Pèlerinage à Antsirabe



03/08/13

  Nous ouvrons un œil vers 10h après avoir bien récupéré de notre nuit hachée. La chambre était calme, un vrai bonheur (même à Aix c’est plus bruyant…). Nous petit-déjeunons de crêpes à la confiture de goyave, viennoiseries, salade de fruits et jus de mangue, un délice !

  Nous décidons de partir de Tana aujourd’hui même, n’ayant pas envie de rester dans une grosse ville, ce n’est pas ce que nous sommes venus visiter ici. D’autant plus que nous y reviendrons pour notre vol de retour, nous verrons à ce moment-là ! Nous sautons dans un taxi pour qu’il nous emmène à la gare des taxis-brousse. N’ayant aucune idée à quoi ressemblent ces fameux taxis-brousse dont j’ai tant entendu parler lors d’histoires familiales, je trépigne d’impatience à l’idée d’en rencontrer un pour de vrai et même d’avoir le droit de monter dedans… J’avoue être un peu déçue de découvrir le minibus…Quel nom romantique pour un vulgaire minibus blanc ! Je m’imaginais un véhicule plus aventurier, à la Indiana Jones, une sorte de jeep entourée de feuilles de bananiers… Enfin bref… Les chauffeurs nous sautent évidemment dessus pour qu’on monte dans leur véhicule, sachant très bien que, malgré le plus farouche marchandage, nous leur donnerons toujours plus que les locaux…

  Ca y est, nos sacs à dos sont accrochés sur le toit du taxi-brousse, nous n’avons plus qu’à attendre qu’il se remplisse. J’en profite pour demander les toilettes, un jeune Malgache m’y accompagne gentiment. Je reste médusée quand on me demande sur place si c’est pour « pipi » ou « caca »… La grosse commission est plus chère que la petite ! J’éclate de rire, faisant rire tout le monde autour de moi. J’adore les Malgaches !

  Ca y est, le taxi bus démarre, à quatre sur une banquette de trois, autant dire qu’on est serré… Je me retrouve dans un trou mais heureusement, ils ont tout prévu et on me donne un joli coussin pour combler le trou… Par contre, il me manque un dossier mais là ils ne peuvent rien faire pour moi. Dommage ! Le trajet de 3h30 en taxi bus, serrés comme des sardines sinon pire, ne me semble  pourtant pas si long que ça : il y a tant de choses à voir ! J’admire les gens du bus, certains transportant des bébés qui ne bronchent pas de tout le voyage. Je regarde à travers la fenêtre les scènes de vie malgaches, les paysages… Les rizières n’apparaîtront qu’à notre arrivée à Antsirabe, avant ça nous traversons plutôt une grosse périphérie de Tana, j’ai l’impression. Je suis sidérée par le nombre d’arrêts de police que nous devons effectuer durant le trajet. Ils ont contrôlé les papiers du taxi-brousse au moins une dizaine de fois, un fusil attaché en bandoulière et le regard noir. Ca ne donne pas envie de se balader dans son propre véhicule !

  Le bus s’arrêtera pour que ses passagers puissent se restaurer un peu. Nous tentons une soupe de poulet absolument infâme que je n’ai pas pu finir (espérons qu’on ne tombera pas malade !) et du riz cantonais plus mangeable. A peine restaurés, nous remontons dans le taxi- brousse et arrivons une heure plus tard à Antsirabe. Antsirabe, une ville au nom chantant qui m’a bercée toute mon enfance. Mes parents ont vécu dans cette ville, y ont travaillé. Ils ont foulé cette même terre que moi maintenant, 30 ans en arrière… Ça me fait tellement drôle d’être là moi aussi à présent ! Sans cesse, je m’imagine mes parents dans la même situation que nous, devant résoudre les mêmes problèmes d’orientation, de nourriture…

  Donc, arrivés à la gare d’Antsirabe, nous sommes bien évidemment assaillis par des pousse-pousse qui veulent nous transporter jusqu’à notre hôtel. Mais les pauvres tirent leur charrette à pied, je ne me vois pas les laisser nous porter, nous deux plus nos lourds sacs à dos ! Nous pesons notre poids, deux grands machins comme nous ! Nous optons pour une carriole tirée par une bicyclette qui nous paraît plus adaptée à notre cas. Elle nous emmène à notre hôtel, le Trianon, une jolie bâtisse coloniale aux allures de manoir ! Je ne suis pas habituée à prendre d’aussi beaux hôtels en voyage mais Florian décrète qu’il a passé l’âge de dormir dans des cagibis. Soit ! Je ne m’en plains pas… Et vu la fraîcheur de la soirée, une douche chaude ne sera pas du luxe !

  Nous nous installons dans notre jolie chambre, puis partons visiter la ville sous un soleil déclinant aux reflets orange qui illuminent la ville. Antsirabe est vraiment une charmante localité, nous nous y sentons tout de suite bien. Nous trouvons l’école française où ont travaillé mes parents, je suis tout émue de les imaginer là ! La ville est plutôt calme sans trop de trafic, à notre grand soulagement. Les gens se déplacent beaucoup en vélo ou en pousse-pousse, ce qui contribue à ce sentiment de sérénité. Je dirais qu’Antsirabe semble figé dans le temps avec son marché local de fruits, légumes et viandes infestées de mouches. De petites échoppes bordent la rue, quelques jolies bâtissent agrémentent la vue. Nous descendons jusqu’au lac bordé de cabanes miséreuses tout autant que de belles demeures. Le coucher de soleil se reflétant dans l’eau y est superbe ! Nous revenons à l’hôtel en passant par cette magnifique Grande Avenue (c’est son nom) qui mène à la gare ferroviaire (où plus aucun train de voyageurs n’arrive) ornée d’une façade magnifique. J’aime cette ville !

  Nous nous reposons dans la chambre puis dînons à l’hôtel qui possède un restaurant plutôt chic. En entrée, nous prenons du crabe gratiné à la crème de ciboulette, puis un exquis filet de zébu. Nous finirons en beauté par des bananes flambées délicieuses. Quel régal !

  Par contre, en revenant dans notre chambre, la température ayant chuté drastiquement, nous nous couchons totalement frigorifiés sous 3 tonnes de couvertures ! Qu’il fait froid ici en hiver !  Moi qui m’étais toujours imaginée qu’on mourait de chaud à Madagascar… Encore un mythe qui s’écroule ! Mais beaucoup d’aspects de cette ville sont également au-delà de mes espérances. Bonne nuit !

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