Résidence du Dalaï Lama

Le 01 avril 2011

Comme nous avons bien dormi cette nuit ! Un vrai délice… Emmitouflées sous de gros édredons, nous n’avons rien ressenti du froid et avons dormi comme des bébés ! Ca fait du bien… Nous prenons notre temps ce matin, petit-déjeunons sur une terrasse au soleil, rentrons nous coucher faire une sieste, flânons dans les magasins à la recherche de bols tibétains… Dans l’après-midi, nous effectuons une petite promenade dans les bois jusqu’au centre de Vipassana, perchée en haut d’une colline, puis revenons en ville visiter la résidence du Dalaï Lama ou plutôt son temple. De gros bouddhas sont visibles dans le temple que plusieurs moines viennent honorer. Le temple est simple et assez petit mais chaleureux. L’atmosphère de paix et de sérénité ne me quitte pas depuis que je suis arrivée à Dharamsala et la culture tibétaine en est grandement responsable. J’aime ce peuple tellement gentil et accueillant alors qu’il a tant souffert.

Alors que le soleil commence à passer derrière la montagne, nous empruntons une nouvelle fois le chemin sacré qui entoure la résidence en faisant tourner les roues de la fortune. La lumière du soleil couchant est si belle ce soir ! Attirées par des sons gutturaux, nous retournons dans le temple assister à des chants de moines tibétains qui me transportent aussitôt dans un autre monde. Bien différents des chants en sanscrit des Hindous, leurs tons plus graves et monocordes n’en sont pas moins mélodieux. J’aime les écouter et ne vois pas le temps passer, assise à côté d’eux, retenant mon souffle à chaque montée en crescendo des voix. Le tout sous un soleil rouge rayonnant sur la montagne. Quel spectacle superbe et unique ! J’en suis tout émue. L’histoire des Tibétains m’a toujours beaucoup touchée et les savoir ici, loin de chez eux, sur une terre d’accueil, incapables de retrouver leurs racines dans ce pays si différent du leur, m’attriste le cœur. J’ai l’impression qu’ils chantent leur souffrance et ça m’atteint directement l’âme.

Nous retrouvons ensuite Olivier, un autre ami d’Aurélie qu’elle a rencontré chez Amma, et partons manger tous les trois dans un petit restaurant tibétain adorable. Les plats sont exquis et nous ravissent le palais, ce qui fait du bien après quinze jours de nourriture indienne que je trouve tout de même un peu grasse à mon goût. A la fin du repas, le gérant du restaurant vient discuter un peu avec nous de sa situation de Tibétain en exil. Il nous explique qu’il n’a pas revu ses parents, qui sont restés au Tibet, depuis 20 ans et qu’il n’est pas sûr de les revoir un jour. Il dénonce le gouvernement chinois et toutes les atrocités qu’ils ont fait subir aux Tibétains afin d’acquérir les minerais qui se trouvaient dans leur pays, les ont mis au travail forcé, les ont humiliés, affamés, battus et terrorisés. Il nous explique que les Chinois gouvernent les médias et font circuler la fausse information dans tout le pays que les Tibétains vivent heureux à présent au Tibet dans une communauté libre alors que c’est toujours loin d’être le cas. Il ne comprend pas pourquoi nos pays occidentaux font affaire avec les Chinois et aident à leur prospérité alors qu’il les voit comme des barbares et des despotes. Il veut que nous sachions la vérité qu’au nom de la politique, un peuple entièrement pacifiste a été détruit, humilié et forcé à l’exil. Lui a dû tout quitter : famille, maison, travail, pour tout recommencer en Inde. Et encore, il doit s’enregistrer chaque année auprès du gouvernement indien qui peut, à tout moment, lui retirer ses droits de réfugié et l’envoyer au Népal ou ailleurs, même si ça fait 20 ans qu’il est là… Comment peut-il fonder quelque chose dans ces conditions ? Il nous rappelle que nous avons de la chance de pouvoir aller où nous voulons, d’être libres de voyager, de rentrer chez nous, de choisir le pays où nous voulons vivre. Et c’est vrai que nous sommes privilégiés d’avoir ce choix, nous l’oublions trop souvent… Emue au plus profond de mon âme par son histoire touchante, je quitte notre hôte le cœur lourd. Je suis contente qu’il ait partagé son histoire avec nous, il est important de savoir ce qui se passe vraiment, il faut le communiquer le plus possible. Je ne compte pas révolutionner le monde mais je reste persuadée que la connaissance est l’un des moyens de lutter contre ce genre d’injustices. Plus les gens seront au courant, plus la conscience humaine pourra s’élever afin de changer les choses.

Alors que nous passons dans une rue animée du village, on nous invite à rentrer dans un pub dansant. Aurélie qui en rêve depuis un moment après ses 4 mois en Inde, nous entraîne et nous nous retrouvons devant un karaoké indien dansant. En 2 minutes, nous sommes sur la piste, nous trémoussant avec joie, Olivier, notre garde du corps, incitant les éventuels dragueurs à se tenir tranquilles. Quelle joie de se retrouver sur un plancher de danse ! Nous nous amusons comme des gamines dans notre accoutrement de routarde alors que tous sont habillés classe et sexy dans ce bar plutôt huppé. On détonne un tantinet ! Mais peu importe puisque les rires et la bonne humeur sont là, c’est l’essentiel ! Notre guest house fermant sa grille à 23h30, nous devons bientôt rentrer sous peine de dormir dehors. On se sent comme des adolescentes ayant un couvre-feu, ça fait bizarre ! Sagement, nous rentrons avant l’heure fatidique et partons rapidement au pays des rêves.

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