Dharamsala et les Tibétains

Le 31 mars 2011

Nous avons quitté hier Rishikesh après nous être une dernière fois imprégnées de lieux calmes et sereins de cette petite bourgade, afin de partir à Dharamsala, proche des montagnes himalayennes. Etrangement, le bus dit « touristique de luxe » que nous avons pris pour effectuer le trajet était rempli aux trois quarts de Français ! Nous qui n’en avions croisé que très peu depuis le début du voyage… Nous conversons donc, écoutant les histoires de chacun, à chaque arrêt du bus pour une pause. Pour une fois, nous sommes contentes du confort du bus qui, loin d’être « de luxe », possède quand même de larges sièges qui s’inclinent suffisamment pour pouvoir dormir. Toutefois, Aurélie et moi sommes à peu près les seules à apprécier ce confort relatif, les autres râlant sur les suspensions inexistantes du véhicule ou le manque de place pour les jambes. Tout est une question de référentiel, je sais par expérience que nous aurions pu être bien moins confortables.

Alors que nous grimpons toujours un peu plus dans le nord de l’Inde, la population change petit à petit. Nous croisons de plus en plus de Tibétains au facies bien différent des Indiens et au sourire amical. Plusieurs moines tibétains font un bout de trajet dans notre bus sous nos regards curieux d’Occidentaux qui avons l’impression de ne plus nous trouver dans le même pays. Les montagnes environnantes se font plus impressionnantes et escarpées et notre bus commence à avoir du mal à grimper dans les virages serrés, nous ballotant dans tous les sens à chaque fois, ce qui nous casse notre sommeil pourtant résistant. Nous arrivons vers huit heures du matin à Dharamsala en ayant passé une nuit chaotique mais tout de même correcte compte-tenu des circonstances. Aurélie et moi commençons à être capables de dormir n’importe où et n’importe comment !

Ce petit village perché en montagne, entouré de monts enneigés de l’Himalaya, me charme instantanément ! Le calme a l’air de régner sur cet exil tibétain où se trouve entres autres la résidence du Dalaï Lama ! Malheureusement, il n’est pas ici en ce moment, nous ne pourrons pas le rencontrer. Peu importe, je suis ravie de me trouver en terre tibétaine, proche de l’Himalaya, un de mes rêves d’enfant ! Nous dégotons une charmante auberge avec une vue impressionnante sur les montagnes et la vallée, je suis sûre que nous nous y sentirons merveilleusement bien ! On n’entend que les oiseaux avec pour toile de fond l’Himalaya et de petites maisons perchées à flanc de montagne… Un autre endroit idyllique tellement différent de tout ce que j’ai pu voir ailleurs en Inde ! Ce pays ne cessera donc jamais de me surprendre… Entre Varanasi et ici, il y a un monde !

Après une douche pseudo tiède, nous nous réchauffons un peu au soleil sur la grande terrasse de cet hôtel, admirant le panorama sur les monts enneigés. La température a nettement chuté ici par rapport à Rishikesh, on sent la fraîcheur due à l’altitude. Nous partons nous promener dans le village, flânant dans les magasins de bijoux ou d’artisanat, admirant les moines ou nonnes tibétains aux cheveux rasés, même pour les femmes. Chacun a un sourire doux et sincère à nous envoyer qui nous réchauffe aussitôt le cœur. Je trouvais déjà les Indiens très gentils depuis notre arrivée, mais il y a un petit quelque chose dans le regard des Tibétains de plus généreux encore… Peut-être que les souffrances auxquelles ils ont dû faire face ont touché leur âme si profondément que nous le ressentons de manière subtile. Ils sont en exil ici sur une terre qui n’est pas la leur, chassés par le despotisme des Chinois. Leur situation ne doit pas être évidente à gérer au quotidien. Nous remarquons aussi que les rues sont plus propres, les maisons plus belles, leurs vêtements plus à la mode européenne avec des jeans et tee shirts. Tout un autre monde dans ce coin reculé du Nord de l’Inde…

Nous arrivons jusqu’à une petite cascade où de nombreux Tibétains viennent laver leur linge et le laissent sécher au soleil sur de grandes pierres. Nous restons quelque temps à les admirer. Prendre le temps d’observer ce qui nous entoure : un luxe que nous nous octroyons peu dans notre vie trépidante quotidienne et que j’aimerais tellement garder à l’esprit lors de mon retour dans la vie de tous les jours…Je le garde en général quelques semaines ou mois mais je retombe vite dans la spirale du manque de temps, d’une vie pressée et stressée rejoignant les autres dans la course à la productivité. Prendre le temps de s’arrêter, d’observer l’extérieur et aussi notre intérieur me paraît, en ce moment, pourtant tellement primordial ! La vie est tellement belle et simple, il suffit juste de s’en apercevoir !

En passant devant un magasin, une musique occidentale qu’on adore, Aurélie et moi, nous interpelle. Nous nous trémoussons gentiment devant le magasin au grand bonheur du commerçant qui montera le son pour nous et des passants qui nous regardent en riant. On commence à être habituées à être l’attraction des rues parce qu’on se permet d’y danser ! Revenues en ville, nous effectuons le tour de la résidence du Dalaï Lama, admirant les pèlerins qui marchent en récitant des mantras et qui font tourner de gros cercles métalliques colorés en guise de chance. Le soleil se couche et la température chute drastiquement. Notre pull enfilé, nous allons dîner avec Angèle, une jeune femme de 25 ans et son amoureux, Roger, un homme de 65 ans. Le couple détonne, c’est le moins qu’on puisse dire et même si je me force à ne pas porter de jugement, je suis un peu mal à l’aise en leur présence au début. Mais rapidement, en discutant, je crois déceler que leur amour est véritable et vu qu’ils sont à l’aise avec leur différence d’âge, il n’y a pas de raison que moi je ne le sois pas. Nous parlons spiritualité une bonne partie du repas et ils m’apportent quelques idées qui, pour la 1ère fois depuis le début du voyage, résonnent un peu avec moi. Intéressant… Nous partons nous coucher juste après avoir admiré les étoiles au-dessus de nos têtes, le froid s’étant définitivement installé.

Tranquille Rishikesh

Le 29 mars 2011

Le temps s’écoule doucement dans cette petite ville de montagne. Finalement, on s’habitue à la tranquillité des lieux. Nous avons trouvé un merveilleux petit restaurant où nous prenons notre petit déjeuner tous les matins, dans cet endroit idyllique parsemé de hamacs disséminés dans un petit jardin où de la musique douce se fait entendre, se mélangeant avec le chant des oiseaux. Aucun son de moteur ne vient jusqu’à nous, seule la nature est présente. Le serveur aux allures tibétaines est charmant et nous accueille chaque matin avec son plus beau sourire. Un vrai petit coin de paradis !

Hier nous sommes allées nous perdre dans les ruines d’un ancien ashram où les Beatles auraient séjourné quelque temps. Tout n’est que ruines mais il y perdure une atmosphère très spéciale. La végétation a commencé à reprendre ses droits sur les constructions humaines, ce qui confère au lieu une énergie vivante particulière. L’ancien ashram est découpé en une centaine de petites huttes en pierre en forme de dôme, disséminées partout sur le site, tel un village de troglodytes. Elles surplombent presque toutes le Gange, profitant ainsi du son des vagues sur les rochers. Les salles de méditation aux fenêtres brisées et à la toiture en ruine devaient jadis être sublimes. Le maître des lieux devait sûrement être riche vu la beauté et la grandeur de ce site enchanteur. Comment un tel endroit peut-il rester abandonné ? Le potentiel de ce site est énorme, aussi bien au niveau de son emplacement dominant le Gange que de sa grandeur, de ce qui est déjà construit et qu’il suffirait de remettre à neuf…Etrange qu’aucun étranger n’ait sauté sur l’occasion encore pour en faire un hôtel de luxe ou quelque chose du genre. Nous paressons sur un banc abandonné au milieu d’un petit temple envahi par la végétation et écoutons religieusement les bruits de la forêt luxuriante qui nous entoure. Un vrai moment de ressourcement naturel ! J’adore… Si ce n’est les moustiques qui s’en donnent à cœur joie avec notre peau tendre !

Le soir venu, nous assistons au bhajans d’un maître reconnu à Rishikesh qui ne nous fait pas beaucoup d’effet personnellement. Avec ses longs cheveux et sa grande barbe, sa toge orange et tous ses fidèles en dévotion devant lui, je me sens assez étrangère à ces rituels. Je me sens tellement détachée de ce genre de réunion de dévots où tout le monde est habillé de la même façon à chanter en cœur, certains partant même en transe alors que j’en faisais partie il y a 2 ans. Je réalise que j’avais besoin de passer par là à ce moment-là pour en faire l’expérience et pouvoir savoir si ça me correspondait ou non. En ce moment, je sens que ce n’est plus ma voie…Peut-être l’envie va-t-elle revenir plus tard… ou pas. Je me fais confiance pour sentir le moment venu ce qui me semble juste pour moi.

Aujourd’hui, nous sommes réveillées à 5h du matin afin d’effectuer un petit trek à l’aube du jour. Nous rejoignons Aurore et son copain, une amie d’Aurélie qu’elle a rencontrée chez Amma et un guide indien nommé Ram qui nous emmène en taxi tout en haut d’une montagne où se dresse un petit monastère. Le lever de soleil qui perce les nuages pour illuminer la vallée est splendide. Plusieurs pèlerins sont assis sur le parvis à attendre l’arrivée du soleil. Notre guide psalmodie un chant en sanskrit, ce qui ajoute une tonalité mystique au spectacle. Absorbées par l’énergie qui illumine la contrée et notre cœur, nous restons à admirer l’éveil du soleil dans un silence solennel.

Une fois la vallée ensoleillée, nous passons rapidement dans le petit temple pour assister à la puja du matin puis entreprenons notre descente à pied de 12 kms. En effet, le taxi nous a abandonnés là, c’est à nous de redescendre jusqu’à Rishikesh. D’après Ram, nous en avons pour à peu près 3 heures mais c’était sans compter sur nos deux nouveaux amis… Un peu hippies sur les bords, le temps n’a pas l’air d’avoir la même dimension pour eux que pour moi… Ils s’arrêtent toutes les cinq minutes, admirent une fleur, un arbre, une libellule… et on n’avance pas. A cette allure, on y est encore ce soir ! Moi, ce que j’aime dans les treks de ce genre, c’est la dimension un peu sportive de l’exercice, même si je suis d’accord sur l’idée que s’arrêter pour admirer les alentours est important également. Cette fois, je ne risque pas de rater la moindre coccinelle que nous croisons… Ce rythme super lent ne me convient pas du tout et je me frustre moi-même à devoir les attendre à chaque virage, enrageant de ne pouvoir m’abandonner à ce que j’aime : descendre le chemin à une cadence soutenue, sentant le vent m’accompagner à chaque pas et m’imprégnant de l’énergie de la forêt pour m’encourager dans ma course… Mais là, ces arrêts fréquents me cassent mon élan et j’ai la désagréable sensation de piétiner. Et comme tout le monde sauf moi a l’air parfaitement à l’aise avec ce rythme d’escargot, je m’abstiens de tout commentaire et prends sur moi ma frustration. Un drôle de combat s’active alors dans mon esprit. D’un côté je sens que je ne m’écoute pas, que je garde pour moi mes frustrations en ne me permettant pas de faire ce que je sens juste pour moi, c'est-à-dire descendre ce chemin à mon rythme. D’un autre, je me dis qu’il faut que je lâche prise… Je fais partie d’un groupe avec des envies qui diffèrent des miennes, à moi de m’adapter et de prendre le moment présent comme il est… Mais c’est fichtrement difficile ! A chaque pas, ma frustration de ne pouvoir aller plus vite sous peine de me perdre sur le sentier, notre guide restant avec la majorité du groupe à la traîne, me retraverse l’esprit sans que je puisse y faire grand-chose. Nos pensées sont vraiment nos pires ennemies contre la sérénité… Et je m’aperçois que je suis loin de pouvoir atteindre ce lâcher prise en toutes circonstances dont je rêve tant ! Il y a encore du boulot… Par contre, je suis bien consciente que le problème vient de moi et nullement de la cause extérieure. C’est moi-même qui me frustre et non le reste du groupe à cause de ses agissements. C’est déjà une avancée sur la voie de la recherche intérieure… Toujours regarder ce qui se passe en nous. Ce n’est jamais l’extérieur la cause de nos souffrances mais comment nous les interprétons !

Finalement, à cause de ce casse-tête mental, je profite peu du paysage. J’aperçois quand même de petites maisonnettes campagnardes toutes mignonnes au milieu des champs de blé blond, des rizières en terrasses à flanc de collines et de la forêt à perte de vue. Les montagnes s’élèvent autour de nous, semblant vouloir nous avaler en leur sein. Nous, tout petits, minuscules fourmis dévalant leur flanc, ne souhaitant pas trop les déranger au passage. Ram entame des chants en sanskrit, ce qui me remet du baume au cœur et me libère quelque temps de mon tourbillon mental. Sa voix s’élève dans les plaines, belle et claire, avec ses consonances d’antan, semblant résonner dans toute la vallée, accompagnée des oiseaux. Mon meilleur moment de la descente !

Après de multiples arrêts pour se reposer, dormir, manger et j’en passe, nous arrivons à une belle petite cascade au milieu de la forêt. Aurore sort alors ses ciseaux et décide de faire une nouvelle coupe de cheveux à Aurélie ! Je tombe un peu des nues sur la pertinence du moment choisi pour jouer à la coiffeuse mais bon… Plus rien ne m’étonne ! J’admire donc le travail effectué sur la belle chevelure d’Aurélie, ayant quelques doutes au début, mais ils s’avèrent injustifiés : la coupe est réussie ! Elles partent ensuite se baigner dans la cascade tandis que je reste un peu en retrait, mes états d’âme me rendant solitaire. Nous reprenons la route et arrivons enfin à l’hôtel après un « petit » six heures de descente au lieu des trois heures prédites. Je suis affamée et un peu de mauvaise humeur mais mon énergie revient rapidement après de bonnes lasagnes aux aubergines ! Ouf, enfin revenue je peux me prélasser tout l’après-midi dans le hamac de notre restaurant préféré, ma frustration étant déjà oubliée !

Marche en forêt et cascades

Le 27 mars 2011

Réveillées comme des fleurs à 10h30 du matin, on peut dire qu’on a passé une bonne nuit à faire le tour du cadran ! Pas de bruit de musique indienne tonitruante, ni de gens hurlant à leur voisin de maison, ni d’odeur nauséabonde nous chatouillant les narines… Rien de tout cela ne nous a réveillées ce matin et il faut dire que ça fait un bien fou !

La tête un peu engourdie d’avoir tant dormi, nous relaxons sur une terrasse d’un charmant restaurant où la vie semble couler tranquillement et simplement ici. Des hamacs suspendus aux arbres encouragent à la farniente et nous restons un moment à y succomber. Vers 15h, nous décidons de nous bouger un peu et d’aller voir les cascades s’écoulant non loin là d’après nos sources. Au final, nous marcherons 2 heures sur une route sans intérêt avant d’entamer une bonne grimpette dans la forêt. La nature me fait toujours beaucoup de bien et c’est avec entrain que j’entreprends notre ascension de la montagne.

Aurélie peine un peu à cause de ses chaussures non adaptées à la montée. Nous ne savions pas que nous allions faire un trek en montagne au départ et ne nous étions pas équipées ! L’ascension est un peu rude mais nous arrivons avec joie aux cascades, mignonnes sans être grandioses non plus J’apprécie plus le fait de marcher en forêt, écoutant les oiseaux, les cigales et le vent chanter dans les feuillages ainsi que l’eau se jetant sur les pierres. Un vrai festival naturel loin de la nuisance sonore des villes indiennes.

Au retour, fatiguées par notre marche plus longue que prévue, nous arrêtons une belle voiture avec toute une famille indienne à l’intérieur pour leur demander de nous ramener. Ils acceptent avec plaisir, ravis de transporter des blancs, nous évitant ainsi une bonne heure de marche. Youpi ! Revenues chez nous, nous allons déguster le thali réputé de chez Mama, qui est bon sans non plus être révolutionnaire, puis rentrons nous coucher tôt. Bonne nuit !

Arrivée à Rishikesh

Le 26 mars 2011

La nuit se passe tant bien que mal à se battre avec les cafards ou les Indiens cherchant un centimètre carré de place pour s’asseoir. Le train est surchargé, ça en serait presque comique s’il n’était pas 3h du matin ! Je me retrouve rapidement avec 2 Indiens assis contre mes jambes, mes poussant toujours plus à me recroqueviller davantage et 2 par terre à mes pieds. Je ne ferme quasiment pas l’œil de la nuit. Un contrôleur réveille Aurélie vers 4h du matin pour lui proposer une couchette de libre avant de la renvoyer par terre lorsqu’il s’aperçoit que nous n’avons pas les bons billets. Nous ne demandons que ça depuis la veille au matin de pouvoir acheter des billets nous réservant des places décentes, mais personne ne veut nous en vendre ! L’illogisme des Indiens atteint son comble et nous ne savons plus quoi penser ni quoi faire. Elle retourne se coucher par terre, refusant ma proposition d’échanger ma place avec la sienne. Je vois qu’elle commence à atteindre ses limites et je la comprends très bien. Ce pays est champion pour nous pousser à bout ! Surtout en matière d’insalubrité… Le train est absolument dégueulasse, nous osons à peine nous coucher sur les couchettes étant déjà elles-mêmes fort sales… mais par terre, c’est l’apocalypse… Entre les restes d’aliments jetés partout, les crachats réguliers des Indiens, la saleté drainée sous les chaussures des passagers qui doivent marcher sur des bouses de vache à tous les coins de rue, les cafards grimpant partout et l’odeur nauséabonde arrivant parfois de nulle part, on pourrait difficilement faire pire ! JE lève mon chapeau à Aurélie qui a bravé cette folie sans se plaindre ! Après cette épreuve, rien ne pourra plus lui résister en Inde… Enfin, à 6h30 du matin, nous voyons notre calvaire se terminer, le train accostant enfin dans notre gare tant attendue, après 18 heures de trajet. Débarquées sur la quai, nous avons l’impression de revivre et de respirer de nouveau du bon air ! Nous nous sentons sales et fatiguées, mais au moins nous sommes sorties de cet enfer ! Quel bonheur !

Joyeuses à présent de ne plus être enfermées dans cette boite à sardines, nous hélons un rickshaw pour qu’il nous emmène à Rishikesh. Vu la nuit passée, nous laissons tomber le bus et nous faisons conduire comme des princesses dans cette petite ville montagnarde. L’air est frais, respirable et beaucoup plus agréable que l’atmosphère lourde de Varanasi. Je sens que nous pourrons nous reposer ici ! Nous arrivons vers 8h du matin dans un petit village perché en haut des montagnes, surplombant le Gange, qui a l’air bien plus propre qu’à Varanasi. Ce coin a l’air uniquement dédié au yoga, à la méditation et au tourisme. Les guest houses se succèdent ainsi que les Occidentaux… L’endroit est charmant et calme, mais détonne totalement avec l’Inde que je connais. Ce sera parfait pour nous reposer après l’épreuve de cette nuit, mais je trouve que le coin manque singulièrement d’authenticité. Nous verrons ! En tous cas, nous avons un mal fou à trouver une chambre de libre, tout étant complet… Incroyable ! Nous dégotons finalement une superbe chambre donnant sur un jardin luxuriant où nous entendons les oiseaux, un vrai luxe dans ce pays ! Il était temps, Aurélie un peu malade après les événements de cette nuit, avait urgemment besoin d’une belle salle de bain confortable. Une bonne douche et une sieste plus tard, nous nous sentons revivre !

Nous partons ensuite nous promener, descendant tranquillement vers le Gange, notre guest house étant située à flanc de montagne. Nous atteignons un petit village plutôt touristique où vendeurs de bijoux se succèdent en proposant tous les mêmes articles. Un pont suspendu permet d’atteindre l’autre rive en surplombant le fleuve, beaucoup plus limpide qu’à Varanasi, encastré au fond d’une vallée entourée de montagnes, rendant le tableau presque idyllique, ce qui ne correspond pas du tout à l’Inde telle que nous la connaissons. Je ne sais pas si c’est la fatigue du train, mais ce nouveau paysage nous dérange. A Varanasi, nous touchions la véritable Inde, dans toute son étrangeté, son sacré, sa saleté, son bruit… Ici, c’est calme, propre, on respire de l’air pur… Et on l’impression que c’est faux, qu’on nous trompe en nous montrant une ville qui n’est pas vraiment indienne. On voit des touristes partout, les agences proposent des treks, des safaris, du rafting… Mais où est l’authenticité de l’Inde que nous aimons ? On se croirait au club Med ! Déboussolées, nous continuons notre visite, perdues entre les dizaines d’ashrams qui proposent quantité d’activités différentes, de la méditation au cours de yoga, mais qui possèdent tous des allures touristiques qui leur font perdre de leur véracité et cassent leur charme.

Arrivées sur une petite plage de sable fin, nous nous arrêtons quelques temps, les pieds dans l’eau fraiche du Gange, tout en admirant les bateaux de rafting qui passent. Notre impression d’être dans un club de vacances ne passe pas mais nous apprécions tout de même le paysage qui est, il faut bien l’avouer, vraiment apaisant et beau. Nous poursuivons notre marche, serpentant sur un petit chemin de terre qui suit le Gange jusqu’au deuxième petit village moins touristique. Nous nous y sentons tout de suite mieux et visitons les ashrams plus authentiques entretenant de somptueux jardins. Alors que le soleil se couche, une grande puja a lieu devant une belle statue de Shiva. Il y a foule sur le ghat au pied du Gange et nous assistons à une belle cérémonie où tous les fidèles sont habillés en orange ce qui amplifie le sacré du lieu en harmonie avec le soleil qui se couche derrière Shiva en reflétant ses couleurs pastelles sur le Gange. Les chants, toujours plus puissants, montent vers les cieux comme pour encourager le ciel à s’empourprer… Un très beau moment !

Fatiguées par la nuit passée dans le train et notre longue marche de la journée, nous rentrons en taxi jusqu’au premier village où nous dégotons un très chaleureux restaurant au pied du Gange. Avec ses allures hippies et sa musique douce, nous nous y sentons bien. Presque comme à la maison ! Ca fait du bien certaines fois d’être dans un coin touristique… Une bonne pizza plus tard, nous rentrons à pieds jusqu’à notre auberge, se situant à 10 minutes de marche. La nuit est tombée et il fait plutôt sombre sur la route. Une moto s’arrête avec deux Indiens dessus et nous baragouine quelques mots incompréhensibles dans un anglais bizarre. Aurélie s’arrête pour savoir ce qu’ils veulent nous dire, amis lorsque nous comprenons le mot « sexe » dans la phrase, nous tournons vite le dos en leur disant que nous ne sommes pas intéressées. Sauf qu’ils insistent… Ils nous suivent avec leur moto en nous demandant toujours la même chose… Je commence à sentir une peur sourde monter en moi. Je m’agrippe à la seule arme que j’ai en main, ma bouteille d’eau pleine qui peut servir de matraque en cas de besoin. Malgré notre panique, nous réussissons à rester courtoises, devinant que l’agressivité en paroles n’arrangerait rien et pourrait déclencher un incident… Décidemment, il fait bien trop noir sur cette route… Enfin, ils s’en vont et nous grimpons à toute allure les quelques mètres qui nous séparent de notre hôtel, la peur au ventre. Aurélie a également été aussi effrayée que moi, nous avons l’impression d’être passées proches d’avoir de gros ennuis ! Ouf, nous nous enfermons dans notre chambre pouvant enfin respirer de nouveau et s’avouer chanceuses de s’en être sorties indemnes. Maintenant au lit, nous ne tenons plus debout… Trop d’émotions depuis hier !

Journée de train…

Le 25 mars 2011

Levées encore une fois à l’aube (ce n’est pas des vacances ça !), nous paquetons nos affaires et déambulons dans les rues afin de sortir de la zone piétonnière pour trouver un rickshaw. Après nous être battues avec le chauffeur pour descendre le prix de la course à un chiffre raisonnable, il nous conduit avec 3 autres personnes quasiment assises sur nos genoux, à la gare ferroviaire.

Nous nous apercevons alors que nos tickets réservés par Internet ne sont pas valides et qu’il faut en acheter de nouveaux. Bon, ça commence… Evidemment, il est impossible d’acheter tout de suite des couchettes (ce serait trop facile…), il faut d’abord prendre des billets normaux, puis négocier avec le contrôleur dans le train pour avoir une place en couchette. Nous achetons donc nos billets simples puis patientons, assises par terre sur le quai de la gare, entourées de mouches, de singes, de vendeurs ambulants et de passagers Indiens curieux de voir 2 blanches assises au milieu… En Inde, il faut vraiment surpasser nos limites habituelles !

Ils annoncent 1h30 de retard à notre train. Nous qui étions déjà bien en avance… nous en profitons pour discuter, parler de nos croyances, refaire le monde, se demander ensemble ce que nous cherchons en Inde, pourquoi alors que nous avons tout pour être heureuses dans nos vies, cherchons-nous toujours autre chose, une petite chose qui parait pourtant énorme et essentielle et sans laquelle nous ne nous sentons pas complète… Cette chose n’a rien à voir avec le monde extérieur ou matériel, il faut la trouver en nous-mêmes, nous le savons. Et l’Inde est, selon nous, le passage obligé qui nous fera tellement couper nos croyances et nos barrières qu’il nous permettra de faire émerger le « vrai » de nous-mêmes…

Après toutes ces tergiversations, le train n’est toujours pas là et il a 2 heures de retard. Alors qu’Aurélie part se renseigner, nous apprenons qu’il va arriver d’un instant à l’autre sur un autre quai ! Le temps qu’on enfile nos sac à dos et le voilà qui accoste sur l’autre quai en effet. Il était moins une ! Il fallait le savoir qu’il changerait de voie au dernier moment ! Bref, nous trouvons le contrôleur qui nous assomme en nous disant que le train est complet… Ah non, nous ne nous sommes pas levées à 6h du matin, négocié dur avec un rickshaw, attendu 4 heures par terre sur le quai de la gare avalant des mouches, pour s’entendre dire que nous ne pouvons pas embarquer ! Nous insistons et il finit par nous faire signe de monter dans le wagon avec un signe d’exaspération.

Des jeunes nous font de la place sur leur siège déjà bondé. Je sens que nos 18 heures de trajet vont être longs ! Un autre contrôleur arrive et nous trouve 2 banquettes de libre pour la journée en ne nous promettant rien pour la nuit. Mieux installées, nous pouvons prendre un nos aises pour lire ou même dormir un peu. Ouf, nous respirons ! Je regarde par la fenêtre grillagée le paysage défiler, le vent s’engouffrant dans mes cheveux. J’essaie de dormir un peu mais les cris des vendeurs de chaï hurlant au passage n’encouragent pas mon passage dans le pays des songes. Aurélie essaie de faire la causette avec ses voisins mais ils ne parlent pas anglais, ça reste donc difficile. L’un d’eux nous offrira tout de même à manger, ce que j’accepte avec plaisir contrairement à Aurélie qui préfère s’abstenir, n’étant pas sûre de l’hygiène.

Nous arrivons vers 21h à une grande ville où une foule de personnes déboulent dans le train pour faire le trajet de nuit. Nous apprenons que l’une des 2 couchettes qui nous a été octroyée est réservée par un jeune homme qui, très gentil, me propose de la partager avec moi. Je refuse l’invitation et prends une autre couchette libre pour le moment. Vers minuit, je me fais réveiller par une jeune fille qui a réservé cette place. Bon, ça devient compliqué. D’autant plus que j’aperçois Aurélie serrée dans sa couchette à côté de 2 Indiens qui n’ont pas réservé cette place mais la squattent quand même. Le contrôleur arrive et vire les 2 Indiens de la seule place qu’il nous reste pour nous deux. En plus, il s’agit déjà à la base d’une plus petite banquette que les autres, il est impossible de s’y allonger complètement lorsqu’on est tout seul, alors à deux n’en parlons pas. Comment allons-nous réussir à dormir toutes les deux là-dessus ? Au moins, nous ne sommes plus 4, c’est déjà ça de gagné… En Inde, chaque petite victoire de ce genre est une petite amélioration de confort… Je propose alors à Aurélie l’ultime solution : que l’une de nous deux dorme par terre entre les couchettes ! Vaillamment, elle décide de s’y coller, déroule son tapis de sol par terre et s’y allonge enveloppée de son sac de couchage. Je me recroqueville sur la petite banquette priant pour que personne ne m’y déloge : je n’aurais plus qu’à rejoindre Aurélie par terre, ce qui risquerait de faire serré…

Marche sur les ghats

Le 24 mars 2011

Réveillées encore une fois à l’aube, nous sommes sur le pied de guerre vers 6h du matin afin de profiter d’une promenade matinale sur les ghats. C’est en effet le meilleur moment de la journée pour prendre l’essence de cette ville, les gens se purifiant dans le Gange lorsqu’il ne fait pas encore trop chaud. L’air est frais, les couleurs pastelles de l’aube nous ravissent les yeux et nous flanons sur le bord du fleuve admirant des scènes de vie simples, souvent tournées vers le sacré, tout en déambulant tranquillement.

Il ne fait pas beau aujourd’hui, de gros nuages masquent le soleil, ce qui nous ravie au plus hait point, la chaleur ne nous écrasant pas dès 8h du matin. Nous atteignons le bout des ghats après une belle marche de 2 heures où nous nous reposons dans un café au bord du Gange infesté de mouches. Nous reprenons notre chemin nous racontant des souvenirs d’enfance, main dans la main, n’ayant aucun but précis. De temps à autre, nous nous arrêtons pour assister à une scène bizarre typiquement indienne comme le passage d’un éléphant en pleine rue ou un homme qui traie une vache bouchant la ruelle pendant 10 minutes ou la venue d’un cortège transportant le corps d’un défunt qui va au crématoire… Autant de scènes pittoresques qui ne nous étonnent presque plus à force de voir de l’étrange à chaque coin de rue… Etrangement, alors que tout est intense autour de moi et met tous mes sens à rude épreuve (spécialement l’odorat, il faut bien le dire… les effluves de détritus, de bouse de vache et d’encens sont un challenge pour nos nez occidentaux), malgré toutes ces scènes de vie insolites et imprévisibles, je ressens un grand calme à l’intérieur de moi… Une sensation que je n’avais pas ressentie depuis longtemps et qui est fort agréable. Comme si tous ces non-sens auxquels j’assiste me font relativiser mes propres questionnements quant à mes problèmes personnels. Un lâcher-prise délicieux s’effectue de lui-même sans l’avoir vraiment commandé. En Inde, pour s’y sentir bien, il faut être capable d’effectuer ce vide intérieur et s’ouvrir au monde tel qu’il est, avec le moins de jugement et de rationnel possible étant donné que rien ne nous parait logique ici pour nous, Occidentaux… Essayer d’y mettre un sens avec notre échelle de valeurs à nous est une pure perte de temps et d’énergie. Il faut abandonner pour quelques temps nos propres règles de société (difficile dans on est conditionné depuis tout petit !) et abolir tout jugement. Par la même occasion, de manière presque magique, on arrête aussi de se juger soi-même et alors l’amour et la paix peuvent prendre leur place dans tout notre être. Voici donc la raison de mon voyage en Inde : me retrouver moi-même et remettre les choses à leur place ! J’avais oublié comme c’était agréable ce lâcher-prise… Le challenge est maintenant de le faire perdurer dans le temps ! Pas facile…

Après notre petite sieste quotidienne, nous repartons dans les rues, notre endroit préféré pour surprendre l’imprévu. Arrivées au ghat principal, je reste hypnotisée par la file de mendiants assis en file sur les marches menant au Gange. Chacun, avec leur petite assiette posée devant eux, attendent la charité des passants et le passage d’un peu de riz donné comme prasad (offrande) après la cérémonie. Certains sont vraiment amochés avec des doigts en moins, des bandages infectés enroulés sur leur jambe, un œil crevé… Ces pauvres gens me fendent le cœur, j’ai du mal à les regarder tellement je trouve leur état alarmant. Malgré les croyances, on croise assez peu souvent de tels miséreux en Inde. Ici, ils viennent tous se regrouper à cet endroit qui se veut sacré où les bonnes âmes sont plus favorables.

Nous continuons notre route et tombons sur une cérémonie très intimiste effectuée pour le Gange. Cinq pujaristes effectuent des jeux de lumière avec des chandeliers en feu. Le contraste eau/feu me fascine et nous assistons avec dévotion à ce jeu de lumière. Superbe ! Un petit tour ensuite au ghat des crémations pour un au-revoir vu que nous partons demain, puis revenons à l’hôtel nous reposer. Après un repas épique à s’accrocher à nos assiettes tellement le vent est violent sur le toit de l’hôtel, nous partons nous coucher sous notre moustiquaire pour la dernière nuit à Varanasi. Dommage, nous commencions à avoir des amis ici !

Promenade matinale sur le Gange

Le 23 mars 2011

Levées à 5h30 du matin, nous partons sur le ghat le plus proche afin de trouver une barque pour faire un tour sur le Gange. Rapidement, un batelier nous saute dessus et nous partons pour une longue balade de 2 heures sur le fleuve en plein réveil.

Tandis que le soleil se lève doucement, nous apercevons pèlerins et sadhus en train de se laver dans le Gange tout en pratiquant des ablutions (rituels sacrés avec l’eau du fleuve). Le soleil levant reflète une couleur orangée sur la rive mettant en valeur toute la féérie du lieu. Si tôt le matin, une légère brise nous rafraichit délicieusement et nous voguons tranquillement, admirant les ghats en plein réveil. Les uns lavent leurs vêtements dans l’eau, les autres se baignent, d’autres encore rient et s’amusent ensemble ou bien récitent religieusement des prières. Des hurlements résonnent soudain sur la rive… Un homme se fait battre rudement par un groupe de gens qui le frappent avec un bâton. Il ressort de la bataille en marchant mais tâché de sang. On ne sait pas ce qu’il s’est passé… Ils sont très durs entre eux les Indien, la justice s’effectuant parfois dans la rue.

Nous atteignons un autre ghat de crémation et assistons à l’immersion du corps dans le Gange avant d’être immolé par le feu. Quelle ville étrange ! Ca restera, je crois, la cité la plus folle que j’ai visitée pour le moment ! Aurélie s’essaye en tant que rameuse et notre batelier, amusé, lui laisse la barre de notre bicoque. Mais à part tourner en rond sur nous-mêmes, nous n’irons pas très loin avec le capitaine Aurélie ! Ca aura bien fait rire toute l’assemblée en tous cas… Nous rentrons tranquillement du côté de notre hôtel, les Indiens m’arrêtant au passage pour me féliciter de ma prestation de danse d’hier ! Ca a vite fait le tour, c’est vraiment drôle !

Nous flânons ensuite dans la ville, trainons dans les magasins, suivons des sadhus pour voir où ils vont… C’est tellement bon de ne pas avoir de plan, pas de contrainte de temps, pas de responsabilité autre que se trouver à manger dans la journée… Un bon break dans la vie quotidienne ! Nos pas nous amènent comme par hasard devant un temple érotique où des sculptures du kamasutra sont gravées sur les poutres. Nous rions comme des collégiennes devant ces dessins ne correspondant par à la culture indienne d’aujourd’hui ! Allez, il est temps maintenant de notre sieste quotidienne…

Nous ressortons vers 18h et retournons du côté des crémations pour nous imprégner de nouveau de l’atmosphère si particulière du lieu. Nous marchons sans but, déambulant dans les rues mal éclairées de cette cité étrange. Bizarrement, nous nous sentons en sécurité dans cette ville, on ne nous importune pas outre mesure, un simple « non » suffit à éloigner les rabatteurs… Je suis extrêmement surprise qu’on nous laisse autant tranquilles, vu tout ce que j’avais entendu sur Varanasi ! Nos pas nous amènent devant un petit temps dans lequel nous méditons quelques instants, mais les moustiques auront raison de notre patience. Nous fuyons leurs morsures assez rapidement.

Revenues à l’hôtel pour souper, le personnel commence à nous connaitre et se permet des plaisanteries avec nous. Surtout depuis que nous avons dansé la veille ! On dirait qu’on a brisé un mur entre eux et nous… Un brin charmeurs, mais en restant toujours courtois, nous rions tous ensemble durant un bon moment de la soirée. Fatiguées mais heureuses de notre journée, nous partons nous coucher, prêtes pour le pays des rêves !