Le 10 novembre 2009
La pluie est tombée en rafale cette nuit, me permettant de m’endormir sous cette douce musique naturelle percutant les rondins de bois de notre frêle cahute. Je me réveille comme une fleur, juste à temps pour prendre le petit déjeuner avec tout le monde.
J’hésite entre rester à la table de Max où il discute en portugais avec ses employés en donnant des consignes et m’insérer parmi les touristes afin de pouvoir discuter un peu moi aussi. Je fais donc moitié-moitié, histoire de ne pas vexer Max. Je suis dans une situation particulière qui n’est pas aisée à gérer. Je ne suis pas vraiment une touriste vu que je ne paie rien et que je n’effectue pas les excursions avec les autres mais je ne fais pas non plus partie de l’équipe de Max, ne comprenant rien à ce qu’il raconte en portugais. Je me sens privilégiée sans l’être, c’est étrange comme sensation. Je vois tout l’envers du décor des circuits organisés pour les touristes, tout ce dont les voyageurs n’ont pas à s’occuper d’habitude : aller chercher de l’essence pour les bateaux, de la nourriture pour le lodge, une antenne satellite… discuter durant des heures avec ses employés pour s’assurer du bon fonctionnement des événements… C’est un travail permanent et sans relâche ! Je vois bien que tout tourne à 100 à l’heure dans la tête de Max, il aurait besoin de méditer un peu aussi… Le stress commence même à le rendre malade. On vit vraiment dans un monde difficile et étrange, les gens réussissent à se rendre malades à force de trop travailler, alors qu’ils ont assez d’argent pour vivre plus sereinement en travaillant moins. Pourquoi se laissent-ils entraîner là-dedans ? Pour avoir un meilleur statut social ? Pour pouvoir profiter de plus de biens matériels ? Pour paraître important aux yeux des autres et à leurs propres yeux ? Peut-être un peu de tout cela à la fois, mais ça ne devrait pas être au détriment de la santé et de son bien-être, surtout lorsque ce n’est pas nécessaire pour vivre convenablement. ! Evidemment, mes réflexions ne s’appliquent pas aux personnes qui triment pour avoir de l’argent parce qu’elles en ont besoin pour vivre. Je me rends compte que je suis dans une situation très privilégiée, de gagner de l’argent sans devoir me tuer à la tâche, ce qui me permet de voyager et de profiter de la vie. Je sais que ce n’est pas le cas pour tout le monde, loin de là. Mais mon interrogation concerne exclusivement les gens qui sont dans la même situation que moi mais qui ne réussissent pas à lâcher prise et à prendre du recul par rapport à leur travail afin de juste jouir de la vie un peu plus ! La vie est courte et peut s’arrêter à tout moment. Je ne veux pas regarder derrière moi en me disant que je suis passée à côté de l’essentiel : vivre !
Le groupe de touristes part en excursion, je reste me reposer un peu et profiter du lodge bien calme à présent. Après avoir fait un peu de lessive, je descends au ponton plonger dans cette eau noire et chaude. Je suis seule au milieu de l’Amazonie et ne pourrais me sentir mieux ! Max me rejoint et m’entraîne dans son petit bateau pour une virée impromptue. Alors que nous filons sur la rivière tous les deux, il me passe les commandes du bateau pour que je puisse le conduire. Waouuh ! J’adore ça et en redemande! C’est la première fois que je conduis un bateau à moteur et je ris comme une enfant, tellement heureuse de notre escapade. Max lance un fil de pêche à l’eau, muni d’un appât factice et il laisse traîner le fil dans l’eau alors que le bateau continue à avancer. Couchée sur la banquette, j’admire le paysage tout en tenant le fil de pêche, je me sens tellement bien !
Par contre, aucun poisson ne mord à l’hameçon, ils n’ont pas l’air affamés ou bien ils sont prudents. Max change de technique et arrête le bateau pour pouvoir lancer lui-même l’hameçon. Malgré ses efforts, les poissons resteront cachés. Tant pis ! Cette belle promenade nous aura permis d’apercevoir de magnifiques oiseaux multicolores et de superbes paysages. Revenus au lodge, nous plongeons dans la rivière, alternant la baignade avec quelques gorgées de bière en guise d’apéritif. C’est tellement bon de se baigner ainsi, l’eau étant si chaude et les alentours si calmes et sereins. Le groupe de touristes revient alors d’excursion, le déjeuner est servi. Max ne m’accompagne pas pour le repas, il est parti jouer son rôle de chef en cuisine pour savoir comment il se fait qu’il y ait encore du poulet ce midi alors qu’on en a déjà eu hier soir… C’est vraiment compliqué d’être le boss ! Il veut que tout soit parfait pour ses clients et il est très méticuleux sur les détails.
Nous partons en début d’après-midi, Max me faisant la surprise d’emporter une bouteille de champagne et un ananas avec nous. Je pense faire des jalouses dans le groupe de touristes qui me voient partir seule avec le patron du lodge en guise de guide privé, dans un petit bateau qu’il me laisse conduire, la promesse d’une bonne soirée à la belle étoile et au champagne flottant dans l’air… Pour ma part, j’avoue savourer ce privilège qu’il m’est donné de vivre. Nous filons à toute allure, moi au volant, Max me faisant visiblement confiance quant à ma nouvelle aptitude à conduire un bateau. Je m’amuse à suivre les méandres de la rivière, prenant parfois des raccourcis que Max m’indique, tout en prenant soin de rester assez loin du bord pour ne pas racler le fond.
Au détour d’un virage, un magnifique lodge flottant, fait de bois et de roseaux, apparaît devant nous. Nous nous y arrêtons quelque temps, Max connaissant bien le patron. Il nous propose même de rester dormir cette nuit mais je préférerais essayer le Juma Lodge dont j’ai entendu beaucoup de bien. Et comme Max ne paie nulle part où il va, nous avons même le luxe de pouvoir choisir notre petit coin de paradis ! Je m’allonge dans un des hamacs de l’Amazone Lodge sur une plate-forme flottante, tandis que Max fait la causette et je somnole doucement au gré du roulis de l’eau de la rivière, en balançant mon hamac. C’est un véritable bonheur d’être ici et j’ai l’impression d’être une VIP où que j’aille juste parce que j’accompagne Max ! La grande classe…
Nous repartons ensuite sur la rivière, moi toujours aux commandes, jusqu’au Juma Lodge très caractéristique par ses chalets construits dans les arbres sur des pilotis de plusieurs dizaines de mètres qui s’élèvent quasiment aussi haut que la cime des plus grands arbres. Une grande passerelle est construite en hauteur également afin de relier chaque chalet et le restaurant entre eux. On a l’impression de jouer à Tarzan, ainsi perchés aussi haut ! Chaque chalet donne sur la rivière et demeure individuel et isolé des autres. Je savais que j’adorerais cet endroit ! Notre chambre n’étant pas encore prête, nous repartons en bateau avec des bouts de viande généreusement donnés par nos hôtes afin d’essayer d’attraper des piranhas. Avec chacun une grande canne à pêche en bambou avec un bout de viande accroché à l’hameçon, nous essayons patiemment d’attraper ne serait-ce qu’un petit piranha mais rien n’y fait, nous rentrerons bredouille. Par contre, les paysages de toute beauté me ravissent au plus haut point et avoir la chance d’être là, seule avec Max, au milieu de l’Amazonie en pouvant profiter de cette incroyable jungle mythique à mes yeux, est un cadeau rare et précieux. J’ai l’impression d’être une princesse sur un bateau à qui l’on fait découvrir un monde magique tenu secret et connu de peu de gens. Je me sens vraiment privilégiée cette fois-ci, sans aucun doute. Je m’allonge sur les coussins du bateau et profite du moment qu’il m’est donné de vivre, en savourant les moindres détails comme le son des grillons, le clapotis de l’eau, le soleil se cachant derrière une sorte de brume mystérieuse, les poissons s’agitant dans cette eau noire, le vent bruissant dans les arbres, le chant des oiseaux retentissant comme une symphonie qui nous accompagne dans ce moment d’extase. Ouf, je n’en reviens pas d’être le témoin de pareilles beautés et de pouvoir en profiter en toute quiétude.
Nous revenons ensuite au lodge où nous découvrons notre chalet perché dans les arbres. Il est tout simplement magnifique. La salle de bains privative est spacieuse et propre, la chambre est également grande et impeccable et la cerise sur le gâteau c’est que la maisonnette possède un balcon surplombant la rivière avec un hamac permettant d’assister au spectacle confortablement. Installés à deux dans le hamac, nous ouvrons la bouteille de champagne, savourant cet élixir précieux au gré du balancement du tissu, tout en admirant les dauphins jouant dans l’eau alors que le soleil se couche doucement. Cette journée restera longtemps gravée dans ma mémoire, c’est certain ! Je peux difficilement imaginer une plus belle expédition que celle d’aujourd’hui : tout a été parfait et magique… Merci Max !
Après le dîner au restaurant (tout étant toujours gratuit pour nous), nous passons un moment dans le hamac de nouveau à écouter les bruits de la forêt une fois la nuit tombée. Ca n’a tellement rien à voir avec la journée ! La nuit, on dirait que tous les animaux se réveillent et ils font un boucan incroyable ! C’est beaucoup plus sonore qu’en plein jour. On entend les grenouilles, les cigales et mes préférés : les singes hurleurs au cri caverneux qui me fait tressaillir de tout mon être. Max part se coucher mais je ne peux me décider à quitter cet endroit, n’ayant pas encore l’impression d’en avoir assez. Je reste donc dans mon hamac à écouter cette symphonie du fond des âges jusqu’à ce que mes paupières se ferment toutes seules. Je décide alors d’aller me coucher et m’endors sur ces sons de la jungle bien audibles également de mon lit.
Retour en forêt amazonienne
Le 9 novembre 2009
Réveillée à 7h du matin, j’ai dormi comme une masse, j’en avais bien besoin. C’est donc en forme et avec les idées un peu plus claires que je me réveille ce matin.
Max a prévu que nous partions dans la matinée pour son lodge en forêt amazonienne mais il a plusieurs choses à faire avant de partir. Je patiente donc dans sa chambre ou devant Internet, faisant connaissance avec sa sœur qui vient faire le ménage 2 fois par semaine chez lui mais qui n’est pas très avenante au premier regard. Toutefois, à force de sourires, je réussis à l’amadouer un peu et à adoucir son regard. Elle ne parle pas anglais et je ne parle pas portugais, donc la communication n’est pas évidente non plus. Je revois également Ed, le capitaine du bateau de mon dernier séjour ici, qui me serre chaleureusement dans ses bras, visiblement content de me revoir. Je suis aussi heureuse de le retrouver, je l’appréciais beaucoup également.
Vers midi, Max revient en s’excusant de son retard, puis nous empaquetons nos affaires, nous partons dans la jungle! Avant cela cependant, il faut encore et toujours qu’il règle quelques affaires urgentes. Nous partons, avec son associé Daniel, manger en ville où un autre compère nous rejoint afin de parler affaires avec Max. Evidemment, toute la discussion est en portugais, langue que je ne connais guère… J’en profite pour observer les gens autour de moi, j’aime m’imprégner d’une atmosphère de restaurant dans un pays étranger, ça en dit long sur le pays en général. Ici, tout le monde mange goulûment, la plupart des gens présentant un bon embonpoint, ne pouvant imaginer un seul repas sans viande trempant abondamment dans de la sauce… Moi qui essaie de limiter ma consommation de chair animale, je ne suis pas dans le bon pays pour ça!
Après manger, il faut encore passer à la banque et dans un magasin pour acheter une antenne satellite pour le lodge afin de capter les émetteurs d’ondes pour les cellulaires, et enfin, vers 2h30 de l’après-midi, nous pouvons partir. Max est un véritable homme d’affaires en ville, il n’arrête pas une seconde! Et moi, j’ai un peu l’impression d’être traînée partout à la manière « sois belle et tais-toi », telle une œuvre d’art européenne qu’on exhibe mais qui n’est pas censée parler et encore moins savoir penser… Mais étrangement, ça ne me dérange pas vraiment d’être ballotée partout de cette façon un peu machiste, ça me fait surtout rire et je suis suffisamment bien dans ma peau pour ne pas me sentir rabaissée par ces manières un peu étranges. Et je me fais peut-être des idées également. Max a l’air d’avoir tellement de choses en tête, de devoir penser à toute son organisation minute par minute, qu’il oublie peut-être tout simplement ma présence de temps en temps, ce qui n’est pas bien grave. Je suis donc docilement les événements, allers et retours, changements de planning, sans jamais poser de questions ni m’agacer. De toute façon, chaque endroit où il m’emmène, que ce soit pour son business ou non, me permet d’en apprendre davantage sur le Brésil, donc je suis gagnante. Et pour le moment, on ne peut pas dire que j’aie croisé beaucoup de touristes, je suis plutôt bien intégrée dans ce pays, ce que j’estime être une chance.
Daniel nous conduit jusqu’au fleuve où nous prenons un bateau rapide qui nous emmène en filant à toute allure sur le Rio Negro, vers l’autre rive. Nous croisons le fleuve Amazone, délimité par une eau beaucoup plus brunâtre et trouble. Ca y est, nous pénétrons dans cette Amazonie si chère à mon cœur. Arrivés de l’autre côté, nous prenons un minibus afin d’effectuer une bonne partie du trajet par la route, plus rapide que le bateau dans les méandres du fleuve. Plusieurs autres personnes nous accompagnent, tous des Brésiliens, profitant ainsi du moyen de locomotion offert pour se rendre dans la jungle. Vu que nous sommes en saison sèche, nous pouvons parcourir beaucoup plus de kms par la route qu’en saison humide, l’eau recouvrant tout rapidement. Max s’endort doucement à mes côtés, je le comprends, il n’a pas arrêté de courir depuis ce matin! La route s’achève dans le fleuve, nous devons faire le reste par bateau. Durant la traversée, nous avons la chance d’apercevoir des dauphins roses sautant dans l’eau, et des caïmans se faisant dorer au soleil. Belle entrée en matière! Vingt minutes plus tard, je reconnais le Dolphin Lodge qui se dresse sur la petite colline. L’eau étant plus basse que la dernière fois d’une quinzaine de mètres environ, il faut grimper pour arriver jusqu’au lodge! Je retrouve avec plaisir les petites cabanes en rondins de bois, la solitude et la quiétude de l’endroit, les bruits des grillons et la magnifique vue du soleil tombant dans le fleuve devant mes yeux ébahis.
Par un étonnant hasard, la seule chambre libre qui reste se trouve être la même que la dernière fois! Comme quoi… A peine ai-je le temps d’y poser mes affaires que Max m’entraîne déjà dans un petit bateau pour je ne sais où. Je continue de suivre sans broncher, un sandwich confectionné par Max dans une main, mon appareil photo dans l’autre et une bière entre les pieds pour parachever le tout. Nous nous arrêtons en chemin dans une maison flottante pour prendre de l’essence et je reste interdite devant le spectacle étrange qui s’offre à moi. Sur le bord de la rive, une femme lave ses vêtements sur une plate-forme en bois (jusque-là tout va bien) juste à côté d’une tête de bœuf tranchée, le sang se mêlant au savon du lavage et rendant cette scène de vie plutôt troublante. En tout cas, personne n’a l’air de trouver ça anormal, je me contente donc de regarder sans émettre de commentaires.
Nous arrivons ensuite chez la mère de Max, qui possède une maison en bord de rivière. A 74 ans, elle n’est plus toute jeune mais garde visiblement une santé de fer, et elle serre son fils fort dans ses bras à son arrivée. Elle ne parle pas anglais, je me sens un peu mal à l’aise de ne pouvoir communiquer avec elle, mais son sourire me rassure aussitôt et je me sens immédiatement bien en sa compagnie. Max me présente alors son nouveau projet: un nouveau lodge juste derrière la maison de sa mère! Les travaux avancent bien, il sera bientôt fini. C’est vrai que le coin est propice pour ce genre de construction, la vue sur le fleuve étant splendide. Mais a-t-il vraiment besoin de se lancer dans de nouveaux projets de la sorte alors qu’il peine déjà à mener tout de front? Enfin, je suppose qu’il sait ce qu’il fait Je le trouve juste surchargé de travail! Et même à présent, alors qu’il est censé être en vacances avec moi, il gère ses affaires en cours au milieu de la jungle! Je rêve…
Sur le chemin du retour, nous nous arrêtons en plein milieu du fleuve afin de sauter de la barque pour piquer une bonne tête dans cette eau marécageuse bourrée de caïmans et de piranhas. Et moi, je le suis toujours tête baissée sans poser de questions… J’adore la sensation de nager dans ces rivières chaudes et troubles au milieu de la jungle. Je me sens perdue au milieu de cette immensité sauvage, me remettant totalement à dame Nature et à sa bonne volonté de ne pas me faire dévorer vivante par une grosse bestiole! La nuit tombe et nous rentrons au lodge, aidés d’une simple lampe torche qui permet au capitaine Max de suivre le canal. Le faisceau lumineux passe parfois sur un caïman, illuminant ses yeux comme deux points rouges fluorescents dans le noir. Et moi, je me sens revivre dans cette contrée sauvage et voudrais juste que le temps s’arrête ici… Merci de me donner l’occasion de pouvoir revivre ça!
Revenus au lodge, nous faisons la connaissance du genre de touristes allemands qui étaient de sortie lors de notre arrivée tout à l’heure. J’ai plus le temps de remarquer les changements qui ont été apportés au lodge depuis la dernière fois et j’avoue que je suis un peu déçue. Une allée de béton a fait place aux cailloux qui menaient de la salle à manger aux chambres et tout l’arrière du lodge a été ratiboisé de ses arbres sous prétexte que ça éloigne les insectes. Les touristes qui viennent en Amazonie ne font généralement pas de scandale à cause de petites bêbêtes ou bien c’est qu’ils se sont trompés de destination. Je trouve ces changements inutiles, le lodge doit rester à l’état naturel, c’est pour ça que les gens viennent, pas pour le confort! Enfin… Ca reste tout de même un endroit merveilleux où il fait bon vivre et se relaxer.
Le dîner est servi, Max et moi nous installons à une table un peu à l’écart des touristes. Mais Max ne peut pas s’empêcher de jouer son rôle de guide et je le perds à la fin du repas. De mon côté, je fais la connaissance d’un couple de Français vivant à Tahiti et en vacances au Brésil pour 15 jours. Ils sont un peu déçus de ce pays qu’ils trouvent difficile pour voyager en backpack. Je suis surprise, je n’ai jamais pensé ça, même avant de connaître Max (c’est plus facile quand on suit un gars du pays!). Je pars ensuite m’exiler un peu seule dans la salle de hamacs pour profiter des sons de la forêt la nuit: mon concert favori, une capirihia à la main. Max me rejoint avec son partenaire et discute finances durant une heure. Allez, il est temps d’aller me coucher. J’abandonne Max à son business et pars seule rejoindre les bras de Morphée. Bonne nuit!
Réveillée à 7h du matin, j’ai dormi comme une masse, j’en avais bien besoin. C’est donc en forme et avec les idées un peu plus claires que je me réveille ce matin.
Max a prévu que nous partions dans la matinée pour son lodge en forêt amazonienne mais il a plusieurs choses à faire avant de partir. Je patiente donc dans sa chambre ou devant Internet, faisant connaissance avec sa sœur qui vient faire le ménage 2 fois par semaine chez lui mais qui n’est pas très avenante au premier regard. Toutefois, à force de sourires, je réussis à l’amadouer un peu et à adoucir son regard. Elle ne parle pas anglais et je ne parle pas portugais, donc la communication n’est pas évidente non plus. Je revois également Ed, le capitaine du bateau de mon dernier séjour ici, qui me serre chaleureusement dans ses bras, visiblement content de me revoir. Je suis aussi heureuse de le retrouver, je l’appréciais beaucoup également.
Vers midi, Max revient en s’excusant de son retard, puis nous empaquetons nos affaires, nous partons dans la jungle! Avant cela cependant, il faut encore et toujours qu’il règle quelques affaires urgentes. Nous partons, avec son associé Daniel, manger en ville où un autre compère nous rejoint afin de parler affaires avec Max. Evidemment, toute la discussion est en portugais, langue que je ne connais guère… J’en profite pour observer les gens autour de moi, j’aime m’imprégner d’une atmosphère de restaurant dans un pays étranger, ça en dit long sur le pays en général. Ici, tout le monde mange goulûment, la plupart des gens présentant un bon embonpoint, ne pouvant imaginer un seul repas sans viande trempant abondamment dans de la sauce… Moi qui essaie de limiter ma consommation de chair animale, je ne suis pas dans le bon pays pour ça!
Après manger, il faut encore passer à la banque et dans un magasin pour acheter une antenne satellite pour le lodge afin de capter les émetteurs d’ondes pour les cellulaires, et enfin, vers 2h30 de l’après-midi, nous pouvons partir. Max est un véritable homme d’affaires en ville, il n’arrête pas une seconde! Et moi, j’ai un peu l’impression d’être traînée partout à la manière « sois belle et tais-toi », telle une œuvre d’art européenne qu’on exhibe mais qui n’est pas censée parler et encore moins savoir penser… Mais étrangement, ça ne me dérange pas vraiment d’être ballotée partout de cette façon un peu machiste, ça me fait surtout rire et je suis suffisamment bien dans ma peau pour ne pas me sentir rabaissée par ces manières un peu étranges. Et je me fais peut-être des idées également. Max a l’air d’avoir tellement de choses en tête, de devoir penser à toute son organisation minute par minute, qu’il oublie peut-être tout simplement ma présence de temps en temps, ce qui n’est pas bien grave. Je suis donc docilement les événements, allers et retours, changements de planning, sans jamais poser de questions ni m’agacer. De toute façon, chaque endroit où il m’emmène, que ce soit pour son business ou non, me permet d’en apprendre davantage sur le Brésil, donc je suis gagnante. Et pour le moment, on ne peut pas dire que j’aie croisé beaucoup de touristes, je suis plutôt bien intégrée dans ce pays, ce que j’estime être une chance.
Daniel nous conduit jusqu’au fleuve où nous prenons un bateau rapide qui nous emmène en filant à toute allure sur le Rio Negro, vers l’autre rive. Nous croisons le fleuve Amazone, délimité par une eau beaucoup plus brunâtre et trouble. Ca y est, nous pénétrons dans cette Amazonie si chère à mon cœur. Arrivés de l’autre côté, nous prenons un minibus afin d’effectuer une bonne partie du trajet par la route, plus rapide que le bateau dans les méandres du fleuve. Plusieurs autres personnes nous accompagnent, tous des Brésiliens, profitant ainsi du moyen de locomotion offert pour se rendre dans la jungle. Vu que nous sommes en saison sèche, nous pouvons parcourir beaucoup plus de kms par la route qu’en saison humide, l’eau recouvrant tout rapidement. Max s’endort doucement à mes côtés, je le comprends, il n’a pas arrêté de courir depuis ce matin! La route s’achève dans le fleuve, nous devons faire le reste par bateau. Durant la traversée, nous avons la chance d’apercevoir des dauphins roses sautant dans l’eau, et des caïmans se faisant dorer au soleil. Belle entrée en matière! Vingt minutes plus tard, je reconnais le Dolphin Lodge qui se dresse sur la petite colline. L’eau étant plus basse que la dernière fois d’une quinzaine de mètres environ, il faut grimper pour arriver jusqu’au lodge! Je retrouve avec plaisir les petites cabanes en rondins de bois, la solitude et la quiétude de l’endroit, les bruits des grillons et la magnifique vue du soleil tombant dans le fleuve devant mes yeux ébahis.
Par un étonnant hasard, la seule chambre libre qui reste se trouve être la même que la dernière fois! Comme quoi… A peine ai-je le temps d’y poser mes affaires que Max m’entraîne déjà dans un petit bateau pour je ne sais où. Je continue de suivre sans broncher, un sandwich confectionné par Max dans une main, mon appareil photo dans l’autre et une bière entre les pieds pour parachever le tout. Nous nous arrêtons en chemin dans une maison flottante pour prendre de l’essence et je reste interdite devant le spectacle étrange qui s’offre à moi. Sur le bord de la rive, une femme lave ses vêtements sur une plate-forme en bois (jusque-là tout va bien) juste à côté d’une tête de bœuf tranchée, le sang se mêlant au savon du lavage et rendant cette scène de vie plutôt troublante. En tout cas, personne n’a l’air de trouver ça anormal, je me contente donc de regarder sans émettre de commentaires.
Nous arrivons ensuite chez la mère de Max, qui possède une maison en bord de rivière. A 74 ans, elle n’est plus toute jeune mais garde visiblement une santé de fer, et elle serre son fils fort dans ses bras à son arrivée. Elle ne parle pas anglais, je me sens un peu mal à l’aise de ne pouvoir communiquer avec elle, mais son sourire me rassure aussitôt et je me sens immédiatement bien en sa compagnie. Max me présente alors son nouveau projet: un nouveau lodge juste derrière la maison de sa mère! Les travaux avancent bien, il sera bientôt fini. C’est vrai que le coin est propice pour ce genre de construction, la vue sur le fleuve étant splendide. Mais a-t-il vraiment besoin de se lancer dans de nouveaux projets de la sorte alors qu’il peine déjà à mener tout de front? Enfin, je suppose qu’il sait ce qu’il fait Je le trouve juste surchargé de travail! Et même à présent, alors qu’il est censé être en vacances avec moi, il gère ses affaires en cours au milieu de la jungle! Je rêve…
Sur le chemin du retour, nous nous arrêtons en plein milieu du fleuve afin de sauter de la barque pour piquer une bonne tête dans cette eau marécageuse bourrée de caïmans et de piranhas. Et moi, je le suis toujours tête baissée sans poser de questions… J’adore la sensation de nager dans ces rivières chaudes et troubles au milieu de la jungle. Je me sens perdue au milieu de cette immensité sauvage, me remettant totalement à dame Nature et à sa bonne volonté de ne pas me faire dévorer vivante par une grosse bestiole! La nuit tombe et nous rentrons au lodge, aidés d’une simple lampe torche qui permet au capitaine Max de suivre le canal. Le faisceau lumineux passe parfois sur un caïman, illuminant ses yeux comme deux points rouges fluorescents dans le noir. Et moi, je me sens revivre dans cette contrée sauvage et voudrais juste que le temps s’arrête ici… Merci de me donner l’occasion de pouvoir revivre ça!
Revenus au lodge, nous faisons la connaissance du genre de touristes allemands qui étaient de sortie lors de notre arrivée tout à l’heure. J’ai plus le temps de remarquer les changements qui ont été apportés au lodge depuis la dernière fois et j’avoue que je suis un peu déçue. Une allée de béton a fait place aux cailloux qui menaient de la salle à manger aux chambres et tout l’arrière du lodge a été ratiboisé de ses arbres sous prétexte que ça éloigne les insectes. Les touristes qui viennent en Amazonie ne font généralement pas de scandale à cause de petites bêbêtes ou bien c’est qu’ils se sont trompés de destination. Je trouve ces changements inutiles, le lodge doit rester à l’état naturel, c’est pour ça que les gens viennent, pas pour le confort! Enfin… Ca reste tout de même un endroit merveilleux où il fait bon vivre et se relaxer.
Le dîner est servi, Max et moi nous installons à une table un peu à l’écart des touristes. Mais Max ne peut pas s’empêcher de jouer son rôle de guide et je le perds à la fin du repas. De mon côté, je fais la connaissance d’un couple de Français vivant à Tahiti et en vacances au Brésil pour 15 jours. Ils sont un peu déçus de ce pays qu’ils trouvent difficile pour voyager en backpack. Je suis surprise, je n’ai jamais pensé ça, même avant de connaître Max (c’est plus facile quand on suit un gars du pays!). Je pars ensuite m’exiler un peu seule dans la salle de hamacs pour profiter des sons de la forêt la nuit: mon concert favori, une capirihia à la main. Max me rejoint avec son partenaire et discute finances durant une heure. Allez, il est temps d’aller me coucher. J’abandonne Max à son business et pars seule rejoindre les bras de Morphée. Bonne nuit!
Départ pour le Brésil !
Le 7 novembre 2009
Réveillée à 3h30 ce matin, toute la famille Alard est sur le pied de guerre afin de partir à l’aéroport de Paris. Mon avion pour Montréal est à 9h mais étant donné que Rouen est à 2h de Roissy et qu’il faut y être au moins 2h avant le départ de l’avion…
Nous voilà donc partis dans la nuit noire, filant sur les routes désertes à cette heure matinale, à l’exception de quelques jeunes conducteurs sortant de boîte de nuit, jusqu’à l’aéroport de Roissy. Une fois arrivés, une immense foule nous accueille dans le terminal, la plupart des passagers étant maghrébins et se rendant à la Mecque pour le pèlerinage par des avions partant du même terminal que moi. L’enregistrement des bagages est rapide mais le passage à la sécurité beaucoup moins. Attendant patiemment dans la queue, je profite encore de ces derniers instants en compagnie de mes parents, appréhendant ce fameux dernier regard avant la séparation, ultime moment toujours difficile et pourtant récurrent à chaque envolée de Paris vers d’autres contrées. Vu que l’explosion d’une valise abandonnée les empêche de regagner leur voiture, j’ai le droit de profiter encore un peu d’eux plus longtemps que prévu.
Ca y est, j’arrive à la sécurité, je les serre fort dans mes bras puis les quitte à regret, me forçant à regarder devant moi, vers les nouvelles aventures qui m’attendent. Je grimpe dans l’avion quelques minutes plus tard et m’envole avec une demi-heure de retard vers Montréal. J’avoue être un peu perdue avec tous ces changements de pays… Je me suis même fait rire toute seule ce matin lorsqu’un agent de sécurité m’a demandé où j’habitais et j’ai mis quelques instants à lui répondre, le temps de remettre mes idées en ordre… France ou Canada ? Voilà que je me mélange maintenant. On va mettre ça sur le compte du réveil très matinal…
Je réussis à dormir un peu lors de ce trajet de 7h30 jusqu’à Montréal et c’est un peu ragaillardie que j’atterris sur le sol québécois vers 11h du matin. Là, c’est un peu la course, étant donné qu’un ami vient me voir durant mon transit afin de récupérer des bagages que je laisse ici et que mon avion pour Manaus est à 15h, sachant qu’il faut que je refasse l’enregistrement de mes bagages. C’est bizarre, j’ai l’impression de rentrer à la maison et de repartir aussi sec sans prendre vraiment le temps de respirer. Et dire que je repasse à Montréal pour redescendre après au Brésil, ce n’est pas vraiment logique comme trajet mais tellement moins cher !
Je retrouve mon ami qui m’attend à la sortie avec une grande joie, son accent québécois sonnant comme une douce musique à mes oreilles. Après nous être serrés dans nos bras, nous allons déposer mes sacs dans sa voiture puis prenons le temps de discuter de nos vies respectives depuis mon départ il y a 2 mois. Ca a pas mal bougé pour tout le monde en si peu de temps ! Malheureusement, le temps passe vite en bonne compagnie et il est déjà temps de se quitter, mon avion pour Détroit, ma première escale, va bientôt partir. Nous nous disons déjà au revoir, nous nous reverrons dans trois semaines ! Je grimpe dans l’avion en direction des Etats-Unis avec vraiment l’impression de ne plus savoir où je suis ni où je vais. Il va falloir que je souffle un peu après tout ça !
Je parcours l’aéroport tel un zombie, hagarde à cause du manque de sommeil et de l’impression d’avoir perdu toute notion d’espace et de temps. Je me rends compte alors que j’étais en France ce matin, suis passée par Montréal ce midi, effectue 2 arrêts cet après midi pour aller finir au Brésil demain matin ! Si ce n’est pas un peu du délire tout ça… Pas moins de 3 continents (Europe, Amérique du Nord et du Sud), 4 états différents et le tout en moins de 24 heures… Il y a de quoi perdre le Nord !
Après un rapide arrêt à Détroit, je m’envole donc pour Atlanta, aéroport que je connais bien vu que c’est la 5ème fois que j’y passe en moins de 6 mois (un aller et retour à Manaus en février et un autre aller-retour à Rio de Janeiro en juin). C’est donc en grande connaisseuse que je m’y dirige, commençant à pas mal connaître. Et dire que je n’ai jamais mis les pieds dans la ville d’Atlanta elle-même… Etrangement, moi qui dors n’importe où d’habitude, je ne réussis pas à fermer l’œil cette fois, mes pensées déboulant à 100 000 à l’heure dans ma tête sans que je réussisse à les calmer. Je repense à l’Inde, à tout ce qui s’est passé en France, avec l’étrange impression irrationnelle que l’un découle un peu de l’autre. J’ai eu un avant-goût du Québec sans avoir eu le temps d’y goûter et je repars aussitôt pour le Brésil où mon ami brésilien, Max, m’attend de pied ferme. J’ai comme l’impression d’être prise dans une spirale qui m’entraîne à toute vitesse, sans pouvoir la contrôler. Mais je sais que ça ira mieux demain, une fois arrivée et posée quelque part, avec du sommeil en plus.
En tout cas, tous les vols s’enchaînent à merveille, sans retard ni problème quelconque, ce qui est assez inhabituel pour moi qui me retrouve toujours avec un avion annulé ou en panne une fois sur deux. Le vol Atlanta Manaus avec ses 7 heures de vol passe plutôt vite et c’est complètement exténuée que j’atterris à Manaus, ne pouvant malheureusement pas admirer l’Amazonie du ciel : il fait encore nuit à 5h du matin. J’essaie de me refaire une beauté dans les toilettes mais mes cheveux ébouriffés et ma douce odeur de transpiration due aux 24h de vol me désespèrent d’avance. Max me verra à l’état naturel et puis c’est tout ! Après une longue attente à cause de questionnaires sur la grippe A, je peux enfin récupérer mon bagage (je reste toujours surprise de le retrouver à l’arrivée après tous ces changements de vol) puis retrouve Max qui m’attend patiemment à la sortie du terminal. Le revoir me redonne de l’énergie et je me lance dans ses bras, contente de le retrouver. Lui aussi a l’air heureux, même si je le sens nerveux comme à chaque fois durant les 20 premières minutes de nos retrouvailles. Ca le rend tout touchant !
Nous sortons de l’aéroport et, en un instant, je retrouve toutes les sensations propres à cette région du globe: la chaleur moite qui colle à la peau, la douce odeur d’humidité caractéristique des pays tropicaux, le chant particulier d’oiseaux méconnus… Goûter et apprécier ce que tous mes sens m’envoient comme information est un véritable délice et j’en fais part à Max qui m’écoute amusé. Il m’emmène dans sa belle et luxueuse voiture flambant neuve pour prendre un petit déjeuner à base de fruits frais, jus d’oranges pressées, petits gâteaux à la noix de coco et café. Je me régale ! Il me parle de ses affaires qui prospèrent à vitesse grand V, si bien qu’il a du mal à suivre le mouvement. Il se pose visiblement beaucoup de questions sur la nécessité de continuer à se développer en travaillant dur et en gagnant de l’argent, mais en n’ayant plus le temps d’aller dans la jungle : il passe quasiment tout son temps à régler des affaires à Manaus à présent. C’est drôle, j’ai eu pratiquement le même genre de conversation avec mon ami de Montréal quelques heures plus tôt. Il est en train de redéfinir sa balance travail-loisir afin de vouloir profiter un peu plus de la vie. Comme quoi, quel que soit le pays, les mêmes genres de remise en question se posent. Ou bien est-ce de par mon contact le seul dénominateur commun à tout ça qui met le bazar dans la tête des gens ? Non, je ne pense pas avoir une si grande influence sur eux, surtout sur Max que je ne vois que tous les 3 mois ! Par contre, je m’entoure peut-être de personnes aimant se bousculer le cerveau comme moi, c’est beaucoup plus probable dans ce sens-là… En tout cas, Max est arrivé au point de regretter lorsqu’il était simple guide en Amazonie, travaillant pour de grosses agences plutôt que d’être dirigeant d’une telle entreprise… Belle avancée !
Il me ramène ensuite dans sa maison qui a pas mal changé depuis la dernière fois. Il a installé son agence au rez-de-chaussée pour se garder ses pièces privées à l’étage. C’est beaucoup mieux ainsi. Je file sous une douche tant attendue depuis plusieurs heures puis réussis à dormir un peu mais vraiment pas assez pour récupérer de mon retard accumulé. Max m’emmène ensuite manger dans un supermarché afin de profiter de la climatisation, il fait 38 degrés dehors ! Contrairement à février dernier où je me trouvais en saison humide, je suis en pleine saison sèche cette fois-ci avec des températures qui vont avec. Je suis ravie d’avoir un aperçu des deux saisons amazoniennes, c’est une belle chance que j’ai !
Ne cherchant même pas vraiment à savoir où l’on va, je suis Max aveuglément qui me promène à travers la ville afin de me faire visiter plein d’endroits. Nous traînons dans le jardin botanique où nous apercevons des singes et des paresseux cachés dans les arbres, des caïmans derrière un enclos, des tortues dans un lac, puis je me trouve entraînée dans un petit bateau à moteur qui file à toute vitesse sur le Rio Negro, tellement large qu’on ne voit pas la rive d’en face, jusqu’à une petite plage de sable blanc où de nombreux Brésiliens se font dorer au soleil. On est dimanche, alors évidemment il y a foule sur cette plage, la musique brésilienne hurlant de tous les côtés. Les bikinis des Brésiliennes, réduits à leur strict minimum, ne cachent que le nécessaire, le string étant monnaie courante. Les femmes sont pourtant bien en chair mais elles n’ont aucun complexe à propos de leur corps, ce que je trouve très sain. Par contre, j’avoue que je trouve leur maillot de bain limite indécent certaines fois. Mais bon, on est au Brésil ! Max me fait rire en détournant le regard par respect pour moi dès qu’un bout de fesse se dandine devant lui. Mon compagnon brésilien est vraiment très galant envers moi : il m’ouvre la porte de la voiture, il me tire la chaise au restaurant, il est aux petits soins pour moi, cherchant toujours de nouvelles idées pour me faire plaisir et que je sois contente. Moi qui adore la galanterie et souffre un peu de son absence de manière générale au Québec, je suis servie ici et ça me fait un bien fou ! Par contre, trop d’excès dans ce domaine peut aussi poser problème. Il a pris l’habitude de tout choisir pour moi, de tout planifier et contrôler, ce qui me va très bien en ce moment, vu qu’après l’Inde où je devais exclusivement compter sur moi et moi seule, j’avais envie de m’abandonner sur quelqu’un d’autre qui connaît parfaitement le pays, la langue et qui est guide touristique de surcroît ! Mais bon, je suis quand même capable de choisir ce que je souhaite manger au restaurant moi-même… Je risque de me lasser qu’il veuille tout contrôler pour moi au bout d’un moment, mais pour l’instant j’adore ! De plus, moi qui aime les surprises, j’y ai droit à tout moment : une fleur qu’il me met dans les cheveux, une promenade en bateau, un coucher de soleil splendide assis sur le sable, les couleurs dorées se reflétant dans le Rio Negro… Si ma fatigue ne commençait pas à être terriblement difficile à supporter, je serais au paradis.
J’exprime ensuite à Max mon désir de me coucher tôt ce soir, afin d’arrêter la foule d’idées et de surprises qu’il me réservait encore, sans se rendre compte que j’ai juste accumulé 6h de sommeil en 3 jours et que je suis au bord de l’écroulement de fatigue. Nous allons manger une excellente pièce de bœuf dans un petit restaurant du coin puis nous rentrons à la maison où je m’écroule sur le lit et m’endors alors qu’il est à peine 20h30…
Réveillée à 3h30 ce matin, toute la famille Alard est sur le pied de guerre afin de partir à l’aéroport de Paris. Mon avion pour Montréal est à 9h mais étant donné que Rouen est à 2h de Roissy et qu’il faut y être au moins 2h avant le départ de l’avion…
Nous voilà donc partis dans la nuit noire, filant sur les routes désertes à cette heure matinale, à l’exception de quelques jeunes conducteurs sortant de boîte de nuit, jusqu’à l’aéroport de Roissy. Une fois arrivés, une immense foule nous accueille dans le terminal, la plupart des passagers étant maghrébins et se rendant à la Mecque pour le pèlerinage par des avions partant du même terminal que moi. L’enregistrement des bagages est rapide mais le passage à la sécurité beaucoup moins. Attendant patiemment dans la queue, je profite encore de ces derniers instants en compagnie de mes parents, appréhendant ce fameux dernier regard avant la séparation, ultime moment toujours difficile et pourtant récurrent à chaque envolée de Paris vers d’autres contrées. Vu que l’explosion d’une valise abandonnée les empêche de regagner leur voiture, j’ai le droit de profiter encore un peu d’eux plus longtemps que prévu.
Ca y est, j’arrive à la sécurité, je les serre fort dans mes bras puis les quitte à regret, me forçant à regarder devant moi, vers les nouvelles aventures qui m’attendent. Je grimpe dans l’avion quelques minutes plus tard et m’envole avec une demi-heure de retard vers Montréal. J’avoue être un peu perdue avec tous ces changements de pays… Je me suis même fait rire toute seule ce matin lorsqu’un agent de sécurité m’a demandé où j’habitais et j’ai mis quelques instants à lui répondre, le temps de remettre mes idées en ordre… France ou Canada ? Voilà que je me mélange maintenant. On va mettre ça sur le compte du réveil très matinal…
Je réussis à dormir un peu lors de ce trajet de 7h30 jusqu’à Montréal et c’est un peu ragaillardie que j’atterris sur le sol québécois vers 11h du matin. Là, c’est un peu la course, étant donné qu’un ami vient me voir durant mon transit afin de récupérer des bagages que je laisse ici et que mon avion pour Manaus est à 15h, sachant qu’il faut que je refasse l’enregistrement de mes bagages. C’est bizarre, j’ai l’impression de rentrer à la maison et de repartir aussi sec sans prendre vraiment le temps de respirer. Et dire que je repasse à Montréal pour redescendre après au Brésil, ce n’est pas vraiment logique comme trajet mais tellement moins cher !
Je retrouve mon ami qui m’attend à la sortie avec une grande joie, son accent québécois sonnant comme une douce musique à mes oreilles. Après nous être serrés dans nos bras, nous allons déposer mes sacs dans sa voiture puis prenons le temps de discuter de nos vies respectives depuis mon départ il y a 2 mois. Ca a pas mal bougé pour tout le monde en si peu de temps ! Malheureusement, le temps passe vite en bonne compagnie et il est déjà temps de se quitter, mon avion pour Détroit, ma première escale, va bientôt partir. Nous nous disons déjà au revoir, nous nous reverrons dans trois semaines ! Je grimpe dans l’avion en direction des Etats-Unis avec vraiment l’impression de ne plus savoir où je suis ni où je vais. Il va falloir que je souffle un peu après tout ça !
Je parcours l’aéroport tel un zombie, hagarde à cause du manque de sommeil et de l’impression d’avoir perdu toute notion d’espace et de temps. Je me rends compte alors que j’étais en France ce matin, suis passée par Montréal ce midi, effectue 2 arrêts cet après midi pour aller finir au Brésil demain matin ! Si ce n’est pas un peu du délire tout ça… Pas moins de 3 continents (Europe, Amérique du Nord et du Sud), 4 états différents et le tout en moins de 24 heures… Il y a de quoi perdre le Nord !
Après un rapide arrêt à Détroit, je m’envole donc pour Atlanta, aéroport que je connais bien vu que c’est la 5ème fois que j’y passe en moins de 6 mois (un aller et retour à Manaus en février et un autre aller-retour à Rio de Janeiro en juin). C’est donc en grande connaisseuse que je m’y dirige, commençant à pas mal connaître. Et dire que je n’ai jamais mis les pieds dans la ville d’Atlanta elle-même… Etrangement, moi qui dors n’importe où d’habitude, je ne réussis pas à fermer l’œil cette fois, mes pensées déboulant à 100 000 à l’heure dans ma tête sans que je réussisse à les calmer. Je repense à l’Inde, à tout ce qui s’est passé en France, avec l’étrange impression irrationnelle que l’un découle un peu de l’autre. J’ai eu un avant-goût du Québec sans avoir eu le temps d’y goûter et je repars aussitôt pour le Brésil où mon ami brésilien, Max, m’attend de pied ferme. J’ai comme l’impression d’être prise dans une spirale qui m’entraîne à toute vitesse, sans pouvoir la contrôler. Mais je sais que ça ira mieux demain, une fois arrivée et posée quelque part, avec du sommeil en plus.
En tout cas, tous les vols s’enchaînent à merveille, sans retard ni problème quelconque, ce qui est assez inhabituel pour moi qui me retrouve toujours avec un avion annulé ou en panne une fois sur deux. Le vol Atlanta Manaus avec ses 7 heures de vol passe plutôt vite et c’est complètement exténuée que j’atterris à Manaus, ne pouvant malheureusement pas admirer l’Amazonie du ciel : il fait encore nuit à 5h du matin. J’essaie de me refaire une beauté dans les toilettes mais mes cheveux ébouriffés et ma douce odeur de transpiration due aux 24h de vol me désespèrent d’avance. Max me verra à l’état naturel et puis c’est tout ! Après une longue attente à cause de questionnaires sur la grippe A, je peux enfin récupérer mon bagage (je reste toujours surprise de le retrouver à l’arrivée après tous ces changements de vol) puis retrouve Max qui m’attend patiemment à la sortie du terminal. Le revoir me redonne de l’énergie et je me lance dans ses bras, contente de le retrouver. Lui aussi a l’air heureux, même si je le sens nerveux comme à chaque fois durant les 20 premières minutes de nos retrouvailles. Ca le rend tout touchant !
Nous sortons de l’aéroport et, en un instant, je retrouve toutes les sensations propres à cette région du globe: la chaleur moite qui colle à la peau, la douce odeur d’humidité caractéristique des pays tropicaux, le chant particulier d’oiseaux méconnus… Goûter et apprécier ce que tous mes sens m’envoient comme information est un véritable délice et j’en fais part à Max qui m’écoute amusé. Il m’emmène dans sa belle et luxueuse voiture flambant neuve pour prendre un petit déjeuner à base de fruits frais, jus d’oranges pressées, petits gâteaux à la noix de coco et café. Je me régale ! Il me parle de ses affaires qui prospèrent à vitesse grand V, si bien qu’il a du mal à suivre le mouvement. Il se pose visiblement beaucoup de questions sur la nécessité de continuer à se développer en travaillant dur et en gagnant de l’argent, mais en n’ayant plus le temps d’aller dans la jungle : il passe quasiment tout son temps à régler des affaires à Manaus à présent. C’est drôle, j’ai eu pratiquement le même genre de conversation avec mon ami de Montréal quelques heures plus tôt. Il est en train de redéfinir sa balance travail-loisir afin de vouloir profiter un peu plus de la vie. Comme quoi, quel que soit le pays, les mêmes genres de remise en question se posent. Ou bien est-ce de par mon contact le seul dénominateur commun à tout ça qui met le bazar dans la tête des gens ? Non, je ne pense pas avoir une si grande influence sur eux, surtout sur Max que je ne vois que tous les 3 mois ! Par contre, je m’entoure peut-être de personnes aimant se bousculer le cerveau comme moi, c’est beaucoup plus probable dans ce sens-là… En tout cas, Max est arrivé au point de regretter lorsqu’il était simple guide en Amazonie, travaillant pour de grosses agences plutôt que d’être dirigeant d’une telle entreprise… Belle avancée !
Il me ramène ensuite dans sa maison qui a pas mal changé depuis la dernière fois. Il a installé son agence au rez-de-chaussée pour se garder ses pièces privées à l’étage. C’est beaucoup mieux ainsi. Je file sous une douche tant attendue depuis plusieurs heures puis réussis à dormir un peu mais vraiment pas assez pour récupérer de mon retard accumulé. Max m’emmène ensuite manger dans un supermarché afin de profiter de la climatisation, il fait 38 degrés dehors ! Contrairement à février dernier où je me trouvais en saison humide, je suis en pleine saison sèche cette fois-ci avec des températures qui vont avec. Je suis ravie d’avoir un aperçu des deux saisons amazoniennes, c’est une belle chance que j’ai !
Ne cherchant même pas vraiment à savoir où l’on va, je suis Max aveuglément qui me promène à travers la ville afin de me faire visiter plein d’endroits. Nous traînons dans le jardin botanique où nous apercevons des singes et des paresseux cachés dans les arbres, des caïmans derrière un enclos, des tortues dans un lac, puis je me trouve entraînée dans un petit bateau à moteur qui file à toute vitesse sur le Rio Negro, tellement large qu’on ne voit pas la rive d’en face, jusqu’à une petite plage de sable blanc où de nombreux Brésiliens se font dorer au soleil. On est dimanche, alors évidemment il y a foule sur cette plage, la musique brésilienne hurlant de tous les côtés. Les bikinis des Brésiliennes, réduits à leur strict minimum, ne cachent que le nécessaire, le string étant monnaie courante. Les femmes sont pourtant bien en chair mais elles n’ont aucun complexe à propos de leur corps, ce que je trouve très sain. Par contre, j’avoue que je trouve leur maillot de bain limite indécent certaines fois. Mais bon, on est au Brésil ! Max me fait rire en détournant le regard par respect pour moi dès qu’un bout de fesse se dandine devant lui. Mon compagnon brésilien est vraiment très galant envers moi : il m’ouvre la porte de la voiture, il me tire la chaise au restaurant, il est aux petits soins pour moi, cherchant toujours de nouvelles idées pour me faire plaisir et que je sois contente. Moi qui adore la galanterie et souffre un peu de son absence de manière générale au Québec, je suis servie ici et ça me fait un bien fou ! Par contre, trop d’excès dans ce domaine peut aussi poser problème. Il a pris l’habitude de tout choisir pour moi, de tout planifier et contrôler, ce qui me va très bien en ce moment, vu qu’après l’Inde où je devais exclusivement compter sur moi et moi seule, j’avais envie de m’abandonner sur quelqu’un d’autre qui connaît parfaitement le pays, la langue et qui est guide touristique de surcroît ! Mais bon, je suis quand même capable de choisir ce que je souhaite manger au restaurant moi-même… Je risque de me lasser qu’il veuille tout contrôler pour moi au bout d’un moment, mais pour l’instant j’adore ! De plus, moi qui aime les surprises, j’y ai droit à tout moment : une fleur qu’il me met dans les cheveux, une promenade en bateau, un coucher de soleil splendide assis sur le sable, les couleurs dorées se reflétant dans le Rio Negro… Si ma fatigue ne commençait pas à être terriblement difficile à supporter, je serais au paradis.
J’exprime ensuite à Max mon désir de me coucher tôt ce soir, afin d’arrêter la foule d’idées et de surprises qu’il me réservait encore, sans se rendre compte que j’ai juste accumulé 6h de sommeil en 3 jours et que je suis au bord de l’écroulement de fatigue. Nous allons manger une excellente pièce de bœuf dans un petit restaurant du coin puis nous rentrons à la maison où je m’écroule sur le lit et m’endors alors qu’il est à peine 20h30…
Douce France…
Le 6 novembre 2009
Ca y est, les 20 jours de cocooning en France s’achèvent… C’est passé vite, trop vite, comme à chaque fois. Mais même en si peu de temps, plein de choses bougent, reviennent du passé comme pour me signaler que j’aurais peut-être oublié de boucler certains chapitres de mon existence, la vie ne laissant rien au hasard… Peut-être que mon voyage en Inde a accéléré les choses aussi d’un certain point de vue et c’est tant mieux. Mais revenons quelques jours en arrière…
Je suis arrivée en France un peu déboussolée, je dois bien l’avouer. Passer de cette vie indienne faite de rencontres, de spiritualité, d’épices et de couleurs à la grisaille de la France, la triste mine des Rouennais – ma ville d’origine – m’a un peu déstabilisée les premiers jours. Pourtant j’étais ravie de retrouver ma famille qui m’a tant manqué durant toute cette année, mais je me sentais comme un peu à côté de mes baskets, comme s’il me fallait un temps de réadaptation à cette nouvelle vie française. Ce qui ne m’a pas aidé non plus, je pense, c’est que j’ai passé mes premières journées à ouvrir tous les cartons de déménagement que Michaël et moi avions laissés dans le garage de ma grand-mère pour faire le tri dans ses affaires afin de les lui envoyer chez ses parents à Lille. Forcément, j’ai remis le nez dans plein de souvenirs, ce qui n’est pas forcément évident à gérer non plus…
Bref, mon arrivée fut assez difficile aussi bien pour moi que pour ma famille qui s’attendait à voir arriver quelqu’un de parfaitement bien dans sa peau après un mois et demi de nœuds dans le cerveau dans tous les sens pour apprendre à être zen et sereine, ce qui n’était absolument pas le cas à mon arrivée. J’avais plutôt l’impression d’être passée sous un rouleau compresseur à cause de l’Inde et d’avoir à remettre un peu mes idées en place et en adéquation avec le monde moderne et capitaliste d’où je viens.
Afin de m’aider dans cette réhabilitation occidentale, j’ai décidé d’aller faire un tour à Paris quelques jours. Rien de tel que de plonger dans une ville grouillante, magnifique et tellement matérialiste comme Paris pour permettre de remettre les idées en place… ou bien de se perdre complètement. Heureusement pour moi, ça m’a aidée à remettre les pieds sur terre et j’en suis réellement reconnaissante à ma ville de cœur. Il a fait un temps superbe, un ciel bleu sans nuage et la ville irradiait de lumière. Je me suis promenée dans les alentours de Notre Dame, cette cathédrale si mythique et légendaire, j’ai fait un tour au Louvre, au jardin des Tuileries où j’ai flâné avec les Parisiens en quête de verdure… Ma course s’est finie aux Champs Elysées où j’ai admiré l’Arc de Triomphe dans un soleil couchant avec nombre de touristes assistant au même spectacle. Ca fait drôle de se sentir touriste dans son propre pays, mais c’est véritablement ainsi que je me sens à présent lorsque je reviens en France… Et je trouve cela plutôt amusant !
Je ne suis tombée que sur des gens charmants tout au long de ce séjour, que ce soit à Paris ou ailleurs et mon opinion surfaite des Français généralement râleurs et désagréables a fondu comme neige au soleil. J’avais également oublié comme les hommes pouvaient être gentiment dragueurs et non avares de compliments envers la gente féminine, ce qui, je dois l’avouer, me manque un peu à Montréal. J’aime quand un serveur me complimente pour la forme en me servant mon café, ou lorsque j’essaie un pantalon ou même lorsque je passe dans la rue et qu’un homme s’essaie pour la 100ème fois aujourd’hui avec des jeunes filles qui passent de l’inviter à prendre un pot avec lui. Je ne me fais pas d’illusion, ils le font à toutes les femmes, mais n’empêche que ça fait toujours plaisir, on se sent belle et désirable dans ces moments-là, sensation qui n’est pas toujours le cas au Québec…
Malgré tout, le crapahutage dans les couloirs du métro parisien reste une horreur… L’odeur nauséabonde des tunnels, la foule qui se presse dans les wagons, me font dire que j’aurais du mal à habiter de nouveau dans cette grande capitale. Cette ville, beaucoup trop métro-boulot-dodo pour moi reste accessible et magnifique pour y passer des vacances ou des week-ends, mais pas pour y vivre. Et habiter de nouveau dans un 30m2 parce que mes moyens ne suffiraient pas à me payer un appartement plus grand me désolerait un peu…
Sachant qu’Amma faisait une tournée européenne en ce moment et qu’elle se trouve justement à Paris ces jours-ci, je ne résiste pas à l’envie d’aller faire un tour pour la voir. Je me présente au Dévi Bhava, la dernière cérémonie avant son départ et passe la soirée avec elle et les milliers de Français qui se trouvent présents également. J’y retrouve Soazig, ma voisine québécoise, François mon ami rencontré en Inde et d’autres personnes aperçues en Inde ou à Montréal. Quelle drôle d’impression d’avoir toute cette géographie qui se fond en un seul endroit… Le Québec, l’Inde et la France réunis ici, pour voir cette femme aux consonances divines qui accueille tout le monde en les serrant dans ses bras… La revoir ainsi que mes amis internationaux me fait le plus grand bien. Comme si tout ce que j’avais vécu en Inde prenait sa place ici en France et m’indiquait que je pouvais tout allier sans problème, qu’il suffisait juste de prendre le recul nécessaire pour assimiler mes expériences et en tirer profit où que je sois. Tout est devenu beaucoup plus clair et limpide dans ma tête et je suis revenue enchantée de mon séjour à Paris, avec de nouveau les deux pieds bien sur terre.
Du coup, j’ai pu beaucoup mieux profiter de la joie de me retrouver auprès de ma famille, d’autant plus que je suis partie deux jours à Cabourg en Normandie avec mes parents qui possèdent un petit appartement en bord de mer. Ah la mer de Normandie, ma belle et précieuse amie de mon enfance… Me retrouver auprès d’elle me donne de l’énergie et me revigore en un rien de temps ! Entre le ramassage de coques à marée basse les pieds dans l’eau, les promenades en bord de mer, les balades dans les marchés de poissons frais vendant leur dernier arrivage, les dégustations de fruits de mer, huitres, bulots, crabe, langoustines, soles, etc… nous ne nous ennuyons pas une seconde ! Et être de nouveau la petite fille de ses parents me ravit du fond du cœur, abandonnant le temps de ces quelques jours intemporels mes responsabilités de femme, de voyageuse ou de travailleuse et ça fait un bien fou !
Bien sûr, les questions de ma quête de spiritualité en Inde ont été abordées par ma famille étant donné qu’elle a été inquiète durant mon périple en voyant et en imaginant surtout la tournure des événements. Rien ne vaut une explication de vive voix, plutôt que des écrits qui peuvent être mal interprétés ou subjectifs sur le moment. Il faut savoir que j’écris chaque jour à brûle pourpoint, sans même relire une seule ligne, étant donné que je n’ai pas beaucoup de temps à consacrer à la rédaction de ces textes. Il s’agit donc d’un ressenti à chaud qui peut parfois être mal expliqué, trop lyrique ou trop emphatique… Et cette fois-ci, j’ai beaucoup axé sur mes sentiments, mes émotions, ce qui se passait dans ma tête plutôt qu’en dehors. C’est la façon dont je voulais retranscrire mes aventures, mais ce n’est pas la plus facile… J’ai aussi beaucoup visité l’Inde comme mes photos le montreront, mais j’en ai moins parlé qu’à mon habitude, vu que ce n’était pas le but premier de mon voyage. Après quelques explications, je pense avoir rassuré mes proches sur ma façon de voir les choses et que je n’étais nullement partie dans quelques sectes démoniaques qui m’auraient manipulée le cerveau. Donc tout va bien !
J’ai évidemment revu des amis également, sur Paris et sur Rouen. C’est toujours un plaisir de retrouver des gens qui me sont chers et me connaissent bien de par les dizaines d’années où nous nous suivons mutuellement, même si la distance rend souvent les échanges difficiles. Avec Internet cependant, tout devient plus aisé, même à distance ! Nous échangeons sur nos vies, et même si souvent elles ne se ressemblent en rien, la complicité est toujours là, présente malgré ces années et ses longs moments sans nous voir et je trouve ça magnifique. Je choisis par contre soigneusement les gens que je souhaite voir, ne pouvant pas accéder aux demandes de chacun. J’aurais aimé passer à Lyon, j’y ai beaucoup d’amis également, mais je n’aurai pas le temps cette fois-ci. Ce sera pour mon prochain retour. Je préfère profiter vraiment des gens qui me sont proches, quitte à en voir moins, plutôt que de courir partout et ne vraiment profiter de personne…
Je suis également allée faire quelques manèges avec ma sœur, son mari et ma famille à la foire installée sur les quais de Seine. Je ne suis plus en âge de faire les derniers manèges tête en bas et secoueurs de membres dans tous les sens, on y va plutôt pour l’ambiance, manger du cochon de lait braisé et des barbes à papa sucrées et éventuellement faire un tour de carrousel avec ma mère et ma sœur tandis que les hommes nous regardent mi-amusés, mi-désespérés de nos enfantillages. Curieusement également, je décide de refaire ma garde-robe sur Rouen ! Moi qui n’aime pas du tout faire les magasins, je déboule durant deux après-midis entières à travers la ville afin de m’acheter pantalons, jupes, robes, chaussures, etc… comme s’il n’y avait rien de tout cela à Montréal. Ceci dit, je trouve rarement des vêtements qui me vont au Québec, voilà aussi pourquoi je fais mon ravitaillement ici. Et je crois que le fait de porter les deux mêmes pantalons depuis 2 mois me donne des envies de renouveau en matière vestimentaire…
Je consacre également du temps à mes grands-mères avec lesquelles j’adore parler de mes voyages et ressentis divers et variés et elles me donnent leur avis, leur expérience et leurs impressions, que j’écoute avec attention, leur sagesse m’aidant à avancer dans la vie ou à me poser les bonnes questions et je les remercie tendrement pour cela. J’ai de la chance d’avoir une famille aimante et soucieuse de mon bien être comme ils le sont et j’en suis consciente. Parfois, nous ne partageons pas le même avis et c’est tout à fait normal aussi, la différence d’opinion étant importante dans l’évolution de chacun d’entre nous. Il faut parfois se confronter pour pouvoir aller de l’avant. Et lorsque c’est fait avec amour et conscience, ça ne peut qu’être bénéfique pour tous. Je me suis du coup rendue compte de ma chance, les critiques étant parfois difficiles à prendre, mais au fond je sais qu’elles sont autant de chances pour moi d’avancer dans la bonne direction.
Me voilà maintenant à la veille de mon départ pour le Brésil, en Amazonie encore une fois. Dans ma folie des avions, il est moins cher de passer par Montréal avant de repartir à Manaus. Je vais donc faire une escale de 4 heures demain matin à Montréal avant de repartir aussi sec pour le Brésil… C’est plutôt drôle ! J’y retournerai ensuite le 30 novembre pour finaliser mon voyage et recommencer, si tout va bien, à travailler le 1er décembre. Autant dire que ce sera serré. On verra à ce moment-là ! Pour le moment, il faut se préparer à dire au-revoir à ma famille que je reverrai je ne sais pas quand… Ce n’est pas toujours évident de voyager, on est souvent amener à quitter ceux que l’on aime !
Ca y est, les 20 jours de cocooning en France s’achèvent… C’est passé vite, trop vite, comme à chaque fois. Mais même en si peu de temps, plein de choses bougent, reviennent du passé comme pour me signaler que j’aurais peut-être oublié de boucler certains chapitres de mon existence, la vie ne laissant rien au hasard… Peut-être que mon voyage en Inde a accéléré les choses aussi d’un certain point de vue et c’est tant mieux. Mais revenons quelques jours en arrière…
Je suis arrivée en France un peu déboussolée, je dois bien l’avouer. Passer de cette vie indienne faite de rencontres, de spiritualité, d’épices et de couleurs à la grisaille de la France, la triste mine des Rouennais – ma ville d’origine – m’a un peu déstabilisée les premiers jours. Pourtant j’étais ravie de retrouver ma famille qui m’a tant manqué durant toute cette année, mais je me sentais comme un peu à côté de mes baskets, comme s’il me fallait un temps de réadaptation à cette nouvelle vie française. Ce qui ne m’a pas aidé non plus, je pense, c’est que j’ai passé mes premières journées à ouvrir tous les cartons de déménagement que Michaël et moi avions laissés dans le garage de ma grand-mère pour faire le tri dans ses affaires afin de les lui envoyer chez ses parents à Lille. Forcément, j’ai remis le nez dans plein de souvenirs, ce qui n’est pas forcément évident à gérer non plus…
Bref, mon arrivée fut assez difficile aussi bien pour moi que pour ma famille qui s’attendait à voir arriver quelqu’un de parfaitement bien dans sa peau après un mois et demi de nœuds dans le cerveau dans tous les sens pour apprendre à être zen et sereine, ce qui n’était absolument pas le cas à mon arrivée. J’avais plutôt l’impression d’être passée sous un rouleau compresseur à cause de l’Inde et d’avoir à remettre un peu mes idées en place et en adéquation avec le monde moderne et capitaliste d’où je viens.
Afin de m’aider dans cette réhabilitation occidentale, j’ai décidé d’aller faire un tour à Paris quelques jours. Rien de tel que de plonger dans une ville grouillante, magnifique et tellement matérialiste comme Paris pour permettre de remettre les idées en place… ou bien de se perdre complètement. Heureusement pour moi, ça m’a aidée à remettre les pieds sur terre et j’en suis réellement reconnaissante à ma ville de cœur. Il a fait un temps superbe, un ciel bleu sans nuage et la ville irradiait de lumière. Je me suis promenée dans les alentours de Notre Dame, cette cathédrale si mythique et légendaire, j’ai fait un tour au Louvre, au jardin des Tuileries où j’ai flâné avec les Parisiens en quête de verdure… Ma course s’est finie aux Champs Elysées où j’ai admiré l’Arc de Triomphe dans un soleil couchant avec nombre de touristes assistant au même spectacle. Ca fait drôle de se sentir touriste dans son propre pays, mais c’est véritablement ainsi que je me sens à présent lorsque je reviens en France… Et je trouve cela plutôt amusant !
Je ne suis tombée que sur des gens charmants tout au long de ce séjour, que ce soit à Paris ou ailleurs et mon opinion surfaite des Français généralement râleurs et désagréables a fondu comme neige au soleil. J’avais également oublié comme les hommes pouvaient être gentiment dragueurs et non avares de compliments envers la gente féminine, ce qui, je dois l’avouer, me manque un peu à Montréal. J’aime quand un serveur me complimente pour la forme en me servant mon café, ou lorsque j’essaie un pantalon ou même lorsque je passe dans la rue et qu’un homme s’essaie pour la 100ème fois aujourd’hui avec des jeunes filles qui passent de l’inviter à prendre un pot avec lui. Je ne me fais pas d’illusion, ils le font à toutes les femmes, mais n’empêche que ça fait toujours plaisir, on se sent belle et désirable dans ces moments-là, sensation qui n’est pas toujours le cas au Québec…
Malgré tout, le crapahutage dans les couloirs du métro parisien reste une horreur… L’odeur nauséabonde des tunnels, la foule qui se presse dans les wagons, me font dire que j’aurais du mal à habiter de nouveau dans cette grande capitale. Cette ville, beaucoup trop métro-boulot-dodo pour moi reste accessible et magnifique pour y passer des vacances ou des week-ends, mais pas pour y vivre. Et habiter de nouveau dans un 30m2 parce que mes moyens ne suffiraient pas à me payer un appartement plus grand me désolerait un peu…
Sachant qu’Amma faisait une tournée européenne en ce moment et qu’elle se trouve justement à Paris ces jours-ci, je ne résiste pas à l’envie d’aller faire un tour pour la voir. Je me présente au Dévi Bhava, la dernière cérémonie avant son départ et passe la soirée avec elle et les milliers de Français qui se trouvent présents également. J’y retrouve Soazig, ma voisine québécoise, François mon ami rencontré en Inde et d’autres personnes aperçues en Inde ou à Montréal. Quelle drôle d’impression d’avoir toute cette géographie qui se fond en un seul endroit… Le Québec, l’Inde et la France réunis ici, pour voir cette femme aux consonances divines qui accueille tout le monde en les serrant dans ses bras… La revoir ainsi que mes amis internationaux me fait le plus grand bien. Comme si tout ce que j’avais vécu en Inde prenait sa place ici en France et m’indiquait que je pouvais tout allier sans problème, qu’il suffisait juste de prendre le recul nécessaire pour assimiler mes expériences et en tirer profit où que je sois. Tout est devenu beaucoup plus clair et limpide dans ma tête et je suis revenue enchantée de mon séjour à Paris, avec de nouveau les deux pieds bien sur terre.
Du coup, j’ai pu beaucoup mieux profiter de la joie de me retrouver auprès de ma famille, d’autant plus que je suis partie deux jours à Cabourg en Normandie avec mes parents qui possèdent un petit appartement en bord de mer. Ah la mer de Normandie, ma belle et précieuse amie de mon enfance… Me retrouver auprès d’elle me donne de l’énergie et me revigore en un rien de temps ! Entre le ramassage de coques à marée basse les pieds dans l’eau, les promenades en bord de mer, les balades dans les marchés de poissons frais vendant leur dernier arrivage, les dégustations de fruits de mer, huitres, bulots, crabe, langoustines, soles, etc… nous ne nous ennuyons pas une seconde ! Et être de nouveau la petite fille de ses parents me ravit du fond du cœur, abandonnant le temps de ces quelques jours intemporels mes responsabilités de femme, de voyageuse ou de travailleuse et ça fait un bien fou !
Bien sûr, les questions de ma quête de spiritualité en Inde ont été abordées par ma famille étant donné qu’elle a été inquiète durant mon périple en voyant et en imaginant surtout la tournure des événements. Rien ne vaut une explication de vive voix, plutôt que des écrits qui peuvent être mal interprétés ou subjectifs sur le moment. Il faut savoir que j’écris chaque jour à brûle pourpoint, sans même relire une seule ligne, étant donné que je n’ai pas beaucoup de temps à consacrer à la rédaction de ces textes. Il s’agit donc d’un ressenti à chaud qui peut parfois être mal expliqué, trop lyrique ou trop emphatique… Et cette fois-ci, j’ai beaucoup axé sur mes sentiments, mes émotions, ce qui se passait dans ma tête plutôt qu’en dehors. C’est la façon dont je voulais retranscrire mes aventures, mais ce n’est pas la plus facile… J’ai aussi beaucoup visité l’Inde comme mes photos le montreront, mais j’en ai moins parlé qu’à mon habitude, vu que ce n’était pas le but premier de mon voyage. Après quelques explications, je pense avoir rassuré mes proches sur ma façon de voir les choses et que je n’étais nullement partie dans quelques sectes démoniaques qui m’auraient manipulée le cerveau. Donc tout va bien !
J’ai évidemment revu des amis également, sur Paris et sur Rouen. C’est toujours un plaisir de retrouver des gens qui me sont chers et me connaissent bien de par les dizaines d’années où nous nous suivons mutuellement, même si la distance rend souvent les échanges difficiles. Avec Internet cependant, tout devient plus aisé, même à distance ! Nous échangeons sur nos vies, et même si souvent elles ne se ressemblent en rien, la complicité est toujours là, présente malgré ces années et ses longs moments sans nous voir et je trouve ça magnifique. Je choisis par contre soigneusement les gens que je souhaite voir, ne pouvant pas accéder aux demandes de chacun. J’aurais aimé passer à Lyon, j’y ai beaucoup d’amis également, mais je n’aurai pas le temps cette fois-ci. Ce sera pour mon prochain retour. Je préfère profiter vraiment des gens qui me sont proches, quitte à en voir moins, plutôt que de courir partout et ne vraiment profiter de personne…
Je suis également allée faire quelques manèges avec ma sœur, son mari et ma famille à la foire installée sur les quais de Seine. Je ne suis plus en âge de faire les derniers manèges tête en bas et secoueurs de membres dans tous les sens, on y va plutôt pour l’ambiance, manger du cochon de lait braisé et des barbes à papa sucrées et éventuellement faire un tour de carrousel avec ma mère et ma sœur tandis que les hommes nous regardent mi-amusés, mi-désespérés de nos enfantillages. Curieusement également, je décide de refaire ma garde-robe sur Rouen ! Moi qui n’aime pas du tout faire les magasins, je déboule durant deux après-midis entières à travers la ville afin de m’acheter pantalons, jupes, robes, chaussures, etc… comme s’il n’y avait rien de tout cela à Montréal. Ceci dit, je trouve rarement des vêtements qui me vont au Québec, voilà aussi pourquoi je fais mon ravitaillement ici. Et je crois que le fait de porter les deux mêmes pantalons depuis 2 mois me donne des envies de renouveau en matière vestimentaire…
Je consacre également du temps à mes grands-mères avec lesquelles j’adore parler de mes voyages et ressentis divers et variés et elles me donnent leur avis, leur expérience et leurs impressions, que j’écoute avec attention, leur sagesse m’aidant à avancer dans la vie ou à me poser les bonnes questions et je les remercie tendrement pour cela. J’ai de la chance d’avoir une famille aimante et soucieuse de mon bien être comme ils le sont et j’en suis consciente. Parfois, nous ne partageons pas le même avis et c’est tout à fait normal aussi, la différence d’opinion étant importante dans l’évolution de chacun d’entre nous. Il faut parfois se confronter pour pouvoir aller de l’avant. Et lorsque c’est fait avec amour et conscience, ça ne peut qu’être bénéfique pour tous. Je me suis du coup rendue compte de ma chance, les critiques étant parfois difficiles à prendre, mais au fond je sais qu’elles sont autant de chances pour moi d’avancer dans la bonne direction.
Me voilà maintenant à la veille de mon départ pour le Brésil, en Amazonie encore une fois. Dans ma folie des avions, il est moins cher de passer par Montréal avant de repartir à Manaus. Je vais donc faire une escale de 4 heures demain matin à Montréal avant de repartir aussi sec pour le Brésil… C’est plutôt drôle ! J’y retournerai ensuite le 30 novembre pour finaliser mon voyage et recommencer, si tout va bien, à travailler le 1er décembre. Autant dire que ce sera serré. On verra à ce moment-là ! Pour le moment, il faut se préparer à dire au-revoir à ma famille que je reverrai je ne sais pas quand… Ce n’est pas toujours évident de voyager, on est souvent amener à quitter ceux que l’on aime !
Arrivée en France
Le 21 octobre 2009
Réveillés à 3h30 par le gérant de l’hôtel, notre taxi nous attend déjà dehors. Jean-Roch vient avec moi au final ce matin, même si son vol pour Puna (une autre ville en Inde) n’est qu’à 9h30. Il profite ainsi de mon taxi et nous pouvons nous voir un peu plus. Trente minutes plus tard, nous sommes à l’aéroport, le taxi ayant filé à toute allure dans les rues, désertes cette fois, de Bangalore.
Après un café nécessaire à notre réveil bien matinal, nous nous disons au revoir nous serrant chaleureusement dans nos bras, ne sachant vraiment pas cette fois quand sera notre prochaine rencontre. C’était un plaisir de l’avoir comme compagnon de voyage en Inde, Jean-Roch est d’une débrouillardise et d’un naturel intact, bourré d’humour et toujours de bonne humeur, ce qui le rend adorable. Nous avons dû être frère et sœur dans une autre vie, nous chamaillant de temps en temps de la même façon. Notre amour fraternel l’un pour l’autre, à la communication sincère ouverte et franche, nous a beaucoup rapprochés lors de ce voyage.
Je monte ensuite dans mon avion en direction de Delhi, des hôtesses en sari accueillant les passagers à bord. Je rechigne un peu devant le petit déjeuner épicé servi à bord, mon ventre criant grâce. Deux heures plus tard, j’atterris à Delhi où j’ai 3 heures de transit avant de prendre mon avion pour Paris. Je n’ai même pas le temps de passer aux toilettes, me voilà dirigée dans un bus qui me conduit à l’aéroport international qui n’est visiblement pas à côté du régional. Je me place au premier rang du bus, derrière le chauffeur, comme j’ai pris l’habitude de le faire en Inde et voici qu’un garde armé jusqu’aux dents vient s’assoir à côté de moi, son long fusil posé sur ses genoux, le canon pointant juste dans ma direction. Voilà autre chose… Un trou dans la route, un moment d’inattention, une mauvaise manipulation, le coup peut partir et c’est moi qui écope. J’aurai vraiment tout eu en Inde moi ! Il s’endort à moitié, ne prêtant pas attention à son arme pointée sur une touriste aux regards inquiets. Je change prudemment de place, ne souhaitant pas tenter le diable !
Nous parcourons l’aéroport, le bus aux trois quarts vide, n’ayant aucune idée de l’endroit où il m’amène. Ca ne ressemble pas à un aéroport international tout ça et le garde armé ne me rassure pas quant à ma destination finale. Mais si, au bout de 20 minutes, nous passons une grille qui nous amène directement devant les portes d’embarquement pour les vols internationaux. Il a juste pris des raccourcis intérieurs, à l’indienne quoi ! J’ai encore psychoté toute seule sans raison valable. Ne jamais faire de suppositions (surtout négatives) quand on ne sait pas, c’est la clé de la paix d’esprit ! Enfin, je vais mettre ça sur le compte de la fatigue d’aujourd’hui. Etre réveillée à 3h30 du matin n’aide pas pour le calme d’esprit à toute épreuve.
A peine ai-je franchi la porte de l’aéroport que je suis immédiatement saisie par le nombre de Français que j’entends partout. Je suis pourtant encore à Delhi, mais j’ai un bon aperçu de mon pays natal ici déjà. Tout le monde prend le même vol pour Paris que moi. Ca fait longtemps que je n’ai pas entendu autant de Français, même à Montréal, l’accent québécois changeant tout. Je ne sais pas si je suis contente ou non, c’est étrange comme sensation. Je trouve que la langue française manque d’exotisme et en même temps je me sens de nouveau faire partie de ma tribu. Par contre, je trouve que tout le monde a l’air frais et rose; je me sens sale, poussiéreuse (n‘ayant pas eu le temps de laver mes vêtements de la poussière accumulée ces derniers jours), transpirante et fatiguée. Parmi les Indiens, je ne m’inquiète pas de mon allure corporelle, mais entourée de Français, ça me saute immédiatement aux yeux. Ah, l’apparence française ! Je retombe déjà dedans alors que je n’ai même pas mis un pied sur mon sol natal encore… Je suis sûre que l’impression ne serait pas aussi forte au Québec vu qu’ils ne prêtent pas vraiment attention à l’apparence. C’est drôle de m’en apercevoir de cette façon !
Après 3 heures de transit, raccourcies par le transport entre les deux terminaux, nous montons dans un énorme Boeing rempli à peine à la moitié de sa capacité. Du coup, j’ai 3 sièges pour moi toute seule sur lesquels je peux m’allonger, oreiller et couverture étant fournis ainsi qu’un écran de télévision personnalisé incrusté dans les sièges me faisant face. Le grand luxe quoi ! Les 8 heures de trajet passent assez vite entre les différents films, la musique et la lecture. Je n’arrive pas à dormir cependant, mais ne me force pas, espérant pouvoir me recaler sur l’horaire français assez vite de cette façon.
Nous atterrissons à Roissy sous un ciel gris et pluvieux, typiquement automnal, de quoi me faire sentir chez moi dès l’arrivée ! Je sens mon excitation monter à l’idée de retrouver ma famille et mes racines, me voilà de retour au bercail après un an ! Alors que les passagers commencent à sortir de l’avion, j’entends un Français se plaindre de l’Indien assis à côté de lui qui prenait toute la place et il ajoute à la fin de ses jérémiades : « en plus, il avait une tête de terroriste! ». Là, mon cœur bondit dans ma poitrine… Comment ose-t-il insulter de la sorte un Indien qui ne lui a même pas adressé la parole du voyage ? Je sais de qui il parle, ils étaient assis non loin de moi dans l’avion. Je préférais me trouver dans un pays étranger où je ne comprenais pas la langue plutôt que d’entendre des idioties pareilles. Bienvenue en France !
Je dépasse rapidement ce groupe de Français antipathiques et râleurs pour aller récupérer mon bagage. J’ai toujours une légère crainte qu’il se soit perdu dans le transit, en particulier entre le terminal régional et international, mais je le vois sortir en premier, à ma grande surprise. Génial, je vais pouvoir sauter dans les bras de ma famille au plus tôt ! Les connaissant, ils doivent déjà m’attendre depuis une heure dehors… Je sors du terminal, mais ne vois personne. Bon, le comité d’accueil n’est pas encore arrivé. Un peu déçue, je m’assois sur un banc et attends. Vingt minutes plus tard, commençant à trouver le temps long, je pars chercher une cabine téléphonique lorsque j’aperçois ma mère occupée à scruter ma venue dans la direction opposée à la mienne, à l’intérieur du terminal. Je lui saute dessus, toute contente de la voir enfin ! Je m’aperçois que ma grand-mère m’a fait la surprise de m’accueillir avec un bouquet de fleurs suivi de mon père derrière. Ils sont là depuis une heure en fait, mais ne m’attendaient pas où il fallait. Peu importe, je suis tellement contente de pouvoir enfin les serrer dans mes bras ! Ca fait presqu’un an que je ne les ai vus…
Je parle de mon voyage durant le trajet du retour sur Rouen en Normandie, tenant les mains de ma grand-mère ou de ma mère comme si j’avais peur qu’elles s’envolent loin de moi ce soir. Nous aurons le temps de discuter, des embouteillages monstres nous coinçant 1h30 dans Paris… J’arrive exténuée chez mes parents où je ne tarde pas à sombrer pour deux semaines de cocooning avant de repartir pour de nouvelles aventures brésiliennes !
Réveillés à 3h30 par le gérant de l’hôtel, notre taxi nous attend déjà dehors. Jean-Roch vient avec moi au final ce matin, même si son vol pour Puna (une autre ville en Inde) n’est qu’à 9h30. Il profite ainsi de mon taxi et nous pouvons nous voir un peu plus. Trente minutes plus tard, nous sommes à l’aéroport, le taxi ayant filé à toute allure dans les rues, désertes cette fois, de Bangalore.
Après un café nécessaire à notre réveil bien matinal, nous nous disons au revoir nous serrant chaleureusement dans nos bras, ne sachant vraiment pas cette fois quand sera notre prochaine rencontre. C’était un plaisir de l’avoir comme compagnon de voyage en Inde, Jean-Roch est d’une débrouillardise et d’un naturel intact, bourré d’humour et toujours de bonne humeur, ce qui le rend adorable. Nous avons dû être frère et sœur dans une autre vie, nous chamaillant de temps en temps de la même façon. Notre amour fraternel l’un pour l’autre, à la communication sincère ouverte et franche, nous a beaucoup rapprochés lors de ce voyage.
Je monte ensuite dans mon avion en direction de Delhi, des hôtesses en sari accueillant les passagers à bord. Je rechigne un peu devant le petit déjeuner épicé servi à bord, mon ventre criant grâce. Deux heures plus tard, j’atterris à Delhi où j’ai 3 heures de transit avant de prendre mon avion pour Paris. Je n’ai même pas le temps de passer aux toilettes, me voilà dirigée dans un bus qui me conduit à l’aéroport international qui n’est visiblement pas à côté du régional. Je me place au premier rang du bus, derrière le chauffeur, comme j’ai pris l’habitude de le faire en Inde et voici qu’un garde armé jusqu’aux dents vient s’assoir à côté de moi, son long fusil posé sur ses genoux, le canon pointant juste dans ma direction. Voilà autre chose… Un trou dans la route, un moment d’inattention, une mauvaise manipulation, le coup peut partir et c’est moi qui écope. J’aurai vraiment tout eu en Inde moi ! Il s’endort à moitié, ne prêtant pas attention à son arme pointée sur une touriste aux regards inquiets. Je change prudemment de place, ne souhaitant pas tenter le diable !
Nous parcourons l’aéroport, le bus aux trois quarts vide, n’ayant aucune idée de l’endroit où il m’amène. Ca ne ressemble pas à un aéroport international tout ça et le garde armé ne me rassure pas quant à ma destination finale. Mais si, au bout de 20 minutes, nous passons une grille qui nous amène directement devant les portes d’embarquement pour les vols internationaux. Il a juste pris des raccourcis intérieurs, à l’indienne quoi ! J’ai encore psychoté toute seule sans raison valable. Ne jamais faire de suppositions (surtout négatives) quand on ne sait pas, c’est la clé de la paix d’esprit ! Enfin, je vais mettre ça sur le compte de la fatigue d’aujourd’hui. Etre réveillée à 3h30 du matin n’aide pas pour le calme d’esprit à toute épreuve.
A peine ai-je franchi la porte de l’aéroport que je suis immédiatement saisie par le nombre de Français que j’entends partout. Je suis pourtant encore à Delhi, mais j’ai un bon aperçu de mon pays natal ici déjà. Tout le monde prend le même vol pour Paris que moi. Ca fait longtemps que je n’ai pas entendu autant de Français, même à Montréal, l’accent québécois changeant tout. Je ne sais pas si je suis contente ou non, c’est étrange comme sensation. Je trouve que la langue française manque d’exotisme et en même temps je me sens de nouveau faire partie de ma tribu. Par contre, je trouve que tout le monde a l’air frais et rose; je me sens sale, poussiéreuse (n‘ayant pas eu le temps de laver mes vêtements de la poussière accumulée ces derniers jours), transpirante et fatiguée. Parmi les Indiens, je ne m’inquiète pas de mon allure corporelle, mais entourée de Français, ça me saute immédiatement aux yeux. Ah, l’apparence française ! Je retombe déjà dedans alors que je n’ai même pas mis un pied sur mon sol natal encore… Je suis sûre que l’impression ne serait pas aussi forte au Québec vu qu’ils ne prêtent pas vraiment attention à l’apparence. C’est drôle de m’en apercevoir de cette façon !
Après 3 heures de transit, raccourcies par le transport entre les deux terminaux, nous montons dans un énorme Boeing rempli à peine à la moitié de sa capacité. Du coup, j’ai 3 sièges pour moi toute seule sur lesquels je peux m’allonger, oreiller et couverture étant fournis ainsi qu’un écran de télévision personnalisé incrusté dans les sièges me faisant face. Le grand luxe quoi ! Les 8 heures de trajet passent assez vite entre les différents films, la musique et la lecture. Je n’arrive pas à dormir cependant, mais ne me force pas, espérant pouvoir me recaler sur l’horaire français assez vite de cette façon.
Nous atterrissons à Roissy sous un ciel gris et pluvieux, typiquement automnal, de quoi me faire sentir chez moi dès l’arrivée ! Je sens mon excitation monter à l’idée de retrouver ma famille et mes racines, me voilà de retour au bercail après un an ! Alors que les passagers commencent à sortir de l’avion, j’entends un Français se plaindre de l’Indien assis à côté de lui qui prenait toute la place et il ajoute à la fin de ses jérémiades : « en plus, il avait une tête de terroriste! ». Là, mon cœur bondit dans ma poitrine… Comment ose-t-il insulter de la sorte un Indien qui ne lui a même pas adressé la parole du voyage ? Je sais de qui il parle, ils étaient assis non loin de moi dans l’avion. Je préférais me trouver dans un pays étranger où je ne comprenais pas la langue plutôt que d’entendre des idioties pareilles. Bienvenue en France !
Je dépasse rapidement ce groupe de Français antipathiques et râleurs pour aller récupérer mon bagage. J’ai toujours une légère crainte qu’il se soit perdu dans le transit, en particulier entre le terminal régional et international, mais je le vois sortir en premier, à ma grande surprise. Génial, je vais pouvoir sauter dans les bras de ma famille au plus tôt ! Les connaissant, ils doivent déjà m’attendre depuis une heure dehors… Je sors du terminal, mais ne vois personne. Bon, le comité d’accueil n’est pas encore arrivé. Un peu déçue, je m’assois sur un banc et attends. Vingt minutes plus tard, commençant à trouver le temps long, je pars chercher une cabine téléphonique lorsque j’aperçois ma mère occupée à scruter ma venue dans la direction opposée à la mienne, à l’intérieur du terminal. Je lui saute dessus, toute contente de la voir enfin ! Je m’aperçois que ma grand-mère m’a fait la surprise de m’accueillir avec un bouquet de fleurs suivi de mon père derrière. Ils sont là depuis une heure en fait, mais ne m’attendaient pas où il fallait. Peu importe, je suis tellement contente de pouvoir enfin les serrer dans mes bras ! Ca fait presqu’un an que je ne les ai vus…
Je parle de mon voyage durant le trajet du retour sur Rouen en Normandie, tenant les mains de ma grand-mère ou de ma mère comme si j’avais peur qu’elles s’envolent loin de moi ce soir. Nous aurons le temps de discuter, des embouteillages monstres nous coinçant 1h30 dans Paris… J’arrive exténuée chez mes parents où je ne tarde pas à sombrer pour deux semaines de cocooning avant de repartir pour de nouvelles aventures brésiliennes !
Bangalore
Le 20 octobre 2009
J’ai fait de drôles de rêves cette nuit, différents de tout ce que j’ai vécu auparavant. Je suis plutôt chamboulée au réveil, je n’ai jamais ressenti ça jusqu’alors. Est-ce que le darshan de Mère Meera y est pour quelque chose ? Je ne saurais le dire… C’est vraiment étrange.
Jean-Roch est malade ce matin et préfère rater le petit déjeuner pour rester se reposer un peu et jeûner par la même occasion. Je pars donc seule demander mon yaourt et mon assiette afin de préparer ma mixture matinale de céréales, bananes, raisins secs et figues. Je rencontre des Allemands au restaurant mais ils me paraissent vraiment bizarres, si bien que je me dépêche de finir mon petit déjeuner pour pouvoir prendre congé. Ils ne sont pas méchants, juste un peu illuminés. C’est l’inconvénient de voyager en Inde dans des endroits un peu spirituels, on rencontre pas mal de gens déconnectés de la réalité qui nous servent aussi d’exemples à ne pas suivre…
Je pars ensuite au marché ouvert seulement les mardis, tous les habitants du coin venant s’y approvisionner. Des étals de fruits, légumes, épices, casseroles jonchent le sol, donnant un bel aperçu d’explosions de couleurs se mêlant avec les teintes pastel des saris des vendeuses. Quel beau tableau ! Un peu gâché par la multitude de détritus autour mais étrangement, je dirais que ça ajoute une certaine touche indienne au décor qui n’est pas si laid après tout. Ou bien est-ce je m’habitue à la saleté ? Je dois avouer que je n’y fais plus vraiment attention, ça fait partie de mon quotidien de marcher dans les ordures, de sentir les odeurs de pourriture mélangées aux fortes senteurs d’épices, tout en admirant les femmes dans leurs plus beaux atours déambuler dans cette porcherie à ciel ouvert, enjambant les bouses de vache tout en relevant le bas de leur superbe robe multicolore, parées d’étincelants bijoux, leur donnant des allures de reines. Lorsque je prends un peu de recul sur ce que je vis en Inde, je me dis que c’est vraiment un pays unique au monde et tellement particulier que des milliers de lignes couchées sur le papier n’arriveraient pas à décrire. Il faut le vivre tout simplement. J’encourage tout le monde à en faire l’expérience. Elle ne sera peut-être pas toujours bonne ni agréable, mais sans aucun doute inoubliable. Et malgré toutes les galères, les ras le bol, les inconforts et les crises de nerf, on ne pense qu’à retourner dans ce pays incroyable après l’avoir quitté. Il s’immisce en vous et ne vous lâche plus par la suite…
Jean-Roch me rejoint au marché finalement juste après avoir fini les achats de noix de cajou mandatés par Manu qui en voulait 2kgs (!!) et Jean-Roch 500g. Ca fait bien lourd dans mon sac tout ça, je devrais me faire payer la commission. Comme d’habitude, les Indiens sont très curieux de notre présence et souhaitent sans cesse que je les prenne en photos. Au moins, je ne manquerai pas d’images d’Indiens dans leur vie de tous les jours. Nous revenons ensuite à l’hôtel, rangeons nos affaires, attendons 15 minutes François coincé dans les toilettes afin de lui dire au revoir (comme dirait Jean-Roch, en Inde la bouffe n’est pas chère et la diarrhée est gratuite !) puis quittons sans regret cette chambre nauséabonde dans laquelle nous avons tout de même réussi à passer 4 nuits entières !
Nous nous rendons à la gare routière et sautons dans un bus dit « de luxe » en direction de Bangalore. Cette appellation permet juste de s’assurer que nous serons seulement 2 sur des sièges doubles et pas plus, comme c’est l’usage dans les bus ordinaires, ce qui est déjà une source de confort non négligeable. Surtout durant 3 heures et demie de trajet sur une route cabossée, les genoux sous le menton, la place pour des jambes d’Européens n’étant pas prise en compte dans leur mention « de luxe ». Nous somnolons à tour de rôle, nous cachant de temps en temps le visage dans un linge pour éviter la poussière, notre tolérance à la pollution arrivant à saturation. Et ce n’est pas à Bangalore que ça va s’arranger, réputée pour être une grosse ville industrielle pas vraiment agréable pour des touristes.
Nous arrivons à Bangalore vers 15h, n’ayant pas déjeuné. Jean-Roch est au bout du rouleau, le trajet l’ayant achevé en plus de son rhume et mal de gorge. Nous sautons sur une massala dosa dans un boui-boui de la gare routière afin de récupérer un peu d’énergie, puis partons à la recherche d’un hôtel parmi la pléthore de guest houses aux allures miteuses et bruyantes qui entourent la gare. Après plusieurs échecs, nous en trouvons une correcte, sans fenêtre, ce qui nous évitera d’entendre le bazar venant de la rue, puis nous nous écroulons sur le lit, lessivés. Ils veulent notre peau ces Indiens ! Jean-Roch n’en peut plus, il a besoin de dormir un peu. Nous nous octroyons une demi-heure de sieste avant d’appeler un ami de Jean-Roch que nous devons retrouver ce soir.
Après ce sommeil réparateur, nous prenons le rickshaw pour retrouver Rob, l’ami Australien que Jean-Roch a rencontré à Varkala. La course à travers Bangalore relève de la science fiction… Imaginez un trois roues conduit par un Indien sans permis, avec deux Blancs dans la nacelle arrière se prenant tous les gaz d’échappement dans la figure, dans une ville comme Paris avec le même genre d’embouteillage, mais en plus polluée… Les queues de poissons sont de mises ici, les demi-tours cavaliers sans clignotant également, le tout à travers une foule de voitures, bus, rickshaws ne tenant pas vraiment compte des feux de signalisation. Nous arrivons pourtant entiers au café où nous attend Rob, après une demi-heure de folie routière, nos poumons en feu.
Nous reprenons vie dans ce café occidentalisé à la nourriture hors de prix en comparaison de ce que nous avons mangé depuis 15 jours, mais à l’air pur et respirable. Rob s’avère être un garçon sympathique et drôle, mais sa conversation uniquement basée sur les filles et le sexe me barbera assez rapidement. D’autant plus lorsqu’il commencera à me caresser le bras ! Y a des claques qui se perdent… Après manger, je ne tarde pas à faire de grands signes à Jean-Roch pour rentrer rapidement mais Rob insiste pour nous montrer ses photos de Varkala. Je visionne les images d’un œil morne, je n’y étais pas, il n’y a que des photos de filles et je ne connais personne. J’entraîne ensuite Jean-Roch pour rentrer, mon avion est à 6h du matin demain donc réveil à 4 ! Il accepte volontiers ma requête, il est mort de fatigue lui aussi. Nous rentrons sagement nous coucher pas trop tard.
J’ai fait de drôles de rêves cette nuit, différents de tout ce que j’ai vécu auparavant. Je suis plutôt chamboulée au réveil, je n’ai jamais ressenti ça jusqu’alors. Est-ce que le darshan de Mère Meera y est pour quelque chose ? Je ne saurais le dire… C’est vraiment étrange.
Jean-Roch est malade ce matin et préfère rater le petit déjeuner pour rester se reposer un peu et jeûner par la même occasion. Je pars donc seule demander mon yaourt et mon assiette afin de préparer ma mixture matinale de céréales, bananes, raisins secs et figues. Je rencontre des Allemands au restaurant mais ils me paraissent vraiment bizarres, si bien que je me dépêche de finir mon petit déjeuner pour pouvoir prendre congé. Ils ne sont pas méchants, juste un peu illuminés. C’est l’inconvénient de voyager en Inde dans des endroits un peu spirituels, on rencontre pas mal de gens déconnectés de la réalité qui nous servent aussi d’exemples à ne pas suivre…
Je pars ensuite au marché ouvert seulement les mardis, tous les habitants du coin venant s’y approvisionner. Des étals de fruits, légumes, épices, casseroles jonchent le sol, donnant un bel aperçu d’explosions de couleurs se mêlant avec les teintes pastel des saris des vendeuses. Quel beau tableau ! Un peu gâché par la multitude de détritus autour mais étrangement, je dirais que ça ajoute une certaine touche indienne au décor qui n’est pas si laid après tout. Ou bien est-ce je m’habitue à la saleté ? Je dois avouer que je n’y fais plus vraiment attention, ça fait partie de mon quotidien de marcher dans les ordures, de sentir les odeurs de pourriture mélangées aux fortes senteurs d’épices, tout en admirant les femmes dans leurs plus beaux atours déambuler dans cette porcherie à ciel ouvert, enjambant les bouses de vache tout en relevant le bas de leur superbe robe multicolore, parées d’étincelants bijoux, leur donnant des allures de reines. Lorsque je prends un peu de recul sur ce que je vis en Inde, je me dis que c’est vraiment un pays unique au monde et tellement particulier que des milliers de lignes couchées sur le papier n’arriveraient pas à décrire. Il faut le vivre tout simplement. J’encourage tout le monde à en faire l’expérience. Elle ne sera peut-être pas toujours bonne ni agréable, mais sans aucun doute inoubliable. Et malgré toutes les galères, les ras le bol, les inconforts et les crises de nerf, on ne pense qu’à retourner dans ce pays incroyable après l’avoir quitté. Il s’immisce en vous et ne vous lâche plus par la suite…
Jean-Roch me rejoint au marché finalement juste après avoir fini les achats de noix de cajou mandatés par Manu qui en voulait 2kgs (!!) et Jean-Roch 500g. Ca fait bien lourd dans mon sac tout ça, je devrais me faire payer la commission. Comme d’habitude, les Indiens sont très curieux de notre présence et souhaitent sans cesse que je les prenne en photos. Au moins, je ne manquerai pas d’images d’Indiens dans leur vie de tous les jours. Nous revenons ensuite à l’hôtel, rangeons nos affaires, attendons 15 minutes François coincé dans les toilettes afin de lui dire au revoir (comme dirait Jean-Roch, en Inde la bouffe n’est pas chère et la diarrhée est gratuite !) puis quittons sans regret cette chambre nauséabonde dans laquelle nous avons tout de même réussi à passer 4 nuits entières !
Nous nous rendons à la gare routière et sautons dans un bus dit « de luxe » en direction de Bangalore. Cette appellation permet juste de s’assurer que nous serons seulement 2 sur des sièges doubles et pas plus, comme c’est l’usage dans les bus ordinaires, ce qui est déjà une source de confort non négligeable. Surtout durant 3 heures et demie de trajet sur une route cabossée, les genoux sous le menton, la place pour des jambes d’Européens n’étant pas prise en compte dans leur mention « de luxe ». Nous somnolons à tour de rôle, nous cachant de temps en temps le visage dans un linge pour éviter la poussière, notre tolérance à la pollution arrivant à saturation. Et ce n’est pas à Bangalore que ça va s’arranger, réputée pour être une grosse ville industrielle pas vraiment agréable pour des touristes.
Nous arrivons à Bangalore vers 15h, n’ayant pas déjeuné. Jean-Roch est au bout du rouleau, le trajet l’ayant achevé en plus de son rhume et mal de gorge. Nous sautons sur une massala dosa dans un boui-boui de la gare routière afin de récupérer un peu d’énergie, puis partons à la recherche d’un hôtel parmi la pléthore de guest houses aux allures miteuses et bruyantes qui entourent la gare. Après plusieurs échecs, nous en trouvons une correcte, sans fenêtre, ce qui nous évitera d’entendre le bazar venant de la rue, puis nous nous écroulons sur le lit, lessivés. Ils veulent notre peau ces Indiens ! Jean-Roch n’en peut plus, il a besoin de dormir un peu. Nous nous octroyons une demi-heure de sieste avant d’appeler un ami de Jean-Roch que nous devons retrouver ce soir.
Après ce sommeil réparateur, nous prenons le rickshaw pour retrouver Rob, l’ami Australien que Jean-Roch a rencontré à Varkala. La course à travers Bangalore relève de la science fiction… Imaginez un trois roues conduit par un Indien sans permis, avec deux Blancs dans la nacelle arrière se prenant tous les gaz d’échappement dans la figure, dans une ville comme Paris avec le même genre d’embouteillage, mais en plus polluée… Les queues de poissons sont de mises ici, les demi-tours cavaliers sans clignotant également, le tout à travers une foule de voitures, bus, rickshaws ne tenant pas vraiment compte des feux de signalisation. Nous arrivons pourtant entiers au café où nous attend Rob, après une demi-heure de folie routière, nos poumons en feu.
Nous reprenons vie dans ce café occidentalisé à la nourriture hors de prix en comparaison de ce que nous avons mangé depuis 15 jours, mais à l’air pur et respirable. Rob s’avère être un garçon sympathique et drôle, mais sa conversation uniquement basée sur les filles et le sexe me barbera assez rapidement. D’autant plus lorsqu’il commencera à me caresser le bras ! Y a des claques qui se perdent… Après manger, je ne tarde pas à faire de grands signes à Jean-Roch pour rentrer rapidement mais Rob insiste pour nous montrer ses photos de Varkala. Je visionne les images d’un œil morne, je n’y étais pas, il n’y a que des photos de filles et je ne connais personne. J’entraîne ensuite Jean-Roch pour rentrer, mon avion est à 6h du matin demain donc réveil à 4 ! Il accepte volontiers ma requête, il est mort de fatigue lui aussi. Nous rentrons sagement nous coucher pas trop tard.
Le paradis de Rishi Valley
Le 19 octobre 2009
Je me réveille en meilleure santé qu’hier, mon rhume a l’air d’aller mieux. En effet, rien de tel qu’un petit jeûne pour faire travailler le système immunitaire à plein régime !
Après le petit déjeuner, nous partons Jean-Roch, Manu, Conan et moi en rickshaw jusqu’à Rishi Valley, une place loin de la ville où Krishnamurti a fondé une université basée sur sa philosophie de recherche personnelle loin de tout guru, maître spirituel ou religion. J’ai lu plusieurs de ses livres à Montréal qui sont très intéressants mais pas évidents à comprendre.
Nous débarquons, après une demi-heure de trajet, dans un grand parc où seuls sont audibles les chants des oiseaux. Ca fait tellement du bien ce calme loin du bazar de la ville, de la pollution et de la poussière que nous ingérons sans le vouloir. Manu et Conan, tombant amoureux des lieux, décident de prendre une chambre ici. Nous visitons les logements qui sont superbes, propres et contiennent radio, frigidaire et bibliothèque… Moi aussi je resterais là à leur place si je passais du temps ici. Mais Jean-Roch et moi partons demain pour Bengalore, ça ne vaut pas la peine de changer. Nous allons ensuite déjeuner un succulent repas non épicé pour une fois, ça fait tellement du bien ! Nous allons ensuite nous étendre sous un immense arbre au tronc gigantesque et aux racines tombant du ciel. Cet arbre abrite une colonie d’oiseaux, de singes et de grosses chauves-souris impressionnantes.
Je m’allonge sur l’herbe et admire cette vie cachée entre les branches, les rayons du soleil jouant avec les feuilles pour mieux nous éblouir. Je suis tellement bien en pleine nature, j’avoue me sentir bien plus à ma place qu’en ville. J’aime la sensation de la chaleur du soleil sur ma peau alors qu’une douce brise vient me rafraîchir en même temps. Couchée sur la pelouse, des fourmis venant me chatouiller les doigts de pieds, je resterais des heures à juste profiter des bruits environnants en regardant les nuages traverser le ciel. Tout le monde fait la sieste, ravis de ce moment de plénitude qui s’offre à nous. Le fait d’être constamment dans la poussière et le bruit nous fait d’autant plus apprécier ces moments de grâce.
Vers 3h30, nous décidons de rentrer, les garçons ayant leur sac à faire pour le déménagement de ce soir. Le seul souci, c’est qu’il n’y a aucun moyen de transport pour nous ramener jusqu’à la ville, le coin étant vraiment désert de véhicule. Nous marchons jusqu’au chemin en espérant qu’une voiture, rickshaw ou même tracteur (nous nous contentons de peu) passe par là.
Au bout de 20 minutes, un rickshaw déjà plein passe devant nous. Nous lui faisons signe sans vraiment espérer qu’il s’arrête, vu qu’il est déjà en surcapacité avec au moins 6 personnes à l’intérieur alors qu’on tient à peine à 3 normalement. Mais rien n’est impossible en Inde ! Il s’arrête devant nous et nous fait signe de monter. Les garçons se glissent à l’arrière, les fesses sur le petit rebord, se tenant à la rampe pour ne pas tomber et levant les jambes pour ne pas toucher le pot d’échappement. Je rentre à l’intérieur du rickshaw déjà rempli d’étudiantes qui s’amusent de voir débarquer une étrangère parmi elles. Pliée en quatre, à moitié sur leur genoux, dans une position vraiment inconfortable, je prie pour qu’on n’effectue pas les 10km ainsi… A chaque trou dans la route, ma tête se cogne durement contre les barres du toit, je vais être criblée de bosses si ça continue ! En tout cas, ça a le mérite de faire rire mes nouvelles amies ! Après 3km, je n’en peux déjà plus… J’aperçois alors un rickshaw vide derrière nous. Ah ! Je stoppe notre engin et grimpe avec mes 3 compagnons dans le rickshaw vide. Ca fait du bien d’avoir de la place ! Ceci dit, je ne me plains pas, c’était déjà gentil de leur part de s’arrêter pour nous prendre, ils nous ont bien rendu service.
Revenus en ville, nous retombons dans la poussière et la pollution de plus en plus difficile à supporter pour nous tous. Surtout après avoir passé la journée à l’air pur et frais ! Nous essayons de minimiser les dégâts en nous couvrant le nez et la bouche avec un foulard, mais je ne suis pas sûre que ça change grand-chose. Je ne sais pas comment font les gens qui vivent ici à longueur d’année ! Leurs poumons doivent être couverts de crasse ! Moi-même je commence à tousser, la gorge irritée par tant de poussière, Jean-Roch n’étant guère mieux.
Alors que nous prenons un petit jus de fruits dans une échoppe pour nous rafraîchir un peu, nous apercevons François, le Français qui était dans notre chambre chez Amma, qui débarque de nulle part. Décidemment, tout le monde se retrouve dans cette ville perdue et sans autre véritable intérêt que l’ashram de Mère Meera. Il a passé deux semaines en Egypte avant de revenir en Inde ce matin. Il nous raconte son voyage, nous échangeons nos expériences puis partons ensemble pour le darshan quotidien.
C’est le dernier pour ma part vu que je pars demain pour Bangalore afin de rentrer en France. Comme chaque soir, nous écoutons religieusement les chants hindis des orphelins qui me transportent encore une fois. Mère Meera arrive par la suite, nous passons à tour de rôle pour le darshan qui, cette fois encore, ne me fera pas beaucoup d’effet sur le moment. Par contre, la méditation qui s’ensuit est l’une des plus profondes que j’ai jamais effectuée. J’ai même du mal à me relever une fois fini, la tête me tournant pas mal. Je me sens comme groggy et sors en silence, mes compagnons me suivant tout en ayant l’air aussi retourné que moi. Elle nous fait bouger quelque chose à l’intérieur, c’est certain, même si je n’ai aucune idée de quoi exactement. Mais est-ce vraiment important de le savoir ?
Sur le chemin du retour, nous croisons un Suisse-Allemand qui parle français aussi et l’invitons à se joindre à nous pour le souper. Sur les conseils de François qui connaît le coin pour y être venu quelquefois, nous tentons un autre restaurant, plus calme et excentré, où on peut manger dans un grand jardin à l’abri des bruits de la ville. C’est parfait, vu qu’on devient assez intolérant sur le vacarme et la pollution Jean-Roch et moi depuis ce matin. De plus, ils ont une carte de plats avec du choix ! Ca fait longtemps qu’on n’a pas vu ça, le choix étant généralement limité à un thali ou une massala dosa… Je choisis un plat de champignons massala, dédaignant les plats de viande, n’en ayant vraiment aucune envie. Surtout depuis que j’ai vu comment était gardée la viande au marché à l’air libre entourée de mouches… Beurk !
Alors que nous avions bien précisé « non épicé » quant à nos plats en sauce, je tombe lors de ma première bouchée sur un piment qui me brûle instantanément la bouche. Il est tellement fort que je peux à peine parler, les larmes me coulant abondamment sur les joues. Jean-Roch comprend tout de suite ce qui m’arrive et demande dare-dare du yaourt écaillé au serveur, idéal pour atténuer les épices. Ouff, je respire un peu… Ils sont fous de faire des plats aussi épicés ! C’est horrible pour l’estomac ! Nous terminons la soirée à la belle étoile, l’air se rafraîchissant bien. On mettrait presque un pull, dis donc ! La discussion porte essentiellement sur notre nouvel ami le Suisse Allemand qui travaille dans un resort aux Maldives et vient de temps en temps se changer d’air en Inde vu que ce n’est pas loin. Ce n’est pas le même folklore, c’est certain ! Nous partons nous coucher par la suite.
Je me réveille en meilleure santé qu’hier, mon rhume a l’air d’aller mieux. En effet, rien de tel qu’un petit jeûne pour faire travailler le système immunitaire à plein régime !
Après le petit déjeuner, nous partons Jean-Roch, Manu, Conan et moi en rickshaw jusqu’à Rishi Valley, une place loin de la ville où Krishnamurti a fondé une université basée sur sa philosophie de recherche personnelle loin de tout guru, maître spirituel ou religion. J’ai lu plusieurs de ses livres à Montréal qui sont très intéressants mais pas évidents à comprendre.
Nous débarquons, après une demi-heure de trajet, dans un grand parc où seuls sont audibles les chants des oiseaux. Ca fait tellement du bien ce calme loin du bazar de la ville, de la pollution et de la poussière que nous ingérons sans le vouloir. Manu et Conan, tombant amoureux des lieux, décident de prendre une chambre ici. Nous visitons les logements qui sont superbes, propres et contiennent radio, frigidaire et bibliothèque… Moi aussi je resterais là à leur place si je passais du temps ici. Mais Jean-Roch et moi partons demain pour Bengalore, ça ne vaut pas la peine de changer. Nous allons ensuite déjeuner un succulent repas non épicé pour une fois, ça fait tellement du bien ! Nous allons ensuite nous étendre sous un immense arbre au tronc gigantesque et aux racines tombant du ciel. Cet arbre abrite une colonie d’oiseaux, de singes et de grosses chauves-souris impressionnantes.
Je m’allonge sur l’herbe et admire cette vie cachée entre les branches, les rayons du soleil jouant avec les feuilles pour mieux nous éblouir. Je suis tellement bien en pleine nature, j’avoue me sentir bien plus à ma place qu’en ville. J’aime la sensation de la chaleur du soleil sur ma peau alors qu’une douce brise vient me rafraîchir en même temps. Couchée sur la pelouse, des fourmis venant me chatouiller les doigts de pieds, je resterais des heures à juste profiter des bruits environnants en regardant les nuages traverser le ciel. Tout le monde fait la sieste, ravis de ce moment de plénitude qui s’offre à nous. Le fait d’être constamment dans la poussière et le bruit nous fait d’autant plus apprécier ces moments de grâce.
Vers 3h30, nous décidons de rentrer, les garçons ayant leur sac à faire pour le déménagement de ce soir. Le seul souci, c’est qu’il n’y a aucun moyen de transport pour nous ramener jusqu’à la ville, le coin étant vraiment désert de véhicule. Nous marchons jusqu’au chemin en espérant qu’une voiture, rickshaw ou même tracteur (nous nous contentons de peu) passe par là.
Au bout de 20 minutes, un rickshaw déjà plein passe devant nous. Nous lui faisons signe sans vraiment espérer qu’il s’arrête, vu qu’il est déjà en surcapacité avec au moins 6 personnes à l’intérieur alors qu’on tient à peine à 3 normalement. Mais rien n’est impossible en Inde ! Il s’arrête devant nous et nous fait signe de monter. Les garçons se glissent à l’arrière, les fesses sur le petit rebord, se tenant à la rampe pour ne pas tomber et levant les jambes pour ne pas toucher le pot d’échappement. Je rentre à l’intérieur du rickshaw déjà rempli d’étudiantes qui s’amusent de voir débarquer une étrangère parmi elles. Pliée en quatre, à moitié sur leur genoux, dans une position vraiment inconfortable, je prie pour qu’on n’effectue pas les 10km ainsi… A chaque trou dans la route, ma tête se cogne durement contre les barres du toit, je vais être criblée de bosses si ça continue ! En tout cas, ça a le mérite de faire rire mes nouvelles amies ! Après 3km, je n’en peux déjà plus… J’aperçois alors un rickshaw vide derrière nous. Ah ! Je stoppe notre engin et grimpe avec mes 3 compagnons dans le rickshaw vide. Ca fait du bien d’avoir de la place ! Ceci dit, je ne me plains pas, c’était déjà gentil de leur part de s’arrêter pour nous prendre, ils nous ont bien rendu service.
Revenus en ville, nous retombons dans la poussière et la pollution de plus en plus difficile à supporter pour nous tous. Surtout après avoir passé la journée à l’air pur et frais ! Nous essayons de minimiser les dégâts en nous couvrant le nez et la bouche avec un foulard, mais je ne suis pas sûre que ça change grand-chose. Je ne sais pas comment font les gens qui vivent ici à longueur d’année ! Leurs poumons doivent être couverts de crasse ! Moi-même je commence à tousser, la gorge irritée par tant de poussière, Jean-Roch n’étant guère mieux.
Alors que nous prenons un petit jus de fruits dans une échoppe pour nous rafraîchir un peu, nous apercevons François, le Français qui était dans notre chambre chez Amma, qui débarque de nulle part. Décidemment, tout le monde se retrouve dans cette ville perdue et sans autre véritable intérêt que l’ashram de Mère Meera. Il a passé deux semaines en Egypte avant de revenir en Inde ce matin. Il nous raconte son voyage, nous échangeons nos expériences puis partons ensemble pour le darshan quotidien.
C’est le dernier pour ma part vu que je pars demain pour Bangalore afin de rentrer en France. Comme chaque soir, nous écoutons religieusement les chants hindis des orphelins qui me transportent encore une fois. Mère Meera arrive par la suite, nous passons à tour de rôle pour le darshan qui, cette fois encore, ne me fera pas beaucoup d’effet sur le moment. Par contre, la méditation qui s’ensuit est l’une des plus profondes que j’ai jamais effectuée. J’ai même du mal à me relever une fois fini, la tête me tournant pas mal. Je me sens comme groggy et sors en silence, mes compagnons me suivant tout en ayant l’air aussi retourné que moi. Elle nous fait bouger quelque chose à l’intérieur, c’est certain, même si je n’ai aucune idée de quoi exactement. Mais est-ce vraiment important de le savoir ?
Sur le chemin du retour, nous croisons un Suisse-Allemand qui parle français aussi et l’invitons à se joindre à nous pour le souper. Sur les conseils de François qui connaît le coin pour y être venu quelquefois, nous tentons un autre restaurant, plus calme et excentré, où on peut manger dans un grand jardin à l’abri des bruits de la ville. C’est parfait, vu qu’on devient assez intolérant sur le vacarme et la pollution Jean-Roch et moi depuis ce matin. De plus, ils ont une carte de plats avec du choix ! Ca fait longtemps qu’on n’a pas vu ça, le choix étant généralement limité à un thali ou une massala dosa… Je choisis un plat de champignons massala, dédaignant les plats de viande, n’en ayant vraiment aucune envie. Surtout depuis que j’ai vu comment était gardée la viande au marché à l’air libre entourée de mouches… Beurk !
Alors que nous avions bien précisé « non épicé » quant à nos plats en sauce, je tombe lors de ma première bouchée sur un piment qui me brûle instantanément la bouche. Il est tellement fort que je peux à peine parler, les larmes me coulant abondamment sur les joues. Jean-Roch comprend tout de suite ce qui m’arrive et demande dare-dare du yaourt écaillé au serveur, idéal pour atténuer les épices. Ouff, je respire un peu… Ils sont fous de faire des plats aussi épicés ! C’est horrible pour l’estomac ! Nous terminons la soirée à la belle étoile, l’air se rafraîchissant bien. On mettrait presque un pull, dis donc ! La discussion porte essentiellement sur notre nouvel ami le Suisse Allemand qui travaille dans un resort aux Maldives et vient de temps en temps se changer d’air en Inde vu que ce n’est pas loin. Ce n’est pas le même folklore, c’est certain ! Nous partons nous coucher par la suite.
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