1er septembre 2009
Levée à 7h du matin, je me prépare seule un petit déjeuner diététique à base de fruits frais et de figues séchées bio achetées la veille. Je m’apprête mentalement à quitter un environnement devenu familier, même si ça ne fait que 3 jours que je voyage avec mes nouvelles amies, pour repartir à l’aventure, rencontrer de nouvelles personnes, me créer des affinités. C’est comme si je déménageais dans une nouvelle ville à chaque fois! Voyager seule permet de rencontrer plus de monde, mais ça demande plus d’énergie d’aller à la rencontre de nouvelles personnes aussi. Et quitter les gens qu’on a rencontrés n’est pas évident non plus… Elles auraient voulu venir avec moi mais l’excursion de 4 jours ne rentrait pas dans leur budget. J’ai de la chance de pouvoir me le permettre et me faire plaisir sans vraiment devoir calculer! Ce n’est pas le cas de tous les voyageurs…
A 8h, un minibus passe me prendre à l’hôtel et je rejoins ainsi six autres personnes pour notre départ en excursion de 4 jours. A ma grande surprise, la moyenne d’âge est plutôt élevée dans le groupe, la plus jeune ayant peut-être la quarantaine. Nous débarquons à un petit port où nous montons dans un petit bateau à moteur. Le capitaine et la guide sont à peu près de mon âge, ce qui me rassure un peu sur ma socialisation durant cette excursion. En tout cas, tout le monde est prévenant envers moi qui suis seule à ne pas être en couple.
Etant donné que l’avion a aussi eu des problèmes mécaniques pour arriver jusqu’à l’île, en plus des soucis de ferry, l’île a été isolée pendant plusieurs jours avec des soucis de ravitaillement d’une part et le fait que plusieurs touristes ont raté leur excursion d’autre part. Nous prenons avec nous deux personnes qui doivent rejoindre une excursion de kayak à l’autre bout de l’île. Malheureusement pour nous, il s’agit d’un couple de pénibles, nous avons bien hâte de les larguer rapidement quelque part. Nous voilà partis, fendant la mer sur notre petit rafiot à plein gaz. Je retrouve cette incroyable sensation de bien-être d’être sur l’océan, le vent me fouettant le visage, frappant les vagues de plein fouet avec notre petit bateau. Mais l’humidité de l’air me prend au dépourvu, me glaçant vite jusqu’aux os. J’aurais peut-être dû prévoir des pulls plus chauds. Heureusement, mon bonnet et mes gants me sauvent pour aujourd’hui (dire que j’avais hésité à les prendre) mais il fait grand soleil. Que se passera-t-il lorsqu’il pleuvra? Bon, je verrai à ce moment-là.
Nous nous arrêtons sur un ancien site sacré Haida où cette population aujourd’hui quasiment éteinte à cause des maladies apportées par les Blancs résidait jadis. Des totems sculptés dans des troncs d’arbres sont encore visibles comme les preuves de cette ancienne culture. Les dessins sont à peine visibles, l’érosion naturelle ayant poursuivi son évolution mais nous devinons encore quelques marques. Ils s’en servaient comme totems funéraires lors du décès d’une personne ou pour orner le devant de leur maison en bois. Ca me fait un peu penser aux Moaïs de pierre de l’Ile de Pâques abandonnés ainsi à la terre. Sauf que les habitants de l’Ile de Pâques se sont auto décimés en utilisant toutes leurs ressources naturelles sans restriction, vidant l’île de leurs arbres. Les Haidas ont été exterminés par les Occidentaux.
La forêt entourant les totems est superbe, verdoyante et chatoyante. Je n’en profite pourtant pas comme je voudrais, étant toujours aussi frigorifiée. Nous mangeons rapidement sur le bateau, ce qui me redonne un peu d’énergie et de chaleur. Nous partons ensuite pour une longue traversée en bateau pour essayer de rejoindre les kayakistes et larguer nos deux raseurs de première. Je m’allonge sur le banc et malgré les montagnes russes que nous offrent les remous, je m’assoupis doucement jusqu’à ce que mes compères crient: « Une baleine! ». Je me réveille en sursaut juste à temps pour l’apercevoir plonger en montrant sa queue. Superbe!
Nous nous arrêtons finalement sur une île déserte à la façon Robinson Crusoé. La plage de galets s’étend dans une petite crique, protégeant la forêt humide si typique de la région. De la mousse d’un vert très intense recouvre le sol comme un doux tapis moelleux. Les arbres immenses aux troncs centenaires nous offrent une protection naturelle avec majesté. J’aime cet endroit, je me sens en sécurité, comme si la nature elle-même était là pour prendre soin de moi.
Je monte ma tente toute seule, comme une grande, dans un coin près de la mer mais reculé de mes compatriotes. On me demande si je ne risque pas d’avoir peur toute seule dans ma tente, je les regarde surprise. Ca ne m’avait même pas traversé l’esprit. Au contraire, je préfère être seule pour profiter de ce que m’offre ce petit coin de paradis. Nous soupons autour du feu sous un beau soleil qui finit enfin par me réchauffer totalement. Certains courageux (ou fous!) partent se baigner dans une eau à 7°C. Je les regarde faire sans les envier. J’ai enfin chaud depuis ce matin, ce n’est pas pour me geler exprès dans cette mer glacée! Je laisse ça aux baleines. Un peu de tequila amenée par l’un de nos convives finit en beauté le repas tandis que de petites biches nous observent bizarrement. On n’a pas réussi à se débarrasser de nos deux compères, ils n’ont pas retrouvé leur groupe de kayak. Nous subissons donc leur histoire autour du feu. Ils ne sont pas désagréables mais juste très imbus d’eux-mêmes. Ceux qui me connaissent savent que c’est le pire défaut pour moi, j’aime tellement les personnes naturelles qui n’ont pas besoin de toujours épater la galerie par manque de reconnaissance personnelle. Enfin, ça vient souvent d’un gros manque d’assurance à la base. Je fais abstraction de leurs paroles pour me concentrer sur la douce sensation d e chaleur des flammes sur mon visage, la belle musique de l’eau léchant le rivage, le bruit chantant des oiseaux cachés dans les arbres et la luminescence de la lune à peine visible à travers les nuages… Le fatigant entame un beau poème en anglais qui joue comme une magnifique mélodie à mes oreilles. Pour ce moment d’éternité qu’il m’a apporté, je l’en remercie.
En discutant avec tout le monde, j’apprends que l’un des couples assez âgés qui est avec nous se trouve être les parents de notre jeune guide, une jeune fille d’une trentaine d’années. Ils viennent faire l’excursion pour la première fois avec leur fille. Ils ne la voient qu’une fois par an, habitant loin d’ici. Elle se laisse aller dans les bras de sa mère, alors que tout le monde commence à piquer du nez devant le feu. Un brin de nostalgie m’envahit alors envers ma famille. J’ai hâte de les retrouver moi aussi. La mère de la jeune fille ressent magiquement mon mal du pays en me serrant aussi dans ses bras et en me disant qu’elle me donne un « mother's hug ». J’en suis tout émue. Il est 21h, la nuit est tombée, je pars donc me coucher dans ma tente, me couvrant de tous les habits que j’ai emportés, les enfilant les uns par-dessus les autres. Espérons que la nuit sera bonne.
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