Le 9 octobre 2009
Moi qui comptais sur le réveil de James pour me réveiller, c’est plutôt raté vu qu’il n’a pas sonné à l’heure convenue pour une raison inconnue. Nous avons rendez-vous à 9h 45 devant le Matrimandir pour notre méditation et je me réveille comme une fleur à 9h 30, réalisant petit à petit avec effroi que nous sommes extrêmement en retard. Je réveille James un peu brutalement, nous avons 5 minutes pour nous préparer. Le petit déjeuner est de toute façon terminé, nous partirons méditer le ventre vide. Il paraît que c’est plus efficace comme ça !
Nous enfourchons nos vélos et pédalons à toute allure, dans un demi-sommeil encore, en direction de la grosse sphère futuriste. Nous arrivons juste à l’heure dite, transpirant comme des veaux. Sympa le réveil ! En plus, ils nous font poireauter 20 minutes dehors alors qu’il pleut. C’était bien la peine de se dépêcher… Enfin, nous avons la permission de nous diriger vers le Matrimandir, en rang et en silence. C’est très procédural tout ça ! On dirait qu’on va pénétrer dans quelque endroit secret, gardé jalousement par de fidèles gardiens soucieux de protéger leur trésor… C’est étrange ! On arrive en-dessous de la boule où trône une petite boule de cristal autour d’une petite fontaine en forme de pétales, le tout fait de marbre blanc. La pureté du lieu me fascine, une quiétude entourant ce lieu anachronique. L’énergie y est intense, je peux le sentir et c’est vraiment agréable.
Après une brève explication du gardien sur la construction et le but de cet endroit appelé par La Mère l’âme d’Auroville, nous pénétrons enfin dans la grande sphère dorée. A l’intérieur, on nous demande d’enfiler des chaussettes blanches pour ne pas salir les lieux (nos chaussures étant laissées à l’entrée) puis nous avançons dans un grand couloir grimpant en colimaçon jusqu’au centre de Matrimandir. Les murs, le sol, les piliers sont tous de marbre blanc donnant un aspect dénudé, moderne et irréaliste à cette énorme pièce. Je ne m’imaginais pas autrement l’intérieur d’un vaisseau extraterrestre !
Enfin, nous passons une porte et entrons dans une grande salle blanche au plafond immense, dix grosses colonnes soutenant la voûte dans laquelle se trouve un petit miroir qui permet de capter les rayons du soleil qui sont projetés sur le sol et passent à travers… une énorme boule cristal d’environ 70 cm de diamètre (la plus grosse au monde !). Je m’assois juste devant la boule de cristal, pouvant admirer ceux qui méditent se refléter à l’envers dans le verre. Ce cristal est d’une pureté et d’une beauté jamais inégalées. Je reste subjuguée par son attraction si intense. Un silence majestueux règne dans cette pièce propice à la méditation et je me laisse embarquer par l’énergie du lieu, sombrant rapidement dans un autre monde. Mais nous n’avons droit qu’à 15 petites minutes aujourd’hui, c’est bien trop court à mon goût… Les lumières se rallument, nous devons déjà partir. Je ne sais quoi penser de ce lieu… Il est sans aucun doute puissant et j’aime sa philosophie qui se veut dénuée de toute religion, d’où la nudité totale du lieu et l’interdiction (destinée principalement aux Indiens) de se prosterner ou d’effectuer quelque prière que ce soit dans la salle de méditation. Mais j’ai comme un sentiment de malaise qui ne me quitte pas, comme si le but premier de ce lieu, qui était ouvert à tous sur demande, est à présent jalousement gardé par quelques adeptes qui ne veulent pas trop le partager. Et vraiment, je ne comprends pas qu’un lieu aussi beau et futuriste qui a dû coûter des millions ait pu être construit au milieu de l’Inde, dans un village européen. Je trouve ça indécent pour le reste de la population indienne qui n’a même pas un toit pour se loger. C’est sans parler du coût de l’énorme cristal ! Mais ça n’en reste pas moins une place intéressante, même si très surprenante…
Toujours autant affamés, nous nous arrêtons au café du coin pour déguster de bonnes viennoiseries, tout en échangeant nos impressions sur le Matrimandir. Nous rejoignons ensuite Jean-Noël à la guest house pour déjeuner. Jean-Noël décide de repartir à Pondichéry cet après-midi, il s’ennuie trop ici… James et moi resterons jusqu’à demain. Je pensais au départ rester plus longtemps ici et m’investir dans un travail de bénévolat mais comme ils n’ont pas vraiment l’air de courir après nous, ça nous a un peu découragés, James et moi. Tant pis pour eux !
Je décide de passer voir mon amie Claudine cet après-midi (celle que j’ai rencontrée au Bodhi Zendo) pour prendre des nouvelles de son fils malade. James accepte de m’accompagner dans mon périple pour retrouver une personne dans une ville qui ne possède aucune indication nulle part… Nous partons sur notre petit vélo à la recherche de la petite communauté de Minati, là où habite mon amie. Je n’ai pas de numéro ni de nom de rue, juste ce nom de commune, lui aussi aux consonances futuristes… Espérons que nous réussirons à la trouver ! A chaque bifurcation de chemin, nous sommes obligés de demander à un passant notre direction, c’est un peu pénible surtout qu’il y a des croisements de routes tous les 50 mètres. Ca ne leur coûtait pas grand-chose d’installer des panneaux indicatifs quand même !
Après de multiples détours et demi-tours, nous arrivons enfin devant une barrière où une petite pancarte indique timidement « Minati ». Nous passons cette barrière avec l’impression de violer un espace privé. Nous sommes toujours en pleine forêt avec un petit chemin de terre rouge que nous suivons, un peu sceptiques sur notre espoir de trouver Claudine quelque part. Il n’y a pas l’air d’avoir âme qui vive dans les environs… Enfin, nous tombons sur une petite maison parmi les arbres, puis une deuxième mais qui ont l’air aussi désertes l’une que l’autre. Non, ça a l’air de bouger dans l’une d’entre elles... Et je vois avec plaisir mon amie Claudine ouvrir la porte et me sourire tristement. Ravie de la voir mais inquiète par sa physionomie fatiguée et lasse, je m’enquiers aussitôt de la santé de son fils qui, comme je l’avais deviné à son visage, n’est pas bonne du tout. Après une grave infection, il a souffert d’une sérieuse déshydratation, ce qui lui cause d’importants dommages physiques et psychologiques. Sa mère est évidemment dévorée par l’inquiétude. Nous la trouvons par chance chez elle aujourd’hui, elle est rentrée se reposer pour prendre des forces, vu qu’elle passe tout son temps auprès de son fils depuis son retour du centre zen. Je comprends qu’il n’est pas question de la déranger trop longtemps.
Elle nous fait tout de même entrer chez elle, dans une superbe bâtisse simple mais élégante, en plein milieu de la forêt où s’ébattent gaiement oiseaux, grenouilles, écureuils et furets. Elle nous montre ses peintures qui sont vraiment superbes, c’est une véritable artiste ! Elle nous accueille à bras ouverts alors qu’elle n’est pas dans une bonne passe de sa vie, je suis touchée par son hospitalité. Nous discutons ensemble de voyages, elle a passé 13 ans sur un voilier avec son mari puis son fils une fois né. Ouah… Je suis plus qu’impressionnée ! Elle nous raconte que de vivre sur un bateau et spécialement un voilier permet d’apprendre à apprécier le temps qui passe sans être pressé ni impatient. S’il n’y a pas de vent, le bateau n’avance pas, c’est aussi simple que cela. James et Claudine s’entendent tout de suite bien tous les deux, j’en suis contente. Nous n’abusons pas trop de son temps de repos et la quittons une heure après, je suis ravie de l’avoir revue, même pour si peu de temps. Et ça lui a visiblement fait du bien de voir du monde et de se changer un peu les idées. C’est une femme forte et qui arrive à garder une certaine sérénité, même avec les épreuves qu’elle subit en ce moment. Quelle femme admirable ! Je souhaite de tout cœur que son fils se rétablisse au plus tôt.
Nous revenons à la guest house en 10 minutes (c’est plus rapide quand on ne se perd pas) et nous nous reposons un peu en attendant le dîner. Je vois avec surprise débarquer Bobby, le Pakistanais londonien que j’avais rencontré chez Amma ! Décidément, le monde est petit ! Je le présente, lui et sa compagne Catharina, à James et nous passerons la soirée à discuter ensemble sur la spiritualité, Amma, etc…En fait, disons que ce sont plutôt eux qui parlent et moi qui écoute. Leur niveau d’anglais étant trop haut pour moi, je n’arrive pas à les couper pour prendre la parole quand je le souhaite. Au moins je les comprends, c’est déjà ça ! Nous allons ensuite nous coucher sans trop tarder.
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