L’Ashram d’Amma

Le 21 septembre 2009

J’ai dormi comme un bébé cette nuit, sûrement grâce à mes boules Quies. Aujourd’hui, je quitte ma partie visite de l’Inde pour entrer dans un niveau plus spirituel. Je compte rejoindre l’ashram d’Amma cet après-midi.

Après un petit déjeuner en ville, Nick et moi nous rendons à la gare routière. Il est temps de nous quitter, chacun partant dans une direction différente. Je suis ravie d’avoir fait sa connaissance, il a été un agréable compagnon durant ces deux jours. Je grimpe dans un bus archi bondé où l’absence de fenêtre permet à l’air de rafraîchir un tantinet les voyageurs compressés. Malgré la quantité de poussière que j’avale, j’aime toujours autant ces trajets dans ces vieux bus.

Au bout d’une heure de trajet, on me dit de descendre à cet endroit, dans cette ville sale et poussiéreuse au nom imprononçable. Je trouve un rickshaw qui m’emmène jusqu’à l’ashram. Je suis un peu excitée tout en étant intimidée. Je n’ai aucune idée à quoi m’attendre. On m’aurait dit, il y a 5 ans, que je voudrais passer une semaine à méditer dans un ashram en Inde, je ne l’aurais pas cru. Et là, me voilà rendue devant cet édifice sacré où de multiples fidèles, la plupart Européens, se regroupent pour le déjeuner, tous habillés en blanc. Je passe la barrière avec un peu d’appréhension, faisant vraiment touriste avec mes vêtements de routard et mon gros sac à dos. L’air un peu perdu, je demande où se trouve le bureau des arrivées. On me répond gentiment qu’il n’est pas encore ouvert et que je peux me servir à manger en attendant. Une file fournit de la nourriture indienne gratuite, une autre des plats européens payant à moindre coût. Le tout végétarien, bien entendu. Je choisis la file européenne, je n’ai pas envie d’épicé ce midi. Je m’assois parmi les fidèles, observant les yeux grands ouverts, les attitudes de chacun. Je vais ensuite laver mes récipients avec du sable et de l’eau, n’utilisant aucun produit d’entretien, même pas une éponge. Tout se fait avec les mains. Je patiente ensuite en attendant l’ouverture du bureau d’accueil.

A l’heure dite, je remplis tout un formulaire, me fais confisquer mon passeport jusqu’à mon départ, puis on m’assigne une chambre dans le bloc E. N’ayant aucune idée de l’endroit où se trouve ce bloc E, je m’enquiers auprès de gens. Il n’est pas loin du temple et je m’aperçois avec bonheur que ma chambre se situe au 15ème et dernier étage du bâtiment. La vue y est imprenable sur tous les environs. L’ashram est caché en pleine forêt, coincé entre la mer d’un côté et une rivière de l’autre. Un grand temple et plusieurs immeubles immenses font partie de l’enceinte qui peut contenir jusqu’à 3000 fidèles. Impressionnant! Je découvre ma chambre qui me surprend par sa sobriété, mais elle est propre. Un matelas en caoutchouc est posé à même le sol avec une petite table puis c’est tout. La salle de bains attenante est plutôt grande et elle possède même une douche, une vraie je veux dire, avec un pommeau qui expulse l’eau lorsqu’on tourne le robinet! Je n’en ai pas vu depuis mon arrivée en Inde… En fait, cette chambre possède tout ce qu’il faut, rien de moins, rien de plus. Et j’ai la chambre pour moi toute seule ce soir, mon ami Jean-Roch ne me rejoignant que demain.

Je vais chercher les draps et oreillers dans le bloc B puis pars au bureau du tourisme pour une visite guidée de l’ashram. Ils commencent à nous passer une video explicative sur Amma mais une cloche retentit 3 fois dans l’enceinte du temple. On nous explique que ça signifie qu’Amma va aller méditer sur la plage avec ses fidèles, ce qu’elle ne fait que de temps en temps. Du coup, on arrête net la séance d’information pour assister, nous aussi nouveaux arrivants, à cette chance qui nous est offerte.

Alors nous nous dirigeons vers la plage, Amma elle-même apparaît juste devant nous, entourée de policiers qui assurent sa sécurité. Est-ce dû à de l’auto-persuasion ou bien à l’excitation et à l’attente de la voir en chair et en os depuis un moment, mais je sens monter en moi des frissons incontrôlables d’énergie et d’amour me traverser. Elle se trouve à 2 mètres de moi, une petite Indienne boulotte qui pourrait passer inaperçue si elle ne dégageait pas une si grande aura autour d’elle. Elle illumine et contamine tout le monde sur son passage. Les sensations sont tellement fortes et intenses que je sens les larmes me monter aux yeux. Non, c’est ridicule, je ne vais pas me mettre à pleurer à la vue d’une personne connue comme si j’idolâtrais Johnny Halliday mais c’est malgré tout plus fort que moi. Et je ne suis pas émue par sa présence mais par ce qu’elle dégage. Plusieurs personnes se joignent à notre cortège et nous la suivons, de plus en plus nombreux.

Arrivés sur la plage, tout le monde s’assoit sur le sable, certains sur des chaises, d’autres sur des tapis et la méditation commence. J’entre immédiatement en méditation profonde, portée par l’énergie de la foule. Seul le bruit de la mer est audible à mes oreilles et elle s’estompe même au fur et à mesure que je focalise sur ma respiration et essaie de ne plus penser. La demi-heure passe en un éclair et vient ensuite un libre laisser aller de qui veut bien prendre la parole. Ceux qui le souhaitent peuvent transmettre leurs messages qui sont tous des louanges à la paix, la sérénité pour nous-mêmes et pour tous les gens sur cette terre. Essayer d’enlever la colère, la haine et toutes les émotions négatives de notre cœur. Les messages sont beaux, altruistes et sincères. Assise au milieu de cette foule de dévots à Amma, tous habillés de blanc, je me sens un peu étrangère à tout ça pourtant. Mais en même temps, je sens que ça peut m’être utile et me faire beaucoup de bien. Je me laisse donc entraîner sans me poser de questions.

Amma fait ensuite un discours en langue hindi qui nous est retraduit par la suite en anglais. Elle parle surtout du fait que chacun d’entre nous peut changer la conscience du monde à petite échelle en se changeant d’abord lui-même. Par contagion, nos proches le ressentiront aussi. Elle prône simplement le bonheur, la paix et la compassion. C’est un beau discours qui me plaît beaucoup. Nous revenons ensuite à l’ashram où je me repose un peu dans ma chambre avant d’aller manger. Je tente la nourriture indienne: on me balance une bonne plâtrée de riz à l’eau dans mon écuelle, agrémenté d’un peu de légumes épicés. Ce n’est pas très bon mais c’est nourrissant. Je trouve la table des Français, des femmes quadragénaires principalement. L’une d’elles me raconte sa vie pendant plus d’une heure ainsi que ce qui l’a amenée vers Amma. C’est fort instructif, je dois dire. Sa dévotion envers Amma est totale. Ca me fait quand même drôle d’entendre quelqu’un me parler de sa foi ainsi, je ne suis pas habituée. Elle m’apprend aussi que cet ashram contient beaucoup de détraqués en son sein. Ca risque d’être amusant; Je finis la conversation et visionne la fin du film « Home » qui est projeté sur grand écran. Après ça, tout le monde au lit, il est tard et je me réveille à 5h demain.

Je me couche dans mon lit pour lire un peu mais je suis vite interrompue dans ma lecture par un cri perçant suivi de pleurs, à mon étage. J’ouvre la porte et vois une femme maghrébine recroquevillée par terre dans le couloir, en pleurs. Sa colocataire l’aurait battue visiblement. Tout l’étage sort dans le couloir sous les pleurs et les cris de cette femme, sa colocataire s’étant enfermée dans la chambre. Elles se hurlent dessus littéralement, c’est impossible de la calmer. Une jeune fille et moi décidons d’aller chercher de l’aide à l’extérieur sinon ça va durer comme ça toute la nuit. Nous trouvons la grille de notre building fermée, on ne peut même pas sortir de notre immeuble. Je ne veux même pas savoir ce qui se passerait en cas d’incendie. Je crie à travers les grilles à l’attention d’un gardien et nous lui expliquons le problème. Il daigne nous ouvrir, puis nous allons jusqu’au bureau des urgences. Une fois la situation expliquée, un homme prend en charge l’affaire, nous pouvons retourner nous coucher. En effet, il a l’air d’y avoir des cas psychologiques dans cet ashram.. Bonne nuit!

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