La vie simple et éloignée de tout matérialisme de l’ashram

Le 26 septembre 2009

J’aimerais prendre le temps de décrire la façon dont les dévots vivent au sein de l’ashram d’Amma. Les buildings contiennent tous le même type de chambre austère et sans décoration, à part le visage bienveillant d’Amma sur quelques posters qui parsèment les murs. De simples matelas en plastique sont posés à même le sol, des oreillers et des draps d’un jaune passé étant disponibles à l’accueil. Une minuscule table ainsi que deux chaises sont les seuls meubles qui ornent la pièce. La salle de bains attenante avec ses toilettes, son lavabo et sa douche, sent constamment l’humidité et le renfermé malgré sa petite fenêtre. La lumière entre à flot dans la pièce principale avec des fenêtres grillagées comme pour prévenir les envies de suicide du 15ème étage. Malgré le manque évident de confort, je me sens bien chez moi, dans cette chambre. De quoi aurais-je besoin d’autre ? Si, peut-être, une chaîne hi-fi pour écouter de la musique mais c’est à peu près tout. Nous emmagasinons bien trop de choses dans nos pays occidentaux mais c’est tellement futile au final ! Je m’en suis rendu compte aujourd’hui, étant donné qu’un ami de Jean-Roch, François, nous a rejoints dans notre chambre. Il a souhaité aménager un peu l’espace avec des tapis sur le sol pour agrémenter la pièce. C’est mignon, mais ce n’était pas nécessaire de mon point de vue.

Je m’aperçois que je suis relativement détachée du matérialisme, et j’en suis bien contente. Quelques dévots ont acheté certaines de ces chambres afin d’être sûrs d’avoir une place lors de leur visite à l’ashram, la pièce étant louée à d’autres lors de leur absence, le loyer revenant toujours à l’ashram. Certains y ont donc entreposé de vrais meubles comme des lits ou des armoires. Mais ils sont de toute façon obligés de partager leur chambre avec d’autres, même s’ils l’ont achetée. C’est la loi de l’ashram qui veut limiter au possible la notion de possession de biens matériels. Je suis même surprise d’apprendre que des appartements peuvent être achetés, pour moi ça va à l’encontre de cette philosophie.

Les repas sont uniquement végétariens, voire végétaliens pour ceux qui le désirent, aux goûts variés mais manquant de finesse (surtout pour une Française) mais toutefois nourrissants et sains, excellents pour la santé. Les assiettes en aluminium sont partagées entre tous et doivent être lavées par chacun après utilisation, en comptant sur le respect de tout le monde. J’aime cette façon de faire et de penser en communauté. Tout le monde ici est logé à la même enseigne, que tu sois pauvre, riche, de haute ou basse caste pour les Indiens, ou bien éboueur ou chef d’entreprise… Cet ashram permet aussi de rencontrer tout type de personnes, surtout des gens qu’on n’a pas l’habitude de côtoyer dans notre milieu. Ca permet de se confronter aux autres, de s’ouvrir aux autres, à différentes façons de penser ou de vivre. Un peu comme à l’armée en fait !

J’ai par exemple fait la connaissance d’Igor, un homme d’origine russe qui m’a raconté sa vie en détail. Il a d’abord été dans l’armée sur la demande de son père mais il s’est aperçu qu’il ne voulait pas de cette vie-là. Il a fait des pieds et des mains pour quitter l’armée alors qu’il s’était engagé pour 5 ans et qu’il est difficile de partir avant l’échéance dans ce pays-là. Il y réussit malgré tout et recommence sa vie en travaillant pour une banque et en pratiquant le yoga tout en améliorant sa vie spirituelle. Il devint très fort mentalement avec un grand pouvoir de persuasion sur les autres mais il se trompa de chemin à ce moment-là. Il monta son entreprise et se servit de son ascendant pour augmenter ses profits aux dépens d’autres compagnies, en rachetant leurs dettes tout en s’en mettant une partie dans les poches. Bref, il devint très riche rapidement mais il s’aperçut que cette façon de vivre ne lui convenait pas non plus. Il avait de l’argent mais n’en profitait pas, son esprit étant toujours occupé à gérer ses affaires. Il n’était pas en paix. Il décida de voyager en Inde, ce qui lui fit l’effet d’une douche froide. Décidé à jouir de la vie, il vendit son entreprise à son retour de voyage mais continua malgré tout à jouer en bourse avec son argent, ne réussissant pas à se contenter des millions qu’il avait, il lui en fallait toujours plus. Une dépendance à l’argent s’était créée. Mais la vie s’arrange toujours pour nous mettre au pied du mur un jour ou l’autre et la crise financière a débarqué en Russie comme ailleurs l’année dernière. Il a tout perdu. Il ne lui restait qu’à peine de quoi voyager en Inde durant un moment. Il a immédiatement pris un billet d’avion et le voici à l’ashram d’Amma, bien décidé à suivre une vraie vie spirituelle sans se faire détourner par le pouvoir de l’argent cette fois. Ayant perdu son père il y a quelques années et sa grand-mère ainsi que sa mère il y a quelques mois, il se retrouve sans rien, ni argent ni famille. Son histoire me fend le cœur, je cherche des mots pour le réconforter mais ça n’a rien d’évident. Malgré tout, il garde espoir et je lis dans ses yeux qu’il compte se battre pour remonter la pente et il a choisi la spiritualité comme chemin, ce qui me semble une bonne solution. Quelle belle rencontre en tout cas ! Il me conseille de ne pas faire la même erreur que lui sur l’argent puis se ravise en me disant que je n’ai pas l’air d’avoir ce problème. Malgré le fait que je possède également ma propre entreprise à Montréal, je ne suis pas du genre à passer ma vie à travailler juste pour l’argent. Le fait que je m’octroie 3 mois de vacances prouvent déjà le contraire.

Aujourd’hui, les festivités pour le 56ème anniversaire d’Amma débutent. Ca ne se passe pas à l’ashram : l’endroit, bien que déjà immense, est trop petit pour le nombre de gens qui vont assister à l’événement. Il aura lieu dans le centre universitaire du village, entièrement financé par Amma d’ailleurs. Il se trouve à 15 minutes de marche de l’ashram juste en traversant un petit pont. Jean-Roch, François et moi, nous sommes séparés pour y aller et il nous sera impossible de nous retrouver dans toute cette foule. Alors que je déambule au milieu de cette centaine de milliers de personnes majoritairement indiennes, je tombe par hasard sur mon ami russe Igor, ainsi que sur Bobby, un Pakistanais à la longue barbe tombante avec un turban dans les cheveux. Nous nous rendons ensemble aux bhajans d’Amma. Entourée de mes deux immenses gardes du corps de plus d’1m 90, nous ne passons pas inaperçus parmi les Indiens. Entre mon grand Russe rasé et mon Pakistanais poilu, je me sens privilégiée de côtoyer des gens si différents en même temps. Des milliers de personnes sont assises sous un grand hall à attendre l’arrivée d’Amma. Lorsqu’elle monte sur scène, une véritable acclamation se fait entendre d’une unique voix. Ca me donne des frissons d’assister à son entrée devant autant de monde. Une seule voix d’amour teintée d’un profond respect s’élève de l’assistance et ce son me traverse tout le corps comme une décharge électrique. Impressionnant ! Nous trouvons une place par terre juste devant la scène, à quelques mètres seulement d’Amma. Nous restons à méditer durant tous les bhajans, l’intensité des chants me prenant à la gorge.

Nous partons ensuite déguster un thali dans la rue, Igor et moi puis discutons jusqu’à tard dans la nuit de nos vies respectives. Il est temps se coucher, demain est un grand jour, c’est l’anniversaire d’Amma !

1 commentaire:

  1. Je ne savais pas ce qu'étais un ashram avant de lire tes aventures, je n'en avait même jamais entendu parlé. ça à l'air très particulier comme manière de vivre dans ce lieu. En es-tu sortie différente ? On ne doit pas rester insensible à ce genre d'endroit. En tout cas je t'admire beaucoup.

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