Le 25 novembre 2009
Après une tranquille journée passée sur Internet et à me reposer chez Max, l’aventure recommence aujourd’hui, nous repartons dans la jungle! Je suis tout heureuse et excitée de retourner dans ma forêt avec Max. Cette fois, on se la joue solitaire. On ne prend que le minimum requis et on part 2 jours en pleine nature, seuls, à devoir pêcher notre repas si nous voulons manger et dormir dans des hamacs accrochés à deux arbres. La vraie nature quoi!
Nous prenons un rapide petit déjeuner à la boulangerie du coin, puis Daniel nous rejoint afin de nous conduire au port. Le trafic est complètement bouché le matin à cette heure de pointe, nous mettons 1h30 à sortir des bouchons monstres pour arriver au port. L’associé de Max, Mo, nous attend avec 3 touristes espagnols venus pêcher dans l’Amazone. Sans comprendre ce qu’ils disent, je sens une certaine tension entre Max et Mo qui ont l’air de se disputer à propos de quelque chose. Les 3 Espagnols, Max et moi grimpons dans le bateau rapide qui traverse le Rio Negro, Max tirant une tête de trois pieds de long. Je préfère ne pas lui poser de questions devant les touristes, je vais attendre que nous soyons seuls. Quant à moi, je profite de la traversée que je commence à bien connaître, mon plaisir ne se tarissant pas, bien au contraire.
De l’autre côté du fleuve, je prends un peu de temps pour discuter avec Max et comprends alors que son associé lui laisse ces 3 touristes sur les bras sans lui demander son avis, et tout un chargement de nourriture à acheter, étant donné qu’il n’y a plus rien au Dolphin Lodge et que Mo n’a, paraît-il, pas eu le temps de s’en charger. Max est furieux de devoir s’occuper de tout ça alors qu’il est censé être en vacances avec moi et ce n’est clairement pas son rôle dans l’histoire de toute façon. J’essaie de le calmer un peu, il est tout stressé et tendu du coup. Nous sommes censés nous arrêter rapidement à son lodge pour déjeuner puis repartir juste après nous enfoncer dans la jungle. J’espère que ce genre d’événement inattendu ne va pas le retenir au lodge plus longtemps que prévu…
Il disparaît ensuite une bonne heure acheter tous les vivres dont son équipe a besoin pour les repas des clients du Dolphin Lodge, puis nous montons dans un minibus pour une heure de route sur cette terre rouge et sèche, assoiffée par le manque d’eau de ces derniers jours. Les pêcheurs espagnols sont bien gentils, mais ils ne savent visiblement pas parler doucement et se croient obligés de hurler tout le temps, ce qui me donne carrément mal au crâne. Comment font les guides pour supporter toutes sortes de clients, les meilleurs comme les pires? Ceux-là sont gratinés… je suis bien contente de ne pas rester au lodge. Leur présence annonce un beau bazar en perspective, je plains les autres clients qui sont venus pour le calme et la tranquillité!
Le minibus nous dépose à un autre petit port, la route s’arrêtant dans la rivière, et je m’occupe des Espagnols tandis que Max, aidé de 2 personnes, décharge le minibus des vivres achetés. Les touristes emmenés à l’ombre, je pars aider à décharger, il y a tellement de nourriture à transporter, nous ne sommes vraiment pas trop de 4. Je pique une bonne suée à transporter les caisses sous un soleil de plomb mais tout le monde a l’air bien content d’avoir reçu un peu d’aide. Nous partons ensuite en bateau jusqu’au Dolphin Lodge que nous voyons apparaître 20 minutes plus tard, du haut de sa colline semblant me sourire comme s’il attendait mon arrivée et savait que j’allais revenir. Je ne pensais pas le revoir de si tôt… Comme quoi!
Max part aussitôt en cuisine, s’énerve contre des employés, me raconte qu’untel lui a menti, que tel autre n’a pas fait son travail comme il fallait… Ouh… C’est compliqué d’être chef! Tout le monde a l’air d’essayer de jouer derrière son dos et ça ne semble pas l’étonner tant que ça… A sa place, je n’aurais pas pu m’empêcher de leur rentrer dedans depuis un moment mais non, lui, il préfère laisser couler… C’est peut-être culturel au final d’essayer de flouer le patron par tous les moyens. En tout cas c’est fatigant pour Max! Il perd beaucoup d’énergie à essayer de gérer tout ça…
Durant le repas, le pêcheur espagnol ne peut pas s’empêcher de faire son show comme je l’avais prévu, prenant à lui tout seul toute la place en hurlant, à grands coups de bière cognée sur la table… je m’éclipse le plus rapidement possible sur mon banc fétiche près de mon arbre avec ma vue extraordinaire sur la rivière. Qu’est-ce qu’on est bien ici! Je pousse ensuite gentiment Max à quitter le lodge au plus tôt afin de nous rendre chez sa mère. Loin de son business et près de sa famille, il pourra se détendre et se reposer un peu. De plus, il voit si peu sa mère, je pense qu’elle serait contente de profiter un peu de son fils. Je réussis à le convaincre et nous partons presque en courant du lodge pour essayer d’échapper aux innombrables questions et problèmes que les employés de Max soulèvent. Quelle vie!
Un chauffeur nous dépose en bateau à moteur à la maison de sa mère, située à 20 minutes du lodge par la rivière. Ses deux frères, son beau-frère et sa mère lui font un bel accueil, contents de le voir arriver, n’étant nullement prévenus de sa venue, le téléphone n’existe pas ici et les pigeons voyageurs n’arrivent pas à destination… Il reste les signaux de fumée ou les tam-tams mais leur interprétation est depuis longtemps tombée dans l’oubli, ne rendant pas leur compréhension facile… Si on confond « j’arrive bientôt à votre rencontre » avec « je viens de me faire mordre par un piranha », les conséquences peuvent poser problème. Bon, ok, je divague… revenons à nos moutons.
Tandis que Max discute avec sa famille, je me repose dans un hamac accroché au balcon de la maison en bois sur pilotis, observant les poules, les coqs et les porcs qui vont et viennent sous mes pieds, à travers les ouvertures du plancher. C’est une véritable basse-cour ici! Et dire que sa mère, âgée de 74 ans, s’en occupe toute seule… Je m’endors doucement au son de ces animaux de ferme pourtant bruyants, je dois être plus fatiguée que je ne le pensais. Il faut dire que l’endroit a un côté rassurant et apaisant, comme si le temps n’avait pas de prise ici, ce qui le rend propice à une bonne sieste réparatrice.
Max vient me réveiller vers 16h afin de nous préparer à partir. Attention, les choses sérieuses commencent… Je regarde les 4 hommes s’agiter dans tous les sens avec frénésie pour préparer le matériel dont nous aurons besoin pour notre expédition: un harpon, un filet de pêche, une machette, des plats pour faire cuire les aliments sur le feu, une trousse de premiers soins. Ils nous prêtent un bateau mais préfèrent nous donner un moteur neuf. Il faut donc enlever le vieux pour mettre le nouveau à la place. Nous allons également emporter une pirogue avec nous pour pouvoir naviguer plus facilement dans les branches des rivières peu profondes… Tout est prévu, mais ils ne sont pas trop de 4 hommes costauds pour tout préparer et moi je me sens un peu confuse qu’ils fassent tout ça juste pour moi… j’ai émis le souhait de partir à l’aventure tous les deux avec Max dans la jungle pendant plusieurs jours, nous enfonçant ainsi vraiment sur des territoires vierges et inexplorés. Je ne pensais pas que ça demanderait une telle préparation!
Ca y est, tout est finalement prêt! On part pour l’aventure tout en étant bien équipés. Il n’y a qu’à jeter un coup d’œil sur notre glacière remplie de fruits, légumes, fromages et bouteilles de vin pour voir qu’on part quand même dans un certain confort. Ca me va parfaitement! L’aventure luxueuse quoi… Après un grand remerciement aux frères et au beau-frère de Max, nous nous enfonçons dans la jungle avec notre canot à moteur suivi de notre pirogue attachée au bateau, pénétrant ainsi dans des contrées sauvages et vierges de toute civilisation. Mon excitation est à son comble! C’est ce genre d’expédition que je rêve de faire depuis longtemps et je suis vraiment en train de la vivre!! Ouah…
Nous voguons à travers la dense végétation, apercevant de temps à autre le soleil qui se teinte de rouge à travers les feuillages, marquant ainsi la fin de son règne pour la journée. Max repère un endroit de la rivière qui lui semble parfait pour poser le filet de pêche. Il descend sur la rive, coupe avec sa machette deux grands bouts de bois qu’il aiguise à un bout, puis plante le premier dans l’eau en bord de rivage. Il y accroche un bout du filet puis tend le reste dans l’eau tandis que je pagaie pour amener le bateau sur l’autre rive. Ainsi arrivés de l’autre bord, nous accrochons la fin du filet de pêche à l’autre bout de bois, que nous plantons sur le rivage. Le filet traverse toute la rivière. Le premier poisson qui passe par ici se prendra inévitablement dans notre piège! Et ça ne manque pas. A peine avons-nous fini d’accrocher le filet qu’un premier poisson se tortille au milieu de la rivière, pris au piège. Max va voir de quoi il s’agit: c’est un beau gros poisson, mais pas terrible au goût, paraît-il, et plein d’arêtes. On le relâche donc aussitôt. Il l’a échappé belle celui-là! C’est bien, nous avons même le luxe de pouvoir choisir notre repas de ce soir et de faire les difficiles si nous le souhaitons… La vie est belle en Amazonie! Nous laissons le filet ainsi et partons à la recherche d’un coin de forêt où installer notre camp pour la nuit.
Nous trouvons une bonne place un peu plus loin, assez aérée pour faire un feu sans risquer d’incendier toute la forêt et avec des arbres de la bonne largeur permettant d’accrocher nos hamacs. Parfait, nous nous installons ici! Vu que nous sommes loin dans la jungle cette fois, quelques précautions supplémentaires s’imposent. Les moustiques sont assez rares dans cette région et à cette période de l’année mais le risque de malaria n’est pas nul non plus. Je me suis refusé cette fois-ci encore à prendre des pilules en prévention du paludisme, tout d’abord parce que ces médicaments ne sont pas sans danger pour l’organisme, notamment le lariam qui a pour effet secondaire d’affecter le cerveau et de rendre fou (!!),ensuite parce que ces pilules n’empêchent pas d’attraper la malaria, elles en diminuent juste les effets, et plus les touristes prendront ce type de médicament, plus le virus va s’adapter et muter pour devenir de plus en plus fort, ce qui sera au détriment de la population locale qui ne peut pas prendre ces pilules à longueur d’année. De plus, ils ont les meilleurs hôpitaux ici pour soigner les porteurs de la maladie si jamais on l’attrape. Et normalement, avec un peu de prudence et de bon sens, on peut facilement passer à travers. Les meilleures préventions restent les vêtements longs, les moustiquaires et de s’asperger de produits anti-moustiques. Afin d’être tranquilles cette nuit, nous accrochons donc une moustiquaire entourant chacun de nos hamacs. Je n’aurai également plus peur qu’une mygale me tombe sur la tête en pleine nuit de cette façon! Max a prévu une grande bâche en plastique que nous pourrons accrocher au-dessus de nos têtes en cas de pluie également. Parfait!
Il est temps de préparer le feu à présent. Le sol est craquelé par la sécheresse, il n’est pas difficile de faire partir de belles flammes, tout en faisant attention à les contenir comme il faut. Maintenant que notre foyer illumine la pénombre avec joie et entrain, les flammes dansant littéralement devant nos yeux avec des bruits de craquements boisés qui crépitent à nos oreilles, il est temps d’aller chercher notre repas. Nous ne pouvons pas laisser le filet trop longtemps sans surveillance, sinon les piranhas risquent de nous voler notre dîner, réussissant très bien à s’extraire eux-mêmes du piège en cisaillant les mailles avec leurs dents aiguisées. Nous embarquons dans la petite pirogue cette fois, plus facile à manier que le gros canot à moteur, puis rejoignons notre filet en quelques coups de pagaie. Nous voyons avec joie que plusieurs gros poissons font bouger le filet en tous sens. La pêche semble bonne! Max retire des mailles trois gros poissons, tous apparemment aussi délicieux les uns que les autres. Youhou! J’essaie de l’aider mais je me prends moi-même dans le filet, ayant toutes les peines du monde à m’en dépêtrer! Max me regarde, amusé, en me disant qu’il a attrapé une sirène cette fois-ci! Mais il me fait aussi gentiment comprendre de le laisser faire… Il écaille rapidement les poissons à l’aide de sa machette, se servant de la grande pagaie comme planche à cuisiner, puis les vide d’une main experte. Il les enduit de sel à l’intérieur et à l’extérieur, c’est prêt à cuire!
De retour au camp, il découpe de grandes branches de bois fin qu’il insère dans la gueule des poissons. Il plante les bâtons garnis dans le sol, les poissons pouvant tranquillement griller sur le feu encore incandescent. Tandis que je surveille la cuisson, Max part préparer une salade sur le bateau. Il revient avec un bel assortiment de tomates, concombres et salade sauce vinaigrette qui semble délicieuse! Nous nous récompensons de ce dur labeur en ouvrant la bouteille de champagne qu’on n’avait pas pu boire à cause de mes problèmes d’estomac. C’est du travail tout de même de préparer notre subsistance nous-mêmes: il faut allumer le feu, aller pêcher notre repas, le cuisiner… enfin, j’avoue humblement que c’est Max qui s’est occupé de tout. Je me contente en général de le regarder faire, mais je ne perds pas une miette de ses faits et gestes, apprenant par la même occasion des quantités de choses sur la façon de survivre dans la jungle. J’adore!
Après ce délicieux repas à la belle étoile agrémenté de champagne, Max me propose une virée en pirogue pour essayer de repérer des animaux dans la nuit. J’accepte volontiers, j’adore l’atmosphère nocturne de la jungle! Je suis de nouveau sa princesse ce soir et il refuse catégoriquement que je l’aide à pagayer. Il souhaite juste que je profite de la balade en toute quiétude sans m’occuper de rien. D’ailleurs il me confisque même ma rame… Bon, je n’ai plus qu’à me laisser faire… La lune est éclatante ce soir et illumine la forêt de telle sorte que nous n’avons même pas besoin de torche pour nous diriger dans la rivière. Max aperçoit un énorme poisson qui saute devant la pirogue et il ne peut s’empêcher d’empoigner son harpon et de le lancer dans l’eau trouble. En plein dans le mille! Le harpon a transpercé le poisson qui a eu le malheur de passer un peu trop près de nous. En plus, c’est uniquement pour le sport, vu que nous avons déjà mangé et préférons déguster des poissons fraîchement pêchés plutôt que de garder ceux de la veille. De surcroît, nous n’avons pas de réfrigérateur pour les conserver au frais. Nous le rejetons dans la rivière, il servira de repas aux caïmans. Le calme revenu, je me laisse encore une fois happer par cette jungle fantasmagorique qui semble m’accepter en son sein, moi pourtant si petite et insignifiante au milieu de ce poumon vert qui m’avale un peu plus à chacune de ses respirations. Alors que nous nous enfonçons toujours plus loin dans cette dense et luxuriante forêt au moyen de notre petite barque silencieuse, les yeux fermés, j’ai l’impression que le temps s’est arrêté encore une fois… Max et moi restons silencieux pour pouvoir vraiment apprécier les sons qui nous entourent: le bruit de la pagaie pénétrant doucement dans l’eau, le clapotis de la barque se glissant sur la rivière, des poissons surpris par notre approche s’enfuient parfois à toute allure, nous faisant sursauter au passage, de gros caïmans plongent dans l’eau afin d’attaquer une proie… les bruits de la forêt sont multiples et toujours changeants pour mon plus grand bonheur. Je me laisse envahir par cette sérénité que seule la jungle sait m’apporter de cette manière. J’ai l’impression de dériver dans les abîmes du temps, ne sachant plus très bien où je suis mais ne m’en inquiétant guère. Je me trouve là où je dois être avec l’étrange impression d’atteindre un but sans vraiment arriver à le déterminer exactement. Comme si mes trois mois de voyage prenaient tout leur sens ici, en cet instant de bonheur simple et intense, sur ma petite pirogue conduite par Max, entourée d’une force bienveillante qui me souffle à l’oreille qu’elle veillera sur moi quoi qu’il arrive. En cette nuit dépourvue d’étoiles mais à la lune luminescente, je pense être arrivée à la première grande étape de ma quête du bonheur… Et cette prise de conscience soudaine fera poindre des larmes au coin de mes paupières, ce qui n’altère en rien mon sentiment de plénitude qui a envahi tout mon être à cet instant. Emue, je remercie silencieusement Dame Nature de m’avoir tant apporté cette fois-ci encore.
Nous revenons ensuite au camp après cette incroyable sortie nocturne puis glissons dans nos hamacs, la moustiquaire nous entourant comme une toile d’araignée tissée pour notre protection. J’entends avec satisfaction les mouches essayant de m’atteindre bourdonner avec énervement, trouvant cette fois un obstacle à leur piqûre ( oui les mouches piquent ici jusqu’au sang!) Max et moi nous racontons des légendes urbaines, chacun bien à l’abri dans son cocon, mais Max n’entendra jamais la fin de mon histoire, je suis coupée dans mon élan par des ronflements sonores. Je me demande depuis combien de temps je parle toute seule… Enfin, je le comprends, il a travaillé dur pour moi aujourd’hui! Il mérite une bonne nuit de sommeil. Quant à moi, je me force à rester éveillée un peu, profitant ainsi le plus longtemps possible des bruits nocturnes de la jungle. Crapauds, cigales, oiseaux, poissons, tout le monde a l’air de s’être mis d’accord pour me faire entendre le plus beau des concerts. Ma joie est à son comble lorsque les singes hurleurs se mettent de la partie, comme si le chef d’orchestre avait soudain fait monter sur scène ses meilleurs chanteurs. Je m’endors le sourire aux lèvres et l’esprit totalement en paix.
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bonsoir,
RépondreSupprimerje viens de découvrir votre blog et j'adore!
les articles sont captivants, je me retrouve dans ce que vous dites...
Bon courage pour la reprise!
marie