Retour à Delhi

Le 7 avril 2011

Bon, on ne peut pas dire que ce soit facile de bien dormir dans un bus, surtout avec les incessants virages qui nous ballottent d’un côté puis de l’autre (c’est rarement deux fois du même côté, étrangement…) ce qui rend le sommeil difficile à venir. Toutefois, je pense avoir quand même réussi à dormir un peu entre toutes ces secousses.

J’arrive vers 6h du matin dans une vieille gare routière éloignée de tout. Une horde de rickshaws nous attend à la sortie du bus pour nous emmener où nous le souhaitons. Je désire retourner à l’ashram de Sri Awobindo, cet endroit calme où je pourrai me reposer la journée en attendant mon vol de demain. Je monte avec une jeune fille occidentale dans l’un d’eux. Visiblement, nous avons été laissés dans le nord de la ville alors que mon ashram se trouve dans le sud. Notre taxi est une vieille boite de conserve qu’il faut faire redémarrer toutes les dix minutes, c’est folklorique ! Et évidemment, ce qui devait arriver arrive, un pneu éclate en plein sur la route. Arrêtés au milieu de la voie, nous sortons du véhicule sur les conseils de ma compagne afin d’éviter de nous faire heurter par une voiture. Sauf que c’était sans penser que deux blanches sur la bande d’arrêt d’urgence, ça distrait les conducteurs… Inévitablement, un carambolage de deux voitures a lieu juste devant nous, l’un des conducteurs nous ayant regardés une seconde de trop. Heureusement, il ne s’agit que de tôle froissée, rien de grave. De toute façon, vu les voitures qu’ils ont, ils ne risquent pas d’aller bien vite. Et le plus étrange dans tout ça, c’est que je regarde les scènes d’un œil extérieur, ni surprise, ni choquée…comme si ça ne me concernait pas (ce qui est un peu le cas). J’ai tellement vu de choses étranges en Inde que plus grand-chose ne me surprend, on dirait. Notre chauffeur à la roue crevée ne se préoccupe absolument pas non plus du bazar ambiant dû au carambolage, bien trop occupé par son propre problème. Il nous arrête un autre rickshaw et nous propose de continuer avec lui, ce que nous acceptons volontiers. Nous le laissons donc à sa roue à plat et reprenons la route, évitant ainsi sûrement d’autres accidents dus à notre présence au bord d’une route. Je regarde négligemment autour de moi alors que le rickshaw se fraie un chemin parmi la horde de voitures, tout en essayant de prendre conscience que beaucoup de touristes parachutés en Inde pour la première fois peuvent s’y perdre un peu… Comme ça a été le cas pour moi lors de ma première venue dans ce pays il y a six ans de cela. Alors que nous sommes sur une autoroute à trois voies, à peu près six véhicules se font front en même temps, l’un essayant de doubler l’autre ou de tourner à un endroit interdit. Des mendiants sautent sur mon taxi à la vue d’une blanche pour demander de l’argent à cette Occidentale riche. Tiens, on double un éléphant sur l’autoroute… Autant d’incongruités qui encore une fois ne m’étonnent même plus en Inde mais continuent à me faire sourire ! Le pays de l’illogisme… Il ne faut pas essayer de le comprendre avec notre tête ou notre raison, il faut juste le sentir dans ses tripes ! Et seulement à ce moment-là, on peut vraiment prendre du plaisir à se trouver dans ce pays de fous ! Sinon, on risque de partir en courant comme je l’ai fait après mon premier mois de voyage en Inde. J’essayais trop de mettre ce pays dans une case, dans quelque chose que j’avais appris, mais ça ne rentrait pas et je le vivais mal. Maintenant, je me dis toujours qu’il ne m’arrivera que des imprévus en Inde, et j’ai appris à lâcher prise avec ce pays !

Arrivée à l’ashram, je suis en terrain connu et monte tout de suite au dortoir des filles. Par chance, je suis seule dans cet immense dortoir, je peux m’installer n’importe où. Une bonne douche et une chasse aux moustiques plus tard, je vais m’étendre dans un merveilleux jardin si calme qu’on entend les oiseaux en plein Delhi ! J’y passe d’ailleurs toute la journée, somnolant un peu tout en rêvassant. Il fait bon ne rien faire ! Le soir venu, j’assiste à la méditation commune dans le grand hall où on nous passe un discours de la Mère, emblème de l’ashram. Beaucoup de jeunes étudiants indiens sont assis sagement à méditer dans un silence religieux. Tout le monde va manger ensuite. Je grignote mais je sature un peu des plats uniquement végétariens depuis trois semaines, tout en sauce épicée qui arrache la gorge. Vivement la France, sa bonne cuisine et son bon vin ! Trois semaines également sans une seule goutte d’alcool… Mon arrivée en France risque d’être épique, dans tous les sens du terme ! En attendant, bonne nuit !

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