Varanasi

Le 21 mars 2011

La nuit ne fut pas trop mauvaise vu notre confort. Allongées sur des banquettes de fortune, bercées par le tangage du train, nous sombrons dans le sommeil rapidement, interrompu ce matin par les vociférations des vendeurs de café ou de chaï. En Inde, il faut apprendre à dormir n’importe où et prendre le plus de force possible lors des repos.

Notre ami d’hier finit de nous réveiller en passant de belles musiques indiennes sur son ordinateur portable ce qui nous ravit au plus haut point. Vers 8h, nous accostons en gare de Varanasi. On se prépare mentalement à affronter une foule de rabatteurs qui risquent de nous sauter dessus à peine descendues sur le quai, mais bizarrement il n’en est rien. Un vieil homme d’un rickshaw nous demande le nom de notre hôtel et propose de nous en faire visiter plusieurs. Ok, c’est parti !

Après un quart d’heure de course, nous nous arrêtons en pleine rue, il faut continuer à pieds dans les dédales de rues où aucun engin à moteur ne peut passer tellement c’est étroit. Aurélie, chargée comme un baudet, a du mal à me suivre dans ce labyrinthe moyenâgeux. Il faut parfois enjamber des ordures, pousser une vache ou une chèvre, éviter les bouses… C’est plutôt sportif ! Après 15 minutes de marche, nous arrivons au premier hôtel qui ne nous convient pas du tout. Nous y laissons tout de même nos sacs pour effectuer nos recherches d’hôtels plus légères. Nous suivons toujours notre bonhomme, nous demandant à chaque coin de rue comment nous allons pouvoir nous repérer dans ce dédale de rues étroites et sinueuses… Le troisième hôtel est le bon, nous le prenons ! Nous refaisons tout à l’envers, notre guide en tête, pour aller chercher nos sacs. L’un d’eux aura pitié d’Aurélie et lui portera même son gros sac à dos qui doit peser dans les 18 kg… Et dire que le mien n’en fait que 8 ! Et j’en suis ravie dans des moments comme celui-ci. Même si je commence à être à court de vêtements vu qu’on me les tache avec de la teinture ! Ca allège le sac, mais réduit le change…

Nous nous promenons ensuite un peu sur les ghats (grands escaliers sacrés menant au Gange), mais il commence à faire très chaud malgré l’heure encore matinale. Nous fuyons alors le soleil dans un mignon restaurant en haut d’une maison avec une vue imprenable sur le Gange. Un café, jus d’orange frais et pancake aux bananes plus tard ; nous nous sentons mieux. L’après-midi se prêtera à la sieste, on commence doucement les vacances ! Allongée sur le lit, tandis qu’Aurélie dort doucement, je m’immerge enfin dans mon environnement. Je suis en Inde et je crois que c’est seulement aujourd’hui que je m’en rends vraiment compte. Peut-être aussi parce que les environnements protégés des ashrams ne nous montrent pas la véritable Inde : sale, bruyante, fascinante et merveilleuse… Dans cette ville si typique de ce pays si étrange, j’ai l’impression de m’y plonger totalement jusqu’au cou aujourd’hui et j’en suis ravie. J’écoute de la chambre les bruits des enfants jouant dehors, les chants hindous retentissent au loin, l’odeur d’encens chatouille mes narines et la chaleur moite me colle à la peau… Inde, ma belle Inde, me revoici !

Vers 16h, nous partons nous promener un peu dans la ville, nous perdre dans ses petites rues sombres. Mon estomac gargouille sans arrêt, je rêve d’une massala dosa, genre de crêpe aux légumes, un de mes plats favoris du Sud de l’Inde. Après s’être renseignées, on nous envoie dans une petite échoppe où ils les préparent à la chaine. Nous les mangeons avec avidité et un bonheur sans nom, assises par terre sur des marches d’escalier, accompagnées par une foule de mouches intéressées par nos plats. Repues, nous continuons notre route à travers les marchés, les petits magasins et les bouses de vache. Quel spectacle toujours changeant ! Arrivées au ghat principal, une foule de gens son déjà assis pour assister à la procession du soir. Nous nous asseyons sur les marches et admirons le Gange… Ce fleuve mythique est adulé par les Hindous comme un Dieu vivant depuis la nuit des temps. Ils viennent de loin pour se purifier dans le fleuve. Sauf que lorsqu’on voit la pollution que le Gange draine, se baigner dedans ne m’a pas l’air d’une purification du tout. De l’esprit peut-être, mais certainement pas du corps… Ceci dit, c’est beau de les voir se baigner avec dévotion avec leur tunique ou leur grand slip anti-glamour ! L’atmosphère qui se dégage de cette ville est très particulière, j’ai du mal à mettre mes sensations en mots… Le divin et le sacré sont omniprésents et on le ressent chez chacun dans leurs gestes ou prières. Cette ville bondée, des bâtiments collés les uns aux autres de façon totalement anarchique, se presse au-dessus du Gange comme si elle voulait tomber dedans. Ces couleurs orangées, telles de grandes toges de sadhus, enveloppent la ville de leur toile… Les femmes en saris multicolores et étincelants se promènent nonchalamment entre les vaches sacrées et les ordures… Cette cité semble tout droit sortie d’une bande-dessinée loufoque et anachronique et c’est tellement fascinant !

Nous faisons la connaissance d’un vieil Indien qui nous explique qu’il est venu à Varanasi pour la crémation du père d’un ami. Ici, lorsque quelqu’un meurt, il n’est pas de plus grand privilège en Inde que d’aller se faire incinérer ici et de jeter ses cendres dans le Gange sacré. En gros, si j’ai bien compris, c’est une connexion directe avec le Paradis (interprétation personnelle…). Par contre, les enfants ; les femmes enceintes, les sadhus, les personnes mordues par un cobra (??) et les animaux ne sont pas autorisées à être brûlées. Eux, on jette directement leur corps dans le Gange tel quel ! Charmant… Ce vieux monsieur nous prend sous son aile, ne comprenant pas que 2 filles voyagent seules, sans homme avec elles ! Il nous met en garde contre tous les dangers potentiels qui peuvent nous arriver et nous dépeint un tableau apocalyptique de Varanasi et de la population indienne qui, en gros, va nous voler à tous les coins de rue. Ils ont une confiance absolue dans leur prochain, ça fait peur ! Mais il est très gentil ce monsieur et nous paie même des petites bougies insérées dans des fleurs de lotus que nous devons donner au Gange pour qu’il exauce nos vœux. Nous le remercions chaleureusement et faisons flotter notre fleur parmi les centaines d’autres offertes au fleuve par des fidèles. La nuit commençant à tomber, les lumières des petites bougies flottant sur le Gange donne un aspect féérique à l’atmosphère. C’est magnifique !

Un charmant jeune homme indien plutôt attrayant s’assoit non loin de moi, me sourit, me regarde sans cesse et finit par m’offrir une fleur avec son sourire le plus charmeur. Le vieil homme nous fait vite comprendre que c’est un charlatan qui essaie d’attirer les touristes dans ses filets pour les détrousser après. Sans savoir ce qui est rai ou faux, ils finissent par nous stresser ces Indiens avec leur peur sur tout le monde ! Moi, au premier abord, je trouvais juste ça mignon, je ne l’aurais en aucun cas suivi n’importe où… Mais accepter poliment une fleur d’un jeune homme n’est pas un crime de lèse-majesté selon moi. Le vieil homme veut que je jette la fleur, je me contente de la redonner au jeune homme en souriant, ne sachant plu quoi faire avec ces deux là… Quel stress pour une simple fleur ! Toute cette histoire m’empêche d’assister pleinement à la cérémonie qui se déroule devant nous… Des pujaristes enveloppés d’une toge orangée-dorée effectuent une puja, puis avec des mouvements lents et précis, ils élèvent des chandeliers vers le ciel en un rituel majestueux et emprunt de spiritualité. Le jeune homme finit par s’en aller vu le peu de répondant de ma part et le vieil homme, satisfait, nous explique qu’il était sur le point d’appeler la police. Pour une fleur ? Il n’exagère pas un peu quand même… Il nous bénit toutes les deux puis s’en va en souriant. Une très belle rencontre ce vieil homme !

Nous finissons la soirée sur le toit de l’hôtel, devant un bon souper, aux sons des tablas joués par un petit groupe sous une pleine lune extraordinaire…

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