Les canaux du Kerala en homeboat

Le 19 septembre 2009

Pour une fois, je me réveille à une heure décente ce matin. Il est 8h et il fait jour ! Je pars prendre mon petit déjeuner en terrasse au bord de la falaise en écoutant la mer. Il fait gris aujourd’hui et je me pose des questions sur le fait de rester ou non à Varkala. J’aime l’endroit, la plage mais tout cela me paraît trop touristique à mon goût. Je ne ressens pas la véritable Inde ici et les gens que je rencontre ne sont visiblement pas sur la même longueur d’onde que moi.

Je me suis assez reposée en bord de plage, il est temps de passer aux choses sérieuses. Je décide donc de quitter Varkala, sans regret, pour remonter vers le Nord, mon but étant d’atteindre l’ashram de la Sainte, nommée Amma afin d’y séjourner quelques jours à méditer. Je dois d’ailleurs y retrouver mon ami français Jean-Roch dans 3 jours. J’hésite encore sur ma manière de procéder : soit j’y vais directement aujourd’hui, soit je monte un peu plus dans le Nord, quitte à redescendre après afin de serpenter dans les célèbres canaux de Kerala. Dans tous les cas, je pars d’ici, j’entreprends donc de faire mes bagages et de lever les voiles.

Alors que j’arrive à la gare routière, je ne suis pas encore décidée sur ma prochaine destination. Je décide de laisser le destin choisir pour moi. Je demande au guichet si un train pour Allerppey part bientôt (il en existe 3 par jour) et elle me répond qu’il sera là dans 10 minutes. Ok, me voilà partie en direction des backwaters pour naviguer sur les canaux du Kerala, on a choisi pour moi ! Je retrouve dans le train une partie du groupe de Français qui remonte vers Cochin, nous faisons donc la route ensemble. Le train, si typiquement indien, me ravit au plus haut point. Son désordre, son brouhaha, son odeur et sa lente avancée à travers la campagne me laissent rêveuse. Les transports en Inde sont tout un poème… Les gens, enfermés dans des wagons aux petites fenêtres grillagées, se disputent un bout de siège, tandis que des vendeurs de chaï, café ou autres gourmandises essaient de se frayer un chemin dans l’allée en criant leur boniment. Je ne risque pas de leur acheter quoi que ce soit, c’est de cette façon que Michaël et moi sommes tombés si malades il y a 5 ans de cela, en mangeant de la nourriture avariée dans un train.

Un homme indien vient me voir, me hèle brutalement pour me demander de changer de siège pour qu’il se mette à ma place. Je lui réponds gentiment par la négative mais il insiste le bougre. Il commence même à s’énerver ! Heureusement, les autres Indiens du wagon viennent à ma rescousse, ce qui le calme un peu. Toutefois, il revient à la charge 30 minutes plus tard. Ca commence à bien faire ! Je finis par lui laisser ma place, ne désirant pas que ça finisse en pugilat. Je m’installe juste ne face de lui, lui décochant un rayonnant sourire, vrai et sincère, dénué de toute rancune, ce qui a l’air de le décontenancer un peu. Il me rends un timide sourire avec des yeux pleins de questionnement. Il m’aidera même lorsqu’il sera temps pour moi de descendre du train. Comme quoi, ne pas s’énerver et toujours garder le sourire, ça a du bon !

Arrivée à Allerppey après 2h de trajet, j’aperçois un touriste qui descend du train comme moi. Je lui saute littéralement dessus en lui demandant s’il ne veut pas qu’on aille ensemble se renseigner pour les houseboats puisque je sais qu’ils partent avec un minimum de 2 personnes. Il accepte avec plaisir et nous voilà partis à l’office de tourisme de la ville. On nous apprend que les bateaux partent normalement vers 10h du matin mais qu’il doit être possible d’en avoir un pour 14h. Nous négocions le prix et nous voilà partis pour voir le bateau et dire si ça nous convient. Une voiture nous emmène jusqu’à un petit embarcadère où une grosse barge à riz aménagée n’attend plus que nous. Elle possède deux chambres fermées, une petite cuisine à l’arrière et une table, 2 chaises ainsi qu’un matelas en guise de canapé sur le devant du bateau. Le toit tressé de paille et de bambou recouvre la coque comme un coquillage. J’adore ce bateau ! Nous embarquons immédiatement et décollons quelques minutes plus tard. Vite fait, bien fait !

Alors que notre barque avance sur l’eau, propulsée à l’aide d’une longue perche en bambou que notre capitaine manie avec dextérité, je fais connaissance avec mon nouvel ami, Nick avec lequel je vais passer ces prochaines 24h sur cette bicoque. Il est Australien mais vit au Vietnam depuis plusieurs années en tant que professeur d’anglais. Il est gentil, calme et réservé, le compagnon idéal pour ce genre de voyage. Parfait ! Lui aussi a trouvé l’énergie de Varkala étrange et était content de partir. Nous discutons de voyages tandis que notre embarcation s’insinue lentement et sans bruit dans les canaux bordés de palmiers. Le temps est superbe, nous avons une chance incroyable. Nous croisons de petits villages où des femmes, en magnifique sari immergé jusqu’à la taille dans l’eau, battent leur linge dans la rivière. Des hommes s’y lavent, de jeunes enfants s’y baignent. Nous assistons à ces scènes de vie de notre bateau en coquille de noix pour notre plus grand plaisir. Quel bonheur d’avancer sur l’eau aussi calmement sans bruit de moteur venant perturber la quiétude. Tout a l’air de se dérouler au ralenti et ça me va très bien.

Nous nous arrêtons pour déjeuner. Toutes sortes de plats kéralais absolument délicieux nous sont apportés sur la table de notre bateau. Nous nous précipitons sur la nourriture avidement, il est 15h passées et nous mourons de faim. Rassasiés, nous repartons pour notre petite croisière admirant les tonalités de bleu dans le ciel se reflétant sur cette eau verte avec une beauté indicible. Je me sens tellement bien qu’un sourire presque niais reste collé à mon visage durant des heures. Et je suis contente de partager ça avec Nick qui a l’air d’apprécier autant que moi.

Le soir commence à tomber et nous nous arrêtons le long d’une berge pour la nuit. Le souper est servi mais j’ai l’impression de sortir à peine de table. Je n’ai pas vraiment faim mais je fais tout de même honneur à chaque plat, ils ont l’air tellement délicieux. Et je me régale encore une fois tandis que mon estomac demande grâce, il ne peut plus rien avaler d’autre aujourd’hui. Nous partons, Nick et moi, nous promener dans le village à la lueur du soleil tombant. Les villageois nous regardent en souriant et avec de grands « hello ». Leurs maisons en brique toutes simples se succèdent parmi les palmiers. Nos pas sont attirés par une musique tonitruante qui vient d’un temple au fond du village où des Indiens prient avec ferveur leur dieu sacré.

Nous rentrons au bateau sous un éclatant coucher de soleil aux couleurs rosées absolument incroyables : Nick et moi restons en contemplation devant ce superbe spectacle. Nous nous allongeons sur le divan à l’avant du bateau, le regard tourné vers les premières étoiles qui commencent à apparaître et refaisons le monde. Une coupure de courant plonge tout le village dans le noir pour notre plus grand plaisir. Seules quelques lucioles qui se confondent avec les astres de la voie lactée viennent apporter un peu de lumière. Une chauve-souris vient nous rendre visite afin de goûter nos bananes restées sur la table. Un petit lézard joue avec les moustiques. Un serpent ondule dans l’eau noire à côté du bateau. Seuls le sifflement des grillons, le pépiement des oiseaux et le clapotis des poissons sont audibles dans cet océan de sérénité.

Nick souhaite rester dormir sur le pont, je préfère rentrer dormir dans ma cabine, les moustiques étant un peu trop insistants ici. Je m’endors au son des bruits nocturnes de la forêt. Cette merveilleuse journée est passée trop vite à mon goût, je recommencerais bien la même chose demain.

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