Le 7 octobre 2009
Je me réveille vers 7h du matin, un peu plus reposée mais je sens que je n’ai pas totalement récupéré encore de ma fatigue. Je décide donc de rester un jour de plus à Pondichéry plutôt que de partir directement à Auroville comme je l’avais initialement prévu. J’aime cette ville à l’accent français, aux rues larges et à l’atmosphère propice au farniente.
Je prends mon petit déjeuner dans une boulangerie française où je rencontre deux Français (ils sont partout !) qui s’étonnent de me voir voyager seule en Inde. Voilà que ça recommence… Tous les Français de Pondichéry se liguent avec mes parents contre mon inconscience de me trouver seule dans ce pays de barbares. Je comprends l’attitude de mes parents qui sont loin et ne savent rien sur l’Inde, mais eux qui vivent dans le pays depuis plusieurs années ? Sauf que je m’aperçois bien vite qu’ils ne connaissent pas l’Inde non plus, à part Pondichéry (qui pour moi ne représente absolument pas le reste de l’Inde). Ils sont ici avec leurs jugements fermés et leurs a priori définitifs, sans chercher à connaître vraiment le pays dans lequel ils vivent ! Ils ont juste été expatriés ici, cherchant l’exotisme mais critiquant tout ce qui est différent de leur culture : la nourriture est trop épicée, les Indiens sont bizarres et pénibles, il fait trop chaud… Je n’arrive pas à comprendre cette fermeture d’esprit surtout de la part de gens vivant à l’étranger ! Ai-je oublié que les Français sont tous comme ça depuis mon départ à Montréal ? J’espère ne tomber que sur des cas isolés …
Je retourne ensuite à l’ashram de Sri Aurobindo pour méditer à nouveau dans cette atmosphère calme et reposante pour l’esprit. Encore une fois, la même sérénité qu’hier me remplit aussitôt le cœur, ce qui me fait un bien fou après mes émotions de la veille. J’en ressors régénérée même si toujours un peu fatiguée. En chemin, je tombe nez à nez avec un éléphant qui prend presque toute la largeur de la route… Il n’y a qu’en Inde qu’on peut avoir ce genre de surprise au détour d’un coin de rue ! Il est tout barbouillé de peinture, il doit représenter une certaine divinité hindoue. D’ailleurs les Indiens lui présentent une offrande, que ce soit une pièce de monnaie ou une banane, qu’ils déposent délicatement à l’intérieur de sa trompe puis l’éléphant bénit la tête de la personne en posant sa trompe sur son crâne… Je reste médusée par leur rituel si peu commun, en me demandant si le dompteur de l’éléphant réussit à ramasser pas mal d’argent avec cette pratique. Un Indien, me voyant éberluée devant ce manège, m’encourage à essayer moi-même. J’hésite un peu à cautionner cette pratique puis, devant l’insistance des passants à tenter l’expérience, je cède en riant. Je dépose délicatement une pièce d’1 roupie dans la trompe du mastodonte qui me bénit… le bras ! Je n’ai pas droit à la tête, moi ! Je m’éloigne de l’éléphant en riant, il a dû sentir que j’étais dubitative sur sa soi-disant divinité !
Ensuite je pars manger dans un petit restaurant relaxant où je rencontre Florent, un expatrié français également. Comme les autres, il n’est jamais sorti de Pondichéry, alors que ça fait 2 ans qu’il est ici. Mais il me paraît moins râleur et critiqueur que les autres (ou bien est-ce que je réévalue mon échelle à la baisse ?) et je suis contente de discuter avec une personne un peu plus ouverte d’esprit. Je fais également la connaissance d’un jeune Anglais, d’une trentaine d’années, routard comme moi, voyageant en Inde depuis un mois environ en ayant fait à peu près le même parcours que moi, à part l’ashram d’Amma, évidemment. Enfin je rencontre quelqu’un qui a l’air sur la même longueur d’onde que moi ! Réjoui de son expérience en Inde, il prend la vie comme elle vient, en profitant à fond de tous ses bienfaits ! Il s’occupe d’enfants autistes en Angleterre et a décidé de s’accorder une année sabbatique en Asie pour décompresser un peu. J’aime son dynamisme et sa façon de voir les choses. De fil en aiguille, nous décidons de partir demain matin pour Auroville, endroit qui l’attire également par son étrangeté et sa philosophie. Super, j’ai un compagnon de voyage !
Je pars ensuite me reposer un peu dans le jardin de la guest house de l’ashram si tranquille et bien aménagée. A 19h30, je rejoins Florent le Français et James l’Anglais à qui j’avais tous les deux donné rendez-vous au bar du coin pour prendre mon premier verre d’alcool depuis un mois. Ils ne se connaissent pas, bien que j’aie fait leur connaissance au même endroit ce midi, mais Florent était déjà parti lorsque j’ai rencontré James. Nous discutons en anglais durant toute la soirée de nos différentes expériences de voyage, devant une bière puis une deuxième… Je m’arrête là, alors que James, en bon Anglais qui se respecte, en alignera 4 d’affilée. Je déguste également avec un plaisir inouï une bonne pièce de bœuf, mon premier morceau de viande depuis mon arrivée en Inde également. J’entends parler français à toutes les tables autour de nous, c’est fou le nombre de Gaulois qui se retrouvent ici ! Je me crois vraiment en France pour le coup… Nous rentrons ensuite bien sagement chez nous, chacun de notre côté, James et moi nous étant donné rendez-vous demain pour aller ensemble à Auroville.
Arrivée à ma guest house, je trouve la barrière fermée avec un cadenas. J’ai beau sonner, personne ne me répond. Il est 22h30, il n’est pas si tard que ça quand même ! Je suis obligée d’escalader la barrière qui, heureusement pour moi, n’est pas bien haute. Je trouve ensuite la 2ème porte fermée à clef pour entrer dans mon studio… C’est le parcours du combattant pour aller se coucher ce soir ! Ils ont dû croire que j’étais rentrée et ont tout verrouillé pour je sois en sécurité, mais en attendant je me trouve à la porte de chez moi ! Je fais appel au voisin du dessous, un touriste allemand qui m’aide à ouvrir la porte. Ca y est, je peux enfin aller me coucher ! Bonne nuit, tout le monde.
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