Le Passage intérieur jusqu’à Port Hardy

Le 6 septembre 2009

Le réveil de ma colocataire sonne à 4h30 du matin, je fais un bond dans le lit, ne reconnaissant pas la sonnerie et étant éjectée d’un profond et court sommeil. Elle ne se réveille pas, je décide de l’y aider un peu en commençant à ranger mes affaires. Réveillée, elle m’apprend que le taxi n’arrive qu’à 6h! Ben là, ce n’était peut-être pas obligé de se réveiller à l’aube… Bon, maintenant que je suis prête, j’avale un petit déjeuner et j’en profite pour aller sur Internet durant ce moment de libre.

Nous sommes finalement plusieurs à attendre le taxi vers 6h du matin pour qu’il nous ramène au ferry. Je fais alors la connaissance de 2 Suisses Allemandes qui voyagent seules elles aussi. Je suis étonnée de ne tomber que sur des voyageuses solitaires et aucun voyageur pour l’instant. Les femmes sont-elles plus enclines à voyager seules que les hommes? En tout cas, nous partons toutes en taxi et montons sur le ferry aussitôt. Nous prenons une place de choix juste devant une large fenêtre et allons admirer le lever du soleil sur le pont. Le ferry quitte le port et nous nous installons dans nos sièges, admirant le paysage qui défile devant nous comme si nous étions au cinéma. Le bateau se faufile entre les terres sur des petits bras de mer, nous offrant des spectacles magnifiques sur les collines et montagnes environnantes couvertes de sapins. Le soleil est au rendez-vous, ce qui est une véritable aubaine vu le taux très élevé des précipitations de la région. Nous sommes chanceux! Je passe mon temps entre repos en regardant le paysage de mon siège ou sur le pont supérieur, lecture, sieste, recherche de baleines (j’en ai vu un bon nombre mais toujours d’assez loin). Ma place favorite se trouve à l’arrière du bateau, la vue sur le canal étant totale. Les cheveux au vent, le regard fixé sur l’horizon, je reste des heures perdue dans mes pensées, à profiter du moment. Je me sens bien.

Je fais connaissance avec une des Suisses Allemandes, une jeune fille de 25 ans, très mature pour son âge. Je me sens un peu vieille parmi toutes ces étudiantes routardes, moi. Et c’est toujours gênant quand elles sortent leur petit sandwich au concombre alors que je me paie le plateau repas de poisson.. En tout cas, nous discutons de la vie, des différentes sortes d’amour, des sentiments, des expériences vécues et des bénéfices reçus. Bref, la discussion est passionnante et cette jeune femme est épatante de maturité. A 25 ans, je n’étais pas aussi avancée qu’elle dans la vie. Nous finissons notre conversation sur le pont tout en admirant les baleines batifolant au loin dans le coucher de soleil qui illumine le ciel. Superbe spectacle! D’autant plus que nous en sommes à parler de spiritualité et de méditation. Le contexte s’y prête fort bien. Et le tout en anglais, ce n’est pas forcément évident pour moi de m’avancer sur ce sujet dans cette langue. Je ne m’en tire pas trop mal au final. Je suis ravie d’avoir fait sa connaissance et d’avoir échangé un peu de nos expériences. Belle rencontre!

Vers 22h30, nous débarquons finalement à Port Hardy sur l’île de Vancouver. 15 heures de traversée tout de même! Même si le paysage en vaut la peine, c’est un long voyage. Mais, pour ma part, entre les discussions avec la jeune Suisse et mes rêveries sur le pont tout en admirant les baleines, je n’ai pas trop vu le temps passer. Ceci dit, je ne suis pas encore arrivée au bout du voyage! Il faut que j’arrive à Telegraph Cove, petite bourgade se situant à 1h30 de Port Hardy, ce soir, vu que je commence mon stage de baleines demain matin. J’ai réservé un taxi, j’espère de tout cœur qu’il sera là à m’attendre, sinon je vais vraiment être ennuyée. A cette heure, aucun autre véhicule ne voudra m’emmener aussi loin. De toute façon, il n’y a aucun taxi tout court à la sortie du ferry, seul un bus permet d’emmener les passagers au centre ville de Port Hardy. A la sortie du ferry, un peu plus loin, j’aperçois un homme tenant une pancarte. Ca ne peut être que pour moi, personne d’autre n’a l’idée saugrenue de vouloir prendre un taxi pour faire 1h30 de route après 15h de ferry à 11h du soir! En effet, c’est bien mon nom qui est inscrit sur la pancarte. Soulagée, je dis au revoir à mes amies du ferry et grimpe dans le taxi en ayant hâte d’arriver à bon port pour m’étendre sur un lit quel qu’il soit. Mary, l’hôtesse qui m’accueille pour une semaine, à Telegraph Cove, a même fait parvenir un plan à la compagnie de taxi pour que je trouve l’entrée de ma chambre. Je devrais y arriver.

Je somnole un peu durant le trajet, mais le chauffeur me réveille tous les quarts d’heure en sursaut pour me donner sporadiquement des informations sur la région. En tout cas, nous ne croisons aucun village sur la route, l’endroit a l’air aussi perdu que du côté de Prince Rupert. Ce qui n’est pas pour me déplaire, loin de là! Nous finissons par arriver à destination. Je ne vois pas grand-chose, il fait nuit noire et il n’y a pas un chat dehors. Le chauffeur m’indique un ponton en bois à suivre puis s’en va. Seule en plein milieu de la nuit dans un petit village de pêcheurs en plein milieu de nulle part, je me demande un peu ce que je fais là. Je suis bien contente d’avoir le plan que Mary m’a donné, juste parce que ça me rassure sur le fait que quelqu’un m’attend quelque part. Je vais donc avoir une maison ce soir. Je suis ce ponton de bois, mes pieds se balançant au gré de l’eau. Je m’aperçois alors que ce village est constitué principalement de maisons flottantes. Au bout de 5 minutes de marche, je suis arrivée au bout du village et je monte un petit escalier qui me mène à un petit manoir dans lequel se trouve ma chambre. La lumière est allumée, un mot m’attend accroché à ma porte avec ma clé, il n’y a pas de doute, je suis bien arrivée et attendue! Je découvre une jolie petite chambre avec sa salle de bains privative. Sans m’attarder sur les détails de la décoration, je m’écroule dans ce bon lit douillet qui n’attendait plus que moi.

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