Visite de Marrakech

Le 05 avril 2012

La nuit fut plutôt bonne malgré un réveil au milieu d’un rêve avec le son de la prière. Quelle idée de faire ça la nuit ! Avec les 2 heures de décalage horaire (ils sont en retard sur l’heure d’été par rapport à nous), nous sommes réveillés avant 8h, ce qui nous laisse une bonne journée devant nous !

Après un délicieux petit déjeuner avec crêpes, pain grillé, confitures maison et jus d’orange frais dans une de nos alcôves préférées, nous partons parcourir les ruelles sous un temps maussade. Nous retournons sur la fameuse place où les stands de nourriture ont disparu pour laisser la place aux charmeurs de serpents. Nous nous perdons à nouveau dans les souks admirant des couleurs des pyramides d’épices, des djellabas multicolores (alors que nous ne croisons que des femmes habillées de noir ou de marron), des babouches de toute taille… C’est la caverne d’Ali Baba à chaque coin de rue ! Un homme nous conseille d’aller visiter le marché des tanneurs que nous ne pensions pas très loin de la grand-place. Il nous colle un de ses acolytes comme guide qui nous fait traverser toute la ville au pas de course en nous faisant passer par des dédales de plus en plus sinueux de ruelles sombres et étroites. Nous commençons sérieusement à nous demander dans quel guet-apens nous sommes tombés lorsque nous arrivons enfin à destination au bout de 20 minutes de marche effrénée. On nous met un bouquet de menthe fraiche dans les mains en nous expliquant que ça va nous servir de masque à gaz. Nous ne comprenons rien jusqu’à ce qu’on entre à l’intérieur des murs où une véritable puanteur indescriptible nous prend aux narines. Le bouquet de menthe sous le nez afin de respirer un peu de fraicheur, nous entamons la visite des enfers. De multiples trous pullulent dans la terre où des hommes chaussés d’immenses bottes mélangent avec leur pied de la fiente d’oiseaux avec d’autres ingrédients colorés afin de fabriquer de la teinture qui servira à imprégner les peaux d’agneaux ou de chèvres qu’ils viennent de dépecer. Le mélange de tout donne cette odeur immonde et ces hommes y travaillent toute la journée ! Nous avons devant nos yeux ébahis toute la chaine de fabrication… d’un sac à main en cuir ! On ne manquera pas de visiter la boutique en sortant qui présente les produits finis, mais quand on voit tout ce qu’il faut comme ingrédients et main d’œuvre surexploitée pour en arriver là, ça ne donne pas très envie d’acheter quoi que ce soit ! C’était toutefois une expérience locale fort intéressante et instructive, nous ne regrettons pas d’avoir atterri ici presque par hasard !

Une fois sortis du marché des tanneurs, nous négocions avec un taxi pour qu’il nous amène dans le quartier juif, afin de ne pas se retaper toute la marche dans le sens inverse. Comme avec tous les Marocains que nous rencontrons, nous sommes « son ami » et il veut nous montrer des choses « rien qu’à nous ». Il nous arrête devant un ancien moulin reconverti en herboristerie où le vendeur nous fait une explication détaillée des vertus de chacun de ses produits allant du safran jusqu’à l’huile d’argan en nous servant ce que les locaux appellent du whisky marocain, c’est-à-dire du thé à la menthe, l’alcool étant interdit quasiment partout au Maroc. David se laisse tenter par l’achat de quelques substances, je m’en abstiens quant à moi, je déteste qu’on me force la main pour acheter. Nous visitons ensuite un superbe palais marocain aux murs marbrés semblant sortir d’un conte des mille et une nuits, puis passons dans l’allée des bijouteries toutes tenues par des juifs, puis revenons tranquillement vers la grande place, la faim commençant à nous tirailler le ventre.

Nous passons dans l’allée des méchouis où plusieurs stands sommaires se succèdent aux allures rudimentaires. Nous rêvons de manger un méchoui d’agneau, mais est-ce raisonnable pour notre estomac de le manger dans un boui-boui local ? La viande est découpée devant nous à coup de grand couteau et d’éviscération à la main, des bouts de barbaque volant partout. L’hygiène semble minimaliste… Tant pis, nous tentons ! Nous commandons 700g d’agneau qu’il nous balance à pleine main dans une assiette avec deux bouts de pain. On nous conduit sur une terrasse d’une bâtisse avec vue sur le fourmillement de la place. Nous dévorons littéralement le méchoui de bon cœur, arrachant les bouts de viande avec nos mains, les séparant du gras et des os pour les porter goulûment à notre bouche… On fait très couleur locale ! Quel délice… On verra plus tard si nos estomacs tiendront le coup…

Nous repartons requinqués nous balader à travers la ville, nous arrêtant dans des riads de temps à autre prendre un thé pour nous couper de l’agitation des rues et nous reposer dans le calme. Le contraste est tellement saisissant dans ces petits coins de verdure versus le brouhaha de la ville ! A la fin de la journée, lessivés par notre journée folle, nous nous arrêtons dans un hammam espérant nous y délasser, mais il n’est ouvert qu’aux femmes à cette heure et je ne souhaite pas abandonner David à son triste sort. Nous prenons la route du retour lorsqu’un rabatteur arrête David pour lui proposer un autre hammam ! Il tombe à pic celui-là pour une fois ! Nous le suivons et pénétrons dans une maisonnette à la salle d’attente colorée de coussins rouge-ocre et aux lumières nacrées. On nous propose une formule duo : un massage et un gommage chacun dans le hammam. Ok nous prenons ! Nous verrons bien ce que ça donne tout en espérant que nous ne sommes pas tombés dans un endroit aux mœurs légères… Nous commençons par le massage. Après nous être déshabillés entièrement en ayant gardé seulement notre culotte, on nous amène, affublés d’un peignoir qui n’a plus l’air neuf, dans une salle sombre éclairée à la bougie où trônent deux tables de massage. On nous allonge sur des serviettes moyennement propres (je pense qu’elles n’ont pas été changées depuis le massage précédent) puis une femme arrive pour me masser tandis qu’un homme s’occupe de David. L’huile utilisée possède une douce odeur d’amandes, il doit s’agir d’huile d’argan. Le massage est énergique et très professionnel, il fait un bien fou après cette journée de crapahutage ! En tout cas, ils ne s’embêtent pas trop avec la nudité pour les massages, la masseuse me découvrant la poitrine pour me la masser vigoureusement tandis que le masseur marocain est juste à côté. Quand on voit toutes les femmes voilées jusqu’au cou dans la rue, le contraste est un peu dérangeant. Mais le Marocain est très respectueux et jamais un regard n’a dérivé vers moi. Bref, nous passons un moment exquis à nous faire dorloter ainsi dans la même pièce au son d’une musique douce.

Trois quarts d’heure plus tard, on nous emmène dans le hammam, une petite pièce ultra humide et chaude où se font face juste deux petits bancs pour s’allonger. Une jeune femme nous y attend et nous indique où nous asseoir, l’homme à droite, la femme à gauche et pas le contraire. Il y a l’air d’avoir un code précis que nous découvrons au fur et à mesure. A ma plus grande surprise et sans avertissement, elle me balance un seau d’eau chaude sur la tête ce qui me fait crier d’étonnement et nous fera bien rire. Elle nous allonge ensuite sur le ventre et nous masse chacun notre tour avec de l’huile, ce qui est très agréable dans cette chaleur moite. Puis, sans autre préavis, je sens une râpe me passer sur la jambe… Elle a enfourchée un gant de crin et me frotte vigoureusement le corps avec, ce qui est beaucoup moins agréable… J’ai l’impression de me faire littéralement arracher la peau avec son truc ! David rit de me voir grimacer de douleur, mais il fait moins le malin quand c’est son tour. Notre peau délicate d’Européens semble s’effriter sous les mouvements énergiques de cette jeune fille et de son hérisson qui lui sert de gant ! Elle nous donne un peu de répit en nous jetant de l’eau à la figure de temps en temps tout en obtempérant sous ses ordres secs et précis : « sur le dos… asseyez-vous… sur le côté… ». Bien mon adjudant ! Puis au bout d’un moment, je lâche prise sous ce gant de fer, mon esprit fait une pause et je me laisse aller à ses mains expertes qui lavent de mes impuretés aussi bien mentales que corporelles… Malheureusement, c’est déjà presque terminé, juste au moment où je commençais à apprécier ! David ne cesse de faire le pitre depuis notre entrée dans le hammam ce qui a détendu l’atmosphère un peu rugueuse du début. Une bonne douche froide sur la tête, de la fleur d’oranger sur le corps et c’est fini, les ¾ d’heure sont révolus. Quelle expérience extraordinaire ! Nous en ressentons tous les bienfaits à présent et n’avons qu’une envie : nous coucher ! Nous rentrons au riad nous reposer sans oublier la douche au préalable afin d’enlever toutes les peaux mortes de notre corps doux et soyeux comme une peau de bébé.

Une fois la sieste terminée, nous partons dîner dans un charmant restaurant non loin du riad, David s’habillant élégamment pour l’occasion. Moi, je suis tellement frigorifiée depuis notre arrivée au Maroc que je ne risque pas de sortir en jupe ! Ce serait de toute façon mal venu dans ce pays où on voit à peine les sourcils de certaines femmes… Que dire de jambes à l’air ! Dans ce restaurant, fait inusité au Maroc, ils servent de l’alcool. Nous goûtons donc au vin rouge local qui, ma foi, n’est pas mauvais ! Un tajine aux légumes plus tard (le méchoui de ce midi m’a suffi question viande), nous sortons du restaurant un peu pompettes et décidons de continuer la soirée dans un bar où se produisent des danseuses orientales. Un coup de taxi plus tard et nous nous retrouvons dans les quartiers chics de Marrakech, un endroit que nous n’avons pas visité encore et pourtant pas bien loin de la Medina où nous nous sommes baladés toute la journée, mais totalement différent dans l’âme. Je comprends mieux pourquoi certains Français aiment venir au Maroc pour festoyer, il existe plein de pubs, restaurants, bars vraiment chics où les Marocaines, plutôt dévêtues pour le coup, se font plaisir d’accompagner les Européens le temps d’un dîner ou plus…

Nous entrons dans un bar déjà bondé où le moindre cocktail coûte 15 euros (le prix de notre repas de ce soir à deux) et où tout le monde se regarde bizarrement comme si chacun cherchait sa proie pour ce soir. Encore un étrange contraste avec la vie traditionnelle marocaine de la Medina. Ici, les filles sont habillées dix fois plus sexy, voire provocantes, ce qui n’a évidemment rien à voir avec les femmes voilées que nous avons croisées jusqu’alors. Quel étrange pays plein de contradictions et de rebondissements ! Alors que nous allions partir, lassés de ce spectacle factice et presque choquant dans ce pays si ancré dans sa culture traditionnelle, les danseuses orientales arrivent enfin ! Leur mouvement de hanche m’ensorcelle en me rappelant de loin mes cours de baladi. Des femmes les accompagnent tenant en équilibre sur leur tête des plateaux ornés de bougies flamboyantes. Le spectacle est très beau mais nous commençons à sérieusement fatiguer de notre journée ainsi que d’alcool ingurgité ce soir. Nous décidons de rentrer nous coucher sans délai, il est grand temps !

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