Le 26 mars 2011
La nuit se passe tant bien que mal à se battre avec les cafards ou les Indiens cherchant un centimètre carré de place pour s’asseoir. Le train est surchargé, ça en serait presque comique s’il n’était pas 3h du matin ! Je me retrouve rapidement avec 2 Indiens assis contre mes jambes, mes poussant toujours plus à me recroqueviller davantage et 2 par terre à mes pieds. Je ne ferme quasiment pas l’œil de la nuit. Un contrôleur réveille Aurélie vers 4h du matin pour lui proposer une couchette de libre avant de la renvoyer par terre lorsqu’il s’aperçoit que nous n’avons pas les bons billets. Nous ne demandons que ça depuis la veille au matin de pouvoir acheter des billets nous réservant des places décentes, mais personne ne veut nous en vendre ! L’illogisme des Indiens atteint son comble et nous ne savons plus quoi penser ni quoi faire. Elle retourne se coucher par terre, refusant ma proposition d’échanger ma place avec la sienne. Je vois qu’elle commence à atteindre ses limites et je la comprends très bien. Ce pays est champion pour nous pousser à bout ! Surtout en matière d’insalubrité… Le train est absolument dégueulasse, nous osons à peine nous coucher sur les couchettes étant déjà elles-mêmes fort sales… mais par terre, c’est l’apocalypse… Entre les restes d’aliments jetés partout, les crachats réguliers des Indiens, la saleté drainée sous les chaussures des passagers qui doivent marcher sur des bouses de vache à tous les coins de rue, les cafards grimpant partout et l’odeur nauséabonde arrivant parfois de nulle part, on pourrait difficilement faire pire ! JE lève mon chapeau à Aurélie qui a bravé cette folie sans se plaindre ! Après cette épreuve, rien ne pourra plus lui résister en Inde… Enfin, à 6h30 du matin, nous voyons notre calvaire se terminer, le train accostant enfin dans notre gare tant attendue, après 18 heures de trajet. Débarquées sur la quai, nous avons l’impression de revivre et de respirer de nouveau du bon air ! Nous nous sentons sales et fatiguées, mais au moins nous sommes sorties de cet enfer ! Quel bonheur !
Joyeuses à présent de ne plus être enfermées dans cette boite à sardines, nous hélons un rickshaw pour qu’il nous emmène à Rishikesh. Vu la nuit passée, nous laissons tomber le bus et nous faisons conduire comme des princesses dans cette petite ville montagnarde. L’air est frais, respirable et beaucoup plus agréable que l’atmosphère lourde de Varanasi. Je sens que nous pourrons nous reposer ici ! Nous arrivons vers 8h du matin dans un petit village perché en haut des montagnes, surplombant le Gange, qui a l’air bien plus propre qu’à Varanasi. Ce coin a l’air uniquement dédié au yoga, à la méditation et au tourisme. Les guest houses se succèdent ainsi que les Occidentaux… L’endroit est charmant et calme, mais détonne totalement avec l’Inde que je connais. Ce sera parfait pour nous reposer après l’épreuve de cette nuit, mais je trouve que le coin manque singulièrement d’authenticité. Nous verrons ! En tous cas, nous avons un mal fou à trouver une chambre de libre, tout étant complet… Incroyable ! Nous dégotons finalement une superbe chambre donnant sur un jardin luxuriant où nous entendons les oiseaux, un vrai luxe dans ce pays ! Il était temps, Aurélie un peu malade après les événements de cette nuit, avait urgemment besoin d’une belle salle de bain confortable. Une bonne douche et une sieste plus tard, nous nous sentons revivre !
Nous partons ensuite nous promener, descendant tranquillement vers le Gange, notre guest house étant située à flanc de montagne. Nous atteignons un petit village plutôt touristique où vendeurs de bijoux se succèdent en proposant tous les mêmes articles. Un pont suspendu permet d’atteindre l’autre rive en surplombant le fleuve, beaucoup plus limpide qu’à Varanasi, encastré au fond d’une vallée entourée de montagnes, rendant le tableau presque idyllique, ce qui ne correspond pas du tout à l’Inde telle que nous la connaissons. Je ne sais pas si c’est la fatigue du train, mais ce nouveau paysage nous dérange. A Varanasi, nous touchions la véritable Inde, dans toute son étrangeté, son sacré, sa saleté, son bruit… Ici, c’est calme, propre, on respire de l’air pur… Et on l’impression que c’est faux, qu’on nous trompe en nous montrant une ville qui n’est pas vraiment indienne. On voit des touristes partout, les agences proposent des treks, des safaris, du rafting… Mais où est l’authenticité de l’Inde que nous aimons ? On se croirait au club Med ! Déboussolées, nous continuons notre visite, perdues entre les dizaines d’ashrams qui proposent quantité d’activités différentes, de la méditation au cours de yoga, mais qui possèdent tous des allures touristiques qui leur font perdre de leur véracité et cassent leur charme.
Arrivées sur une petite plage de sable fin, nous nous arrêtons quelques temps, les pieds dans l’eau fraiche du Gange, tout en admirant les bateaux de rafting qui passent. Notre impression d’être dans un club de vacances ne passe pas mais nous apprécions tout de même le paysage qui est, il faut bien l’avouer, vraiment apaisant et beau. Nous poursuivons notre marche, serpentant sur un petit chemin de terre qui suit le Gange jusqu’au deuxième petit village moins touristique. Nous nous y sentons tout de suite mieux et visitons les ashrams plus authentiques entretenant de somptueux jardins. Alors que le soleil se couche, une grande puja a lieu devant une belle statue de Shiva. Il y a foule sur le ghat au pied du Gange et nous assistons à une belle cérémonie où tous les fidèles sont habillés en orange ce qui amplifie le sacré du lieu en harmonie avec le soleil qui se couche derrière Shiva en reflétant ses couleurs pastelles sur le Gange. Les chants, toujours plus puissants, montent vers les cieux comme pour encourager le ciel à s’empourprer… Un très beau moment !
Fatiguées par la nuit passée dans le train et notre longue marche de la journée, nous rentrons en taxi jusqu’au premier village où nous dégotons un très chaleureux restaurant au pied du Gange. Avec ses allures hippies et sa musique douce, nous nous y sentons bien. Presque comme à la maison ! Ca fait du bien certaines fois d’être dans un coin touristique… Une bonne pizza plus tard, nous rentrons à pieds jusqu’à notre auberge, se situant à 10 minutes de marche. La nuit est tombée et il fait plutôt sombre sur la route. Une moto s’arrête avec deux Indiens dessus et nous baragouine quelques mots incompréhensibles dans un anglais bizarre. Aurélie s’arrête pour savoir ce qu’ils veulent nous dire, amis lorsque nous comprenons le mot « sexe » dans la phrase, nous tournons vite le dos en leur disant que nous ne sommes pas intéressées. Sauf qu’ils insistent… Ils nous suivent avec leur moto en nous demandant toujours la même chose… Je commence à sentir une peur sourde monter en moi. Je m’agrippe à la seule arme que j’ai en main, ma bouteille d’eau pleine qui peut servir de matraque en cas de besoin. Malgré notre panique, nous réussissons à rester courtoises, devinant que l’agressivité en paroles n’arrangerait rien et pourrait déclencher un incident… Décidemment, il fait bien trop noir sur cette route… Enfin, ils s’en vont et nous grimpons à toute allure les quelques mètres qui nous séparent de notre hôtel, la peur au ventre. Aurélie a également été aussi effrayée que moi, nous avons l’impression d’être passées proches d’avoir de gros ennuis ! Ouf, nous nous enfermons dans notre chambre pouvant enfin respirer de nouveau et s’avouer chanceuses de s’en être sorties indemnes. Maintenant au lit, nous ne tenons plus debout… Trop d’émotions depuis hier !
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