Le 16 octobre 2009
La nuit ne fut pas bonne pour ma part, c’est le moins qu’on puisse dire. Attaquée par des moustiques toute la nuit, j’ai plutôt perdu la bataille cette fois-ci. En plus, mon esprit était très agité pour une raison inconnue ce qui m’a empêchée de trouver le sommeil durant de nombreuses heures.
Nous sommes brutalement réveillés à 6h30 du matin par des pétards lancés juste en dessous de la guest house. C’est jour de fête aujourd’hui et ils commencent tôt à le célébrer ! Vu que nous sommes réveillés, je pousse Jean-Roch à aller déjeuner rapidement de céréales que nous avons achetés la veille à l’épicerie (on commence à en avoir marre des pancakes ou yaourt aux fruits frais tous les matins) avant d’aller effectuer une petite randonnée sur la montagne sacrée. Même tôt le matin, le soleil tape fort et nous piquons une bonne suée à grimper de la sorte. Nous croisons nombre de singes peu effrayés par notre présence, nous avons donc tout le loisir de les admirer.
Après 20 minutes de grimpette, nous tombons, à notre grande surprise, sur un ashram perdu dans les rochers. Nous restons y méditer un moment avant de continuer notre ascension vers une grotte célèbre pour avoir hébergé Ramana Maharshi durant 20 ans. Cet homme, devenu maître spirituel par la suite, est resté 20 ans seul dans cette grotte à méditer afin d’atteindre l’illumination. Il aurait ensuite entendu un message du divin qui lui demandait de sortir de la grotte pour apporter au monde son savoir, son aide et son influence. C’est sûr que c’est bien beau d’être illuminé, mais si ça signifie se couper de tous les êtres humains… Ca ne m’intéresse pas dans ce cas, moi !
En tout cas, il est indéniable qu’il règne une atmosphère spéciale dans cette petite grotte si minuscule qu’elle peut à peine accueillir 6 personnes assises en tailleur. Il y règne une chaleur folle mais étrangement ça ne gêne en rien notre méditation qui est puissante et profonde. Que d’énergie dans un si petit endroit ! Jean-Roch et moi avons le même ressenti à ce sujet et nous restons un moment absorbés par ce lieu magique. Je sors la première et attends Jean-Roch dehors à l’air plus frais. Un moment d’inattention et j’aperçois juste à temps un singe en train de me voler mon sac ! Non mais, petit sacripant ! Il me fera bien rire en tout cas.
Nous redescendons ensuite vers la ville et prenons un rickshaw qui nous ramène à l’hôtel. Nous préparons nos bagages puis quittons les lieux. J’avoue être contente de partir après 5 jours dans cette ville. Je m’y sentais bien mais on ne peut pas dire qu’il y ait grand-chose à faire. Et elle me rappelle sans cesse James que j’ai laissé partir il y a 2 jours. J’hésite même à aller le rejoindre à Hampi aujourd’hui, mais ça n’a rien de raisonnable, c’est à plus de 12 heures de trajet en bus dans la direction opposée de Bangalore, ville où je dois prendre mon avion dans 4 jours… Et je ne vais pas laisser mon ami Jean-Roch en plan non plus, il a traversé la moitié de l’Inde du Sud pour me rejoindre ! Ce sont toutes ces tergiversations qui m’ont empêchée de dormir aussi… ma raison prendra donc le dessus sur le reste, je ne rejoindrai pas James à Hampi, je vais rester autour de Bangalore avec Jean-Roch.
Nous nous présentons à la gare routière avec nos gros sacs sur le dos puis grimpons dans un premier bus inconfortable qui nous emmène en 2 heures de temps à Vellore. Les transports en Inde sont vraiment incroyables… Malgré leur inconfort, nos genoux pliés sous le menton, les klaxons tonitruants retentissant toutes les 30 secondes, les jeunes Indiens souhaitant nous baragouiner des mots d’anglais incompréhensibles pendant une heure (mais ils ne s’adressent qu’à Jean-Roch, je suis plutôt tranquille pour ma part… c’est bien de voyager à deux !), les trajets en bus restent toutefois fascinants. Tous les passagers sont entassés sur de petits sièges à 4 sur des doubles fauteuils, les uns sur les autres, sans jamais se plaindre. Les enfants inconfortablement installés sur les genoux de leur mère ne pleurent jamais, même après 5 heures de trajet, leur tête cognant régulièrement des barres en fer lors de virages un peu serrés ou de dépassements cavaliers. Par contre, nous avons régulièrement le droit à des lâchers de flatulences et vu la proximité des uns et des autres, tout le monde en profite… Les Indiens ont toujours un sourire envers nous, mêlé de curiosité, leur gentillesse surpassant le fait qu’ils soient un peu pénibles certaines fois.
Je ne me lasse pas du spectacle se déroulant tel un écran de cinéma à travers la petite fenêtre sans vitre du bus et ce malgré toute la poussière que j’avale durant ces trajets sur la terre battue. Nous traversons des petites villes bruyantes, évitant aussi bien les vaches que les rickshaws et les piétons, annonçant notre arrivée à grands coups de klaxon qui finissent par me donner mal à la tête à force. Les paysages de campagnes plus calmes et paisibles sont souvent détériorés par des monticules de détritus. L’Inde est une fleur de lotus sur un tas de fumier, voilà une métaphore qui décrit parfaitement ce pays incroyable.
Arrivés à Vellore, nous nous arrêtons pour déjeuner dans un boui-boui local. Les tenanciers nous accueillent comme des rois, heureux de voir arriver des étrangers dans son échoppe ; ils ne doivent pas en voir beaucoup. On nous sert un succulent thali que nous dégustons avec les doigts, mélangeant la sauce avec le riz en formant de petites boules que nous portons à notre bouche en faisant attention de n’utiliser que la main droite, la main gauche étant considérée comme impure, vu que c’est elle qu’on utilise pour se laver après être allés aux toilettes, le papier n’existant pas ici ; ils se passent de l’eau et puis c’est tout ! Et dire qu’ils préparent notre nourriture avec les mains… Mieux vaut ne pas y penser ! En tout cas, leur thali est délicieux et ils sont tellement contents de pouvoir discuter avec des Blancs, chacun se bousculant pour nous parler. Nous mangeons très bien pour 50 centimes d’euro chacun, je n’en reviens toujours pas des prix dérisoires que nous payons ici, surtout dans les petits restaurants non touristiques et typiquement indiens. Les chambres d’hôtel dépassent rarement les 3 euros pour la nuit par exemple. Bon, ce n’est pas le grand luxe, c’est évident, mais les lits sont généralement bons, il y a toujours des ventilateurs pour aérer un peu la chambre et la salle de bain est généralement privative avec toilettes occidentales (quelquefois des toilettes turques) et un robinet avec un seau pour se laver. Le strict minimum mais confortable.
Après déjeuner, nous sautons dans un autre bus qui nous emmène en une heure de temps à Chittoor, dans la province de l’Andhra Pradesh. Jean-Roch se fait gentiment agrippé par un Indien un peu efféminé qui visiblement craque sur le corps musclé de mon ami. Il ira même jusqu’à lui faire un baise-main passionné qui dégoûtera un peu Jean-Roch mais qui aura le mérite de me faire mourir de rire ! Ah, ces Indiens… On ne sait jamais à quoi s’attendre avec eux !
Arrivés à Chittoor, nous devons attendre notre troisième et dernier bus de la journée pour Madanapalle, notre destination finale. Deux heures plus tard, nous arrivons enfin au but, les fesses en compote, ne pouvant plus supporter un « Hello » pourtant amical de nos amis Indiens qui ignorent que nous en avons eu 15 000 depuis ce matin, ne demandant plus qu’à nous étendre dans un bon lit. Nous sautons dans un rickshaw en lui indiquant le nom d’un hôtel. Il semble avoir compris, dodelinant de la tête à la façon indienne pour dire « oui », puis traverse cette ville nullement touristique à travers la nuit noire.
Il nous amène devant l’ashram de la ville, ce qui n’était pas du tout ce que nous lui avions demandé, mais comme à leurs habitudes, les Indiens ne peuvent pas dire qu’ils ne comprennent pas et préfèrent inventer le plus probable dans ce cas-là ! Malgré l’heure tardive, nous tombons sur un Blanc qui nous indique où nous pourrons trouver un hôtel non loin d’ici. Nous nous y rendons à pied, notre chauffeur ne comprenant rien à ce qu’on essaie de lui dire. Heureusement, le patron de l’hôtel est là et nous donne une chambre pas vraiment propre, mais elle fera l’affaire pour ce soir. Nous nous enquérons d’un endroit où manger mais le patron nous explique que tout est fermé aux alentours, mais que son employé peut aller nous chercher à manger et nous l’apporter dans la chambre si nous le désirons. Parfait ! Nous commandons deux massala dosas chacun, puis restons à discuter dans la chambre en attendant. Il débarque sans frapper 20 minutes plus tard avec notre nourriture emmaillotée dans du papier journal que nous mangeons sur le lit sans assiette ni couvert, essayant de ne pas tacher les draps. Notre Indien reste à nous regarder manger, sans nous laisser l’intimité de notre chambre, à la mode indienne quoi ! Je suis contente de ne pas être seule dans cette chambre, je ne serais pas très rassurée. Là, à deux avec Jean-Roch, nous prenons ça à la rigolade ! Nous finissons par le virer gentiment afin de pouvoir finir de manger tranquillement. Il reviendra une heure plus tard pour savoir si nous avons bien mangé en nous expliquant qu’il y a une sonnette sur le mur qui permet de l’appeler pour lui demander n’importe quoi. Il ne serait pas un peu envahissant notre ami ? Nous le remercions et le poussons hors de la chambre en prenant garde de fermer à clé cette fois-ci. Enfin tranquilles !
J’avoue ne pas me sentir à l’aise dans cette chambre, non pas à cause de cet employé qui est bien gentil, même s’il est un peu collant, mais à cause de la saleté qui y règne. Les murs sont constellés de taches, de même que le carrelage sur lequel je rechigne à marcher pieds nus, et je ne parle même pas de la salle de bain, en particulier des toilettes qui n’ont pas dû être nettoyées depuis 10 ans… Je ne suis pas spécialement regardante à ce sujet, me contentant généralement de peu, mais là ça dépasse mes limites d’hygiène les plus basses ! C’est donc sur la pointe des pieds que je prends ma douche, n’osant toucher aucun mur et remettant à plus tard mes besoins naturels. Vive l’Inde ! On voit qu’on n’est absolument pas dans un endroit pour touristes ici. Je voulais voir ce que donne une ville typiquement indienne, je ne suis pas déçue ! Nous nous écroulons sur nos lits aux draps relativement propres… Bonne nuit.
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