Le 19 octobre 2009
Je me réveille en meilleure santé qu’hier, mon rhume a l’air d’aller mieux. En effet, rien de tel qu’un petit jeûne pour faire travailler le système immunitaire à plein régime !
Après le petit déjeuner, nous partons Jean-Roch, Manu, Conan et moi en rickshaw jusqu’à Rishi Valley, une place loin de la ville où Krishnamurti a fondé une université basée sur sa philosophie de recherche personnelle loin de tout guru, maître spirituel ou religion. J’ai lu plusieurs de ses livres à Montréal qui sont très intéressants mais pas évidents à comprendre.
Nous débarquons, après une demi-heure de trajet, dans un grand parc où seuls sont audibles les chants des oiseaux. Ca fait tellement du bien ce calme loin du bazar de la ville, de la pollution et de la poussière que nous ingérons sans le vouloir. Manu et Conan, tombant amoureux des lieux, décident de prendre une chambre ici. Nous visitons les logements qui sont superbes, propres et contiennent radio, frigidaire et bibliothèque… Moi aussi je resterais là à leur place si je passais du temps ici. Mais Jean-Roch et moi partons demain pour Bengalore, ça ne vaut pas la peine de changer. Nous allons ensuite déjeuner un succulent repas non épicé pour une fois, ça fait tellement du bien ! Nous allons ensuite nous étendre sous un immense arbre au tronc gigantesque et aux racines tombant du ciel. Cet arbre abrite une colonie d’oiseaux, de singes et de grosses chauves-souris impressionnantes.
Je m’allonge sur l’herbe et admire cette vie cachée entre les branches, les rayons du soleil jouant avec les feuilles pour mieux nous éblouir. Je suis tellement bien en pleine nature, j’avoue me sentir bien plus à ma place qu’en ville. J’aime la sensation de la chaleur du soleil sur ma peau alors qu’une douce brise vient me rafraîchir en même temps. Couchée sur la pelouse, des fourmis venant me chatouiller les doigts de pieds, je resterais des heures à juste profiter des bruits environnants en regardant les nuages traverser le ciel. Tout le monde fait la sieste, ravis de ce moment de plénitude qui s’offre à nous. Le fait d’être constamment dans la poussière et le bruit nous fait d’autant plus apprécier ces moments de grâce.
Vers 3h30, nous décidons de rentrer, les garçons ayant leur sac à faire pour le déménagement de ce soir. Le seul souci, c’est qu’il n’y a aucun moyen de transport pour nous ramener jusqu’à la ville, le coin étant vraiment désert de véhicule. Nous marchons jusqu’au chemin en espérant qu’une voiture, rickshaw ou même tracteur (nous nous contentons de peu) passe par là.
Au bout de 20 minutes, un rickshaw déjà plein passe devant nous. Nous lui faisons signe sans vraiment espérer qu’il s’arrête, vu qu’il est déjà en surcapacité avec au moins 6 personnes à l’intérieur alors qu’on tient à peine à 3 normalement. Mais rien n’est impossible en Inde ! Il s’arrête devant nous et nous fait signe de monter. Les garçons se glissent à l’arrière, les fesses sur le petit rebord, se tenant à la rampe pour ne pas tomber et levant les jambes pour ne pas toucher le pot d’échappement. Je rentre à l’intérieur du rickshaw déjà rempli d’étudiantes qui s’amusent de voir débarquer une étrangère parmi elles. Pliée en quatre, à moitié sur leur genoux, dans une position vraiment inconfortable, je prie pour qu’on n’effectue pas les 10km ainsi… A chaque trou dans la route, ma tête se cogne durement contre les barres du toit, je vais être criblée de bosses si ça continue ! En tout cas, ça a le mérite de faire rire mes nouvelles amies ! Après 3km, je n’en peux déjà plus… J’aperçois alors un rickshaw vide derrière nous. Ah ! Je stoppe notre engin et grimpe avec mes 3 compagnons dans le rickshaw vide. Ca fait du bien d’avoir de la place ! Ceci dit, je ne me plains pas, c’était déjà gentil de leur part de s’arrêter pour nous prendre, ils nous ont bien rendu service.
Revenus en ville, nous retombons dans la poussière et la pollution de plus en plus difficile à supporter pour nous tous. Surtout après avoir passé la journée à l’air pur et frais ! Nous essayons de minimiser les dégâts en nous couvrant le nez et la bouche avec un foulard, mais je ne suis pas sûre que ça change grand-chose. Je ne sais pas comment font les gens qui vivent ici à longueur d’année ! Leurs poumons doivent être couverts de crasse ! Moi-même je commence à tousser, la gorge irritée par tant de poussière, Jean-Roch n’étant guère mieux.
Alors que nous prenons un petit jus de fruits dans une échoppe pour nous rafraîchir un peu, nous apercevons François, le Français qui était dans notre chambre chez Amma, qui débarque de nulle part. Décidemment, tout le monde se retrouve dans cette ville perdue et sans autre véritable intérêt que l’ashram de Mère Meera. Il a passé deux semaines en Egypte avant de revenir en Inde ce matin. Il nous raconte son voyage, nous échangeons nos expériences puis partons ensemble pour le darshan quotidien.
C’est le dernier pour ma part vu que je pars demain pour Bangalore afin de rentrer en France. Comme chaque soir, nous écoutons religieusement les chants hindis des orphelins qui me transportent encore une fois. Mère Meera arrive par la suite, nous passons à tour de rôle pour le darshan qui, cette fois encore, ne me fera pas beaucoup d’effet sur le moment. Par contre, la méditation qui s’ensuit est l’une des plus profondes que j’ai jamais effectuée. J’ai même du mal à me relever une fois fini, la tête me tournant pas mal. Je me sens comme groggy et sors en silence, mes compagnons me suivant tout en ayant l’air aussi retourné que moi. Elle nous fait bouger quelque chose à l’intérieur, c’est certain, même si je n’ai aucune idée de quoi exactement. Mais est-ce vraiment important de le savoir ?
Sur le chemin du retour, nous croisons un Suisse-Allemand qui parle français aussi et l’invitons à se joindre à nous pour le souper. Sur les conseils de François qui connaît le coin pour y être venu quelquefois, nous tentons un autre restaurant, plus calme et excentré, où on peut manger dans un grand jardin à l’abri des bruits de la ville. C’est parfait, vu qu’on devient assez intolérant sur le vacarme et la pollution Jean-Roch et moi depuis ce matin. De plus, ils ont une carte de plats avec du choix ! Ca fait longtemps qu’on n’a pas vu ça, le choix étant généralement limité à un thali ou une massala dosa… Je choisis un plat de champignons massala, dédaignant les plats de viande, n’en ayant vraiment aucune envie. Surtout depuis que j’ai vu comment était gardée la viande au marché à l’air libre entourée de mouches… Beurk !
Alors que nous avions bien précisé « non épicé » quant à nos plats en sauce, je tombe lors de ma première bouchée sur un piment qui me brûle instantanément la bouche. Il est tellement fort que je peux à peine parler, les larmes me coulant abondamment sur les joues. Jean-Roch comprend tout de suite ce qui m’arrive et demande dare-dare du yaourt écaillé au serveur, idéal pour atténuer les épices. Ouff, je respire un peu… Ils sont fous de faire des plats aussi épicés ! C’est horrible pour l’estomac ! Nous terminons la soirée à la belle étoile, l’air se rafraîchissant bien. On mettrait presque un pull, dis donc ! La discussion porte essentiellement sur notre nouvel ami le Suisse Allemand qui travaille dans un resort aux Maldives et vient de temps en temps se changer d’air en Inde vu que ce n’est pas loin. Ce n’est pas le même folklore, c’est certain ! Nous partons nous coucher par la suite.
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