Le 17 octobre 2009
J’ai bien dormi cette nuit, ça fait du bien ! C’est peut-être aussi dû aux boules Quiès qui m’ont permis de baigner dans une douce quiétude toute la nuit, je n’ai même pas entendu les pétards ce matin.
Vers 8h, nous partons à la recherche d’un restaurant pouvant nous fournir un bol et du yaourt qu’on puisse mélanger avec nos céréales et fruits secs qu’on a emportés de notre dernière étape. Ce n’est pas une mince affaire, personne ne parlant vraiment anglais ici et ils ne comprennent pas un traître mot de ce qu’on leur raconte. Ils n’ont pas l’air d’avoir de yaourt ici… Alors que nous allions déclarer forfait et que nous nous apprêtions à manger une de leur spécialité épicée salée en guise de petit déjeuner, je m’essaie dans un dernier boui-boui , Jean-Roch allant carrément dans les cuisines et il revient victorieux, deux verres de yaourt à la main ! Nous mélangeons nos céréales avec ce lait écaillé dans une soucoupe ajoutant des figues sèches, des raisins secs et des bananes fraîches. Le tout est plutôt bon ! Et plus digeste pour ma part qu’une crêpe aux pommes de terre sauce épicée…
Nous passons ensuite un moment à chercher un Internet café, toute recherche s’avérant assez difficile dans cette ville où peu de locaux parlent anglais. Mais nous finissons par en dénicher un encore fermé pour le moment, il n’est que 9h30. Nous nous rabattons sur un chaï puis des jus de fruits frais qui me donneront, je l’espère, assez de vitamines pour combattre un gros rhume qui m’ennuie depuis ce matin. Pourtant, on ne peut pas dire qu’il fasse froid en Inde ! Ca doit être le ventilateur de la guest house à Tiruvannamalai qui m’a causé ce coup de froid.
Nous revenons nous reposer un peu à la chambre, Jean-Roch essayant de me faire un cours d’anglais en m’apprenant des mots que je n’arrive pas à retenir. Nous retournons passer un peu de temps sur Internet, puis partons manger un thali dans un restaurant à la propreté douteuse, mais à la nourriture correcte bien qu’épicée. Nous sommes encore une fois l’attraction du jour, tout le monde veut nous parler ou nous sourit gentiment, intrigués par notre présence. En Inde, il ne faut pas souhaiter passer inaperçus, c’est impossible, spécialement dans les villages reculés comme ici. Mais je fais maintenant abstraction de la curiosité qu’on suscite, ne la remarquant qu’à peine.
Nous rentrons ensuite faire une sieste, n’ayant pas grand-chose à faire dans cette ville, puis nous repartons à travers les échoppes pour essayer de trouver un couturier qui pourrait réparer mon petit sac de voyage qui se déchire. Après un moment de recherche, on arrive dans un petit magasin ou plusieurs hommes (eh oui, je ne vois aucune femme à l’ouvrage) affairés sur leur antique machine à coudre. Je leur explique mon problème et ils me passent mon sac à la machine à coudre ce qui remet d’aplomb les coutures (avec du fil vert cependant, ça met un peu de couleur à mon sac brun) en moins de deux minutes. Et le tout pour moins d’un euro… Ca c’est du service rapide et bien fait ! Et en plus, avec de radieux sourires en prime, tout contents d’avoir rendu service à des Blancs ! Je les adore ces Indiens…
Nous nous promenons ensuite dans la ville bondée et bruyante, chacun nous adressant un « Hello » gentil et curieux, des sourires fusant de toute part. Nous passons devant les étals de fleurs et chaque vendeur m’offre une fleur au passage, les marchands de légumes me donnent des courgettes gratuites, les marchands de poulet veulent se faire prendre en photo en train de découper leur viande entourée de mouches nauséabondes à faire devenir végétarien n’importe quel adorateur de chair blanche. J’admire leur gentillesse à notre égard, je m’imagine difficilement le même genre de scène en Europe, nos marchands français offrant des fleurs à des Japonais… Ca ne doit pas arriver souvent. Je déambule dans les rues, heureuse de partager leur scène de vie avec eux, voulant tout voir, courant partout, Jean-Roch peinant à me suivre, le bruit ambiant le fatiguant trop. Je ne sais pour quelle raison ça ne me gêne pas pour ma part. Je veux juste profiter de cet élan de gentillesse et d’hospitalité que m’offrent ces gens si souriants… Toutes ces démonstrations joyeuses et dénuées d’intérêt de leur part me remplissent d’un incroyable amour envers tous les êtres humains et c’est avec l’impression de flotter sur un nuage, le cœur gonflé à bloc, que nous prenons le chemin du retour à l’hôtel.
Nous tombons ensuite sur un Blanc, le seul que nous ayons croisé depuis ce matin. Il est français et vit à l’ashram avec sa femme indienne où il s’occupe d’orphelins. Vivre dans cette ville indienne à l’année ne doit tout de même pas être évident. Pour moi, ça ira pour 4 jours, mais je ne me vois pas rester ici des années ! Je serai contente de retrouver un peu plus de calme et de confort bientôt. Il nous parle de Mère Meera, la femme qu’on est venu voir ici. C’est un avatar (de naissance divine), comme Amma, contrairement à Sri Aurobindo, Ramana Maharshi ou Siva Shakti qui sont nés humains et ont atteint l’illumination au cours de leur vie terrestre. Enfin, c’est comme ça que les gens nous les décrivent. Mère Meera vit en Allemagne à présent et revient de temps en temps en Inde pour retrouver ses racines et donner le darshan. Nous la verrons ce soir à l’ashram.
De retour à l’hôtel, nous croisons Emmanuel, un Français que nous avions rencontré chez Amma, qui est lui aussi venu voir Mère Meera. Nous faisons donc la route ensemble jusqu’à l’ashram afin de recevoir notre premier darshan. On nous assoit, Jean-Roch et moi, au premier rang sur des chaises, tandis que la salle se remplit doucement d’une vingtaine de personnes. Les orphelins indiens, accompagnés du Français que nous avons croisé, sont assis par terre à la gauche de la chaise principale encore vide et ils chantent en cœur des mantras hindis. Ca y est, Mère Meera entre dans la pièce et vient s’asseoir sur son trône. Nous sommes les premiers à passer, on s’agenouille devant elle afin qu’elle puisse nous prendre la tête entre ses mains, ses doigts contre nos tempes, puis, après un moment plus ou moins long selon les personnes, nous devons relever la tête puis la regarder droit dans les yeux. C’est un autre style de darshan que celui d’Amma qui prend dans ses bras maternellement. Mère Meera est plus austère et moins tactile, le tout s’exécutant dans un silence total, mais elle n’en reste pas moins intimidante…
Lorsque c’est mon tour de passer, je m’agenouille, lui présente ma tête pour qu’elle puisse saisir mes tempes qu’elle garde 30 secondes entre ses mains. Je relève ensuite les yeux pour pénétrer son regard et là le temps s’arrête… Ses yeux d’une profondeur infinie semblent me montrer tout l’univers dans sa globalité. Elle a l’air, quant à elle, de pénétrer mon âme en brisant des nœuds et des blocages sur son passage… Je me relève, chancelante, pour revenir m’asseoir à ma place. Le tout n’a pas duré plus d’une minute. Je ferme les yeux pour méditer, de grosses larmes s’échappant comme par surprise de mes paupières closes. Oufff…
Nous restons à méditer tandis que tout le monde passe pour le darshan. Ca se finit une heure plus tard, Mère Meera reste encore un moment à méditer avec nous, puis se lève sans bruit et cette femme de 49 ans qui en paraît à peine 35, quitte la pièce subrepticement. Nous partons également peu après, notre faim prenant le dessus sur notre méditation. Manu nous accompagne pour dîner et nous raconte son histoire de vie. A 19 ans, après avoir bu un coup de trop, il a sauté dans une piscine à moitié vide, sa tête tapant contre le fond, et lui brisant une cervicale. Il est resté cliniquement mort durant 3 minutes et se souvient parfaitement, dans son inconscience, avoir eu le choix entre partir définitivement ou bien revenir parmi les vivants. Il a crié dans son esprit qu’il voulait revenir à condition qu’on lui redonne l’usage de ses jambes. En effet, il savait, alors qu’il était inconscient, qu’il se réveillerait certainement paralysé. Il est donc revenu et est resté tétraplégique durant 6 mois. Il était tellement convaincu qu’il allait remarcher qu’il n’a jamais désespéré et qu’il refusait tous les médicaments qui avaient pour effet de le droguer ou de l’assommer, au grand mécontentement des médecins. Le premier moment où, après d’incommensurables efforts, il a réussi à bouger un doigt, a été un bel accomplissement pour lui, il en est même tombé dans les pommes sous l’effet de trop d’efforts ! Huit ans après, il peut de nouveau marcher, faire du vélo, le tout étant toujours fragile, mais bon… Il a décidé de voyager depuis et a parcouru toute l’Asie et l’Amérique du Sud en quête de sorciers, prêtres, guérisseurs ou Saints qui pourraient lui permettre d’améliorer sa santé complètement. Il a trouvé son but dans l’ashram d’Amma… Il y reste maintenant plusieurs mois par année auprès d’elle. Quelle histoire ! Je trouve ça toujours incroyable d’entendre des chemins de vie pareils, c’est tellement loin des gens que je rencontre dans ma vie quotidienne. Et l’écouter parler de toutes ses expériences spirituelles est incroyable… Je n’adhère évidemment pas à tout ce qu’il dit, mais je respecte profondément ses croyances et suis contente de voir qu’il a l’air heureux et épanoui dans sa vie actuelle.
Nous partons ensuite nous coucher, la bouche en feu à cause d’un trop plein d’épices de nos plats. Malheureusement, nous n’avons pas le choix du restaurant ici, nous devons manger à l’indienne. Espérons que notre estomac tiendra le coup !
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