Le 20 octobre 2009
J’ai fait de drôles de rêves cette nuit, différents de tout ce que j’ai vécu auparavant. Je suis plutôt chamboulée au réveil, je n’ai jamais ressenti ça jusqu’alors. Est-ce que le darshan de Mère Meera y est pour quelque chose ? Je ne saurais le dire… C’est vraiment étrange.
Jean-Roch est malade ce matin et préfère rater le petit déjeuner pour rester se reposer un peu et jeûner par la même occasion. Je pars donc seule demander mon yaourt et mon assiette afin de préparer ma mixture matinale de céréales, bananes, raisins secs et figues. Je rencontre des Allemands au restaurant mais ils me paraissent vraiment bizarres, si bien que je me dépêche de finir mon petit déjeuner pour pouvoir prendre congé. Ils ne sont pas méchants, juste un peu illuminés. C’est l’inconvénient de voyager en Inde dans des endroits un peu spirituels, on rencontre pas mal de gens déconnectés de la réalité qui nous servent aussi d’exemples à ne pas suivre…
Je pars ensuite au marché ouvert seulement les mardis, tous les habitants du coin venant s’y approvisionner. Des étals de fruits, légumes, épices, casseroles jonchent le sol, donnant un bel aperçu d’explosions de couleurs se mêlant avec les teintes pastel des saris des vendeuses. Quel beau tableau ! Un peu gâché par la multitude de détritus autour mais étrangement, je dirais que ça ajoute une certaine touche indienne au décor qui n’est pas si laid après tout. Ou bien est-ce je m’habitue à la saleté ? Je dois avouer que je n’y fais plus vraiment attention, ça fait partie de mon quotidien de marcher dans les ordures, de sentir les odeurs de pourriture mélangées aux fortes senteurs d’épices, tout en admirant les femmes dans leurs plus beaux atours déambuler dans cette porcherie à ciel ouvert, enjambant les bouses de vache tout en relevant le bas de leur superbe robe multicolore, parées d’étincelants bijoux, leur donnant des allures de reines. Lorsque je prends un peu de recul sur ce que je vis en Inde, je me dis que c’est vraiment un pays unique au monde et tellement particulier que des milliers de lignes couchées sur le papier n’arriveraient pas à décrire. Il faut le vivre tout simplement. J’encourage tout le monde à en faire l’expérience. Elle ne sera peut-être pas toujours bonne ni agréable, mais sans aucun doute inoubliable. Et malgré toutes les galères, les ras le bol, les inconforts et les crises de nerf, on ne pense qu’à retourner dans ce pays incroyable après l’avoir quitté. Il s’immisce en vous et ne vous lâche plus par la suite…
Jean-Roch me rejoint au marché finalement juste après avoir fini les achats de noix de cajou mandatés par Manu qui en voulait 2kgs (!!) et Jean-Roch 500g. Ca fait bien lourd dans mon sac tout ça, je devrais me faire payer la commission. Comme d’habitude, les Indiens sont très curieux de notre présence et souhaitent sans cesse que je les prenne en photos. Au moins, je ne manquerai pas d’images d’Indiens dans leur vie de tous les jours. Nous revenons ensuite à l’hôtel, rangeons nos affaires, attendons 15 minutes François coincé dans les toilettes afin de lui dire au revoir (comme dirait Jean-Roch, en Inde la bouffe n’est pas chère et la diarrhée est gratuite !) puis quittons sans regret cette chambre nauséabonde dans laquelle nous avons tout de même réussi à passer 4 nuits entières !
Nous nous rendons à la gare routière et sautons dans un bus dit « de luxe » en direction de Bangalore. Cette appellation permet juste de s’assurer que nous serons seulement 2 sur des sièges doubles et pas plus, comme c’est l’usage dans les bus ordinaires, ce qui est déjà une source de confort non négligeable. Surtout durant 3 heures et demie de trajet sur une route cabossée, les genoux sous le menton, la place pour des jambes d’Européens n’étant pas prise en compte dans leur mention « de luxe ». Nous somnolons à tour de rôle, nous cachant de temps en temps le visage dans un linge pour éviter la poussière, notre tolérance à la pollution arrivant à saturation. Et ce n’est pas à Bangalore que ça va s’arranger, réputée pour être une grosse ville industrielle pas vraiment agréable pour des touristes.
Nous arrivons à Bangalore vers 15h, n’ayant pas déjeuné. Jean-Roch est au bout du rouleau, le trajet l’ayant achevé en plus de son rhume et mal de gorge. Nous sautons sur une massala dosa dans un boui-boui de la gare routière afin de récupérer un peu d’énergie, puis partons à la recherche d’un hôtel parmi la pléthore de guest houses aux allures miteuses et bruyantes qui entourent la gare. Après plusieurs échecs, nous en trouvons une correcte, sans fenêtre, ce qui nous évitera d’entendre le bazar venant de la rue, puis nous nous écroulons sur le lit, lessivés. Ils veulent notre peau ces Indiens ! Jean-Roch n’en peut plus, il a besoin de dormir un peu. Nous nous octroyons une demi-heure de sieste avant d’appeler un ami de Jean-Roch que nous devons retrouver ce soir.
Après ce sommeil réparateur, nous prenons le rickshaw pour retrouver Rob, l’ami Australien que Jean-Roch a rencontré à Varkala. La course à travers Bangalore relève de la science fiction… Imaginez un trois roues conduit par un Indien sans permis, avec deux Blancs dans la nacelle arrière se prenant tous les gaz d’échappement dans la figure, dans une ville comme Paris avec le même genre d’embouteillage, mais en plus polluée… Les queues de poissons sont de mises ici, les demi-tours cavaliers sans clignotant également, le tout à travers une foule de voitures, bus, rickshaws ne tenant pas vraiment compte des feux de signalisation. Nous arrivons pourtant entiers au café où nous attend Rob, après une demi-heure de folie routière, nos poumons en feu.
Nous reprenons vie dans ce café occidentalisé à la nourriture hors de prix en comparaison de ce que nous avons mangé depuis 15 jours, mais à l’air pur et respirable. Rob s’avère être un garçon sympathique et drôle, mais sa conversation uniquement basée sur les filles et le sexe me barbera assez rapidement. D’autant plus lorsqu’il commencera à me caresser le bras ! Y a des claques qui se perdent… Après manger, je ne tarde pas à faire de grands signes à Jean-Roch pour rentrer rapidement mais Rob insiste pour nous montrer ses photos de Varkala. Je visionne les images d’un œil morne, je n’y étais pas, il n’y a que des photos de filles et je ne connais personne. J’entraîne ensuite Jean-Roch pour rentrer, mon avion est à 6h du matin demain donc réveil à 4 ! Il accepte volontiers ma requête, il est mort de fatigue lui aussi. Nous rentrons sagement nous coucher pas trop tard.
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