Le 25 mars 2011
Levées encore une fois à l’aube (ce n’est pas des vacances ça !), nous paquetons nos affaires et déambulons dans les rues afin de sortir de la zone piétonnière pour trouver un rickshaw. Après nous être battues avec le chauffeur pour descendre le prix de la course à un chiffre raisonnable, il nous conduit avec 3 autres personnes quasiment assises sur nos genoux, à la gare ferroviaire.
Nous nous apercevons alors que nos tickets réservés par Internet ne sont pas valides et qu’il faut en acheter de nouveaux. Bon, ça commence… Evidemment, il est impossible d’acheter tout de suite des couchettes (ce serait trop facile…), il faut d’abord prendre des billets normaux, puis négocier avec le contrôleur dans le train pour avoir une place en couchette. Nous achetons donc nos billets simples puis patientons, assises par terre sur le quai de la gare, entourées de mouches, de singes, de vendeurs ambulants et de passagers Indiens curieux de voir 2 blanches assises au milieu… En Inde, il faut vraiment surpasser nos limites habituelles !
Ils annoncent 1h30 de retard à notre train. Nous qui étions déjà bien en avance… nous en profitons pour discuter, parler de nos croyances, refaire le monde, se demander ensemble ce que nous cherchons en Inde, pourquoi alors que nous avons tout pour être heureuses dans nos vies, cherchons-nous toujours autre chose, une petite chose qui parait pourtant énorme et essentielle et sans laquelle nous ne nous sentons pas complète… Cette chose n’a rien à voir avec le monde extérieur ou matériel, il faut la trouver en nous-mêmes, nous le savons. Et l’Inde est, selon nous, le passage obligé qui nous fera tellement couper nos croyances et nos barrières qu’il nous permettra de faire émerger le « vrai » de nous-mêmes…
Après toutes ces tergiversations, le train n’est toujours pas là et il a 2 heures de retard. Alors qu’Aurélie part se renseigner, nous apprenons qu’il va arriver d’un instant à l’autre sur un autre quai ! Le temps qu’on enfile nos sac à dos et le voilà qui accoste sur l’autre quai en effet. Il était moins une ! Il fallait le savoir qu’il changerait de voie au dernier moment ! Bref, nous trouvons le contrôleur qui nous assomme en nous disant que le train est complet… Ah non, nous ne nous sommes pas levées à 6h du matin, négocié dur avec un rickshaw, attendu 4 heures par terre sur le quai de la gare avalant des mouches, pour s’entendre dire que nous ne pouvons pas embarquer ! Nous insistons et il finit par nous faire signe de monter dans le wagon avec un signe d’exaspération.
Des jeunes nous font de la place sur leur siège déjà bondé. Je sens que nos 18 heures de trajet vont être longs ! Un autre contrôleur arrive et nous trouve 2 banquettes de libre pour la journée en ne nous promettant rien pour la nuit. Mieux installées, nous pouvons prendre un nos aises pour lire ou même dormir un peu. Ouf, nous respirons ! Je regarde par la fenêtre grillagée le paysage défiler, le vent s’engouffrant dans mes cheveux. J’essaie de dormir un peu mais les cris des vendeurs de chaï hurlant au passage n’encouragent pas mon passage dans le pays des songes. Aurélie essaie de faire la causette avec ses voisins mais ils ne parlent pas anglais, ça reste donc difficile. L’un d’eux nous offrira tout de même à manger, ce que j’accepte avec plaisir contrairement à Aurélie qui préfère s’abstenir, n’étant pas sûre de l’hygiène.
Nous arrivons vers 21h à une grande ville où une foule de personnes déboulent dans le train pour faire le trajet de nuit. Nous apprenons que l’une des 2 couchettes qui nous a été octroyée est réservée par un jeune homme qui, très gentil, me propose de la partager avec moi. Je refuse l’invitation et prends une autre couchette libre pour le moment. Vers minuit, je me fais réveiller par une jeune fille qui a réservé cette place. Bon, ça devient compliqué. D’autant plus que j’aperçois Aurélie serrée dans sa couchette à côté de 2 Indiens qui n’ont pas réservé cette place mais la squattent quand même. Le contrôleur arrive et vire les 2 Indiens de la seule place qu’il nous reste pour nous deux. En plus, il s’agit déjà à la base d’une plus petite banquette que les autres, il est impossible de s’y allonger complètement lorsqu’on est tout seul, alors à deux n’en parlons pas. Comment allons-nous réussir à dormir toutes les deux là-dessus ? Au moins, nous ne sommes plus 4, c’est déjà ça de gagné… En Inde, chaque petite victoire de ce genre est une petite amélioration de confort… Je propose alors à Aurélie l’ultime solution : que l’une de nous deux dorme par terre entre les couchettes ! Vaillamment, elle décide de s’y coller, déroule son tapis de sol par terre et s’y allonge enveloppée de son sac de couchage. Je me recroqueville sur la petite banquette priant pour que personne ne m’y déloge : je n’aurais plus qu’à rejoindre Aurélie par terre, ce qui risquerait de faire serré…
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