Le 20 mars 2011
A part un pénible moustique qui a volé au-dessus de nos têtes une partie de la nuit, nous avons extrêmement bien dormi dans un calme olympien. Je me félicite d’être rentrée dormir ici, les nuits indiennes où nous dormons bien sont en général assez rares. Il faut les savourer !
Je descends prendre le petit-déjeuner seule, Aurélie fait la grasse matinée. Je la comprends, elle n’a pas beaucoup dormi ce dernier mois avec le tour d’Amma. J’ingurgite mon chapati avec mes légumes à défaut de mon pain-confiture quotidien accompagné d’un chaï à la place de mon café, ce qui au final me convient parfaitement. Quand je reviens dans la chambre, elle est réveillée. J’en profite pour prendre une bonne douche, la première depuis mon départ de Marseille, autant dire qu’elle est appréciée ! Nous prenons notre temps, partons méditer, nous allongeons dans le jardin en écoutant les oiseaux, ça fait du bien de ne rien faire.
La méditation dans le temps devant les portraits de Sri Aurobindo et de la Mère m’apaise profondément. Ca me remémore la plénitude que j’avais ressentie à Pondichéry en méditant près de leur tombe il y 2 ans de cela. Ces deux maitres me font définitivement de l’effet. Nous partons ensuite nous promener dans le quartier afin de profiter de la fête nationale qui a lieu en Inde aujourd’hui : Holi. Ca consiste à s’asperger les uns les autres de poudre colorée. Nous n’échapperons pas à cette coutume exécutée avec respect sur Aurélie et moi. Ils nous peinturent le visage doucement alors qu’ils se le jettent habituellement à la figure. Le respect qui nous entoure est touchant et très appréciable. Nous nous amusons quelques temps avec eux puis reprenons notre chemin tranquillement, notre visage ressemblant à un sapin de Noël illuminé et hautement coloré. Aurélie souhaite retourner au temple d’Amma afin de lui faire un dernier adieu, je l’accompagne bien volontiers. Il est difficile de trouver un rickshaw en cette journée de fête, mais nous finissons par en dégoter un auquel nous lui proposons de nous attendre là-bas pour nous ramener après à l’ashram. Arrivée au temple, je retrouve des photos d’Amma partout ainsi que son sourire bienveillant. J’aime la sensation qu’elle me procure, une sorte d’apaisement, de tranquillité… Une puja (offrande aux divinités) est en train de se dérouler devant deux Indiennes. Je m’assois afin d’y participer. Un swami s’occupe de la cérémonie, lance des fleurs, allume des bougies, entretient un feu et nous lance de l’eau bénite de temps à autre. J’aime le regarder faire toute sa procession, je trouve ça beau à regarder. On rentre dabs une sorte de transe, de paix… Je fixe les flammes dans vraiment les voir, en ayant toutefois l’impression de m’imprégner de leur chaleur. Quel beau moment, tout entier dans le moment présent !
Après 20 minutes, nous repartons pour l’ashram déjeuner, notre ventre commence à gargouiller. Nous mangeons comme 4 alors que nous ne sommes que 2, la nourriture étant tellement bonne… Je prends un plaisir fou à retrouver les saveurs culinaires indiennes, c’est tellement bon ! Repues, nous repartons ensuite nous promener et tombons rapidement sur des jeunes voulant nous asperger de poudre colorée. Je me laisse faire mais au lieu de me lancer de la poudre, ils me jettent un liquide rose sur le bras qui me tache immédiatement le tee-shirt et s’imprègne sur ma peau. Je m’aperçois trop tard qu’il s’agit de teinture ! Ils veulent continuer à m’asperger mais je ne trouve plus ça drôle du tout et me débats pour me dégager. Le groupe de jeunes se rapprochent de moi en me lançant de la poudre et une sourde panique s’empare alors de moi. Je me sens agressée dans mon espace vital et à moitié aveugle à cause de toute cette poudre, je commence à me débattre et à crier en tout sens. Ils me laissent tranquille aussitôt, nous partons aussi sec. Heureusement Aurélie n’a rien, mais moi je suis colorée de la tête aux pieds. Sur le visage et les cheveux, il ne s’agit que de poudre qui partira au premier lavage. Par contre, la teinture rose a atteint mon tee-shirt, mon écharpe, mon pantalon et mon sac à dos et j’ai bien peur que ça ne parte pas. Je suis fâchée et déçue que ça ait tourné au vinaigre alors que ça aurait pu juste être drôle et inoffensif. Ce matin, c’était des hommes âgés qui nous avaient coloriées, ils l’avaient fait avec respect. Cette fois, ces jeunes n’en ont pas eu et je trouve ça dommage.
Nous revenons à la chambre où je cours sous la douche. Je m’aperçois aussitôt que mes craintes sont justifiées, je n’arrive même pas à laver la peinture qui a colorié ma peau ! Mon écharpe et tee-shirt sont foutus, même mes sous-vêtements ont écopé… Seul mon pantalon est à peu près récupérable. Super ! Happy Holi à vous aussi, saccageur de vêtements ! Une fois changée, je me sens tout de suite mieux, l’incident étant déjà loin si ce n’est ce colorie rose qui tache toujours la peau de mon bras, me rappelant sans ce fâcheux épisode. Mais comme le dit si bien Aurélie, mieux vaut le bras que les cheveux ! J’aurais été teinte d’une couleur originale pendant plusieurs mois ! Rien que d’y penser, j’ai des sueurs dans le dos. Finalement, j’ai eu de la chance !
Nous finissons l’après-midi étendues dans le jardin de l’ashram à se reposer. Vers 16h, nous emballons nos affaires et parton pour la gare de Delhi où nous attend un train pour Varanasi (Benares) ce soir. On nous conseille de prendre le taxi plutôt qu’un rickshaw afin d’éviter d’être aspergées de couleur. En effet, j’ai eu ma dose pour aujourd’hui ! Arrivées à la gare, nous nous asseyons par terre, à même le sol, comme le font tous les Indiens en attente de leur train. Notre voie est annoncée, nous montons dans le train et prenons nos places… juste à côté des toilettes ! Une odeur nauséabonde se promène nonchalamment sous notre nez ; ça va être facile de dormir ici ! Toutefois, après quelques temps, on finit par s’habituer, c’est comme ça.
Aurélie se fait harceler de questions par un Indien et se prête gentiment au jeu. Quant à moi, je préfère rester loin de ce genre de discussion qui, je le sais, n’en finisse jamais. Les Indiens sont intarissables sur leurs sujets de discussion. Tout y passe avec Aurélie, de la géographie de l’Europe, au nombre d’habitants de chaque ville de France, à la politique, au sport et au langage ! J’admire Aurélie qui passe plusieurs heures à lui expliquer comme ça fonctionne, en faisant même des croquis… Je n’ai certainement pas sa patience ! Elle finit toutefois par fatiguer et je viens à sa rescousse en proposant de mettre les couchettes en place pour dormir. En effet, tout le monde se couche et ça met fin à la conversation.
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