Le 21 mai 2010
Nous sommes vendredi matin, je suis au bureau en train de travailler devant mon ordinateur et je n’attends qu’une chose: que l’heure de midi sonne pour pouvoir m’échapper avec Etienne pour un long week-end de trois jours, lundi prochain étant férié. Nous avons décidé de partir tous les deux, seuls, en camping sauvage dans le nord des Laurentides et nous la jouer Robinson durant trois jours sur une île déserte. C’est la beauté du Québec: avoir la possibilité de s’éclipser durant un long week-end en pleine nature sans âme qui vive autour!
Midi sonne! Etienne et moi rangeons nos affaires, éteignons notre PC et filons discrètement vers sa voiture, en proie à une vive excitation. A nous la liberté! Etienne a travaillé dur ces derniers jours pour préparer cette expédition… Entre le matériel de camping à récupérer, le truck à emprunter, le bateau à attacher à la voiture… Surtout que toutes ses affaires étaient disséminées partout. La semaine a été plutôt chargée de son côté tandis que moi, je l’avoue humblement, je me suis plutôt reposée, j’en avais besoin après notre voyage épique au Guatemala.
Nous passons rapidement chez moi prendre mes affaires, passons à la SAQ chercher du vin, à l’épicerie faire le plein de bouffe pour ces trois jours, puis filons, tirant le bateau à l’arrière, en direction de Mont Laurier, à trois heures de Montréal environ. Le trafic est plutôt dense, beaucoup de Québécois ont visiblement pris eux aussi leur après-midi pour jouir du début de l’été tant attendu après ce long week-end d’hiver. Le soleil et la chaleur sont au rendez-vous et tout le monde veut en profiter! Je les comprends bien, la neige tombait encore la semaine dernière à Montréal!
Arrivés vers 18h au Mont Laurier, nous avons encore un bout de chemin à faire jusqu’au Baskatong, un réservoir créé par un barrage où il est possible de camper sur de petites îles isolées. Ca y est, nous voici à la pointe David où la terre s’arrête pour faire place à l’eau des rivières poissonneuses. Nous embarquons tout notre matériel dans le bateau puis descendons la voiture à reculons, poussant le bateau dans la pente étroite servant à la mise à l’eau. Etienne aux commandes de l’auto, je suis chargée de retenir le bateau avec la corde lorsqu’il sera largué dans l’eau. Tout se passe sans problème et je tire le bateau jusqu’à la rive tandis qu’Etienne va garer la voiture au parking. Il revient cinq minutes plus tard, saute dans le bateau et tente de faire démarrer ce pauvre moteur qui n’a pas servi depuis deux ans. Il tousse un peu, crachote, puis vrombit au bout de quelques essais qui finissent par porter leurs fruits. Le capitaine n’oublie pas d’enregistrer notre position sur son GPS, puis nous voici filant à toute allure, le bateau chargé à bloc, Etienne aux commandes et moi devant, heureuse de me trouver ici, les cheveux au vent, dans cette superbe réserve naturelle quasi déserte. Il est 19h30 à peu près, le soir se prépare à tomber mais nous avons encore quelques heures de clarté devant nous. Nous ne croisons pas âme qui vive alors que nous nous enfonçons plus loin dans la réserve, filant sur l’eau et déambulant au milieu d’îles désertes peuplées de sapins. Je n’en reviens pas de me trouver ici ce soir alors que j’étais au bureau ce matin même. Il reste maintenant à choisir où monter notre campement. Les plages sont vides, nous avons l’embarras du choix! Nous regardons si le coin n’est pas trop propice au passage de bateaux, si la plage n’est pas trop en pente, nous étudions l’orientation du soleil… Finalement, nous trouvons un petit coin reculé, derrière un îlot au banc de sable fin attrayant et relativement plat. C’est décidé, nous camperons ici! Nous déchargeons le stock du bateau sur la plage puis entreprenons de monter la tente. Rapidement, plusieurs dizaines de mouches noires nous entourent de leur vrombissement pénible. Ah, nous avions oublié ce léger détail: les insectes en camping au Québec! Nous nous éloignons de quelques mètres, là où les insectes ont l’air moins voraces et commençons à installer notre campement.
La tente est vite montée, la table et les chaises installées, un bon feu de bois crépitant sur le sable, nous nous octroyons un temps de repos bien mérité, accompagné d’un verre de vin rouge, tout en admirant le ciel qui s’enflamme en un magnifique coucher de soleil. Seuls au monde dans ce coin reculé de toute civilisation, faisant corps avec Mère Nature, nous savourons ce moment d’éternité qui nous est offert. La fatigue et l’alcool nous rendant un peu saouls, nous décidons de préparer rapidement à manger sur le petit réchaud à gaz. Au menu ce soir: hamburgers maison! Nous faisons cuire la viande et réchauffer les pains puis enfournons le tout agrémenté de tomates, oignons, fromage et moutarde, comme deux ogres affamés. La nuit est tombée à présent et nous savourons la douce chaleur que nous procure le feu, la fraîcheur vivifiante du soir nous ayant rattrapés. Je me perds dans la contemplation des flammes crépitant dans l’obscurité, de minces tisons s’envolant dans le ciel d’encre, éclairant pour quelques secondes l’espace qui les entoure. Je me sens tellement chanceuse et privilégiée d’être ici, avec Etienne qui s’est galamment occupé de tout, dans un si bel endroit perdu au milieu du Québec. Je vis ce qui fait l’essence même du Québec, les grands espaces reculés où la nature prédomine alors que l’homme s’éclipse en toute humilité. Ces îles, accessibles seulement en bateau, constituent pour moi un havre de paix unique et privilégié. Un grand merci à Etienne de m’en faire profiter à ses côtés, c’est pour moi un grand bonheur!
Etienne est vraiment fatigué après sa dure semaine, et nous partons nous coucher en jetant un dernier regard aux premières étoiles qui viennent tranquillement tenir compagnie à la lune le temps d’une nuit. Il fait froid ce soir et nous nous emmitouflons dans de chauds sacs de couchage zippés ensemble, en y ajoutant deux couvertures pour être sûrs d’être bien. Nous nous endormons ensemble en écoutant les bruits de la nature qui, elle, se réveille.
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