Un petit tour en Alaska ?

Le 5 septembre 2009

Une voix dans la cabine retentit à 6h30 du matin pour nous dire que nous arrivons à Prince Rupert. Nous devions arriver à 5h, nous avons 1h30 de retard, ce qui nous aura permis de dormir plus longtemps. Parfait ! Mes compagnes m’apprennent que le ferry a beaucoup tangué cette nuit, ce qui a sûrement causé notre retard. Moi, j’ai dormi comme une masse et je n’ai absolument rien senti ! Visiblement, le roulis était vraiment fort. J’ai la capacité de dormir un peu n’importe où et je m’en réjouis ! En tout cas, mes deux amies me remercient encore une fois de l’opportunité que je leur ai offerte de dormir dans un lit surtout avec les vagues de cette nuit qui faisaient tanguer le ferry. Elles auraient roulé à travers le pont toute la nuit ! Au final, nous sommes plutôt en forme avec nos 7h de sommeil. Heureusement car nous avons une grosse journée devant nous encore.

Sur un coup de tête, nous avons décidé de faire un tour en Alaska aujourd’hui ! Mettre 3 Françaises voyageuses un peu folles ensemble, mélanger le tout et ça donne un cocktail explosif dans les challenges délirants compulsifs ! Un coup de taxi plus tard, nous déposons nos sacs dans la même auberge de jeunesse que la semaine dernière, nous voici revenues à notre point de départ. Les filles filent louer une voiture tandis que je lance une lessive et finis quelques bricoles à l’auberge. Elles passent me prendre et hop, nous voici parties en direction de Stewart, dernière ville canadienne avant la frontière de l’Alaska. Le projet est un peu fou, étant donné qu’il y a plus de 800 km aller et retour à effectuer dans la journée pour y accéder, mais ça ne nous fait pas peur ! Surtout que, bêtement, j’ai oublié mon permis de conduire, ne pensant pas en avoir besoin. Du coup, il n’y a que Bernadette qui peut conduire, Sylvie n’ayant pas le permis. Ca ne facilite pas les choses…

Les paysages sur la route sont grandioses. Plus nous nous enfonçons dans les terres, plus les cimes enneigées des montagnes abondent, leur reflet se mirant dans les rivières grisonnantes, couleur annonçant l’amoncellement de glaciers environnants. Malgré la beauté des sapins, des lacs et des montagnes, les routes infiniment droites, typiques du Canada, deviennent vite ennuyeuses. Du coup, nous nous racontons nos vies l’une après l’autre pour passer le temps. Un bon moyen de se connaître davantage tout en évitant à la conductrice de s’endormir. Partout des panneaux indiquant que faire du stop pour des femmes seules est un risque inutile sont visibles le long de la route. Apparemment, un meurtrier a sévi dans la région durant de nombreuses années en prenant des jeunes femmes en stop. On n’en a jamais revu une seule…Brr, ça fait froid dans le dos ! Au moins, le meurtrier a été arrêté il y a peu.

Après 5h de route, nous arrivons devant un beau glacier appelé « le glacier de l’ours », visible de la route. Telle une grande langue de glace bleutée, elle tombe dans un lac de couleur grise. Superbe ! Peu de temps après, nous arrivons dans la petite ville de Stewart. Ca y est, nous sommes à la frontière avec l’Alaska ! Il n’existe aucun poste frontalier pour passer en Alaska, voilà enfin une façon simple d’entrer aux Etats-Unis ! La petite ville de Hyder qui nous accueille en Alaska est un véritable village fantôme avec ses maisons et hôtels abandonnés. Ils ont essayé de créer une petite ville touristique mais ça n’a visiblement pas du tout marché. Même l’office de tourisme est laissé à l’abandon ! Quelle drôle d’impression de se retrouver ici dans ce village fantôme d’une dizaine de bâtisses au bout du monde, perdue au milieu de cette immensité sauvage ! J’adore !

Ravies d’avoir fait cette incursion de 30 minutes en Alaska, nous décidons de revenir au Canada maintenant. Là, par contre, il faut montrer notre passeport. C’est facile de sortir, moins de revenir ! Malgré tout, cinq minutes plus tard, nous sommes de nouveau en Colombie Britannique et nous nous arrêtons dans cette charmante ville de Stewart prendre un café et nous promener un peu. Entourée de montagnes, cette petite ville est charmante, bien que fort peu animée. Cette solitude désertique environnante me fascine. Nous sommes à deux heures de toute ville ici, vraiment perdus en pleine nature, dans un contexte climatique spécialement rude, surtout en hiver. Comment font les habitants du coin ? Ils sont tellement isolés de tout… Je suis très impressionnée par leur témérité et leur courage.

Le temps passe malheureusement vite et il faut déjà penser à prendre la route du retour. Cinq autres heures de route nous attendent avant de rejoindre Prince Rupert. Et nous voilà reparties dans l’autre sens ! Je tiens compagnie à Bernadette tandis que Sylvie effectue un petit somme. Alors qu’il faisait si beau jusque là, les nuages assombrissent d’un seul coup le ciel et une grosse pluie se déverse abondamment sur notre frêle voiture. La conduite est moins drôle pour Bernadette du coup. Mais heureusement, l’averse passe assez vite. Nous nous arrêtons pour manger d’horribles pâtes dans un troquet d’une petite ville. C’est très difficile de manger pour pas cher ici. Soit on a le droit à des hamburgers ou sandwiches, soit il s’agit de plats élaborés assez cher. Mais trouver une salade quelconque ici, ça relève du miracle !

Ballonnées, nous reprenons la route, déçues de notre repas. C’est à mon tour maintenant de somnoler, tandis que Sylvie distrait Bernadette. Demain, je dois me lever à 5h du matin pour prendre le ferry en direction de l’île de Vancouver. Les filles se lèvent 2h plus tard pour prendre un train qui les mène à Jaspes. Nos routes vont se séparer demain matin, chacune continuant son périple en solitaire. Je suis ravie de les avoir rencontrées à un moment où j’en avais besoin. Je suis aussi contente de les quitter maintenant pour continuer mon chemin. A trois, nous ne rencontrons pas de nouvelles personnes, nous sommes dans notre bulle française. J’ai envie de m’ouvrir davantage aux étrangers.

Je suis vraiment ravie de cette première semaine de voyage dans ces contrées reculées et sauvages. C’est exactement ce que je voulais et ce dont j’avais besoin. Ne pas rencontrer âme qui vive pendant plusieurs jours, admirer l’état brut des paysages, se sentir isolée de tout, face à soi-même, à la merci de la Nature, quel beau cadeau ! L’Inde risque d’être un sacré contraste après ce que je viens de vivre. Mais il me reste encore une semaine à Telegraph Cove avant de penser à quitter le Canada. J’ai encore le temps !

Nous arrivons à Prince Rupert vers 23h, le temps d’aller rendre la voiture, nous sommes à l’hôtel à quasiment minuit. Ouh, ma nuit va être courte ! Surtout que je n’ai aucune idée de l’heure à laquelle le taxi passe nous prendre demain matin pour nous emmener au ferry. Heureusement, la Japonaise, qui dort dans la même chambre que moi et que j’ai croisée par chance ce matin, prend le même ferry demain. Je vais compter sur elle pour l’heure du réveil ! Les au revoir avec mes compagnes sont vite expédiés, nous sommes éreintées. Je m’écroule sur le lit, exténuée.

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