Retour en forêt amazonienne

Le 9 novembre 2009

Réveillée à 7h du matin, j’ai dormi comme une masse, j’en avais bien besoin. C’est donc en forme et avec les idées un peu plus claires que je me réveille ce matin.

Max a prévu que nous partions dans la matinée pour son lodge en forêt amazonienne mais il a plusieurs choses à faire avant de partir. Je patiente donc dans sa chambre ou devant Internet, faisant connaissance avec sa sœur qui vient faire le ménage 2 fois par semaine chez lui mais qui n’est pas très avenante au premier regard. Toutefois, à force de sourires, je réussis à l’amadouer un peu et à adoucir son regard. Elle ne parle pas anglais et je ne parle pas portugais, donc la communication n’est pas évidente non plus. Je revois également Ed, le capitaine du bateau de mon dernier séjour ici, qui me serre chaleureusement dans ses bras, visiblement content de me revoir. Je suis aussi heureuse de le retrouver, je l’appréciais beaucoup également.

Vers midi, Max revient en s’excusant de son retard, puis nous empaquetons nos affaires, nous partons dans la jungle! Avant cela cependant, il faut encore et toujours qu’il règle quelques affaires urgentes. Nous partons, avec son associé Daniel, manger en ville où un autre compère nous rejoint afin de parler affaires avec Max. Evidemment, toute la discussion est en portugais, langue que je ne connais guère… J’en profite pour observer les gens autour de moi, j’aime m’imprégner d’une atmosphère de restaurant dans un pays étranger, ça en dit long sur le pays en général. Ici, tout le monde mange goulûment, la plupart des gens présentant un bon embonpoint, ne pouvant imaginer un seul repas sans viande trempant abondamment dans de la sauce… Moi qui essaie de limiter ma consommation de chair animale, je ne suis pas dans le bon pays pour ça!

Après manger, il faut encore passer à la banque et dans un magasin pour acheter une antenne satellite pour le lodge afin de capter les émetteurs d’ondes pour les cellulaires, et enfin, vers 2h30 de l’après-midi, nous pouvons partir. Max est un véritable homme d’affaires en ville, il n’arrête pas une seconde! Et moi, j’ai un peu l’impression d’être traînée partout à la manière « sois belle et tais-toi », telle une œuvre d’art européenne qu’on exhibe mais qui n’est pas censée parler et encore moins savoir penser… Mais étrangement, ça ne me dérange pas vraiment d’être ballotée partout de cette façon un peu machiste, ça me fait surtout rire et je suis suffisamment bien dans ma peau pour ne pas me sentir rabaissée par ces manières un peu étranges. Et je me fais peut-être des idées également. Max a l’air d’avoir tellement de choses en tête, de devoir penser à toute son organisation minute par minute, qu’il oublie peut-être tout simplement ma présence de temps en temps, ce qui n’est pas bien grave. Je suis donc docilement les événements, allers et retours, changements de planning, sans jamais poser de questions ni m’agacer. De toute façon, chaque endroit où il m’emmène, que ce soit pour son business ou non, me permet d’en apprendre davantage sur le Brésil, donc je suis gagnante. Et pour le moment, on ne peut pas dire que j’aie croisé beaucoup de touristes, je suis plutôt bien intégrée dans ce pays, ce que j’estime être une chance.

Daniel nous conduit jusqu’au fleuve où nous prenons un bateau rapide qui nous emmène en filant à toute allure sur le Rio Negro, vers l’autre rive. Nous croisons le fleuve Amazone, délimité par une eau beaucoup plus brunâtre et trouble. Ca y est, nous pénétrons dans cette Amazonie si chère à mon cœur. Arrivés de l’autre côté, nous prenons un minibus afin d’effectuer une bonne partie du trajet par la route, plus rapide que le bateau dans les méandres du fleuve. Plusieurs autres personnes nous accompagnent, tous des Brésiliens, profitant ainsi du moyen de locomotion offert pour se rendre dans la jungle. Vu que nous sommes en saison sèche, nous pouvons parcourir beaucoup plus de kms par la route qu’en saison humide, l’eau recouvrant tout rapidement. Max s’endort doucement à mes côtés, je le comprends, il n’a pas arrêté de courir depuis ce matin! La route s’achève dans le fleuve, nous devons faire le reste par bateau. Durant la traversée, nous avons la chance d’apercevoir des dauphins roses sautant dans l’eau, et des caïmans se faisant dorer au soleil. Belle entrée en matière! Vingt minutes plus tard, je reconnais le Dolphin Lodge qui se dresse sur la petite colline. L’eau étant plus basse que la dernière fois d’une quinzaine de mètres environ, il faut grimper pour arriver jusqu’au lodge! Je retrouve avec plaisir les petites cabanes en rondins de bois, la solitude et la quiétude de l’endroit, les bruits des grillons et la magnifique vue du soleil tombant dans le fleuve devant mes yeux ébahis.

Par un étonnant hasard, la seule chambre libre qui reste se trouve être la même que la dernière fois! Comme quoi… A peine ai-je le temps d’y poser mes affaires que Max m’entraîne déjà dans un petit bateau pour je ne sais où. Je continue de suivre sans broncher, un sandwich confectionné par Max dans une main, mon appareil photo dans l’autre et une bière entre les pieds pour parachever le tout. Nous nous arrêtons en chemin dans une maison flottante pour prendre de l’essence et je reste interdite devant le spectacle étrange qui s’offre à moi. Sur le bord de la rive, une femme lave ses vêtements sur une plate-forme en bois (jusque-là tout va bien) juste à côté d’une tête de bœuf tranchée, le sang se mêlant au savon du lavage et rendant cette scène de vie plutôt troublante. En tout cas, personne n’a l’air de trouver ça anormal, je me contente donc de regarder sans émettre de commentaires.

Nous arrivons ensuite chez la mère de Max, qui possède une maison en bord de rivière. A 74 ans, elle n’est plus toute jeune mais garde visiblement une santé de fer, et elle serre son fils fort dans ses bras à son arrivée. Elle ne parle pas anglais, je me sens un peu mal à l’aise de ne pouvoir communiquer avec elle, mais son sourire me rassure aussitôt et je me sens immédiatement bien en sa compagnie. Max me présente alors son nouveau projet: un nouveau lodge juste derrière la maison de sa mère! Les travaux avancent bien, il sera bientôt fini. C’est vrai que le coin est propice pour ce genre de construction, la vue sur le fleuve étant splendide. Mais a-t-il vraiment besoin de se lancer dans de nouveaux projets de la sorte alors qu’il peine déjà à mener tout de front? Enfin, je suppose qu’il sait ce qu’il fait Je le trouve juste surchargé de travail! Et même à présent, alors qu’il est censé être en vacances avec moi, il gère ses affaires en cours au milieu de la jungle! Je rêve…

Sur le chemin du retour, nous nous arrêtons en plein milieu du fleuve afin de sauter de la barque pour piquer une bonne tête dans cette eau marécageuse bourrée de caïmans et de piranhas. Et moi, je le suis toujours tête baissée sans poser de questions… J’adore la sensation de nager dans ces rivières chaudes et troubles au milieu de la jungle. Je me sens perdue au milieu de cette immensité sauvage, me remettant totalement à dame Nature et à sa bonne volonté de ne pas me faire dévorer vivante par une grosse bestiole! La nuit tombe et nous rentrons au lodge, aidés d’une simple lampe torche qui permet au capitaine Max de suivre le canal. Le faisceau lumineux passe parfois sur un caïman, illuminant ses yeux comme deux points rouges fluorescents dans le noir. Et moi, je me sens revivre dans cette contrée sauvage et voudrais juste que le temps s’arrête ici… Merci de me donner l’occasion de pouvoir revivre ça!

Revenus au lodge, nous faisons la connaissance du genre de touristes allemands qui étaient de sortie lors de notre arrivée tout à l’heure. J’ai plus le temps de remarquer les changements qui ont été apportés au lodge depuis la dernière fois et j’avoue que je suis un peu déçue. Une allée de béton a fait place aux cailloux qui menaient de la salle à manger aux chambres et tout l’arrière du lodge a été ratiboisé de ses arbres sous prétexte que ça éloigne les insectes. Les touristes qui viennent en Amazonie ne font généralement pas de scandale à cause de petites bêbêtes ou bien c’est qu’ils se sont trompés de destination. Je trouve ces changements inutiles, le lodge doit rester à l’état naturel, c’est pour ça que les gens viennent, pas pour le confort! Enfin… Ca reste tout de même un endroit merveilleux où il fait bon vivre et se relaxer.

Le dîner est servi, Max et moi nous installons à une table un peu à l’écart des touristes. Mais Max ne peut pas s’empêcher de jouer son rôle de guide et je le perds à la fin du repas. De mon côté, je fais la connaissance d’un couple de Français vivant à Tahiti et en vacances au Brésil pour 15 jours. Ils sont un peu déçus de ce pays qu’ils trouvent difficile pour voyager en backpack. Je suis surprise, je n’ai jamais pensé ça, même avant de connaître Max (c’est plus facile quand on suit un gars du pays!). Je pars ensuite m’exiler un peu seule dans la salle de hamacs pour profiter des sons de la forêt la nuit: mon concert favori, une capirihia à la main. Max me rejoint avec son partenaire et discute finances durant une heure. Allez, il est temps d’aller me coucher. J’abandonne Max à son business et pars seule rejoindre les bras de Morphée. Bonne nuit!

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