Sport sur le Zambèze

10/8/2014 

Réveillée par le bruit d’un hippo qui saute lourdement dans la rivière, j’ouvre doucement la tente, m’attendant à trouver une multitude d’éléphants, d’hippos et de lions rôdant autour de notre campement en attendant que l’un d’entre nous se réveille, mais seul le guide s’affaire autour du feu pour nous préparer du café. Ouf, je peux aller faire pipi, rassurée (je n’ai pas osé y aller en pleine nuit). Le jour s’est levé et nous accueille avec beaucoup de sérénité. Le café est prêt, c’est merveilleux. Nous rangeons nos affaires et démontons la tente tandis que Martin nous prépare un super petit déjeuner composé d’omelette, de bacon et de haricots blancs. Un délice !

Rassasiés, nous enfourchons de nouveau notre canoë pour aller à l’assaut du Zambèze. Les hippos sont toujours aussi nombreux mais les autres animaux se font rares. De plus, le vent s’est levé et pagayer dans ces conditions devient bien plus sportif qu’hier ! Il fallait plus ou moins nous laisser guider par le courant jusqu’alors. Là, il faut faire marcher nos biceps ! Grâce à Flo qui se trouve à l’arrière du canoë, nous réussissons à maintenir le cap correctement. Les deux Allemands, quant à eux, zigzaguent en tous sens et se fatiguent deux fois plus que nous. Les pauvres, ils ont l’air crevé… Surtout le monsieur à l’arrière qui, fumant comme un pompier, a l’air d’avoir du mal avec son souffle… Nous apercevons quelques crocodiles, des singes jouant dans les arbres et des éléphants au loin. Point de lion malheureusement, alors que nous sommes apparemment sur leur territoire. 
 
Vers midi, nous nous arrêtons sur la berge pour déjeuner. Ah, un peu de repos ! Les Allemands nous avouent avoir atteint leurs limites. Moi, je suis en pleine forme, c’est Flo qui a tout fait (presque). J’ai vu depuis le canoë que des éléphants paissaient non loin de là où nous nous sommes arrêtés et je demande au guide s’il peut nous emmener à pied. Il accepte et nous voici partis aussi silencieusement que possible à travers les feuillages. Ils ne sont en effet pas loin et nous pouvons les admirer tout en restant cachés, jusqu’à ce que le vent tourne brusquement, indiquant notre présence aux pachydermes qui commencent à s’affoler. Nous rebroussons vite chemin, il est temps de les laisser tranquilles. C’est fou comme le fait d’être à pied donne une sensation totalement différente près d’un animal… Aucun moteur de bateau ou de voiture ne peut nous en éloigner rapidement, et nos jambes ne suffisent pas à les distancer. J’adore cette aventure !

Après manger, une bonne sieste s’impose, surtout après autant d’efforts matinaux. Puis nous repartons sur une eau plus calme avec un soleil moins fort. Le vent est tombé, nous voguons tranquillement, entraînés par le courant. Les montagnes au loin nous montrent toute leur splendeur avec ce soleil qui décline, c’est magnifique. Ah l’Afrique, pays de toutes les merveilles, pays sauvage où règne encore une imprégnation mystique presque palpable ! Nous nous arrêtons pour la nuit sur une petite île, non loin du Zimbabwe, entourée de montagnes et de roseaux sauvages.

Alors que nous montons les tentes, nous apercevons un troupeau d’éléphants non loin de nous en train de brouter de l’herbe. Super ! On s’amuse à regarder la maman et son petit d’à peine un an à ses côtés, c’est trop mignon. Ils restent là, à bonne distance de nous, occupés à manger l’herbe environnante. Nous sommes installés sur une langue de sable, donc aucune raison qu’ils viennent jusqu’à nous. Sereins, nous les admirons dans toute leur splendeur, tandis que le ciel s’empourpre d’un magnifique coucher de soleil. Les éléphants derrière les tentes, les hippos dans la rivière devant nous… Nous sommes bien entourés !

Le soleil rougeoyant disparaît derrière les montagnes, non sans avoir auparavant parsemé de couleurs pastel le paysage, puis laisse place à une pleine lune brillante comme un spot dans la nuit. Quelques étoiles sont visibles mais la lune est trop resplendissante pour qu’on distingue la voie lactée. 
 
Alors que Martin nous prépare à dîner sur le feu qu’il a allumé à notre arrivée, un peu à l’écart du campement, on s’aperçoit qu’un éléphant mâle s’approche de plus en plus de nous. Les autres éléphants du troupeau restent à l’écart, mais lui semble tester sa puissance de dominant tout en se rapprochant inexorablement de nous. Martin, qui le surveillait d’un œil jusqu’à présent, semble de plus en plus inquiet de la hardiesse de ce mâle dominant. La lune nous permet de distinguer ce mastodonte dans la nuit, et en effet il n’est plus qu’à quelques mètres de Martin. Notre guide arrête la préparation de sa cuisine pour faire forcir le feu afin d’éloigner l’animal. Mais il n’a visiblement pas envie de partir. Réfugiés au centre du campement délimité par les trois tentes placées en arc de cercle et la rivière, nous assistons au spectacle, restant le plus silencieux possible. Autant dire que la tension est palpable dans l’air. Je n’ai pas vraiment peur, étant donné que je sais qu’on peut toujours s’enfermer dans nos tentes ou plonger dans les canoës en attendant qu’il parte, mais disons que le fait que notre guide n’ait pas l’air rassuré commence à m’inquiéter un peu.

Cette masse noire dans la nuit africaine dont seules les défenses brillent au clair de lune s’approche toujours. Heureusement que la pleine lune nous permet de le distinguer, au moins nous le voyons aussi bien que nous l’entendons. Je n’ose pas imaginer cette même scène dans une nuit d’encre… Là, ça aurait été encore plus effrayant ! Notre guide part téléphoner à quelqu’un… Bon, serait-il en train de demander de l’aide à un ami ? De plus, il nous laisse avec l’éléphant juste à côté. Il revient peu de temps après et allume plusieurs allumettes d’affilée. Pense-t-il que ça va vraiment faire fuir l’éléphant ?

Hypnotisés par ce spectacle, nous ne pouvons détourner nos yeux de cet éléphant majestueux et gigantesque. Il broute toujours calmement à seulement dix mètres de nous, tout en levant parfois ses grandes défenses pour nous fixer droit dans les yeux, semblant nous défier de toute sa hauteur. Puis nous entendons que le reste de sa tribu sort elle aussi de la brousse pour passer juste derrière nos tentes. Je crois que c’est à ce moment-là que j’ai failli bondir dans un canoë et m’éloigner de cette terre sauvage mais bon, j’aurais pu tomber sur un hippo, ce qui n’aurait pas été mieux… Voyant sa tribu s’éloigner, le mâle finit par nous contourner pour rejoindre les autres derrière les tentes et s’éloigner également avec eux. Oufff… Nous soufflons tous de soulagement. Quel moment intense ! Mais quel moment incroyable !

Martin peut poursuivre la préparation du repas et nous nous régalons de riz avec du poulet, des légumes et patates douces. Ça creuse les émotions ! Nous restons quelque temps ensuite près du feu mais mes yeux se ferment tout seuls. Le contre coup de l’adrénaline sûrement… Je pars me coucher dans la tente et m’endors aussitôt.

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