Ce n’est pas la grande forme…

Le 27 novembre 2009

La nuit n’a pas été facile… Entre mon ventre qui gargouillait tellement fort qu’il me réveillait, un peu inquiète de ces sons caverneux, et les démangeaisons de mes pieds couverts de piqûres d’insectes et brûlés par l’acidité des feuilles qui jonchent le sol de la jungle et sur lequel je marche pieds nus depuis deux jours, autant dire que mon sommeil a plutôt été haché! Mes pieds ne sont plus que des plaies à vif à force de gratter et pourtant les démangeaisons ne s’arrêtent pas. Ca me réussit deux jours dans la jungle moi!

Réveillé à l’aube, Max décide de plier rapidement bagage pour nous ramener chez sa mère où je pourrai m’allonger dans un vrai lit, prendre une douche sans risque d’eau contaminée, prendre un bon petit déjeuner, etc… je ne me fais pas prier, je pense avoir besoin d’un peu de confort vu mon état. Même dans un hamac, ce n’est pas facile de se sentir confortable lorsqu’on a mal au ventre, les positions étant limitées. Max s’occupe de tout ranger dans le bateau tandis que je peine à sortir de mon hamac, puis, après un moment d’inquiétude lors du refus du moteur de démarrer, mais il finit tout de même par obéir, nous rentrons tranquillement à la maison de la mère de Max, moi étant toujours allongée dans le bateau, ne pouvant pas rester assise, et supportant difficilement les odeurs de poissons émanant du filet de pêche, qui me soulèvent littéralement le cœur. Arrivée à destination, je prends conscience que nous n’avons vu aucun être humain durant ces deux jours immergés en pleine jungle, ni entendu aucun signe de civilisation… Je crois que c’est la première fois que je vis ce genre d’expérience! Et malgré mon état, j’apprécie énormément l’aventure qu’il m’a été donné de vivre. C’est rare et précieux et j’en prends conscience à cet instant alors que nous reprenons contact avec la gent humaine.

Max m’installe un matelas sur le balcon en bois de la maison, sur lequel je m’écroule à bout de forces. Il me ramène un bon thé au citron et quelques biscuits que je suis incapable d’avaler. Par contre, j’apprécie le jus frais et désaltérant d’une noix de coco qu’il a cueillie dans l’arbre pour me l’offrir après l’avoir ouverte à grands coups de machette. Il paraît que c’est bon pour ce que j’ai. Au stade où j’en suis, je crois n’importe quoi pourvu que ce soit naturel! De plus, nous n’avons plus d’eau minérale et Max ne souhaite pas me faire boire l’eau venant de la rivière, bien qu’elle soit filtrée, disponible chez sa mère. Je m’endors ainsi, en bien meilleure position pour mon ventre qu’allongée dans un hamac, une légère brise me rafraîchissant doucement.

A mon réveil, ça va déjà un peu mieux. Le thé au citron, le jus de noix de coco et les pilules de charbon ont l’air d’avoir fait du beau travail et je me sens même d’attaque pour prendre une douche. Je m’enferme dans la petite cabane en bois au fond du jardin qui contient des toilettes et un grand baril rempli d’eau dans lequel on pioche à l’aide d’un récipient pour se le déverser sur la tête. Tiens, cette manière de faire sa toilette me rappelle l’Inde! Mais après deux jours en pleine jungle, cette petite cabane en guise de salle de bains ressemble à mes yeux à un hôtel 3 étoiles! Spécialement quand on est malade au fin fond de la forêt…

Après cette douche régénératrice, je me sens revivre quelque peu. Vers 11h du matin, un employé de Max vient nous chercher à bord d’un bateau à moteur dans lequel nous grimpons après avoir dit au revoir à la mère de Max qui a l’air navrée pour moi de me savoir malade. Allongée sur les genoux de Max, je me laisse conduire jusqu’au Delphin Lodge où nous nous arrêtons pour déjeuner. Je réussis à avaler du riz que j’agrémente de sauce soja pour le rendre un peu moins sec. Je file ensuite dans la salle de hamacs, mon estomac n’appréciant guère cette tentative d’alimentation. Toutefois, il finit par se calmer un peu et j’ai l’impression de reprendre un peu de forces. Il va m’en falloir, la route est encore longue pour retourner à Manaus.

Vers 14h, nous partons du lodge, de nouveau affublés des 3 mêmes Espagnols bruyants, à mon grand désespoir. Je les avais déjà trouvés pénibles alors que j’étais en forme, mais là… Leurs rots sonores dus à un trop plein de bière finissent de m’achever!
Après 20 minutes de bateau, nous grimpons dans un minibus alors que la pluie commence à tomber. La terre est tellement sèche et brûlante que l’eau s’évapore presque aussitôt, rendant le sol brumeux. Quelle étrange vision! Mais après un moment, la terre se transforme en boue, rendant le sol aussi glissant qu’une patinoire, faisant plus d’une fois déraper notre camionnette. Décidément, on n’est jamais au bout de ses surprises avec l’Amazonie! Toutefois nous arrivons sans encombre, après 1h30 de trajet, au petit port où nous attend un bateau rapide qui nous fait traverser l’Amazonie pour rejoindre le Rio Negro en 30 minutes. Arrivés de l’autre côté, nous enfournons nos trois pêcheurs pénibles dans un taxi et attendons patiemment Daniel qui vient nous chercher avec la voiture de Max. Le trafic pour rejoindre la maison de Max est encore une fois horrible mais, couchée sur la banquette arrière de la voiture, je suis dans une position confortable, même si la conduite sportive de Daniel me donne parfois des haut-le-cœur.

Nous finissons par arriver après 2h d’embouteillages pour que je m’écroule à nouveau sur le lit, éreintée, alors que j’ai passé ma journée allongée! C’est drôle, tout au long de l’après-midi, nous sommes revenus petit à petit à la civilisation après ces deux jours, perdus en pleine jungle. D’abord la maison de la mère de Max qui reste très sommaire avec juste les commodités nécessaires, puis le Dolphin Lodge, qui possède un peu plus de confort tout en restant très simple, et maintenant Manaus, la grande ville aux embouteillages monstres où bruit et pollution règnent en maîtres. Je regrette déjà ma forêt!

Nous partons manger une soupe, je ne me sens pas capable d’ingérer quoi que ce soit d’autre, puis je me recouche et m’endors aussitôt tandis que Max travaille un peu à son bureau, l’homme de la jungle s’étant de nouveau transformé en homme d’affaires. Il doit aller à la rencontre d’un groupe de 30 clients qui arrivent ce soir à l’aéroport vers minuit… Dans le genre multitâches… Quant à moi, je suis depuis longtemps partie dans les bras de Morphée.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire