pour déjeuner dans un boui-boui local. Les tenanciers nous accueillent comme des rois, heureux de voir arriver des étrangers dans son échoppe ; ils ne doivent pas en voir beaucoup. On nous sert un succulent thali que nous dégustons avec les doigts, mélangeant la sauce avec le riz en formant de petites boules que nous portons à notre bouche en faisant attention de n’utiliser que la main droite, la main gauche étant considérée comme impure, vu que c’est elle qu’on utilise pour se laver après être allés aux toilettes, le papier n’existant pas ici ; ils se passent de l’eau et puis c’est tout ! Et dire qu’ils préparent notre nourriture avec les mains… Mieux vaut ne pas y penser ! En tout cas, leur thali est délicieux et ils sont tellement contents de pouvoir discuter avec des Blancs, chacun se bousculant pour nous parler. Nous mangeons très bien pour 50 centimes d’euro chacun, je n’en reviens toujours pas des prix dérisoires que nous payons ici, surtout dans les petits restaurants non touristiques et typiquement indiens. Les chambres d’hôtel dépassent rarement les 3 euros pour la nuit par exemple. Bon, ce n’est pas le grand luxe, c’est évident, mais les lits sont généralement bons, il y a toujours des ventilateurs pour aérer un peu la chambre et la salle de bain est généralement privative avec toilettes occidentales (quelquefois des toilettes turques) et un robinet avec un seau pour se laver. Le strict minimum mais confortable.
Après déjeuner, nous sautons dans un autre bus qui nous emmène en une heure de temps à Chittoor, dans la province de l’Andhra Pradesh. Jean-Roch se fait gentiment agrippé par un Indien un peu efféminé qui visiblement craque sur le corps musclé de mon ami. Il ira même jusqu’à lui faire un baise-main passionné qui dégoûtera un peu Jean-Roch mais qui aura le mérite de me faire mourir de rire ! Ah, ces Indiens… On ne sait jamais à quoi s’attendre avec eux !
Arrivés à Chittoor, nous devons attendre notre troisième et dernier bus de la journée pour Madanapalle, notre destination finale. Deux heures plus tard, nous arrivons enfin au but, les fesses en compote, ne pouvant plus supporter un « Hello » pourtant amical de nos amis Indiens qui ignorent que nous en avons eu 15 000 depuis ce matin, ne demandant plus qu’à nous étendre dans un bon lit. Nous sautons dans un rickshaw en lui indiquant le nom d’un hôtel. Il semble avoir compris, dodelinant de la tête à la façon indienne pour dire « oui », puis traverse cette ville nullement touristique à travers la nuit noire.
Il nous amène devant l’ashram de la ville, ce qui n’était pas du tout ce que nous lui avions demandé, mais comme à leurs habitudes, les Indiens ne peuvent pas dire qu’ils ne comprennent pas et préfèrent inventer le plus probable dans ce cas-là ! Malgré l’heure tardive, nous tombons sur un Blanc qui nous indique où nous pourrons trouver un hôtel non loin d’ici. Nous nous y rendons à pied, notre chauffeur ne comprenant rien à ce qu’on essaie de lui dire. Heureusement, le patron de l’hôtel est là et nous donne une chambre pas vraiment propre, mais elle fera l’affaire pour ce soir. Nous nous enquérons d’un endroit où manger mais le patron nous explique que tout est fermé aux alentours, mais que son employé peut aller nous chercher à manger et nous l’apporter dans la chambre si nous le désirons. Parfait ! Nous commandons deux massala dosas chacun, puis restons à discuter dans la chambre en attendant. Il débarque sans frapper 20 minutes plus tard avec notre nourriture emmaillotée dans du papier journal que nous mangeons sur le lit sans assiette ni couvert, essayant de ne pas tacher les draps. Notre Indien reste à nous regarder manger, sans nous laisser l’intimité de notre chambre, à la mode indienne quoi ! Je suis contente de ne pas être seule dans cette chambre, je ne serais pas très rassurée. Là, à deux avec Jean-Roch, nous prenons ça à la rigolade ! Nous finissons par le virer gentiment afin de pouvoir finir de manger tranquillement. Il reviendra une heure plus tard pour savoir si nous avons bien mangé en nous expliquant qu’il y a une sonnette sur le mur qui permet de l’appeler pour lui demander n’importe quoi. Il ne serait pas un peu envahissant notre ami ? Nous le remercions et le poussons hors de la chambre en prenant garde de fermer à clé cette fois-ci. Enfin tranquilles !
J’avoue ne pas me sentir à l’aise dans cette chambre, non pas à cause de cet employé qui est bien gentil, même s’il est un peu collant, mais à cause de la saleté qui y règne. Les murs sont constellés de taches, de même que le carrelage sur lequel je rechigne à marcher pieds nus, et je ne parle même pas de la salle de bain, en particulier des toilettes qui n’ont pas dû être nettoyées depuis 10 ans… Je ne suis pas spécialement regardante à ce sujet, me contentant généralement de peu, mais là ça dépasse mes limites d’hygiène les plus basses ! C’est donc sur la pointe des pieds que je prends ma douche, n’osant toucher aucun mur et remettant à plus tard mes besoins naturels. Vive l’Inde ! On voit qu’on n’est absolument pas dans un endroit pour touristes ici. Je voulais voir ce que donne une ville typiquement indienne, je ne suis pas déçue ! Nous nous écroulons sur nos lits aux draps relativement propres… Bonne nuit.
Vol de chaussures
Le 15 octobre 2009
Réveillée à 8h du matin, je me sens quand même fatiguée et vais le rester toute la journée pour une raison qui m’échappe. Nous flânons dans la ville, je récupère mes affaires données à nettoyer la veille et qui ont été repassées avec un fer datant du Moyen-âge…
L’après-midi, nous retournons au temple où il est obligatoire, comme partout en Inde, de laisser ses chaussures à l’entrée et de pénétrer pieds nus. Après un rapide tour à l’intérieur, le temps d’admirer un éléphant sacré bénir de nouveau les pèlerins, nous ressortons du temple et là… mes chaussures ont disparu. Ah, c’est embêtant ! Me voilà nus pieds dans les rues de l’Inde qui ne sont pas réputées pour être les plus propres du monde, loin de là. Pour une raison étrange, ce vol de chaussures ne me procure aucune émotion douloureuse, je me sens complètement détachée de cet événement. Au pire, j’en rachèterai d’autres au prochain magasin. Jean-Roch me suggère de sortir 10 roupies (l’équivalent de 20 centimes) puis de l’offrir en récompense à qui me retrouvera mes chaussures. En un rien de temps, une femme me demande d’attendre, puis elle me ramène mes chaussures 5 minutes après. Je suis persuadée que c’est elle qui me les a volées, mais un contrat reste un contrat, je lui donne la rançon promise. Elle se fera en tout cas bien sermonnée par le gardien du temps qui n’a rien perdu de tout son manège. Ravie d’avoir retrouvé mes chaussures et surprise de mon détachement par rapport à la situation, je retourne avec Jean-Roch à l’hôtel.
Le soir venu, après une bonne sieste d’une heure, nous allons faire un tour à l’ashram pour méditer où j’aperçois avec surprise mon Allemande tant recherchée il y a deux jours et qui avait eu un malaise au temple. Je lui demande des nouvelles de sa santé qu’elle m’assure meilleure. Elle m’explique qu’elle vit ici depuis 4 ans en essayant d’améliorer ses problèmes de santé par la spiritualité, dernière alternative après l’abandon des médecins sur son cas. Elle n’a pas l’air d’avoir toute sa tête. La pauvre… Rassurée sur son état de santé du jour, je la quitte après l’avoir serrée dans mes bras.
Jean-Roch et moi dégustons un délicieux massala dosa dans un petit restaurant indien puis prenons un dernier lassi dans un café avant d’aller nous coucher.
Réveillée à 8h du matin, je me sens quand même fatiguée et vais le rester toute la journée pour une raison qui m’échappe. Nous flânons dans la ville, je récupère mes affaires données à nettoyer la veille et qui ont été repassées avec un fer datant du Moyen-âge…
L’après-midi, nous retournons au temple où il est obligatoire, comme partout en Inde, de laisser ses chaussures à l’entrée et de pénétrer pieds nus. Après un rapide tour à l’intérieur, le temps d’admirer un éléphant sacré bénir de nouveau les pèlerins, nous ressortons du temple et là… mes chaussures ont disparu. Ah, c’est embêtant ! Me voilà nus pieds dans les rues de l’Inde qui ne sont pas réputées pour être les plus propres du monde, loin de là. Pour une raison étrange, ce vol de chaussures ne me procure aucune émotion douloureuse, je me sens complètement détachée de cet événement. Au pire, j’en rachèterai d’autres au prochain magasin. Jean-Roch me suggère de sortir 10 roupies (l’équivalent de 20 centimes) puis de l’offrir en récompense à qui me retrouvera mes chaussures. En un rien de temps, une femme me demande d’attendre, puis elle me ramène mes chaussures 5 minutes après. Je suis persuadée que c’est elle qui me les a volées, mais un contrat reste un contrat, je lui donne la rançon promise. Elle se fera en tout cas bien sermonnée par le gardien du temps qui n’a rien perdu de tout son manège. Ravie d’avoir retrouvé mes chaussures et surprise de mon détachement par rapport à la situation, je retourne avec Jean-Roch à l’hôtel.
Le soir venu, après une bonne sieste d’une heure, nous allons faire un tour à l’ashram pour méditer où j’aperçois avec surprise mon Allemande tant recherchée il y a deux jours et qui avait eu un malaise au temple. Je lui demande des nouvelles de sa santé qu’elle m’assure meilleure. Elle m’explique qu’elle vit ici depuis 4 ans en essayant d’améliorer ses problèmes de santé par la spiritualité, dernière alternative après l’abandon des médecins sur son cas. Elle n’a pas l’air d’avoir toute sa tête. La pauvre… Rassurée sur son état de santé du jour, je la quitte après l’avoir serrée dans mes bras.
Jean-Roch et moi dégustons un délicieux massala dosa dans un petit restaurant indien puis prenons un dernier lassi dans un café avant d’aller nous coucher.
Départ de James, retrouvailles avec Jean-Roch
Le 14 octobre 2009
Ce matin, nous nous réveillons d’humeur un peu mélancolique, James et moi, c’est le jour de notre séparation, il part pour Bangalore, puis Hampi. Moi, je reste ici quelques jours encore à attendre mon ami Jean-Roch qui me rejoint dans cette ville et avec lequel je vais effectuer la fin de mon voyage. Si nous n’avions pas prévu de nous retrouver ici Jean-Roch et moi, je pense que j’aurais suivi James à Hampi qui est, parait-il, une merveilleuse cité à visiter. C’est dommage….
Nous petit-déjeunons ensemble, sentant arriver inéluctablement l’heure des adieux. A midi, il est temps de se quitter. Nous échangeons nos adresses en essayant de nous convaincre que nous nous reverrons un jour puis échangeons un dernier baiser d’adieu (oui, il s’est finalement décidé à m’embrasser) puis il s’en va, son sac sur le dos, prêt pour de nouvelles aventures. Je me sens bien seule tout à coup dans ma petite chambre d’hôtel. Nous étions inséparables depuis une semaine… Je décide d’aller prendre un thé dans le café d’à côté pour voir du monde et pallier ce nouveau sentiment de solitude.
Je rencontre un Indien du Kerala aux cheveux longs et à la barbe descendant jusqu’aux épaules, avec lequel je discute des différences France – Inde concernant le travail, la façon de penser des gens, etc… Il m’avoue, avec un regard songeur, que l’Inde est un endroit dangereux pour les Européens, qu’il y en a beaucoup qui ont perdu la raison ici, pensant venir en voyage quelques semaines et y restant plusieurs années. L’Inde pour des Occidentaux est un pays fascinant, étrange et attirant à la fois et certains, au caractère plus faible et plus influençable, se font prendre au piège par l’attraction que ce pays suscite et restent coincés ici... J’ai croisé un certain nombre de ces Occidentaux perdus depuis mon arrivée ici, je vois très bien ce qu’il veut dire. J’avoue moi-même ressentir parfois cette même attraction déroutante de ce pays ensorcelant…
Un Belge débarque paniqué au café, il a essayé de retirer l’équivalent de 100 euros à la banque de la ville avec sa carte bancaire qui a bien débité son compte mais ne lui a donné aucun billet. Il nous explique qu’il n’a plus rien sur son compte à part une cinquantaine d’euros, qu’il est vraiment à sec et qu’il ne sait pas quoi faire. J’ai du mal à comprendre comment on peut voyager avec si peu d’argent en réserve… Il n’a même pas de quoi s’acheter un billet de retour ! L’Indien lui explique auprès de quelle banque il peut porter plainte, puis il s’en va essayer d’arranger son affaire.
Pour une raison inconnue, je pressens l’arrivée de mon ami Jean-Roch alors que je n’ai aucune idée de l’heure de sa venue à la base. Je sors du restaurant et tombe sur lui alors qu’il vient à peine d’arriver. Ah, ça fait du bien de le revoir ! Nous nous serrons fraternellement dans nos bras, heureux de nos retrouvailles. Je ne serai pas restée seule bien longtemps au final ! Je le laisse se poser un peu, prendre une douche, puis nous nous racontons nos vies au café du coin. Ca fait seulement trois semaines que nous nous sommes quittés mais on a déjà tellement de choses à se raconter ! La vie en voyage est bien plus palpitante que la normale…
La nuit tombée, nous allons faire un tour à l’ashram méditer un peu et assister à la puja, puis nous marchons jusqu’au temple à l’atmosphère si spéciale le soir. Nous partons ensuite nous coucher, fatigués par la chaleur écrasante de la journée.
Ce matin, nous nous réveillons d’humeur un peu mélancolique, James et moi, c’est le jour de notre séparation, il part pour Bangalore, puis Hampi. Moi, je reste ici quelques jours encore à attendre mon ami Jean-Roch qui me rejoint dans cette ville et avec lequel je vais effectuer la fin de mon voyage. Si nous n’avions pas prévu de nous retrouver ici Jean-Roch et moi, je pense que j’aurais suivi James à Hampi qui est, parait-il, une merveilleuse cité à visiter. C’est dommage….
Nous petit-déjeunons ensemble, sentant arriver inéluctablement l’heure des adieux. A midi, il est temps de se quitter. Nous échangeons nos adresses en essayant de nous convaincre que nous nous reverrons un jour puis échangeons un dernier baiser d’adieu (oui, il s’est finalement décidé à m’embrasser) puis il s’en va, son sac sur le dos, prêt pour de nouvelles aventures. Je me sens bien seule tout à coup dans ma petite chambre d’hôtel. Nous étions inséparables depuis une semaine… Je décide d’aller prendre un thé dans le café d’à côté pour voir du monde et pallier ce nouveau sentiment de solitude.
Je rencontre un Indien du Kerala aux cheveux longs et à la barbe descendant jusqu’aux épaules, avec lequel je discute des différences France – Inde concernant le travail, la façon de penser des gens, etc… Il m’avoue, avec un regard songeur, que l’Inde est un endroit dangereux pour les Européens, qu’il y en a beaucoup qui ont perdu la raison ici, pensant venir en voyage quelques semaines et y restant plusieurs années. L’Inde pour des Occidentaux est un pays fascinant, étrange et attirant à la fois et certains, au caractère plus faible et plus influençable, se font prendre au piège par l’attraction que ce pays suscite et restent coincés ici... J’ai croisé un certain nombre de ces Occidentaux perdus depuis mon arrivée ici, je vois très bien ce qu’il veut dire. J’avoue moi-même ressentir parfois cette même attraction déroutante de ce pays ensorcelant…
Un Belge débarque paniqué au café, il a essayé de retirer l’équivalent de 100 euros à la banque de la ville avec sa carte bancaire qui a bien débité son compte mais ne lui a donné aucun billet. Il nous explique qu’il n’a plus rien sur son compte à part une cinquantaine d’euros, qu’il est vraiment à sec et qu’il ne sait pas quoi faire. J’ai du mal à comprendre comment on peut voyager avec si peu d’argent en réserve… Il n’a même pas de quoi s’acheter un billet de retour ! L’Indien lui explique auprès de quelle banque il peut porter plainte, puis il s’en va essayer d’arranger son affaire.
Pour une raison inconnue, je pressens l’arrivée de mon ami Jean-Roch alors que je n’ai aucune idée de l’heure de sa venue à la base. Je sors du restaurant et tombe sur lui alors qu’il vient à peine d’arriver. Ah, ça fait du bien de le revoir ! Nous nous serrons fraternellement dans nos bras, heureux de nos retrouvailles. Je ne serai pas restée seule bien longtemps au final ! Je le laisse se poser un peu, prendre une douche, puis nous nous racontons nos vies au café du coin. Ca fait seulement trois semaines que nous nous sommes quittés mais on a déjà tellement de choses à se raconter ! La vie en voyage est bien plus palpitante que la normale…
La nuit tombée, nous allons faire un tour à l’ashram méditer un peu et assister à la puja, puis nous marchons jusqu’au temple à l’atmosphère si spéciale le soir. Nous partons ensuite nous coucher, fatigués par la chaleur écrasante de la journée.
Darshan et culpabilité
Le 13 octobre 2009
Ce matin, j’extrais James bon gré mal gré pour se faire donner le darshan par une Indienne « nouvellement illuminée » et qui vient juste de sortir de sa transe spirituelle. Elle se nomme Sri Siva Shakti, peu de gens la connaissent encore. J’ai entendu parler d’elle par des adeptes d’Amma. Son ashram se trouve à moins de 5 minutes à pied de notre hôtel.
Nous nous présentons donc là-bas quelque temps avant l’heure dite et je suis surprise de voir que seuls une quinzaine d’Occidentaux sont regroupés dans la salle, et pas un seul Indien… Dix minutes plus tard, un petit bout de femme indienne, drapée d’une toge orange, entre sans bruit dans la salle et s’assoit sur sa grande chaise en face de nous, tandis que nous sommes tous assis par terre. Elle reste ainsi un moment, silencieuse, une grande quiétude émanant de son visage. Elle se lève ensuite puis se tient devant chacun d’entre nous à tour de rôle, plongeant son regard dans le nôtre, toujours sans qu’aucune parole ne sorte de sa bouche. Lorsqu’elle arrive devant moi et me regarde intensément, j’avoue sentir mon cœur s’accélérer et un flot d’énergie me traverser, mais mon esprit rationnel s’insurge aussitôt en me disant que c’est la situation qui provoque ça, non cette femme. Elle se tient debout devant tout le monde, alors que nous sommes assis par terre, en position d’infériorité. Elle est accueillie en déesse avec nombre de prosternations de la part des Occidentaux, certains souriant béatement à son approche, d’autres éclatant en sanglots après son darshan… Forcément, l’atmosphère est électrique et cette femme a tous les pouvoirs. Même si je ne mets pas en doute les grandes qualités de cette Indienne, qui apparaît somme toute sereine et emplie de compassion pour la Terre entière, je pense cette fois que les personnes ici présentes créent elles-mêmes leurs ressentis. Enfin, c’est ce que moi je ressens en tout cas…
Quinze minutes plus tard, elle s’en va aussi silencieusement qu’elle est arrivée et tout le monde disparaît petit à petit. James et moi échangeons nos impressions qui sont sensiblement les mêmes puis partons petit-déjeuner, il se fait faim avec tout ça. Nous sortons de table à midi, n’ayant pas vu l’heure passer ! Bon, on va encore être décalé… James souhaite envoyer quelques affaires en Angleterre, nous nous rendons donc à la poste du village qui nous propose d’empaqueter ses vêtements. Il accepte avec joie et nous assistons à un drôle de spectacle d’une femme cousant un linge autour des affaires de James en guise de paquet. Elle met 20 minutes à achever sa tâche à coup de machine à coudre antique alternée avec le maniement d’une grosse aiguille et de fil mais le résultat est là, les affaires de James sont emmaillotées dans le linge cousu à chaque bord, on ne risque pas de l’ouvrir juste pour voir ce qu’il y a dedans ! On serait obligé de tout découdre… Il inscrit son adresse sur le linge à l’aide d’un feutre et voilà le tout envoyé en Angleterre ! J’adore l’Inde, c’est rempli de surprises pour chaque détail de la vie quotidienne.
Nous partons ensuite nous promener un peu dans la ville grouillante de vie, admirant les vaches se faire traire en plein milieu de la rue, alors que les rickshaws essaient de les éviter en klaxonnant. Nos pas nous conduisent, involontairement, de nouveau dans le grand temple que nous avons visité hier. Alors que nous déambulons nonchalamment dans son enceinte, un groupe d’Indiens nous fait de grands signes désespérés pour que nous venions vers eux. Nous nous approchons et j’aperçois une femme blanche d’une cinquantaine d’années se tordre de douleur au milieu de la foule d’Indiens ne sachant que faire. Je me précipite vers elle, essayant de la faire parler pour savoir ce qui se passe. Elle se tient la poitrine, je pense immédiatement à une crise cardiaque. Avec toute la douceur possible, je lui prends la main et lui dis en anglais qu’on va appeler un docteur. Elle secoue énergiquement la tête, elle ne veut pas de médecin. Bon, si elle me comprend et me répond, c’est qu’il ne doit pas s’agir d’une crise cardiaque. Je lui demande d’essayer de respirer doucement en la rassurant sur le fait que je reste auprès d’elle et qu’elle n’est pas toute seule. Cette femme n’a pas l’air en forme, je pense qu’elle se trouve dans la rue depuis un moment, ses dents jaunies, son nez crasseux, ses yeux perdus et des fourmis qui semblent avoir trouvé refuge dans quelques parties de son corps, ne lui donnent pas fraîche allure. Avec tout l’amour possible, je lui caresse le visage doucement en essayant de la rassurer, je pense qu’elle fait plutôt une crise de panique. Elle finit par se calmer petit à petit et ouvre des yeux pleins de gratitude à mon égard. J’apprends qu’elle est Allemande et visiblement perdue en Inde depuis un moment. Quand je lui dis mon prénom, Eve, elle me sourit tendrement en me disant que ça ne l’étonne pas que ce soit la première femme sur terre qui lui soit venue en aide. Sa façon de me regarder comme si j’étais un ange venu du ciel juste pour lui porter secours me touche tout en me mettant mal à l’aise. Elle a l’air d’aller mieux maintenant, je lui demande si elle a besoin de quelque chose puis m’assure que je peux la laisser, sa façon de me dévisager avec amour et reconnaissance éternelle me dérangeant de plus en plus. Je rejoins James resté un peu à l’écart durant la scène pour lui assurer qu’on peut partir, la crise est passée.
Les Indiens me regardent partir avec étonnement en me faisant comprendre que je dois l’emmener avec moi. Je ne vois vraiment pas où je peux l’emmener, elle ne veut voir aucun médecin et ne souhaite pas quitter le temple. Que puis-je faire d’autre ? Je sens leur regard désapprobateur me suivre durant un moment comme si j’abandonnais l’un des miens derrière moi. Un grand sentiment de culpabilité s’immisce doucement en moi durant tout le trajet du retour à l’hôtel. Aurais-je dû la forcer à aller voir un médecin, aurais-je dû l’emmener manger quelque chose quelque part ? J’en parle à James qui essaie de ma rassurer sur le fait que j’ai fait tout ce qu’il fallait et qu’il était fier de moi sur la façon dont j’avais géré la situation. Mais malgré ses paroles de réconfort, mon sentiment de malaise persiste. J’ai une impression d’inachevé, de n’avoir pas fait tout ce que j’aurais pu pour aider cette femme. Nous revenons faire une sieste dans l’hôtel mais mon sentiment de culpabilité ne me lâche pas d’un pouce. N’en pouvant plus, j’explique à James que je dois retourner au temple pour voir si cette Allemande a besoin d’aide. Il ne veut pas me laisser y aller seule alors que la nuit est tombée et décide de m’accompagner.
Une fois arrivés au temple, nous cherchons partout cette femme blanche repérable facilement dans une foule d’Indiens à la peau mate, mais ne la trouvons nulle part. L’atmosphère qui règne dans cet énorme temple est particulière une fois la nuit tombée, presque électrique. Des chants résonnent entre les murs, leur écho retentissant dans l’enceinte du temple aussi bien que dans tout notre corps, nous provoquant d’étranges frissons. J’aime cette sensation, même si mon esprit reste concentré sur le fait de retrouver cette Allemande. Ne la voyant nulle part, nous décidons de rentrer en rickshaw pour voir si elle n’est pas à l’ashram. Mais elle ne s’y trouve pas non plus. Nous restons pour assister à des chants en sanskrit puis allons dîner, James m’assurant qu’il n’y a rien d’autre que je puisse faire. Nous partons nous coucher, j’essaie de me raisonner moi-même sur toute cette histoire.
Ce matin, j’extrais James bon gré mal gré pour se faire donner le darshan par une Indienne « nouvellement illuminée » et qui vient juste de sortir de sa transe spirituelle. Elle se nomme Sri Siva Shakti, peu de gens la connaissent encore. J’ai entendu parler d’elle par des adeptes d’Amma. Son ashram se trouve à moins de 5 minutes à pied de notre hôtel.
Nous nous présentons donc là-bas quelque temps avant l’heure dite et je suis surprise de voir que seuls une quinzaine d’Occidentaux sont regroupés dans la salle, et pas un seul Indien… Dix minutes plus tard, un petit bout de femme indienne, drapée d’une toge orange, entre sans bruit dans la salle et s’assoit sur sa grande chaise en face de nous, tandis que nous sommes tous assis par terre. Elle reste ainsi un moment, silencieuse, une grande quiétude émanant de son visage. Elle se lève ensuite puis se tient devant chacun d’entre nous à tour de rôle, plongeant son regard dans le nôtre, toujours sans qu’aucune parole ne sorte de sa bouche. Lorsqu’elle arrive devant moi et me regarde intensément, j’avoue sentir mon cœur s’accélérer et un flot d’énergie me traverser, mais mon esprit rationnel s’insurge aussitôt en me disant que c’est la situation qui provoque ça, non cette femme. Elle se tient debout devant tout le monde, alors que nous sommes assis par terre, en position d’infériorité. Elle est accueillie en déesse avec nombre de prosternations de la part des Occidentaux, certains souriant béatement à son approche, d’autres éclatant en sanglots après son darshan… Forcément, l’atmosphère est électrique et cette femme a tous les pouvoirs. Même si je ne mets pas en doute les grandes qualités de cette Indienne, qui apparaît somme toute sereine et emplie de compassion pour la Terre entière, je pense cette fois que les personnes ici présentes créent elles-mêmes leurs ressentis. Enfin, c’est ce que moi je ressens en tout cas…
Quinze minutes plus tard, elle s’en va aussi silencieusement qu’elle est arrivée et tout le monde disparaît petit à petit. James et moi échangeons nos impressions qui sont sensiblement les mêmes puis partons petit-déjeuner, il se fait faim avec tout ça. Nous sortons de table à midi, n’ayant pas vu l’heure passer ! Bon, on va encore être décalé… James souhaite envoyer quelques affaires en Angleterre, nous nous rendons donc à la poste du village qui nous propose d’empaqueter ses vêtements. Il accepte avec joie et nous assistons à un drôle de spectacle d’une femme cousant un linge autour des affaires de James en guise de paquet. Elle met 20 minutes à achever sa tâche à coup de machine à coudre antique alternée avec le maniement d’une grosse aiguille et de fil mais le résultat est là, les affaires de James sont emmaillotées dans le linge cousu à chaque bord, on ne risque pas de l’ouvrir juste pour voir ce qu’il y a dedans ! On serait obligé de tout découdre… Il inscrit son adresse sur le linge à l’aide d’un feutre et voilà le tout envoyé en Angleterre ! J’adore l’Inde, c’est rempli de surprises pour chaque détail de la vie quotidienne.
Nous partons ensuite nous promener un peu dans la ville grouillante de vie, admirant les vaches se faire traire en plein milieu de la rue, alors que les rickshaws essaient de les éviter en klaxonnant. Nos pas nous conduisent, involontairement, de nouveau dans le grand temple que nous avons visité hier. Alors que nous déambulons nonchalamment dans son enceinte, un groupe d’Indiens nous fait de grands signes désespérés pour que nous venions vers eux. Nous nous approchons et j’aperçois une femme blanche d’une cinquantaine d’années se tordre de douleur au milieu de la foule d’Indiens ne sachant que faire. Je me précipite vers elle, essayant de la faire parler pour savoir ce qui se passe. Elle se tient la poitrine, je pense immédiatement à une crise cardiaque. Avec toute la douceur possible, je lui prends la main et lui dis en anglais qu’on va appeler un docteur. Elle secoue énergiquement la tête, elle ne veut pas de médecin. Bon, si elle me comprend et me répond, c’est qu’il ne doit pas s’agir d’une crise cardiaque. Je lui demande d’essayer de respirer doucement en la rassurant sur le fait que je reste auprès d’elle et qu’elle n’est pas toute seule. Cette femme n’a pas l’air en forme, je pense qu’elle se trouve dans la rue depuis un moment, ses dents jaunies, son nez crasseux, ses yeux perdus et des fourmis qui semblent avoir trouvé refuge dans quelques parties de son corps, ne lui donnent pas fraîche allure. Avec tout l’amour possible, je lui caresse le visage doucement en essayant de la rassurer, je pense qu’elle fait plutôt une crise de panique. Elle finit par se calmer petit à petit et ouvre des yeux pleins de gratitude à mon égard. J’apprends qu’elle est Allemande et visiblement perdue en Inde depuis un moment. Quand je lui dis mon prénom, Eve, elle me sourit tendrement en me disant que ça ne l’étonne pas que ce soit la première femme sur terre qui lui soit venue en aide. Sa façon de me regarder comme si j’étais un ange venu du ciel juste pour lui porter secours me touche tout en me mettant mal à l’aise. Elle a l’air d’aller mieux maintenant, je lui demande si elle a besoin de quelque chose puis m’assure que je peux la laisser, sa façon de me dévisager avec amour et reconnaissance éternelle me dérangeant de plus en plus. Je rejoins James resté un peu à l’écart durant la scène pour lui assurer qu’on peut partir, la crise est passée.
Les Indiens me regardent partir avec étonnement en me faisant comprendre que je dois l’emmener avec moi. Je ne vois vraiment pas où je peux l’emmener, elle ne veut voir aucun médecin et ne souhaite pas quitter le temple. Que puis-je faire d’autre ? Je sens leur regard désapprobateur me suivre durant un moment comme si j’abandonnais l’un des miens derrière moi. Un grand sentiment de culpabilité s’immisce doucement en moi durant tout le trajet du retour à l’hôtel. Aurais-je dû la forcer à aller voir un médecin, aurais-je dû l’emmener manger quelque chose quelque part ? J’en parle à James qui essaie de ma rassurer sur le fait que j’ai fait tout ce qu’il fallait et qu’il était fier de moi sur la façon dont j’avais géré la situation. Mais malgré ses paroles de réconfort, mon sentiment de malaise persiste. J’ai une impression d’inachevé, de n’avoir pas fait tout ce que j’aurais pu pour aider cette femme. Nous revenons faire une sieste dans l’hôtel mais mon sentiment de culpabilité ne me lâche pas d’un pouce. N’en pouvant plus, j’explique à James que je dois retourner au temple pour voir si cette Allemande a besoin d’aide. Il ne veut pas me laisser y aller seule alors que la nuit est tombée et décide de m’accompagner.
Une fois arrivés au temple, nous cherchons partout cette femme blanche repérable facilement dans une foule d’Indiens à la peau mate, mais ne la trouvons nulle part. L’atmosphère qui règne dans cet énorme temple est particulière une fois la nuit tombée, presque électrique. Des chants résonnent entre les murs, leur écho retentissant dans l’enceinte du temple aussi bien que dans tout notre corps, nous provoquant d’étranges frissons. J’aime cette sensation, même si mon esprit reste concentré sur le fait de retrouver cette Allemande. Ne la voyant nulle part, nous décidons de rentrer en rickshaw pour voir si elle n’est pas à l’ashram. Mais elle ne s’y trouve pas non plus. Nous restons pour assister à des chants en sanskrit puis allons dîner, James m’assurant qu’il n’y a rien d’autre que je puisse faire. Nous partons nous coucher, j’essaie de me raisonner moi-même sur toute cette histoire.
Le tour de la montagne
Le 12 octobre 2009
Nous nous réveillons tranquillement vers les 9h, rien ne presse aujourd’hui. Nous partons déjeuner dans un petit café puis partons pour une grande promenade autour de la montagne sacrée Arunachala. Une route la contourne sur 14 km, nous n’allons certainement pas tout faire à pied mais nous décidons d’aller jusqu’où nos jambes pourront nous porter.
Nous croisons nombre de sadhus (ascètes) en toge orange demandant l’aumône. Ces hommes qui ont décidé d’abandonner tous leurs biens matériels par choix ne vivent que de la charité des pèlerins. Mais il y en a tellement partout ici qu’il est impossible de donner à tout le monde… Je ne sais vraiment pas comment ils font pour vivre. Une multitude de temples et sanctuaires se succèdent le long de cette route sacrée, dans lesquels nombre de singes ont élu domicile. C’est agréable de pouvoir prendre le temps de se promener à pied, de pouvoir s’arrêter où on le souhaite. D’autant plus que cette route est plutôt calme, mis à part les sadhus qui nous arrêtent tous les 100m pour nous demander de l’argent. Et je suis contente d’être en compagnie de James, être deux est plus facile et plus rassurant dans certains cas. Je ne serais jamais partie seule le long de cette route et j’aurais manqué quelque chose.
Nous marchons durant plus de 3 heures ainsi sous un soleil de plomb mais nous ne nous ennuyons pas un instant, ayant toujours quelques surprises à admirer, des temples à visiter, des animaux à photographier, des scènes de vie à apprécier. Mais il est 14h passées et nous n’avons toujours pas mangé. Je m’achète quelques bananes que j’engloutis avidement en attendant un repas plus consistant. Nous sommes fatigués, nous décidons de demander à un rickshaw de nous amener au temple principal de la ville. Il nous y conduit en moins de 10 minutes (c’est tellement plus rapide qu’à pied, c’est déconcertant), la campagne calme et tranquille faisant vite place à la ville bondée et tonitruante qui ressemble plus à l’Inde que nous connaissons.
Il nous largue devant le temple d’Arunachaleswar, immense par sa superficie et bondé de monde. Nous sommes les seuls touristes à arpenter les lieux, autant dire que nous ne passons pas inaperçus. Toutefois, malgré les regards curieux, peu de monde vient à notre rencontre, que ce soit pour nous vendre quelque chose, nous demander de l’argent ou simplement exercer leur anglais. Ca change ! Nous déambulons ensuite dans la ville avec un plaisir sans nom pour ma part, retrouvant avec joie ce bazar indien, propre aux villes surpeuplées, que je n’avais pas eu la chance de voir depuis mon premier séjour il y a 4 ans en Inde du Nord. Ici tout le monde se marche dessus, les rickshaws, vélos et motos essayant de se frayer un passage parmi les piétons, les marchands ambulants et les touristes comme nous. Le nez en l’air, voulant tout embrasser d’un seul regard, je ne fais plus attention à la route et James est obligé de me tirer par le bras plus d’une fois pour m’éviter une collision avec un rickshaw ou un autre véhicule à moteur. Moi qui détestais tant cette impression d’oppression il y a 4 ans, entourée de cette foule qui me bouscule et avec ce sentiment d’être prise au piège, j’exulte de joie aujourd’hui ! Et je ne sais absolument pas pour quelle raison… Tout ça me paraît si exotique et en même temps familier. Je tire James par la main pour continuer dans de petites rues, achetant des gâteaux par ci, des bananes par là, mitraillant de photos des scènes de vie tout en les gravant dans ma mémoire par la même occasion. Je suis comme une petite fille qu’on amène à Disneyland !
Je finis par accepter la requête de mon ami qui souhaite rentrer, c’est assez pour lui. Nous prenons le chemin du retour et nous nous arrêtons dans un petit restaurant pour engouffrer un énorme plat de spaghettis. Faire notre dîner à 16h, ce n’est pas banal ! James part ensuite se reposer tandis que je pars méditer un peu à l’ashram. Le soir, nous nous forçons à aller souper, même si notre appétit n’y est pas, nous sortons à peine de table. Nous partageons un plat à deux à la belle étoile, tout en nous racontant nos vies. Il se dévoile beaucoup à moi sur son passé et sur ses inquiétudes et peurs durant ce voyage qu’il entreprend seul durant une année. Ca me touche qu’il se confie à moi, le cœur ouvert de cette façon. Il me plaît beaucoup cet homme-là, son sourire me fait craquer, ainsi que ses yeux bleus honnêtes et sincères ouverts sur la vie. Je me demande quand est-ce qu’il va se décider à m’embrasser… Mais le fait qu’il prenne son temps avec moi le rend encore plus touchant ! Ou bien peut-être que je ne lui plais tout simplement pas. De toute façon, une partie de moi ne souhaite pas commencer une romance pour si peu de jours… Je ne suis pas là pour ça de toute façon. Nous rentrons ensuite nous coucher, exténués par notre bonne journée.
Nous nous réveillons tranquillement vers les 9h, rien ne presse aujourd’hui. Nous partons déjeuner dans un petit café puis partons pour une grande promenade autour de la montagne sacrée Arunachala. Une route la contourne sur 14 km, nous n’allons certainement pas tout faire à pied mais nous décidons d’aller jusqu’où nos jambes pourront nous porter.
Nous croisons nombre de sadhus (ascètes) en toge orange demandant l’aumône. Ces hommes qui ont décidé d’abandonner tous leurs biens matériels par choix ne vivent que de la charité des pèlerins. Mais il y en a tellement partout ici qu’il est impossible de donner à tout le monde… Je ne sais vraiment pas comment ils font pour vivre. Une multitude de temples et sanctuaires se succèdent le long de cette route sacrée, dans lesquels nombre de singes ont élu domicile. C’est agréable de pouvoir prendre le temps de se promener à pied, de pouvoir s’arrêter où on le souhaite. D’autant plus que cette route est plutôt calme, mis à part les sadhus qui nous arrêtent tous les 100m pour nous demander de l’argent. Et je suis contente d’être en compagnie de James, être deux est plus facile et plus rassurant dans certains cas. Je ne serais jamais partie seule le long de cette route et j’aurais manqué quelque chose.
Nous marchons durant plus de 3 heures ainsi sous un soleil de plomb mais nous ne nous ennuyons pas un instant, ayant toujours quelques surprises à admirer, des temples à visiter, des animaux à photographier, des scènes de vie à apprécier. Mais il est 14h passées et nous n’avons toujours pas mangé. Je m’achète quelques bananes que j’engloutis avidement en attendant un repas plus consistant. Nous sommes fatigués, nous décidons de demander à un rickshaw de nous amener au temple principal de la ville. Il nous y conduit en moins de 10 minutes (c’est tellement plus rapide qu’à pied, c’est déconcertant), la campagne calme et tranquille faisant vite place à la ville bondée et tonitruante qui ressemble plus à l’Inde que nous connaissons.
Il nous largue devant le temple d’Arunachaleswar, immense par sa superficie et bondé de monde. Nous sommes les seuls touristes à arpenter les lieux, autant dire que nous ne passons pas inaperçus. Toutefois, malgré les regards curieux, peu de monde vient à notre rencontre, que ce soit pour nous vendre quelque chose, nous demander de l’argent ou simplement exercer leur anglais. Ca change ! Nous déambulons ensuite dans la ville avec un plaisir sans nom pour ma part, retrouvant avec joie ce bazar indien, propre aux villes surpeuplées, que je n’avais pas eu la chance de voir depuis mon premier séjour il y a 4 ans en Inde du Nord. Ici tout le monde se marche dessus, les rickshaws, vélos et motos essayant de se frayer un passage parmi les piétons, les marchands ambulants et les touristes comme nous. Le nez en l’air, voulant tout embrasser d’un seul regard, je ne fais plus attention à la route et James est obligé de me tirer par le bras plus d’une fois pour m’éviter une collision avec un rickshaw ou un autre véhicule à moteur. Moi qui détestais tant cette impression d’oppression il y a 4 ans, entourée de cette foule qui me bouscule et avec ce sentiment d’être prise au piège, j’exulte de joie aujourd’hui ! Et je ne sais absolument pas pour quelle raison… Tout ça me paraît si exotique et en même temps familier. Je tire James par la main pour continuer dans de petites rues, achetant des gâteaux par ci, des bananes par là, mitraillant de photos des scènes de vie tout en les gravant dans ma mémoire par la même occasion. Je suis comme une petite fille qu’on amène à Disneyland !
Je finis par accepter la requête de mon ami qui souhaite rentrer, c’est assez pour lui. Nous prenons le chemin du retour et nous nous arrêtons dans un petit restaurant pour engouffrer un énorme plat de spaghettis. Faire notre dîner à 16h, ce n’est pas banal ! James part ensuite se reposer tandis que je pars méditer un peu à l’ashram. Le soir, nous nous forçons à aller souper, même si notre appétit n’y est pas, nous sortons à peine de table. Nous partageons un plat à deux à la belle étoile, tout en nous racontant nos vies. Il se dévoile beaucoup à moi sur son passé et sur ses inquiétudes et peurs durant ce voyage qu’il entreprend seul durant une année. Ca me touche qu’il se confie à moi, le cœur ouvert de cette façon. Il me plaît beaucoup cet homme-là, son sourire me fait craquer, ainsi que ses yeux bleus honnêtes et sincères ouverts sur la vie. Je me demande quand est-ce qu’il va se décider à m’embrasser… Mais le fait qu’il prenne son temps avec moi le rend encore plus touchant ! Ou bien peut-être que je ne lui plais tout simplement pas. De toute façon, une partie de moi ne souhaite pas commencer une romance pour si peu de jours… Je ne suis pas là pour ça de toute façon. Nous rentrons ensuite nous coucher, exténués par notre bonne journée.
Tiruvannamalai et son ashram
Le 11 octobre 2009
Nous avons donné rendez-vous à Florent dans une boulangerie française pour petit-déjeuner, nous le retrouvons là-bas à heure dite et dégustons avec bonheur un délicieux pain au chocolat accompagné d’un bon café et d’un jus de fruits frais. Nous faisons nos provisions de sandwiches préparés dans de bonnes baguettes françaises pour ce midi, puis quittons Florent, il est temps pour nous de partir.
Un coup de rickshaw plus tard, nous voici à la gare routière. Deux minutes après, nous sommes entraînés dans le bus qui part immédiatement pour notre destination et qui démarre aussitôt après notre montée. Pour une fois, c’est du rapide ! Nous nous serrons sur un petit banc, notre grande taille à James et à moi ne jouant pas en notre faveur pour notre confort. Mais James réussit tout de même à s’endormir alors que je me distrais en regardant le paysage ou le film à la télévision qui mélange cette fois amour, danse et transsexualité à ma plus grande surprise !! Ils sont vraiment étranges ces Indiens… Si conservateurs dans leur vie quotidienne et pourtant sortant des films avec des transsexuels dans un bus public ! Je ne cherche plus à comprendre ce pays, et c’est ce qui fait sa beauté aussi !
Trois heures plus tard, nous voici arrivés à Tiruvannamalai où un rickshaw nous conduit jusqu’à l’ashram qui, je l’espère, possède des chambres libres. Malheureusement, à notre arrivée, on nous apprend qu’il n’y a plus de place pour nous. C’est dommage, James aurait bien aimé essayer l’expérience de vivre dans un ashram pour quelques jours. Je les soupçonne d’avoir des chambres libres mais de ne pas vouloir nous les donner sous prétexte que nous n’avons pas réservé à l’avance, ou bien les tatouages de mon ami les refroidissent un peu… C’est vrai qu’il ne colle pas vraiment avec l’image qu’on se fait d’un dévot, mais n’apprend-on pas dans les enseignements spirituels à ne pas juger les gens sur leur apparence ?
Nous voici donc à la recherche d’une guest house, le choix ne manquant pas tout autour, mais nous ne voulons pas prendre n’importe quoi. Nous avons quelques adresses mais les Indiens nous font tourner en bourrique en nous indiquant des directions contradictoires à chaque questionnement. Après un bon moment d’arpentage de rues en tous sens, nous finissons par trouver une jolie guest house non loin de l’ashram. Ouf ! Nous nous posons et James préfère continuer sa sieste tandis que je vais voir ce qui se passe à l’ashram.
Tout le monde se retrouve dans un grand hall où des photos du guru Ramana Maharshi mort en 1950 au terme de 50 ans de vie contemplative dans une grotte recouvrent les murs. De jeunes enfants vêtus d’une toge blanche psalmodient ensemble des chants sacrés, ce qui crée une drôle d’atmosphère. Je me laisse encore une fois absorber par l’énergie qui y règne, étant comme hypnotisée par ces chants purs et simples semblant sortir de la bouche de petits anges. Je reste toutefois dubitative sur les fidèles qui effectuent de grands cercles autour de l’autel en marchant plus ou moins vite. Ils tournent ainsi durant des heures, tête baissée, les yeux dans le vague, perdus dans leur monde intérieur, comme des poissons rouges dans leur bocal.
J’assiste ensuite à la puja (offrandes aux divinités) qui s’exécute dans un amoncellement de fleurs diverses puis je pars méditer dans la salle réservée à cet usage. J’assiste pour finir à des chants en sanskrit donnés par des adultes cette fois, les hommes d’un côté et les femmes de l’autre comme toujours, puis je finis par réussir à m’extirper tant bien que mal de cette force qui aimante et qui veut me retenir ici, pour aller rejoindre James à la chambre. Je le trouve toujours endormi. Qu’est-ce qu’il dort, cet homme-là !
Nous partons dîner dans un petit restaurant végétarien, accompagnés par de petites chauves-souris (il y en a même une qui rencontre malencontreusement le ventilateur en marche et se fait mutiler au passage…) puis nous déambulons dans la rue principale à la recherche d’un quelconque endroit pour prendre un dernier verre, mais il n’y a rien de tel dans le coin. Tant pis, nous rentrons sagement nous coucher !
Nous avons donné rendez-vous à Florent dans une boulangerie française pour petit-déjeuner, nous le retrouvons là-bas à heure dite et dégustons avec bonheur un délicieux pain au chocolat accompagné d’un bon café et d’un jus de fruits frais. Nous faisons nos provisions de sandwiches préparés dans de bonnes baguettes françaises pour ce midi, puis quittons Florent, il est temps pour nous de partir.
Un coup de rickshaw plus tard, nous voici à la gare routière. Deux minutes après, nous sommes entraînés dans le bus qui part immédiatement pour notre destination et qui démarre aussitôt après notre montée. Pour une fois, c’est du rapide ! Nous nous serrons sur un petit banc, notre grande taille à James et à moi ne jouant pas en notre faveur pour notre confort. Mais James réussit tout de même à s’endormir alors que je me distrais en regardant le paysage ou le film à la télévision qui mélange cette fois amour, danse et transsexualité à ma plus grande surprise !! Ils sont vraiment étranges ces Indiens… Si conservateurs dans leur vie quotidienne et pourtant sortant des films avec des transsexuels dans un bus public ! Je ne cherche plus à comprendre ce pays, et c’est ce qui fait sa beauté aussi !
Trois heures plus tard, nous voici arrivés à Tiruvannamalai où un rickshaw nous conduit jusqu’à l’ashram qui, je l’espère, possède des chambres libres. Malheureusement, à notre arrivée, on nous apprend qu’il n’y a plus de place pour nous. C’est dommage, James aurait bien aimé essayer l’expérience de vivre dans un ashram pour quelques jours. Je les soupçonne d’avoir des chambres libres mais de ne pas vouloir nous les donner sous prétexte que nous n’avons pas réservé à l’avance, ou bien les tatouages de mon ami les refroidissent un peu… C’est vrai qu’il ne colle pas vraiment avec l’image qu’on se fait d’un dévot, mais n’apprend-on pas dans les enseignements spirituels à ne pas juger les gens sur leur apparence ?
Nous voici donc à la recherche d’une guest house, le choix ne manquant pas tout autour, mais nous ne voulons pas prendre n’importe quoi. Nous avons quelques adresses mais les Indiens nous font tourner en bourrique en nous indiquant des directions contradictoires à chaque questionnement. Après un bon moment d’arpentage de rues en tous sens, nous finissons par trouver une jolie guest house non loin de l’ashram. Ouf ! Nous nous posons et James préfère continuer sa sieste tandis que je vais voir ce qui se passe à l’ashram.
Tout le monde se retrouve dans un grand hall où des photos du guru Ramana Maharshi mort en 1950 au terme de 50 ans de vie contemplative dans une grotte recouvrent les murs. De jeunes enfants vêtus d’une toge blanche psalmodient ensemble des chants sacrés, ce qui crée une drôle d’atmosphère. Je me laisse encore une fois absorber par l’énergie qui y règne, étant comme hypnotisée par ces chants purs et simples semblant sortir de la bouche de petits anges. Je reste toutefois dubitative sur les fidèles qui effectuent de grands cercles autour de l’autel en marchant plus ou moins vite. Ils tournent ainsi durant des heures, tête baissée, les yeux dans le vague, perdus dans leur monde intérieur, comme des poissons rouges dans leur bocal.
J’assiste ensuite à la puja (offrandes aux divinités) qui s’exécute dans un amoncellement de fleurs diverses puis je pars méditer dans la salle réservée à cet usage. J’assiste pour finir à des chants en sanskrit donnés par des adultes cette fois, les hommes d’un côté et les femmes de l’autre comme toujours, puis je finis par réussir à m’extirper tant bien que mal de cette force qui aimante et qui veut me retenir ici, pour aller rejoindre James à la chambre. Je le trouve toujours endormi. Qu’est-ce qu’il dort, cet homme-là !
Nous partons dîner dans un petit restaurant végétarien, accompagnés par de petites chauves-souris (il y en a même une qui rencontre malencontreusement le ventilateur en marche et se fait mutiler au passage…) puis nous déambulons dans la rue principale à la recherche d’un quelconque endroit pour prendre un dernier verre, mais il n’y a rien de tel dans le coin. Tant pis, nous rentrons sagement nous coucher !
Retour à Pondichéry
Le 10 octobre 2009
Cette fois, je me réveille à temps pour aller méditer au Matrimandir. J’y vais seule, James préférant dormir ce matin. Comme c’est ma deuxième fois, j’ai droit à 50 minutes de méditation et non à 15 comme hier ! Youhou… Après le même cérémonial que la veille, je pénètre la première dans cette grande salle de marbre blanc un peu austère et mystique mais remplie d’énergie. Le soleil est au rendez-vous ce matin et projette ses rayons lumineux à travers cette énorme boule de cristal, ce qui a un effet totalement hypnotisant pour moi. J’aperçois même les nuages se refléter dans le globe, j’ai l’impression d’admirer notre planète Terre à petite échelle… C’est magnifique ! Encore une fois, ma méditation est intense et profonde, je me perds dans ma dimension intérieure, perdant la notion du temps qui passe. Je ressors un peu hagarde mais en éprouvant un grand sentiment de plénitude et je rejoins James à la guest house pour préparer notre départ et retour à Pondichéry.
Un peu de marche jusqu’à l’office du tourisme et une demi-heure de rickshaw plus tard, nous voici revenus à Pondichéry dans une guest house simple mais propre, découverte par James lors de sa dernière venue ici. Nous nous installons dans la chambre puis tombons nez à nez avec un Maghrébin singapourien plutôt bavard qui nous saute dessus littéralement et se joint à nous sans vraiment nous demander notre avis. Sa volubilité me refroidit d’abord un peu mais il s’avère en fait être un compagnon fort sympathique et vraiment drôle. Nous nous amusons ensemble du trio peu conventionnel que nous formons: un Maghrébin venant de Singapour et ressemblant à un Sikh avec son turban dans les cheveux et sa longue barbe noire, un Anglais habitant au Pays de Galles portant fièrement un chapeau de cowboy en tout temps et arborant un immense tatouage en forme de phénix sur le bras, qui ne passe pas inaperçu auprès des Indiens, et une Française habitant au Canada et déambulant fièrement entre ses deux compagnons !
Nous partons déjeuner dans un petit restaurant où nous resterons une bonne partie de l’après-midi, n’ayant rien de spécial à faire dans cette ville à part flemmarder dans des cafés. Nous repasserons ensuite dans la rue où se trouve le fameux éléphant sacré de la dernière fois pour que James puisse voir en vrai son premier éléphant. 3000 photos plus tard, nous rentrons à l’hôtel nous reposer un peu. Le soir venu, nous ressortons, James et moi, faire une promenade sur le bord de mer. De beaux feux d’artifice illuminent le ciel et de la musique se fait entendre un peu partout. Pour une raison qui nous échappe, ça a l’air d’être jour de fête aujourd’hui. Nous nous arrêtons pour écouter un groupe de musiciens dans un bar mais ils jouent individuellement, en désaccord rythmique avec les autres instruments, ce qui donne un résultat étrange… A la mode indienne, quoi ! Pas d’organisation, mais ça fonctionne quand même…
Nous partons ensuite dans le restaurant français qui sert d’excellents morceaux de bœuf à manger, nous rêvons de viande tous les deux. Nous y retrouvons Jean-Noël par hasard, qui se trouve avec un autre Français que je n’aime pas beaucoup. Nous ne resterons pas avec eux du coup. Par chance encore une fois, Florent débarque dans le restaurant et se joint à nous pour le reste de la soirée, à notre plus grand plaisir. Pondichéry est vraiment une petite ville, nous croisons sans cesse les mêmes personnes ! J’aurais du mal à vivre ici, la communauté française ayant l’air de trop cancaner les uns sur les autres. James trouve ça étrange d’être en Inde entouré de Français et je peux le comprendre. Une autre bizarrerie de ce pays où il faut sans cesse attendre l’inattendu !
Nous finissons la soirée dans un autre bar à boire des mojitos tous les trois puis nous rentrons nous coucher vers 1h du matin. Ouh, c’est tard pour moi, ça !
Cette fois, je me réveille à temps pour aller méditer au Matrimandir. J’y vais seule, James préférant dormir ce matin. Comme c’est ma deuxième fois, j’ai droit à 50 minutes de méditation et non à 15 comme hier ! Youhou… Après le même cérémonial que la veille, je pénètre la première dans cette grande salle de marbre blanc un peu austère et mystique mais remplie d’énergie. Le soleil est au rendez-vous ce matin et projette ses rayons lumineux à travers cette énorme boule de cristal, ce qui a un effet totalement hypnotisant pour moi. J’aperçois même les nuages se refléter dans le globe, j’ai l’impression d’admirer notre planète Terre à petite échelle… C’est magnifique ! Encore une fois, ma méditation est intense et profonde, je me perds dans ma dimension intérieure, perdant la notion du temps qui passe. Je ressors un peu hagarde mais en éprouvant un grand sentiment de plénitude et je rejoins James à la guest house pour préparer notre départ et retour à Pondichéry.
Un peu de marche jusqu’à l’office du tourisme et une demi-heure de rickshaw plus tard, nous voici revenus à Pondichéry dans une guest house simple mais propre, découverte par James lors de sa dernière venue ici. Nous nous installons dans la chambre puis tombons nez à nez avec un Maghrébin singapourien plutôt bavard qui nous saute dessus littéralement et se joint à nous sans vraiment nous demander notre avis. Sa volubilité me refroidit d’abord un peu mais il s’avère en fait être un compagnon fort sympathique et vraiment drôle. Nous nous amusons ensemble du trio peu conventionnel que nous formons: un Maghrébin venant de Singapour et ressemblant à un Sikh avec son turban dans les cheveux et sa longue barbe noire, un Anglais habitant au Pays de Galles portant fièrement un chapeau de cowboy en tout temps et arborant un immense tatouage en forme de phénix sur le bras, qui ne passe pas inaperçu auprès des Indiens, et une Française habitant au Canada et déambulant fièrement entre ses deux compagnons !
Nous partons déjeuner dans un petit restaurant où nous resterons une bonne partie de l’après-midi, n’ayant rien de spécial à faire dans cette ville à part flemmarder dans des cafés. Nous repasserons ensuite dans la rue où se trouve le fameux éléphant sacré de la dernière fois pour que James puisse voir en vrai son premier éléphant. 3000 photos plus tard, nous rentrons à l’hôtel nous reposer un peu. Le soir venu, nous ressortons, James et moi, faire une promenade sur le bord de mer. De beaux feux d’artifice illuminent le ciel et de la musique se fait entendre un peu partout. Pour une raison qui nous échappe, ça a l’air d’être jour de fête aujourd’hui. Nous nous arrêtons pour écouter un groupe de musiciens dans un bar mais ils jouent individuellement, en désaccord rythmique avec les autres instruments, ce qui donne un résultat étrange… A la mode indienne, quoi ! Pas d’organisation, mais ça fonctionne quand même…
Nous partons ensuite dans le restaurant français qui sert d’excellents morceaux de bœuf à manger, nous rêvons de viande tous les deux. Nous y retrouvons Jean-Noël par hasard, qui se trouve avec un autre Français que je n’aime pas beaucoup. Nous ne resterons pas avec eux du coup. Par chance encore une fois, Florent débarque dans le restaurant et se joint à nous pour le reste de la soirée, à notre plus grand plaisir. Pondichéry est vraiment une petite ville, nous croisons sans cesse les mêmes personnes ! J’aurais du mal à vivre ici, la communauté française ayant l’air de trop cancaner les uns sur les autres. James trouve ça étrange d’être en Inde entouré de Français et je peux le comprendre. Une autre bizarrerie de ce pays où il faut sans cesse attendre l’inattendu !
Nous finissons la soirée dans un autre bar à boire des mojitos tous les trois puis nous rentrons nous coucher vers 1h du matin. Ouh, c’est tard pour moi, ça !
Le Matrimandir
Le 9 octobre 2009
Moi qui comptais sur le réveil de James pour me réveiller, c’est plutôt raté vu qu’il n’a pas sonné à l’heure convenue pour une raison inconnue. Nous avons rendez-vous à 9h 45 devant le Matrimandir pour notre méditation et je me réveille comme une fleur à 9h 30, réalisant petit à petit avec effroi que nous sommes extrêmement en retard. Je réveille James un peu brutalement, nous avons 5 minutes pour nous préparer. Le petit déjeuner est de toute façon terminé, nous partirons méditer le ventre vide. Il paraît que c’est plus efficace comme ça !
Nous enfourchons nos vélos et pédalons à toute allure, dans un demi-sommeil encore, en direction de la grosse sphère futuriste. Nous arrivons juste à l’heure dite, transpirant comme des veaux. Sympa le réveil ! En plus, ils nous font poireauter 20 minutes dehors alors qu’il pleut. C’était bien la peine de se dépêcher… Enfin, nous avons la permission de nous diriger vers le Matrimandir, en rang et en silence. C’est très procédural tout ça ! On dirait qu’on va pénétrer dans quelque endroit secret, gardé jalousement par de fidèles gardiens soucieux de protéger leur trésor… C’est étrange ! On arrive en-dessous de la boule où trône une petite boule de cristal autour d’une petite fontaine en forme de pétales, le tout fait de marbre blanc. La pureté du lieu me fascine, une quiétude entourant ce lieu anachronique. L’énergie y est intense, je peux le sentir et c’est vraiment agréable.
Après une brève explication du gardien sur la construction et le but de cet endroit appelé par La Mère l’âme d’Auroville, nous pénétrons enfin dans la grande sphère dorée. A l’intérieur, on nous demande d’enfiler des chaussettes blanches pour ne pas salir les lieux (nos chaussures étant laissées à l’entrée) puis nous avançons dans un grand couloir grimpant en colimaçon jusqu’au centre de Matrimandir. Les murs, le sol, les piliers sont tous de marbre blanc donnant un aspect dénudé, moderne et irréaliste à cette énorme pièce. Je ne m’imaginais pas autrement l’intérieur d’un vaisseau extraterrestre !
Enfin, nous passons une porte et entrons dans une grande salle blanche au plafond immense, dix grosses colonnes soutenant la voûte dans laquelle se trouve un petit miroir qui permet de capter les rayons du soleil qui sont projetés sur le sol et passent à travers… une énorme boule cristal d’environ 70 cm de diamètre (la plus grosse au monde !). Je m’assois juste devant la boule de cristal, pouvant admirer ceux qui méditent se refléter à l’envers dans le verre. Ce cristal est d’une pureté et d’une beauté jamais inégalées. Je reste subjuguée par son attraction si intense. Un silence majestueux règne dans cette pièce propice à la méditation et je me laisse embarquer par l’énergie du lieu, sombrant rapidement dans un autre monde. Mais nous n’avons droit qu’à 15 petites minutes aujourd’hui, c’est bien trop court à mon goût… Les lumières se rallument, nous devons déjà partir. Je ne sais quoi penser de ce lieu… Il est sans aucun doute puissant et j’aime sa philosophie qui se veut dénuée de toute religion, d’où la nudité totale du lieu et l’interdiction (destinée principalement aux Indiens) de se prosterner ou d’effectuer quelque prière que ce soit dans la salle de méditation. Mais j’ai comme un sentiment de malaise qui ne me quitte pas, comme si le but premier de ce lieu, qui était ouvert à tous sur demande, est à présent jalousement gardé par quelques adeptes qui ne veulent pas trop le partager. Et vraiment, je ne comprends pas qu’un lieu aussi beau et futuriste qui a dû coûter des millions ait pu être construit au milieu de l’Inde, dans un village européen. Je trouve ça indécent pour le reste de la population indienne qui n’a même pas un toit pour se loger. C’est sans parler du coût de l’énorme cristal ! Mais ça n’en reste pas moins une place intéressante, même si très surprenante…
Toujours autant affamés, nous nous arrêtons au café du coin pour déguster de bonnes viennoiseries, tout en échangeant nos impressions sur le Matrimandir. Nous rejoignons ensuite Jean-Noël à la guest house pour déjeuner. Jean-Noël décide de repartir à Pondichéry cet après-midi, il s’ennuie trop ici… James et moi resterons jusqu’à demain. Je pensais au départ rester plus longtemps ici et m’investir dans un travail de bénévolat mais comme ils n’ont pas vraiment l’air de courir après nous, ça nous a un peu découragés, James et moi. Tant pis pour eux !
Je décide de passer voir mon amie Claudine cet après-midi (celle que j’ai rencontrée au Bodhi Zendo) pour prendre des nouvelles de son fils malade. James accepte de m’accompagner dans mon périple pour retrouver une personne dans une ville qui ne possède aucune indication nulle part… Nous partons sur notre petit vélo à la recherche de la petite communauté de Minati, là où habite mon amie. Je n’ai pas de numéro ni de nom de rue, juste ce nom de commune, lui aussi aux consonances futuristes… Espérons que nous réussirons à la trouver ! A chaque bifurcation de chemin, nous sommes obligés de demander à un passant notre direction, c’est un peu pénible surtout qu’il y a des croisements de routes tous les 50 mètres. Ca ne leur coûtait pas grand-chose d’installer des panneaux indicatifs quand même !
Après de multiples détours et demi-tours, nous arrivons enfin devant une barrière où une petite pancarte indique timidement « Minati ». Nous passons cette barrière avec l’impression de violer un espace privé. Nous sommes toujours en pleine forêt avec un petit chemin de terre rouge que nous suivons, un peu sceptiques sur notre espoir de trouver Claudine quelque part. Il n’y a pas l’air d’avoir âme qui vive dans les environs… Enfin, nous tombons sur une petite maison parmi les arbres, puis une deuxième mais qui ont l’air aussi désertes l’une que l’autre. Non, ça a l’air de bouger dans l’une d’entre elles... Et je vois avec plaisir mon amie Claudine ouvrir la porte et me sourire tristement. Ravie de la voir mais inquiète par sa physionomie fatiguée et lasse, je m’enquiers aussitôt de la santé de son fils qui, comme je l’avais deviné à son visage, n’est pas bonne du tout. Après une grave infection, il a souffert d’une sérieuse déshydratation, ce qui lui cause d’importants dommages physiques et psychologiques. Sa mère est évidemment dévorée par l’inquiétude. Nous la trouvons par chance chez elle aujourd’hui, elle est rentrée se reposer pour prendre des forces, vu qu’elle passe tout son temps auprès de son fils depuis son retour du centre zen. Je comprends qu’il n’est pas question de la déranger trop longtemps.
Elle nous fait tout de même entrer chez elle, dans une superbe bâtisse simple mais élégante, en plein milieu de la forêt où s’ébattent gaiement oiseaux, grenouilles, écureuils et furets. Elle nous montre ses peintures qui sont vraiment superbes, c’est une véritable artiste ! Elle nous accueille à bras ouverts alors qu’elle n’est pas dans une bonne passe de sa vie, je suis touchée par son hospitalité. Nous discutons ensemble de voyages, elle a passé 13 ans sur un voilier avec son mari puis son fils une fois né. Ouah… Je suis plus qu’impressionnée ! Elle nous raconte que de vivre sur un bateau et spécialement un voilier permet d’apprendre à apprécier le temps qui passe sans être pressé ni impatient. S’il n’y a pas de vent, le bateau n’avance pas, c’est aussi simple que cela. James et Claudine s’entendent tout de suite bien tous les deux, j’en suis contente. Nous n’abusons pas trop de son temps de repos et la quittons une heure après, je suis ravie de l’avoir revue, même pour si peu de temps. Et ça lui a visiblement fait du bien de voir du monde et de se changer un peu les idées. C’est une femme forte et qui arrive à garder une certaine sérénité, même avec les épreuves qu’elle subit en ce moment. Quelle femme admirable ! Je souhaite de tout cœur que son fils se rétablisse au plus tôt.
Nous revenons à la guest house en 10 minutes (c’est plus rapide quand on ne se perd pas) et nous nous reposons un peu en attendant le dîner. Je vois avec surprise débarquer Bobby, le Pakistanais londonien que j’avais rencontré chez Amma ! Décidément, le monde est petit ! Je le présente, lui et sa compagne Catharina, à James et nous passerons la soirée à discuter ensemble sur la spiritualité, Amma, etc…En fait, disons que ce sont plutôt eux qui parlent et moi qui écoute. Leur niveau d’anglais étant trop haut pour moi, je n’arrive pas à les couper pour prendre la parole quand je le souhaite. Au moins je les comprends, c’est déjà ça ! Nous allons ensuite nous coucher sans trop tarder.
Moi qui comptais sur le réveil de James pour me réveiller, c’est plutôt raté vu qu’il n’a pas sonné à l’heure convenue pour une raison inconnue. Nous avons rendez-vous à 9h 45 devant le Matrimandir pour notre méditation et je me réveille comme une fleur à 9h 30, réalisant petit à petit avec effroi que nous sommes extrêmement en retard. Je réveille James un peu brutalement, nous avons 5 minutes pour nous préparer. Le petit déjeuner est de toute façon terminé, nous partirons méditer le ventre vide. Il paraît que c’est plus efficace comme ça !
Nous enfourchons nos vélos et pédalons à toute allure, dans un demi-sommeil encore, en direction de la grosse sphère futuriste. Nous arrivons juste à l’heure dite, transpirant comme des veaux. Sympa le réveil ! En plus, ils nous font poireauter 20 minutes dehors alors qu’il pleut. C’était bien la peine de se dépêcher… Enfin, nous avons la permission de nous diriger vers le Matrimandir, en rang et en silence. C’est très procédural tout ça ! On dirait qu’on va pénétrer dans quelque endroit secret, gardé jalousement par de fidèles gardiens soucieux de protéger leur trésor… C’est étrange ! On arrive en-dessous de la boule où trône une petite boule de cristal autour d’une petite fontaine en forme de pétales, le tout fait de marbre blanc. La pureté du lieu me fascine, une quiétude entourant ce lieu anachronique. L’énergie y est intense, je peux le sentir et c’est vraiment agréable.
Après une brève explication du gardien sur la construction et le but de cet endroit appelé par La Mère l’âme d’Auroville, nous pénétrons enfin dans la grande sphère dorée. A l’intérieur, on nous demande d’enfiler des chaussettes blanches pour ne pas salir les lieux (nos chaussures étant laissées à l’entrée) puis nous avançons dans un grand couloir grimpant en colimaçon jusqu’au centre de Matrimandir. Les murs, le sol, les piliers sont tous de marbre blanc donnant un aspect dénudé, moderne et irréaliste à cette énorme pièce. Je ne m’imaginais pas autrement l’intérieur d’un vaisseau extraterrestre !
Enfin, nous passons une porte et entrons dans une grande salle blanche au plafond immense, dix grosses colonnes soutenant la voûte dans laquelle se trouve un petit miroir qui permet de capter les rayons du soleil qui sont projetés sur le sol et passent à travers… une énorme boule cristal d’environ 70 cm de diamètre (la plus grosse au monde !). Je m’assois juste devant la boule de cristal, pouvant admirer ceux qui méditent se refléter à l’envers dans le verre. Ce cristal est d’une pureté et d’une beauté jamais inégalées. Je reste subjuguée par son attraction si intense. Un silence majestueux règne dans cette pièce propice à la méditation et je me laisse embarquer par l’énergie du lieu, sombrant rapidement dans un autre monde. Mais nous n’avons droit qu’à 15 petites minutes aujourd’hui, c’est bien trop court à mon goût… Les lumières se rallument, nous devons déjà partir. Je ne sais quoi penser de ce lieu… Il est sans aucun doute puissant et j’aime sa philosophie qui se veut dénuée de toute religion, d’où la nudité totale du lieu et l’interdiction (destinée principalement aux Indiens) de se prosterner ou d’effectuer quelque prière que ce soit dans la salle de méditation. Mais j’ai comme un sentiment de malaise qui ne me quitte pas, comme si le but premier de ce lieu, qui était ouvert à tous sur demande, est à présent jalousement gardé par quelques adeptes qui ne veulent pas trop le partager. Et vraiment, je ne comprends pas qu’un lieu aussi beau et futuriste qui a dû coûter des millions ait pu être construit au milieu de l’Inde, dans un village européen. Je trouve ça indécent pour le reste de la population indienne qui n’a même pas un toit pour se loger. C’est sans parler du coût de l’énorme cristal ! Mais ça n’en reste pas moins une place intéressante, même si très surprenante…
Toujours autant affamés, nous nous arrêtons au café du coin pour déguster de bonnes viennoiseries, tout en échangeant nos impressions sur le Matrimandir. Nous rejoignons ensuite Jean-Noël à la guest house pour déjeuner. Jean-Noël décide de repartir à Pondichéry cet après-midi, il s’ennuie trop ici… James et moi resterons jusqu’à demain. Je pensais au départ rester plus longtemps ici et m’investir dans un travail de bénévolat mais comme ils n’ont pas vraiment l’air de courir après nous, ça nous a un peu découragés, James et moi. Tant pis pour eux !
Je décide de passer voir mon amie Claudine cet après-midi (celle que j’ai rencontrée au Bodhi Zendo) pour prendre des nouvelles de son fils malade. James accepte de m’accompagner dans mon périple pour retrouver une personne dans une ville qui ne possède aucune indication nulle part… Nous partons sur notre petit vélo à la recherche de la petite communauté de Minati, là où habite mon amie. Je n’ai pas de numéro ni de nom de rue, juste ce nom de commune, lui aussi aux consonances futuristes… Espérons que nous réussirons à la trouver ! A chaque bifurcation de chemin, nous sommes obligés de demander à un passant notre direction, c’est un peu pénible surtout qu’il y a des croisements de routes tous les 50 mètres. Ca ne leur coûtait pas grand-chose d’installer des panneaux indicatifs quand même !
Après de multiples détours et demi-tours, nous arrivons enfin devant une barrière où une petite pancarte indique timidement « Minati ». Nous passons cette barrière avec l’impression de violer un espace privé. Nous sommes toujours en pleine forêt avec un petit chemin de terre rouge que nous suivons, un peu sceptiques sur notre espoir de trouver Claudine quelque part. Il n’y a pas l’air d’avoir âme qui vive dans les environs… Enfin, nous tombons sur une petite maison parmi les arbres, puis une deuxième mais qui ont l’air aussi désertes l’une que l’autre. Non, ça a l’air de bouger dans l’une d’entre elles... Et je vois avec plaisir mon amie Claudine ouvrir la porte et me sourire tristement. Ravie de la voir mais inquiète par sa physionomie fatiguée et lasse, je m’enquiers aussitôt de la santé de son fils qui, comme je l’avais deviné à son visage, n’est pas bonne du tout. Après une grave infection, il a souffert d’une sérieuse déshydratation, ce qui lui cause d’importants dommages physiques et psychologiques. Sa mère est évidemment dévorée par l’inquiétude. Nous la trouvons par chance chez elle aujourd’hui, elle est rentrée se reposer pour prendre des forces, vu qu’elle passe tout son temps auprès de son fils depuis son retour du centre zen. Je comprends qu’il n’est pas question de la déranger trop longtemps.
Elle nous fait tout de même entrer chez elle, dans une superbe bâtisse simple mais élégante, en plein milieu de la forêt où s’ébattent gaiement oiseaux, grenouilles, écureuils et furets. Elle nous montre ses peintures qui sont vraiment superbes, c’est une véritable artiste ! Elle nous accueille à bras ouverts alors qu’elle n’est pas dans une bonne passe de sa vie, je suis touchée par son hospitalité. Nous discutons ensemble de voyages, elle a passé 13 ans sur un voilier avec son mari puis son fils une fois né. Ouah… Je suis plus qu’impressionnée ! Elle nous raconte que de vivre sur un bateau et spécialement un voilier permet d’apprendre à apprécier le temps qui passe sans être pressé ni impatient. S’il n’y a pas de vent, le bateau n’avance pas, c’est aussi simple que cela. James et Claudine s’entendent tout de suite bien tous les deux, j’en suis contente. Nous n’abusons pas trop de son temps de repos et la quittons une heure après, je suis ravie de l’avoir revue, même pour si peu de temps. Et ça lui a visiblement fait du bien de voir du monde et de se changer un peu les idées. C’est une femme forte et qui arrive à garder une certaine sérénité, même avec les épreuves qu’elle subit en ce moment. Quelle femme admirable ! Je souhaite de tout cœur que son fils se rétablisse au plus tôt.
Nous revenons à la guest house en 10 minutes (c’est plus rapide quand on ne se perd pas) et nous nous reposons un peu en attendant le dîner. Je vois avec surprise débarquer Bobby, le Pakistanais londonien que j’avais rencontré chez Amma ! Décidément, le monde est petit ! Je le présente, lui et sa compagne Catharina, à James et nous passerons la soirée à discuter ensemble sur la spiritualité, Amma, etc…En fait, disons que ce sont plutôt eux qui parlent et moi qui écoute. Leur niveau d’anglais étant trop haut pour moi, je n’arrive pas à les couper pour prendre la parole quand je le souhaite. Au moins je les comprends, c’est déjà ça ! Nous allons ensuite nous coucher sans trop tarder.
Auroville
Le 8 octobre 2009
Réveillée vers 8h, je pars avec mes bagages au lieu de rendez-vous fixé pour retrouver James et Jean-Noël, un Français d’une cinquantaine d’années que j’ai rencontré hier soir également et qui souhaitait se joindre à nous pour notre excursion à Auroville. Plus on est de fous…
Jean-Noël me rejoint vers 9h comme prévu mais James aura quasiment une heure de retard. Après m’avoir laissée hier soir, il a continué à boire des coups dans un autre bar alors, forcément, le réveil est un peu difficile ce matin. Je petit-déjeune d’une succulente crêpe nutella-bananes accompagnée de fruits frais et d’un yaourt, le tout absolument délicieux, puis nous partons en taxi en direction de cette légende que représente Auroville. On en a tous entendu de toutes les couleurs sur cette cité internationale aux idéaux louables mais j’ai vraiment hâte de découvrir par moi-même ce qu’elle recèle en son sein.
Une demi-heure plus tard, nous voilà largués à l’office du tourisme d’Auroville. Nous demandons quelques explications sur la façon de s’y prendre ici étant donné que nous sommes intéressés par le bénévolat, mais nous ne savons pas trop quel domaine pourrait nous convenir. Nous sommes rapidement renvoyés à une liste de numéros de téléphone sans autre commentaire. Bonjour l’information ! Bref, ça ne nous aide pas beaucoup…
Nous posons alors nos sacs et prenons le temps de lire un peu les panneaux et de regarder les vidéos qui expliquent comment et pourquoi Auroville a été fondée. Voici le rêve de la fondatrice d’Auroville appelée « La Mère » : « Il devrait y avoir quelque part sur la terre un lieu dont aucune nation n’aurait le droit de dire « Il est à moi », où tout homme de bonne volonté ayant une aspiration sincère pourrait vivre librement comme citoyen du monde dans un lieu de paix, d’harmonie, de concorde ».
Dans Auroville, les enfants n’étudient pas en vue de diplômes ou de postes particuliers mais juste pour enrichir leurs facultés et s’en faire de nouvelles. La beauté sous toutes ses formes artistiques, peinture, sculpture, musique, littérature, est accessible à tous. Dans ce lieu idéal, l’argent ne devrait plus gouverner, la valeur individuelle se voulant d’une importance très supérieure à celle des richesses matérielles et de la position sociale. Le travail n’est donc pas un moyen de gagner sa vie, mais un moyen de s’exprimer et de développer ses capacités, tout en rendant service au reste du groupe. En résumé, le rêve de La Mère était d’ériger un lieu où les relations entre êtres humains, qui sont d’ordinaire presque exclusivement basées sur la concurrence et la lutte, seraient remplacées par des relations d’émulation, de collaboration et de réelle fraternité. Quel magnifique rêve ! Mais a-t-elle vraiment réussi à fonder cette cité idéale ?
Elle est arrivée ici, sur ce plateau autrefois désertique, qui s’est transformé, grâce aux efforts des premiers pionniers, en terre verdoyante sur laquelle progressivement une cité a pris forme. Au centre, un grand édifice sphérique d’apparence ultramoderne a été érigé et représente le centre spirituel et physique d’Auroville. On le nomme le Matrimandir. A présent, la ville compte 2000 habitants venus de l’Inde et d’une quarantaine d’autres pays, la France étant le pays le plus représenté après l’Inde, répartis sur plus de 20 km de résidence. Mais la capacité espérée de 40 000 habitants est loin d’être atteinte. La cité est séparée en diverses communes chargées de développer une activité particulière. Les recherches peuvent porter sur la régénération de l’environnement, l’agriculture organique, l’énergie renouvelable, les matériaux de construction, le développement des villages, les artisanats, les soins de santé, l’éducation, les échanges interculturels et bien d’autres domaines. La recherche progressive d’une économie sans argent et d’une organisation sans hiérarchie est la priorité d’Auroville.
La théorie est belle et vraiment louable, mais comment se fait-il que la cité n’attire pas autant de gens que prévu ? Pourquoi certains Auroviliens sont-ils partis en décrétant qu’ils ne remettraient plus les pieds dans cette ville ? Je n’ai pas encore la réponse à ces questions même si je commence à en apercevoir les contours. Les gens venant des quatre coins de la planète ont tout abandonné de leur vie d’avant pour venir s’installer avec leur famille à Auroville. Parfois, dans un esprit d’ouverture et de fraternité, avec la réelle intention de faire de cet endroit un monde meilleur. Pour d’autres, il s’agissait d’une fuite. Quoi qu’il en soit, il faut du courage ou bien une bonne dose de ras-le-bol pour pouvoir tout quitter et venir tout reconstruire ici. Et souvent il s’agissait de personnes à fort ego. Mettez plusieurs personnes à l’ego démesuré dans un même panier avec pour seule règle une totale démocratie, le résultat ne se fait pas sans heurts. De plus, la belle notion d’origine qui était de ne pas amener la valeur de l’argent à Auroville ne semble pas avoir été totalement maintenue, ce qui pose fondamentalement des problèmes de disparité. Certaines personnes peuvent acheter des maisons même si elles appartiennent à la communauté au final, il est donc impossible de les revendre. Des guest house pour touristes ont prospéré, apportant de l’argent aux gérants. Bref, l’idéal initial ne semble pas toujours été suivi au grand regret de certains.
Tout cela, nous l’apprenons par des vidéos ou des panneaux explicatifs pour les côtés positifs, j’ai entendu parler des aspects négatifs lors de ma retraite au Bodhi Zendo où séjournaient quelques Auroviliens. N’ayant réussi à obtenir aucune information sur l’endroit où nous pouvons loger et ce que nous pouvons faire ici pour nous rendre utiles, nous décidons de partir déjeuner au Solar Kitchen, une place où nous espérons avoir un peu plus de renseignements. Nous effectuons donc, à pied, notre sac à dos sur le dos, sous une chaleur écrasante, le km et demi qui nous sépare de la cantine. Arrivés sur place, transpirant à grosses gouttes, nous déposons avec soulagement notre maison portative dans un coin et nous nous précipitons dans la file pour recevoir notre nourriture. Mais on apprend avec stupéfaction que, vu que nous n’avons pas encore de guest house, nous sommes considérés comme de simples visiteurs de passage et la cantine nous est interdite… Il faut une carte spéciale délivrée par la guest house… On peut, par contre, aller à l’office du tourisme, nous apprend-on, où on peut manger sans restriction. Mais on vient de là ! Et personne n’a jugé utile de nous mentionner ce détail plus tôt… Il est hors de question que nous retournions là-bas à pied, nous sommes déjà à bout de forces et en nage à cause de cette chaleur.
Je prends les choses en main et propose à mes comparses de prendre un taxi et de nous poser dans une guest house en premier lieu. Nous aurons cette fameuse carte et nous serons débarrassés de nos lourds sacs. Par chance, un taxi arrive justement devant nous et 5 minutes plus tard, nous sommes rendus dans une mignonne guest house au milieu de la forêt. De petites maisons sont disséminées au milieu des arbres, je choisis de prendre une chambre au 1er étage d’une maisonnette accessible en ouvrant une trappe dans le toit. La pièce est toute mignonne et bien aménagée pour une mansarde. Les fenêtres, sans vitres, ne possèdent qu’un grillage anti-moustiques, ce qui permet d’entendre les sons de la forêt. Les arbres aux hautes racines étendent leurs branches juste à la hauteur de ma chambre : je me sens ainsi protégée par les forces de la nature, lovée dans les bras de ces arbres imposants.
La location de la chambre comprend les 3 repas, le lavage de linge et la location de vélo. Super ! Nous sautons dans la salle à manger pour dévorer notre repas tant attendu. Il était temps, la cuisine ferme ! Enfin restaurés et posés, nous voyons les choses plus sereinement à présent. Nous déplorons tout de même le peu d’information pratique qui nous a été donnée depuis notre arrivée à Auroville.
Nous décidons ensuite d’aller admirer le Matrimandir, l’âme d’Auroville comme l’a surnommé La Mère. Nous enfourchons nos vélos indiens à la selle branlante puis nous nous rendons jusqu’aux jardins où trône une immense sphère dorée aux allures de vaisseau spatial extraterrestre. Je ne sais pas quoi penser de cette œuvre d’art moderne qui jure un peu avec la terre battue rougeâtre des routes non asphaltées, la forêt vierge environnante, la simplicité des maisons autour et l’esprit de l’Inde qui est plutôt traditionnaliste que futuriste ! James et moi avons réservé pour une méditation demain, qui aura lieu à l’intérieur du Matrimandir, je suis bien curieuse de voir ce qu’il recèle à l’intérieur.
Nous décidons ensuite de nous rendre en vélo jusqu’à la mer qui se trouve à 7 kms de là. Nous voilà partis, en pleine chaleur, en direction de la plage d’Auroville. Nous mettons un moment pour y arriver, les routes en terre ne nous y aidant pas et le manque de panneaux indicatifs encore moins mais nous finissons par y arriver. Par contre, nous sommes rapidement déçus par la plage un peu sale et la mer trop brune à notre goût. Nous nous contenterons de prendre un pot dans le petit café du coin en écoutant les corbeaux piailler ainsi que la houle de la mer.
Il est temps de faire demi-tour, nous préférons arriver avant la nuit, les rues n’étant pas éclairées ici. Le chemin du retour s’avère plus difficile qu’à l’aller qui était fait de descentes principalement. Le problème des descentes dans un sens, c’est qu’il faut les remonter de l’autre. Jean-Noël peine particulièrement, je reste à ses côtés pour l’encourager, tandis que James file devant, la selle de son vélo lui mordant les fesses à chaque tour de pédale. Vive les vélos indiens ! Je ne m’en tire pas trop mal avec le mien, il est plutôt correct. Et moi qui n’aime pas le vélo d’habitude, je me surprends à vraiment apprécier notre longue promenade sur ces chemins terreux au milieu de la forêt. Nous finissons par arriver à la guest house juste avant la nuit, Jean-Noël ayant épuisé toutes ses forces dans ce pénible retour pour lui. Peut-être que s’il fumait moins aussi, ça aiderait !
Je saute sous une bonne douche rafraîchissante et rejoins mes amis pour le dîner, affamée après tous ces exercices de la journée. Je retrouve avec surprise une dame qui était avec moi à l’ashram d’Amma, nous échangeons un moment sur nos aventures respectives. Les garçons, quant à eux, font la connaissance d’une famille de Français qui ont tout quitté en France pour pouvoir s’installer ici. Ils viennent d’arriver à Auroville et sont un peu déçus par ce qu’ils voient. Je ne veux pas les juger, mais je suis surprise d’apprendre qu’ils sont venus comme ça, sans visiter l’endroit avant, avec l’idée de s’installer ici, avec 2 enfants sous le bras ! Je trouve ça un peu cavalier. Surtout qu’on ne peut jamais être préparé à l’Inde par avance, il est nécessaire de venir sur place pour vraiment se rendre compte.
Nous finirons la soirée discutant dehors sur une table de jardin, essayant de chasser les moustiques comme nous pouvons. James et Jean-Noël déplorent le manque d’activités et trouvent ennuyeux de n’avoir rien à faire, même pas une bière à boire (l’alcool n’étant pas permis à Auroville). J’avoue ne pas ressentir le même ennui, je me trouve en pleine nature, pouvant me délecter des sons de la forêt nocturne, discuter avec les gens, lire un bon livre ou écrire un roman… Pour moi, il n’y a rien d’ennuyeux dans tout ça, au contraire. Tout le monde n’a pas la même façon d’employer son temps libre et je me rends compte que je ne connais pas vraiment l’ennui. Je trouve toujours quelque chose à faire ou à ne pas faire parfois, mais en aucun cas je n’éprouve un sentiment de solitude ou d’ennui. J’ai de la chance, je crois. Mes amis ont vraiment l’air de souffrir de n’avoir rien à faire après 19h30 le soir.
James et moi entamons une belle discussion suer le matérialisme des Européens, les effets d’une éventuelle crise financière encore plus grande que celle que nous traversons, la spiritualité, les gourous et ashrams. Il a une belle façon de voir les choses et j’aime ça. Il dit, par exemple, que la plus belle démonstration de spiritualité qu’il a eue en Inde, c’est lors d’un trajet en bus: une petite fille indienne lui a tapé sur l’épaule pour lui indiquer qu’il fallait qu’il descende à cet arrêt. Il a trouvé ça touchant, ce n’est pas en Europe qu’on voit cette démonstration de compassion à chaque coin de rue. Pour lui, ça vaut tous les textes de maître spirituel et ashram du monde. Il n’a pas tors. C’est ce que j’aime également en Inde : cette spontanéité qu’ont les gens à venir en aide, leur sens de l’hospitalité et leur curiosité à notre encontre.
Auroville semble être l’exception dans ce pays. Nous trouvons tous les deux que cette cité a l’air fermée sur elle-même, comme dans une bulle où de belles valeurs ont été instaurées mais qui ne souhaite pas être envahie par trop d’étrangers qui viendraient perturber leur mode de vie. Au contraire, je vois plutôt ça comme un bel exemple à suivre. Permettre au monde de connaître leurs idéaux et d’apprendre de leur façon de vivre feront partie de mes priorités. Mais je n’ai pas l’impression que ce soit le cas ici. Ils essaient de protéger leur acquis en se fermant au monde et je ne suis pas vraiment sûre qu’ils tendent beaucoup la main aux gens se trouvant en dehors de leur bulle. Mais c’est juste une impression que nous avons… Ce qui nous a frappés également, c’est que nous n’avons pas trouvé que les Auroviliens arboraient un visage particulièrement heureux et en paix. Mais peut-être sommes-nous mal tombés. La serveuse du bar de la plage ne nous a absolument pas paru aimable en tout cas !
Sur ces belles tergiversations, nous partons nous coucher tôt, au grand désespoir de mes compagnons.
Réveillée vers 8h, je pars avec mes bagages au lieu de rendez-vous fixé pour retrouver James et Jean-Noël, un Français d’une cinquantaine d’années que j’ai rencontré hier soir également et qui souhaitait se joindre à nous pour notre excursion à Auroville. Plus on est de fous…
Jean-Noël me rejoint vers 9h comme prévu mais James aura quasiment une heure de retard. Après m’avoir laissée hier soir, il a continué à boire des coups dans un autre bar alors, forcément, le réveil est un peu difficile ce matin. Je petit-déjeune d’une succulente crêpe nutella-bananes accompagnée de fruits frais et d’un yaourt, le tout absolument délicieux, puis nous partons en taxi en direction de cette légende que représente Auroville. On en a tous entendu de toutes les couleurs sur cette cité internationale aux idéaux louables mais j’ai vraiment hâte de découvrir par moi-même ce qu’elle recèle en son sein.
Une demi-heure plus tard, nous voilà largués à l’office du tourisme d’Auroville. Nous demandons quelques explications sur la façon de s’y prendre ici étant donné que nous sommes intéressés par le bénévolat, mais nous ne savons pas trop quel domaine pourrait nous convenir. Nous sommes rapidement renvoyés à une liste de numéros de téléphone sans autre commentaire. Bonjour l’information ! Bref, ça ne nous aide pas beaucoup…
Nous posons alors nos sacs et prenons le temps de lire un peu les panneaux et de regarder les vidéos qui expliquent comment et pourquoi Auroville a été fondée. Voici le rêve de la fondatrice d’Auroville appelée « La Mère » : « Il devrait y avoir quelque part sur la terre un lieu dont aucune nation n’aurait le droit de dire « Il est à moi », où tout homme de bonne volonté ayant une aspiration sincère pourrait vivre librement comme citoyen du monde dans un lieu de paix, d’harmonie, de concorde ».
Dans Auroville, les enfants n’étudient pas en vue de diplômes ou de postes particuliers mais juste pour enrichir leurs facultés et s’en faire de nouvelles. La beauté sous toutes ses formes artistiques, peinture, sculpture, musique, littérature, est accessible à tous. Dans ce lieu idéal, l’argent ne devrait plus gouverner, la valeur individuelle se voulant d’une importance très supérieure à celle des richesses matérielles et de la position sociale. Le travail n’est donc pas un moyen de gagner sa vie, mais un moyen de s’exprimer et de développer ses capacités, tout en rendant service au reste du groupe. En résumé, le rêve de La Mère était d’ériger un lieu où les relations entre êtres humains, qui sont d’ordinaire presque exclusivement basées sur la concurrence et la lutte, seraient remplacées par des relations d’émulation, de collaboration et de réelle fraternité. Quel magnifique rêve ! Mais a-t-elle vraiment réussi à fonder cette cité idéale ?
Elle est arrivée ici, sur ce plateau autrefois désertique, qui s’est transformé, grâce aux efforts des premiers pionniers, en terre verdoyante sur laquelle progressivement une cité a pris forme. Au centre, un grand édifice sphérique d’apparence ultramoderne a été érigé et représente le centre spirituel et physique d’Auroville. On le nomme le Matrimandir. A présent, la ville compte 2000 habitants venus de l’Inde et d’une quarantaine d’autres pays, la France étant le pays le plus représenté après l’Inde, répartis sur plus de 20 km de résidence. Mais la capacité espérée de 40 000 habitants est loin d’être atteinte. La cité est séparée en diverses communes chargées de développer une activité particulière. Les recherches peuvent porter sur la régénération de l’environnement, l’agriculture organique, l’énergie renouvelable, les matériaux de construction, le développement des villages, les artisanats, les soins de santé, l’éducation, les échanges interculturels et bien d’autres domaines. La recherche progressive d’une économie sans argent et d’une organisation sans hiérarchie est la priorité d’Auroville.
La théorie est belle et vraiment louable, mais comment se fait-il que la cité n’attire pas autant de gens que prévu ? Pourquoi certains Auroviliens sont-ils partis en décrétant qu’ils ne remettraient plus les pieds dans cette ville ? Je n’ai pas encore la réponse à ces questions même si je commence à en apercevoir les contours. Les gens venant des quatre coins de la planète ont tout abandonné de leur vie d’avant pour venir s’installer avec leur famille à Auroville. Parfois, dans un esprit d’ouverture et de fraternité, avec la réelle intention de faire de cet endroit un monde meilleur. Pour d’autres, il s’agissait d’une fuite. Quoi qu’il en soit, il faut du courage ou bien une bonne dose de ras-le-bol pour pouvoir tout quitter et venir tout reconstruire ici. Et souvent il s’agissait de personnes à fort ego. Mettez plusieurs personnes à l’ego démesuré dans un même panier avec pour seule règle une totale démocratie, le résultat ne se fait pas sans heurts. De plus, la belle notion d’origine qui était de ne pas amener la valeur de l’argent à Auroville ne semble pas avoir été totalement maintenue, ce qui pose fondamentalement des problèmes de disparité. Certaines personnes peuvent acheter des maisons même si elles appartiennent à la communauté au final, il est donc impossible de les revendre. Des guest house pour touristes ont prospéré, apportant de l’argent aux gérants. Bref, l’idéal initial ne semble pas toujours été suivi au grand regret de certains.
Tout cela, nous l’apprenons par des vidéos ou des panneaux explicatifs pour les côtés positifs, j’ai entendu parler des aspects négatifs lors de ma retraite au Bodhi Zendo où séjournaient quelques Auroviliens. N’ayant réussi à obtenir aucune information sur l’endroit où nous pouvons loger et ce que nous pouvons faire ici pour nous rendre utiles, nous décidons de partir déjeuner au Solar Kitchen, une place où nous espérons avoir un peu plus de renseignements. Nous effectuons donc, à pied, notre sac à dos sur le dos, sous une chaleur écrasante, le km et demi qui nous sépare de la cantine. Arrivés sur place, transpirant à grosses gouttes, nous déposons avec soulagement notre maison portative dans un coin et nous nous précipitons dans la file pour recevoir notre nourriture. Mais on apprend avec stupéfaction que, vu que nous n’avons pas encore de guest house, nous sommes considérés comme de simples visiteurs de passage et la cantine nous est interdite… Il faut une carte spéciale délivrée par la guest house… On peut, par contre, aller à l’office du tourisme, nous apprend-on, où on peut manger sans restriction. Mais on vient de là ! Et personne n’a jugé utile de nous mentionner ce détail plus tôt… Il est hors de question que nous retournions là-bas à pied, nous sommes déjà à bout de forces et en nage à cause de cette chaleur.
Je prends les choses en main et propose à mes comparses de prendre un taxi et de nous poser dans une guest house en premier lieu. Nous aurons cette fameuse carte et nous serons débarrassés de nos lourds sacs. Par chance, un taxi arrive justement devant nous et 5 minutes plus tard, nous sommes rendus dans une mignonne guest house au milieu de la forêt. De petites maisons sont disséminées au milieu des arbres, je choisis de prendre une chambre au 1er étage d’une maisonnette accessible en ouvrant une trappe dans le toit. La pièce est toute mignonne et bien aménagée pour une mansarde. Les fenêtres, sans vitres, ne possèdent qu’un grillage anti-moustiques, ce qui permet d’entendre les sons de la forêt. Les arbres aux hautes racines étendent leurs branches juste à la hauteur de ma chambre : je me sens ainsi protégée par les forces de la nature, lovée dans les bras de ces arbres imposants.
La location de la chambre comprend les 3 repas, le lavage de linge et la location de vélo. Super ! Nous sautons dans la salle à manger pour dévorer notre repas tant attendu. Il était temps, la cuisine ferme ! Enfin restaurés et posés, nous voyons les choses plus sereinement à présent. Nous déplorons tout de même le peu d’information pratique qui nous a été donnée depuis notre arrivée à Auroville.
Nous décidons ensuite d’aller admirer le Matrimandir, l’âme d’Auroville comme l’a surnommé La Mère. Nous enfourchons nos vélos indiens à la selle branlante puis nous nous rendons jusqu’aux jardins où trône une immense sphère dorée aux allures de vaisseau spatial extraterrestre. Je ne sais pas quoi penser de cette œuvre d’art moderne qui jure un peu avec la terre battue rougeâtre des routes non asphaltées, la forêt vierge environnante, la simplicité des maisons autour et l’esprit de l’Inde qui est plutôt traditionnaliste que futuriste ! James et moi avons réservé pour une méditation demain, qui aura lieu à l’intérieur du Matrimandir, je suis bien curieuse de voir ce qu’il recèle à l’intérieur.
Nous décidons ensuite de nous rendre en vélo jusqu’à la mer qui se trouve à 7 kms de là. Nous voilà partis, en pleine chaleur, en direction de la plage d’Auroville. Nous mettons un moment pour y arriver, les routes en terre ne nous y aidant pas et le manque de panneaux indicatifs encore moins mais nous finissons par y arriver. Par contre, nous sommes rapidement déçus par la plage un peu sale et la mer trop brune à notre goût. Nous nous contenterons de prendre un pot dans le petit café du coin en écoutant les corbeaux piailler ainsi que la houle de la mer.
Il est temps de faire demi-tour, nous préférons arriver avant la nuit, les rues n’étant pas éclairées ici. Le chemin du retour s’avère plus difficile qu’à l’aller qui était fait de descentes principalement. Le problème des descentes dans un sens, c’est qu’il faut les remonter de l’autre. Jean-Noël peine particulièrement, je reste à ses côtés pour l’encourager, tandis que James file devant, la selle de son vélo lui mordant les fesses à chaque tour de pédale. Vive les vélos indiens ! Je ne m’en tire pas trop mal avec le mien, il est plutôt correct. Et moi qui n’aime pas le vélo d’habitude, je me surprends à vraiment apprécier notre longue promenade sur ces chemins terreux au milieu de la forêt. Nous finissons par arriver à la guest house juste avant la nuit, Jean-Noël ayant épuisé toutes ses forces dans ce pénible retour pour lui. Peut-être que s’il fumait moins aussi, ça aiderait !
Je saute sous une bonne douche rafraîchissante et rejoins mes amis pour le dîner, affamée après tous ces exercices de la journée. Je retrouve avec surprise une dame qui était avec moi à l’ashram d’Amma, nous échangeons un moment sur nos aventures respectives. Les garçons, quant à eux, font la connaissance d’une famille de Français qui ont tout quitté en France pour pouvoir s’installer ici. Ils viennent d’arriver à Auroville et sont un peu déçus par ce qu’ils voient. Je ne veux pas les juger, mais je suis surprise d’apprendre qu’ils sont venus comme ça, sans visiter l’endroit avant, avec l’idée de s’installer ici, avec 2 enfants sous le bras ! Je trouve ça un peu cavalier. Surtout qu’on ne peut jamais être préparé à l’Inde par avance, il est nécessaire de venir sur place pour vraiment se rendre compte.
Nous finirons la soirée discutant dehors sur une table de jardin, essayant de chasser les moustiques comme nous pouvons. James et Jean-Noël déplorent le manque d’activités et trouvent ennuyeux de n’avoir rien à faire, même pas une bière à boire (l’alcool n’étant pas permis à Auroville). J’avoue ne pas ressentir le même ennui, je me trouve en pleine nature, pouvant me délecter des sons de la forêt nocturne, discuter avec les gens, lire un bon livre ou écrire un roman… Pour moi, il n’y a rien d’ennuyeux dans tout ça, au contraire. Tout le monde n’a pas la même façon d’employer son temps libre et je me rends compte que je ne connais pas vraiment l’ennui. Je trouve toujours quelque chose à faire ou à ne pas faire parfois, mais en aucun cas je n’éprouve un sentiment de solitude ou d’ennui. J’ai de la chance, je crois. Mes amis ont vraiment l’air de souffrir de n’avoir rien à faire après 19h30 le soir.
James et moi entamons une belle discussion suer le matérialisme des Européens, les effets d’une éventuelle crise financière encore plus grande que celle que nous traversons, la spiritualité, les gourous et ashrams. Il a une belle façon de voir les choses et j’aime ça. Il dit, par exemple, que la plus belle démonstration de spiritualité qu’il a eue en Inde, c’est lors d’un trajet en bus: une petite fille indienne lui a tapé sur l’épaule pour lui indiquer qu’il fallait qu’il descende à cet arrêt. Il a trouvé ça touchant, ce n’est pas en Europe qu’on voit cette démonstration de compassion à chaque coin de rue. Pour lui, ça vaut tous les textes de maître spirituel et ashram du monde. Il n’a pas tors. C’est ce que j’aime également en Inde : cette spontanéité qu’ont les gens à venir en aide, leur sens de l’hospitalité et leur curiosité à notre encontre.
Auroville semble être l’exception dans ce pays. Nous trouvons tous les deux que cette cité a l’air fermée sur elle-même, comme dans une bulle où de belles valeurs ont été instaurées mais qui ne souhaite pas être envahie par trop d’étrangers qui viendraient perturber leur mode de vie. Au contraire, je vois plutôt ça comme un bel exemple à suivre. Permettre au monde de connaître leurs idéaux et d’apprendre de leur façon de vivre feront partie de mes priorités. Mais je n’ai pas l’impression que ce soit le cas ici. Ils essaient de protéger leur acquis en se fermant au monde et je ne suis pas vraiment sûre qu’ils tendent beaucoup la main aux gens se trouvant en dehors de leur bulle. Mais c’est juste une impression que nous avons… Ce qui nous a frappés également, c’est que nous n’avons pas trouvé que les Auroviliens arboraient un visage particulièrement heureux et en paix. Mais peut-être sommes-nous mal tombés. La serveuse du bar de la plage ne nous a absolument pas paru aimable en tout cas !
Sur ces belles tergiversations, nous partons nous coucher tôt, au grand désespoir de mes compagnons.
Repos et détente
Le 7 octobre 2009
Je me réveille vers 7h du matin, un peu plus reposée mais je sens que je n’ai pas totalement récupéré encore de ma fatigue. Je décide donc de rester un jour de plus à Pondichéry plutôt que de partir directement à Auroville comme je l’avais initialement prévu. J’aime cette ville à l’accent français, aux rues larges et à l’atmosphère propice au farniente.
Je prends mon petit déjeuner dans une boulangerie française où je rencontre deux Français (ils sont partout !) qui s’étonnent de me voir voyager seule en Inde. Voilà que ça recommence… Tous les Français de Pondichéry se liguent avec mes parents contre mon inconscience de me trouver seule dans ce pays de barbares. Je comprends l’attitude de mes parents qui sont loin et ne savent rien sur l’Inde, mais eux qui vivent dans le pays depuis plusieurs années ? Sauf que je m’aperçois bien vite qu’ils ne connaissent pas l’Inde non plus, à part Pondichéry (qui pour moi ne représente absolument pas le reste de l’Inde). Ils sont ici avec leurs jugements fermés et leurs a priori définitifs, sans chercher à connaître vraiment le pays dans lequel ils vivent ! Ils ont juste été expatriés ici, cherchant l’exotisme mais critiquant tout ce qui est différent de leur culture : la nourriture est trop épicée, les Indiens sont bizarres et pénibles, il fait trop chaud… Je n’arrive pas à comprendre cette fermeture d’esprit surtout de la part de gens vivant à l’étranger ! Ai-je oublié que les Français sont tous comme ça depuis mon départ à Montréal ? J’espère ne tomber que sur des cas isolés …
Je retourne ensuite à l’ashram de Sri Aurobindo pour méditer à nouveau dans cette atmosphère calme et reposante pour l’esprit. Encore une fois, la même sérénité qu’hier me remplit aussitôt le cœur, ce qui me fait un bien fou après mes émotions de la veille. J’en ressors régénérée même si toujours un peu fatiguée. En chemin, je tombe nez à nez avec un éléphant qui prend presque toute la largeur de la route… Il n’y a qu’en Inde qu’on peut avoir ce genre de surprise au détour d’un coin de rue ! Il est tout barbouillé de peinture, il doit représenter une certaine divinité hindoue. D’ailleurs les Indiens lui présentent une offrande, que ce soit une pièce de monnaie ou une banane, qu’ils déposent délicatement à l’intérieur de sa trompe puis l’éléphant bénit la tête de la personne en posant sa trompe sur son crâne… Je reste médusée par leur rituel si peu commun, en me demandant si le dompteur de l’éléphant réussit à ramasser pas mal d’argent avec cette pratique. Un Indien, me voyant éberluée devant ce manège, m’encourage à essayer moi-même. J’hésite un peu à cautionner cette pratique puis, devant l’insistance des passants à tenter l’expérience, je cède en riant. Je dépose délicatement une pièce d’1 roupie dans la trompe du mastodonte qui me bénit… le bras ! Je n’ai pas droit à la tête, moi ! Je m’éloigne de l’éléphant en riant, il a dû sentir que j’étais dubitative sur sa soi-disant divinité !
Ensuite je pars manger dans un petit restaurant relaxant où je rencontre Florent, un expatrié français également. Comme les autres, il n’est jamais sorti de Pondichéry, alors que ça fait 2 ans qu’il est ici. Mais il me paraît moins râleur et critiqueur que les autres (ou bien est-ce que je réévalue mon échelle à la baisse ?) et je suis contente de discuter avec une personne un peu plus ouverte d’esprit. Je fais également la connaissance d’un jeune Anglais, d’une trentaine d’années, routard comme moi, voyageant en Inde depuis un mois environ en ayant fait à peu près le même parcours que moi, à part l’ashram d’Amma, évidemment. Enfin je rencontre quelqu’un qui a l’air sur la même longueur d’onde que moi ! Réjoui de son expérience en Inde, il prend la vie comme elle vient, en profitant à fond de tous ses bienfaits ! Il s’occupe d’enfants autistes en Angleterre et a décidé de s’accorder une année sabbatique en Asie pour décompresser un peu. J’aime son dynamisme et sa façon de voir les choses. De fil en aiguille, nous décidons de partir demain matin pour Auroville, endroit qui l’attire également par son étrangeté et sa philosophie. Super, j’ai un compagnon de voyage !
Je pars ensuite me reposer un peu dans le jardin de la guest house de l’ashram si tranquille et bien aménagée. A 19h30, je rejoins Florent le Français et James l’Anglais à qui j’avais tous les deux donné rendez-vous au bar du coin pour prendre mon premier verre d’alcool depuis un mois. Ils ne se connaissent pas, bien que j’aie fait leur connaissance au même endroit ce midi, mais Florent était déjà parti lorsque j’ai rencontré James. Nous discutons en anglais durant toute la soirée de nos différentes expériences de voyage, devant une bière puis une deuxième… Je m’arrête là, alors que James, en bon Anglais qui se respecte, en alignera 4 d’affilée. Je déguste également avec un plaisir inouï une bonne pièce de bœuf, mon premier morceau de viande depuis mon arrivée en Inde également. J’entends parler français à toutes les tables autour de nous, c’est fou le nombre de Gaulois qui se retrouvent ici ! Je me crois vraiment en France pour le coup… Nous rentrons ensuite bien sagement chez nous, chacun de notre côté, James et moi nous étant donné rendez-vous demain pour aller ensemble à Auroville.
Arrivée à ma guest house, je trouve la barrière fermée avec un cadenas. J’ai beau sonner, personne ne me répond. Il est 22h30, il n’est pas si tard que ça quand même ! Je suis obligée d’escalader la barrière qui, heureusement pour moi, n’est pas bien haute. Je trouve ensuite la 2ème porte fermée à clef pour entrer dans mon studio… C’est le parcours du combattant pour aller se coucher ce soir ! Ils ont dû croire que j’étais rentrée et ont tout verrouillé pour je sois en sécurité, mais en attendant je me trouve à la porte de chez moi ! Je fais appel au voisin du dessous, un touriste allemand qui m’aide à ouvrir la porte. Ca y est, je peux enfin aller me coucher ! Bonne nuit, tout le monde.
Je me réveille vers 7h du matin, un peu plus reposée mais je sens que je n’ai pas totalement récupéré encore de ma fatigue. Je décide donc de rester un jour de plus à Pondichéry plutôt que de partir directement à Auroville comme je l’avais initialement prévu. J’aime cette ville à l’accent français, aux rues larges et à l’atmosphère propice au farniente.
Je prends mon petit déjeuner dans une boulangerie française où je rencontre deux Français (ils sont partout !) qui s’étonnent de me voir voyager seule en Inde. Voilà que ça recommence… Tous les Français de Pondichéry se liguent avec mes parents contre mon inconscience de me trouver seule dans ce pays de barbares. Je comprends l’attitude de mes parents qui sont loin et ne savent rien sur l’Inde, mais eux qui vivent dans le pays depuis plusieurs années ? Sauf que je m’aperçois bien vite qu’ils ne connaissent pas l’Inde non plus, à part Pondichéry (qui pour moi ne représente absolument pas le reste de l’Inde). Ils sont ici avec leurs jugements fermés et leurs a priori définitifs, sans chercher à connaître vraiment le pays dans lequel ils vivent ! Ils ont juste été expatriés ici, cherchant l’exotisme mais critiquant tout ce qui est différent de leur culture : la nourriture est trop épicée, les Indiens sont bizarres et pénibles, il fait trop chaud… Je n’arrive pas à comprendre cette fermeture d’esprit surtout de la part de gens vivant à l’étranger ! Ai-je oublié que les Français sont tous comme ça depuis mon départ à Montréal ? J’espère ne tomber que sur des cas isolés …
Je retourne ensuite à l’ashram de Sri Aurobindo pour méditer à nouveau dans cette atmosphère calme et reposante pour l’esprit. Encore une fois, la même sérénité qu’hier me remplit aussitôt le cœur, ce qui me fait un bien fou après mes émotions de la veille. J’en ressors régénérée même si toujours un peu fatiguée. En chemin, je tombe nez à nez avec un éléphant qui prend presque toute la largeur de la route… Il n’y a qu’en Inde qu’on peut avoir ce genre de surprise au détour d’un coin de rue ! Il est tout barbouillé de peinture, il doit représenter une certaine divinité hindoue. D’ailleurs les Indiens lui présentent une offrande, que ce soit une pièce de monnaie ou une banane, qu’ils déposent délicatement à l’intérieur de sa trompe puis l’éléphant bénit la tête de la personne en posant sa trompe sur son crâne… Je reste médusée par leur rituel si peu commun, en me demandant si le dompteur de l’éléphant réussit à ramasser pas mal d’argent avec cette pratique. Un Indien, me voyant éberluée devant ce manège, m’encourage à essayer moi-même. J’hésite un peu à cautionner cette pratique puis, devant l’insistance des passants à tenter l’expérience, je cède en riant. Je dépose délicatement une pièce d’1 roupie dans la trompe du mastodonte qui me bénit… le bras ! Je n’ai pas droit à la tête, moi ! Je m’éloigne de l’éléphant en riant, il a dû sentir que j’étais dubitative sur sa soi-disant divinité !
Ensuite je pars manger dans un petit restaurant relaxant où je rencontre Florent, un expatrié français également. Comme les autres, il n’est jamais sorti de Pondichéry, alors que ça fait 2 ans qu’il est ici. Mais il me paraît moins râleur et critiqueur que les autres (ou bien est-ce que je réévalue mon échelle à la baisse ?) et je suis contente de discuter avec une personne un peu plus ouverte d’esprit. Je fais également la connaissance d’un jeune Anglais, d’une trentaine d’années, routard comme moi, voyageant en Inde depuis un mois environ en ayant fait à peu près le même parcours que moi, à part l’ashram d’Amma, évidemment. Enfin je rencontre quelqu’un qui a l’air sur la même longueur d’onde que moi ! Réjoui de son expérience en Inde, il prend la vie comme elle vient, en profitant à fond de tous ses bienfaits ! Il s’occupe d’enfants autistes en Angleterre et a décidé de s’accorder une année sabbatique en Asie pour décompresser un peu. J’aime son dynamisme et sa façon de voir les choses. De fil en aiguille, nous décidons de partir demain matin pour Auroville, endroit qui l’attire également par son étrangeté et sa philosophie. Super, j’ai un compagnon de voyage !
Je pars ensuite me reposer un peu dans le jardin de la guest house de l’ashram si tranquille et bien aménagée. A 19h30, je rejoins Florent le Français et James l’Anglais à qui j’avais tous les deux donné rendez-vous au bar du coin pour prendre mon premier verre d’alcool depuis un mois. Ils ne se connaissent pas, bien que j’aie fait leur connaissance au même endroit ce midi, mais Florent était déjà parti lorsque j’ai rencontré James. Nous discutons en anglais durant toute la soirée de nos différentes expériences de voyage, devant une bière puis une deuxième… Je m’arrête là, alors que James, en bon Anglais qui se respecte, en alignera 4 d’affilée. Je déguste également avec un plaisir inouï une bonne pièce de bœuf, mon premier morceau de viande depuis mon arrivée en Inde également. J’entends parler français à toutes les tables autour de nous, c’est fou le nombre de Gaulois qui se retrouvent ici ! Je me crois vraiment en France pour le coup… Nous rentrons ensuite bien sagement chez nous, chacun de notre côté, James et moi nous étant donné rendez-vous demain pour aller ensemble à Auroville.
Arrivée à ma guest house, je trouve la barrière fermée avec un cadenas. J’ai beau sonner, personne ne me répond. Il est 22h30, il n’est pas si tard que ça quand même ! Je suis obligée d’escalader la barrière qui, heureusement pour moi, n’est pas bien haute. Je trouve ensuite la 2ème porte fermée à clef pour entrer dans mon studio… C’est le parcours du combattant pour aller se coucher ce soir ! Ils ont dû croire que j’étais rentrée et ont tout verrouillé pour je sois en sécurité, mais en attendant je me trouve à la porte de chez moi ! Je fais appel au voisin du dessous, un touriste allemand qui m’aide à ouvrir la porte. Ca y est, je peux enfin aller me coucher ! Bonne nuit, tout le monde.
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