Le 7 novembre 2009
Réveillée à 3h30 ce matin, toute la famille Alard est sur le pied de guerre afin de partir à l’aéroport de Paris. Mon avion pour Montréal est à 9h mais étant donné que Rouen est à 2h de Roissy et qu’il faut y être au moins 2h avant le départ de l’avion…
Nous voilà donc partis dans la nuit noire, filant sur les routes désertes à cette heure matinale, à l’exception de quelques jeunes conducteurs sortant de boîte de nuit, jusqu’à l’aéroport de Roissy. Une fois arrivés, une immense foule nous accueille dans le terminal, la plupart des passagers étant maghrébins et se rendant à la Mecque pour le pèlerinage par des avions partant du même terminal que moi. L’enregistrement des bagages est rapide mais le passage à la sécurité beaucoup moins. Attendant patiemment dans la queue, je profite encore de ces derniers instants en compagnie de mes parents, appréhendant ce fameux dernier regard avant la séparation, ultime moment toujours difficile et pourtant récurrent à chaque envolée de Paris vers d’autres contrées. Vu que l’explosion d’une valise abandonnée les empêche de regagner leur voiture, j’ai le droit de profiter encore un peu d’eux plus longtemps que prévu.
Ca y est, j’arrive à la sécurité, je les serre fort dans mes bras puis les quitte à regret, me forçant à regarder devant moi, vers les nouvelles aventures qui m’attendent. Je grimpe dans l’avion quelques minutes plus tard et m’envole avec une demi-heure de retard vers Montréal. J’avoue être un peu perdue avec tous ces changements de pays… Je me suis même fait rire toute seule ce matin lorsqu’un agent de sécurité m’a demandé où j’habitais et j’ai mis quelques instants à lui répondre, le temps de remettre mes idées en ordre… France ou Canada ? Voilà que je me mélange maintenant. On va mettre ça sur le compte du réveil très matinal…
Je réussis à dormir un peu lors de ce trajet de 7h30 jusqu’à Montréal et c’est un peu ragaillardie que j’atterris sur le sol québécois vers 11h du matin. Là, c’est un peu la course, étant donné qu’un ami vient me voir durant mon transit afin de récupérer des bagages que je laisse ici et que mon avion pour Manaus est à 15h, sachant qu’il faut que je refasse l’enregistrement de mes bagages. C’est bizarre, j’ai l’impression de rentrer à la maison et de repartir aussi sec sans prendre vraiment le temps de respirer. Et dire que je repasse à Montréal pour redescendre après au Brésil, ce n’est pas vraiment logique comme trajet mais tellement moins cher !
Je retrouve mon ami qui m’attend à la sortie avec une grande joie, son accent québécois sonnant comme une douce musique à mes oreilles. Après nous être serrés dans nos bras, nous allons déposer mes sacs dans sa voiture puis prenons le temps de discuter de nos vies respectives depuis mon départ il y a 2 mois. Ca a pas mal bougé pour tout le monde en si peu de temps ! Malheureusement, le temps passe vite en bonne compagnie et il est déjà temps de se quitter, mon avion pour Détroit, ma première escale, va bientôt partir. Nous nous disons déjà au revoir, nous nous reverrons dans trois semaines ! Je grimpe dans l’avion en direction des Etats-Unis avec vraiment l’impression de ne plus savoir où je suis ni où je vais. Il va falloir que je souffle un peu après tout ça !
Je parcours l’aéroport tel un zombie, hagarde à cause du manque de sommeil et de l’impression d’avoir perdu toute notion d’espace et de temps. Je me rends compte alors que j’étais en France ce matin, suis passée par Montréal ce midi, effectue 2 arrêts cet après midi pour aller finir au Brésil demain matin ! Si ce n’est pas un peu du délire tout ça… Pas moins de 3 continents (Europe, Amérique du Nord et du Sud), 4 états différents et le tout en moins de 24 heures… Il y a de quoi perdre le Nord !
Après un rapide arrêt à Détroit, je m’envole donc pour Atlanta, aéroport que je connais bien vu que c’est la 5ème fois que j’y passe en moins de 6 mois (un aller et retour à Manaus en février et un autre aller-retour à Rio de Janeiro en juin). C’est donc en grande connaisseuse que je m’y dirige, commençant à pas mal connaître. Et dire que je n’ai jamais mis les pieds dans la ville d’Atlanta elle-même… Etrangement, moi qui dors n’importe où d’habitude, je ne réussis pas à fermer l’œil cette fois, mes pensées déboulant à 100 000 à l’heure dans ma tête sans que je réussisse à les calmer. Je repense à l’Inde, à tout ce qui s’est passé en France, avec l’étrange impression irrationnelle que l’un découle un peu de l’autre. J’ai eu un avant-goût du Québec sans avoir eu le temps d’y goûter et je repars aussitôt pour le Brésil où mon ami brésilien, Max, m’attend de pied ferme. J’ai comme l’impression d’être prise dans une spirale qui m’entraîne à toute vitesse, sans pouvoir la contrôler. Mais je sais que ça ira mieux demain, une fois arrivée et posée quelque part, avec du sommeil en plus.
En tout cas, tous les vols s’enchaînent à merveille, sans retard ni problème quelconque, ce qui est assez inhabituel pour moi qui me retrouve toujours avec un avion annulé ou en panne une fois sur deux. Le vol Atlanta Manaus avec ses 7 heures de vol passe plutôt vite et c’est complètement exténuée que j’atterris à Manaus, ne pouvant malheureusement pas admirer l’Amazonie du ciel : il fait encore nuit à 5h du matin. J’essaie de me refaire une beauté dans les toilettes mais mes cheveux ébouriffés et ma douce odeur de transpiration due aux 24h de vol me désespèrent d’avance. Max me verra à l’état naturel et puis c’est tout ! Après une longue attente à cause de questionnaires sur la grippe A, je peux enfin récupérer mon bagage (je reste toujours surprise de le retrouver à l’arrivée après tous ces changements de vol) puis retrouve Max qui m’attend patiemment à la sortie du terminal. Le revoir me redonne de l’énergie et je me lance dans ses bras, contente de le retrouver. Lui aussi a l’air heureux, même si je le sens nerveux comme à chaque fois durant les 20 premières minutes de nos retrouvailles. Ca le rend tout touchant !
Nous sortons de l’aéroport et, en un instant, je retrouve toutes les sensations propres à cette région du globe: la chaleur moite qui colle à la peau, la douce odeur d’humidité caractéristique des pays tropicaux, le chant particulier d’oiseaux méconnus… Goûter et apprécier ce que tous mes sens m’envoient comme information est un véritable délice et j’en fais part à Max qui m’écoute amusé. Il m’emmène dans sa belle et luxueuse voiture flambant neuve pour prendre un petit déjeuner à base de fruits frais, jus d’oranges pressées, petits gâteaux à la noix de coco et café. Je me régale ! Il me parle de ses affaires qui prospèrent à vitesse grand V, si bien qu’il a du mal à suivre le mouvement. Il se pose visiblement beaucoup de questions sur la nécessité de continuer à se développer en travaillant dur et en gagnant de l’argent, mais en n’ayant plus le temps d’aller dans la jungle : il passe quasiment tout son temps à régler des affaires à Manaus à présent. C’est drôle, j’ai eu pratiquement le même genre de conversation avec mon ami de Montréal quelques heures plus tôt. Il est en train de redéfinir sa balance travail-loisir afin de vouloir profiter un peu plus de la vie. Comme quoi, quel que soit le pays, les mêmes genres de remise en question se posent. Ou bien est-ce de par mon contact le seul dénominateur commun à tout ça qui met le bazar dans la tête des gens ? Non, je ne pense pas avoir une si grande influence sur eux, surtout sur Max que je ne vois que tous les 3 mois ! Par contre, je m’entoure peut-être de personnes aimant se bousculer le cerveau comme moi, c’est beaucoup plus probable dans ce sens-là… En tout cas, Max est arrivé au point de regretter lorsqu’il était simple guide en Amazonie, travaillant pour de grosses agences plutôt que d’être dirigeant d’une telle entreprise… Belle avancée !
Il me ramène ensuite dans sa maison qui a pas mal changé depuis la dernière fois. Il a installé son agence au rez-de-chaussée pour se garder ses pièces privées à l’étage. C’est beaucoup mieux ainsi. Je file sous une douche tant attendue depuis plusieurs heures puis réussis à dormir un peu mais vraiment pas assez pour récupérer de mon retard accumulé. Max m’emmène ensuite manger dans un supermarché afin de profiter de la climatisation, il fait 38 degrés dehors ! Contrairement à février dernier où je me trouvais en saison humide, je suis en pleine saison sèche cette fois-ci avec des températures qui vont avec. Je suis ravie d’avoir un aperçu des deux saisons amazoniennes, c’est une belle chance que j’ai !
Ne cherchant même pas vraiment à savoir où l’on va, je suis Max aveuglément qui me promène à travers la ville afin de me faire visiter plein d’endroits. Nous traînons dans le jardin botanique où nous apercevons des singes et des paresseux cachés dans les arbres, des caïmans derrière un enclos, des tortues dans un lac, puis je me trouve entraînée dans un petit bateau à moteur qui file à toute vitesse sur le Rio Negro, tellement large qu’on ne voit pas la rive d’en face, jusqu’à une petite plage de sable blanc où de nombreux Brésiliens se font dorer au soleil. On est dimanche, alors évidemment il y a foule sur cette plage, la musique brésilienne hurlant de tous les côtés. Les bikinis des Brésiliennes, réduits à leur strict minimum, ne cachent que le nécessaire, le string étant monnaie courante. Les femmes sont pourtant bien en chair mais elles n’ont aucun complexe à propos de leur corps, ce que je trouve très sain. Par contre, j’avoue que je trouve leur maillot de bain limite indécent certaines fois. Mais bon, on est au Brésil ! Max me fait rire en détournant le regard par respect pour moi dès qu’un bout de fesse se dandine devant lui. Mon compagnon brésilien est vraiment très galant envers moi : il m’ouvre la porte de la voiture, il me tire la chaise au restaurant, il est aux petits soins pour moi, cherchant toujours de nouvelles idées pour me faire plaisir et que je sois contente. Moi qui adore la galanterie et souffre un peu de son absence de manière générale au Québec, je suis servie ici et ça me fait un bien fou ! Par contre, trop d’excès dans ce domaine peut aussi poser problème. Il a pris l’habitude de tout choisir pour moi, de tout planifier et contrôler, ce qui me va très bien en ce moment, vu qu’après l’Inde où je devais exclusivement compter sur moi et moi seule, j’avais envie de m’abandonner sur quelqu’un d’autre qui connaît parfaitement le pays, la langue et qui est guide touristique de surcroît ! Mais bon, je suis quand même capable de choisir ce que je souhaite manger au restaurant moi-même… Je risque de me lasser qu’il veuille tout contrôler pour moi au bout d’un moment, mais pour l’instant j’adore ! De plus, moi qui aime les surprises, j’y ai droit à tout moment : une fleur qu’il me met dans les cheveux, une promenade en bateau, un coucher de soleil splendide assis sur le sable, les couleurs dorées se reflétant dans le Rio Negro… Si ma fatigue ne commençait pas à être terriblement difficile à supporter, je serais au paradis.
J’exprime ensuite à Max mon désir de me coucher tôt ce soir, afin d’arrêter la foule d’idées et de surprises qu’il me réservait encore, sans se rendre compte que j’ai juste accumulé 6h de sommeil en 3 jours et que je suis au bord de l’écroulement de fatigue. Nous allons manger une excellente pièce de bœuf dans un petit restaurant du coin puis nous rentrons à la maison où je m’écroule sur le lit et m’endors alors qu’il est à peine 20h30…
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire