Le 10 novembre 2009
La pluie est tombée en rafale cette nuit, me permettant de m’endormir sous cette douce musique naturelle percutant les rondins de bois de notre frêle cahute. Je me réveille comme une fleur, juste à temps pour prendre le petit déjeuner avec tout le monde.
J’hésite entre rester à la table de Max où il discute en portugais avec ses employés en donnant des consignes et m’insérer parmi les touristes afin de pouvoir discuter un peu moi aussi. Je fais donc moitié-moitié, histoire de ne pas vexer Max. Je suis dans une situation particulière qui n’est pas aisée à gérer. Je ne suis pas vraiment une touriste vu que je ne paie rien et que je n’effectue pas les excursions avec les autres mais je ne fais pas non plus partie de l’équipe de Max, ne comprenant rien à ce qu’il raconte en portugais. Je me sens privilégiée sans l’être, c’est étrange comme sensation. Je vois tout l’envers du décor des circuits organisés pour les touristes, tout ce dont les voyageurs n’ont pas à s’occuper d’habitude : aller chercher de l’essence pour les bateaux, de la nourriture pour le lodge, une antenne satellite… discuter durant des heures avec ses employés pour s’assurer du bon fonctionnement des événements… C’est un travail permanent et sans relâche ! Je vois bien que tout tourne à 100 à l’heure dans la tête de Max, il aurait besoin de méditer un peu aussi… Le stress commence même à le rendre malade. On vit vraiment dans un monde difficile et étrange, les gens réussissent à se rendre malades à force de trop travailler, alors qu’ils ont assez d’argent pour vivre plus sereinement en travaillant moins. Pourquoi se laissent-ils entraîner là-dedans ? Pour avoir un meilleur statut social ? Pour pouvoir profiter de plus de biens matériels ? Pour paraître important aux yeux des autres et à leurs propres yeux ? Peut-être un peu de tout cela à la fois, mais ça ne devrait pas être au détriment de la santé et de son bien-être, surtout lorsque ce n’est pas nécessaire pour vivre convenablement. ! Evidemment, mes réflexions ne s’appliquent pas aux personnes qui triment pour avoir de l’argent parce qu’elles en ont besoin pour vivre. Je me rends compte que je suis dans une situation très privilégiée, de gagner de l’argent sans devoir me tuer à la tâche, ce qui me permet de voyager et de profiter de la vie. Je sais que ce n’est pas le cas pour tout le monde, loin de là. Mais mon interrogation concerne exclusivement les gens qui sont dans la même situation que moi mais qui ne réussissent pas à lâcher prise et à prendre du recul par rapport à leur travail afin de juste jouir de la vie un peu plus ! La vie est courte et peut s’arrêter à tout moment. Je ne veux pas regarder derrière moi en me disant que je suis passée à côté de l’essentiel : vivre !
Le groupe de touristes part en excursion, je reste me reposer un peu et profiter du lodge bien calme à présent. Après avoir fait un peu de lessive, je descends au ponton plonger dans cette eau noire et chaude. Je suis seule au milieu de l’Amazonie et ne pourrais me sentir mieux ! Max me rejoint et m’entraîne dans son petit bateau pour une virée impromptue. Alors que nous filons sur la rivière tous les deux, il me passe les commandes du bateau pour que je puisse le conduire. Waouuh ! J’adore ça et en redemande! C’est la première fois que je conduis un bateau à moteur et je ris comme une enfant, tellement heureuse de notre escapade. Max lance un fil de pêche à l’eau, muni d’un appât factice et il laisse traîner le fil dans l’eau alors que le bateau continue à avancer. Couchée sur la banquette, j’admire le paysage tout en tenant le fil de pêche, je me sens tellement bien !
Par contre, aucun poisson ne mord à l’hameçon, ils n’ont pas l’air affamés ou bien ils sont prudents. Max change de technique et arrête le bateau pour pouvoir lancer lui-même l’hameçon. Malgré ses efforts, les poissons resteront cachés. Tant pis ! Cette belle promenade nous aura permis d’apercevoir de magnifiques oiseaux multicolores et de superbes paysages. Revenus au lodge, nous plongeons dans la rivière, alternant la baignade avec quelques gorgées de bière en guise d’apéritif. C’est tellement bon de se baigner ainsi, l’eau étant si chaude et les alentours si calmes et sereins. Le groupe de touristes revient alors d’excursion, le déjeuner est servi. Max ne m’accompagne pas pour le repas, il est parti jouer son rôle de chef en cuisine pour savoir comment il se fait qu’il y ait encore du poulet ce midi alors qu’on en a déjà eu hier soir… C’est vraiment compliqué d’être le boss ! Il veut que tout soit parfait pour ses clients et il est très méticuleux sur les détails.
Nous partons en début d’après-midi, Max me faisant la surprise d’emporter une bouteille de champagne et un ananas avec nous. Je pense faire des jalouses dans le groupe de touristes qui me voient partir seule avec le patron du lodge en guise de guide privé, dans un petit bateau qu’il me laisse conduire, la promesse d’une bonne soirée à la belle étoile et au champagne flottant dans l’air… Pour ma part, j’avoue savourer ce privilège qu’il m’est donné de vivre. Nous filons à toute allure, moi au volant, Max me faisant visiblement confiance quant à ma nouvelle aptitude à conduire un bateau. Je m’amuse à suivre les méandres de la rivière, prenant parfois des raccourcis que Max m’indique, tout en prenant soin de rester assez loin du bord pour ne pas racler le fond.
Au détour d’un virage, un magnifique lodge flottant, fait de bois et de roseaux, apparaît devant nous. Nous nous y arrêtons quelque temps, Max connaissant bien le patron. Il nous propose même de rester dormir cette nuit mais je préférerais essayer le Juma Lodge dont j’ai entendu beaucoup de bien. Et comme Max ne paie nulle part où il va, nous avons même le luxe de pouvoir choisir notre petit coin de paradis ! Je m’allonge dans un des hamacs de l’Amazone Lodge sur une plate-forme flottante, tandis que Max fait la causette et je somnole doucement au gré du roulis de l’eau de la rivière, en balançant mon hamac. C’est un véritable bonheur d’être ici et j’ai l’impression d’être une VIP où que j’aille juste parce que j’accompagne Max ! La grande classe…
Nous repartons ensuite sur la rivière, moi toujours aux commandes, jusqu’au Juma Lodge très caractéristique par ses chalets construits dans les arbres sur des pilotis de plusieurs dizaines de mètres qui s’élèvent quasiment aussi haut que la cime des plus grands arbres. Une grande passerelle est construite en hauteur également afin de relier chaque chalet et le restaurant entre eux. On a l’impression de jouer à Tarzan, ainsi perchés aussi haut ! Chaque chalet donne sur la rivière et demeure individuel et isolé des autres. Je savais que j’adorerais cet endroit ! Notre chambre n’étant pas encore prête, nous repartons en bateau avec des bouts de viande généreusement donnés par nos hôtes afin d’essayer d’attraper des piranhas. Avec chacun une grande canne à pêche en bambou avec un bout de viande accroché à l’hameçon, nous essayons patiemment d’attraper ne serait-ce qu’un petit piranha mais rien n’y fait, nous rentrerons bredouille. Par contre, les paysages de toute beauté me ravissent au plus haut point et avoir la chance d’être là, seule avec Max, au milieu de l’Amazonie en pouvant profiter de cette incroyable jungle mythique à mes yeux, est un cadeau rare et précieux. J’ai l’impression d’être une princesse sur un bateau à qui l’on fait découvrir un monde magique tenu secret et connu de peu de gens. Je me sens vraiment privilégiée cette fois-ci, sans aucun doute. Je m’allonge sur les coussins du bateau et profite du moment qu’il m’est donné de vivre, en savourant les moindres détails comme le son des grillons, le clapotis de l’eau, le soleil se cachant derrière une sorte de brume mystérieuse, les poissons s’agitant dans cette eau noire, le vent bruissant dans les arbres, le chant des oiseaux retentissant comme une symphonie qui nous accompagne dans ce moment d’extase. Ouf, je n’en reviens pas d’être le témoin de pareilles beautés et de pouvoir en profiter en toute quiétude.
Nous revenons ensuite au lodge où nous découvrons notre chalet perché dans les arbres. Il est tout simplement magnifique. La salle de bains privative est spacieuse et propre, la chambre est également grande et impeccable et la cerise sur le gâteau c’est que la maisonnette possède un balcon surplombant la rivière avec un hamac permettant d’assister au spectacle confortablement. Installés à deux dans le hamac, nous ouvrons la bouteille de champagne, savourant cet élixir précieux au gré du balancement du tissu, tout en admirant les dauphins jouant dans l’eau alors que le soleil se couche doucement. Cette journée restera longtemps gravée dans ma mémoire, c’est certain ! Je peux difficilement imaginer une plus belle expédition que celle d’aujourd’hui : tout a été parfait et magique… Merci Max !
Après le dîner au restaurant (tout étant toujours gratuit pour nous), nous passons un moment dans le hamac de nouveau à écouter les bruits de la forêt une fois la nuit tombée. Ca n’a tellement rien à voir avec la journée ! La nuit, on dirait que tous les animaux se réveillent et ils font un boucan incroyable ! C’est beaucoup plus sonore qu’en plein jour. On entend les grenouilles, les cigales et mes préférés : les singes hurleurs au cri caverneux qui me fait tressaillir de tout mon être. Max part se coucher mais je ne peux me décider à quitter cet endroit, n’ayant pas encore l’impression d’en avoir assez. Je reste donc dans mon hamac à écouter cette symphonie du fond des âges jusqu’à ce que mes paupières se ferment toutes seules. Je décide alors d’aller me coucher et m’endors sur ces sons de la jungle bien audibles également de mon lit.
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