La cité Maya de Tikal

Le 8 mai 2010

Réveillés à 4h du matin par notre petit réveil, nous sautons du lit groggy finir nos sacs et les descendre au vestiaire de l’hôtel. Plusieurs touristes se retrouvent comme nous, sur les marches du perron, à attendre les bus qui passent nous prendre pour nous emmener sur le site de Tikal. Plusieurs bus passent mais ce n’est jamais le nôtre. Enfin, vers 4h 45, un bus plus gros que les autres (nous avions aussi payé moins cher) nous embarque et nous filons, à moitié endormis encore, dans la noirceur de la nuit qui s’achève.

Les brumes matinales se déploient sur les campagnes, rendant l’atmosphère fantasmagorique devant nos yeux à demi clos. Une heure et demie plus tard, nous arrivons au site à la fin d’une route bien cahoteuse. Mon ventre fait de nouveau des siennes aujourd’hui, j’espère tenir le coup durant la visite… Un guide anglophone nous parle brièvement de cette énorme cité Maya qui s’étend sur plus de 550 km² dont le centre à lui tout seul contenait 4000 édifices. Seules certaines pyramides ont été restaurées, la plupart se cachant encore sous la mousse et les arbres, démolis et usés avec le temps.

Nous partons ensuite avec tout un groupe de touristes, à travers le jungle, en suivant le guide afin de découvrir cette cité oubliée. En route, nous admirons les immenses arbres de la forêt et de petits singes nous font la surprise de nous montrer le bout de leur nez curieux. Ils sautent de branche en branche tout en nous regardant, étonnés de notre présence. Le guide réussit aussi à apprivoiser une énorme mygale qui se balade tranquillement sur son dos. Il encourage les téméraires à la prendre dans leurs mains. Evidemment, je cours me proposer et voilà que cette belle bestiole se promène nonchalamment sur mon bras, ses pattes poilues se posant délicatement sur ma peau. Quelle drôle de sensation!

Nous arrivons au premier temple Maya sur lequel on nous propose de monter. Après une belle suée, nous arrivons en haut, surplombant ainsi la canopée de la jungle d’où émerge au loin le haut de plusieurs pyramides, telles des cités perdues. Le paysage est vraiment superbe! Quel mystère que la construction de pareils temples par les Mayas. De vrais chefs-d’œuvre architecturaux! Alors qu’ils ont été construits vers 700 avant Jésus Christ… Je redescends rapidement de mon édifice, une urgence intestinale m’obligeant à courir… Sympa de visiter Tikal dans ces conditions!

Le guide nous parle ensuite du calendrier Maya se finissant le 21 décembre 2012 sans parler de la fin du monde, mais seulement de la fin d’un cycle correspondant à la position de la Terre, alignée avec un certain angle par rapport à la Voie Lactée provoquant une éclipse sur notre globe terrestre. Bref, il s’agirait juste de la fin d’un cycle de leur calendrier avant d’en débuter un autre. On verra, de toute façon c’est dans 2 ans maintenant!

Nous rejoignons une autre belle construction Maya à la montée vraiment ardue car presque verticale. Une échelle nous fait grimper ces 40m de hauteur pour nous permettre d’avoir encore une fois une vue étonnante sur la jungle et les édifices émergeants. En haut du temple, il y a peu de place, la dalle de béton sur laquelle on peut marcher est restreinte et aucune rampe ou barrière ne pourrait nous retenir de tomber et de dévaler ces 40m… Etienne a un peu le vertige et se tient loin du vide. Quant à moi, je fais surtout attention au monde qui pourrait nous bousculer par mégarde. Quelle aventure! D’autant plus que deux touristes sont morts en tombant d’en haut il y a quelques années, mais on n’a en rien renforcé la sécurité des lieux.

Nous arrivons enfin au clou du spectacle: le « centre ville » de Tikal. Entièrement défrichés de la forêt, les bâtiments se hissent fièrement dans les quatre directions, laissant une grande place centrale vide amplifiant la majesté des ruines mayas l’entourant. Superbe! Nous grimpons sur les temples pour profiter à loisir de ces merveilles. L’homme est capable des plus belles choses comme des pires. Tikal continue d’être restauré petit à petit, le manque de fonds dédiés à ce site ralentissant les travaux. De nombreux édifices sont à peine visibles sous la mousse et ressemblent à de simples montagnes. Si les efforts fournis sont conséquents, Tikal aura une autre allure dans 20 ans! Avec certainement beaucoup plus de touristes. Toutes proportions gardées, nous sommes peu nombreux à visiter cette cité, alors qu’elle équivaut largement à Chitchen Itza au Mexique. Mais Tikal est encore méconnue ainsi que le Guatemala qui n’est pas encore une destination touristique très prisée. Nous visitons ce pays à temps!

Après nous en être mis plein la vue durant ces 6 heures de visite, nous revenons au parking de l’entrée prendre notre bus de midi et demi pour revenir à Flores. Nous ne pouvons pas nous attarder plus ici, nous avons notre vol pour Guatemala City à 16h30. Dans le bus, Etienne s’assoit encore une fois à côté du chauffeur, me laissant plus de place sur le siège. Mon estomac a bien tenu au final durant la visite de Tikal, j’en suis ravie. Une heure et demie de trajet en sens inverse et nous voici revenus à Flores où nous nous posons dans un restaurant en bord de lac pour déguster une grosse pizza accompagnée d’un succulent jus d’ananas. Etienne pique une tête dans le lac avec les jeunes guatémaltèques qui s’amusent à sauter du ponton. La vie est belle ici!

Nous revenons à l’hôtel chercher les sacs et hélons un tuk-tuk qui nous emmène en dix minutes à l’aéroport. Mon ventre commence à fatiguer depuis 4h ce matin et il me le fait savoir. Les soubresauts du tuk-tuk sont difficiles à supporter. D’autant plus que nous ne sommes pas arrivés! Après ¾ d’heure d’avion qui nous déposera à Guatemala City, il nous restera à prendre un taxi pour nous rendre à Antigua! C’est la course lorsqu’on n’a qu’une semaine de vacances… Espérons que je tiendrai le coup. Je suis toutefois ravie de prendre l’avion plutôt qu’une nuit de bus! On s’évite beaucoup de fatigue ainsi. Arrivés à l’aéroport bien en avance, on nous apprend que notre vol est retardé de 2h et ne part qu’à 18h30! Il ne manquait plus que ça… Déjà qu’on était juste en temps! A quelle heure allons-nous arriver à Antigua? Et en quel état pour ma part? Résignés, nous nous demandons si nous retournons à Flores ou si nous restons à attendre dans l’aéroport. Mon mal de ventre empirant de plus en plus, je ne me vois pas reprendre un tuk-tuk, même pour 10 minutes. Je m’allonge sur les sièges et patiente en compagnie d’Etienne.

Toutefois, au bout d’un moment, un doute m’assaille. Je vois plein de monde arriver et passer gaiement dans la salle d’embarquement comme si leur vol partait bientôt alors qu’on nous a dit qu’il aurait 2h de retard. Nous nous renseignons et apprenons avec stupéfaction qu’il y a bien un vol à 16h30 pour Guatemala City et qu’on nous a tout simplement changés de vol et mis sur celui d’après! Je rêve… Nous nous énervons, supplions de nous mettre sur le vol de 16h30 comme nous avions réservé, mentons en disant que nous avons une correspondance importante d’avion à prendre à Guatemala City mais rien n’y fait. Le vol de 16h30 est plein et certainement des gens plus importants et influents que nous ont pris notre place sur ce vol. Le Guatémaltèque à qui nous avons affaire prend son air imperturbable pour nous dire « non » un nombre incalculable de fois. Nous l’aurions frappé! De nouveau résignés, nous retournons nous asseoir, fâchés et énervés de nous être fait avoir de cette façon. Je me sens toujours aussi malade et trouve ça plutôt injuste que ce soit nous qui soyons évincés pour je ne sais quelle obscure raison.

Pour pallier mes maux de ventre, Etienne me concocte encore une fois sa potion magique d’eau, de sucre et de sel tandis qu’il s’enfile 2 bières afin de faire retomber la frustration de ces histoires d’avion. Je l’aurais bien suivi si mon estomac me l’avait permis! Nous patientons sur une terrasse de l’aéroport avec une incroyable vue sur l’autoroute. A 18h, nous nous rendons docilement à la salle d’embarquement, évitant de croiser le regard de notre Guatémaltèque de tout à l’heure, de peur de lui sauter à la gorge. Nous grimpons dans un tout petit avion à hélices d’une vingtaine de places à peine, aux sièges serrés, collés aux hublots. Nous finissons par décoller vers 18H30 dans un superbe coucher de soleil illuminant le ciel et nous montons au-dessus des nuages dans un vrombissement d’hélices qui fait trembler l’avion en tous sens. Le panorama est superbe dehors avec ce ciel rosé et ces nuages cotonneux dans lesquels j’aperçois quelques éclairs lumineux. Toutefois, je ne profite pas du spectacle autant que je le souhaiterais, ma conscience étant altérée par mes problèmes digestifs ainsi que par ma pensée qui tourne en rond dans ma tête comme pour chercher le côté négatif de chaque chose, histoire de me gâcher l’existence. C’est fou comme on peut partir vite dans sa tête et voir tout en noir rapidement en réussissant à se convaincre qu’on n’est pas bien.

La fatigue et mes problèmes de santé n’aidant sûrement pas, je me surprends à remettre tout en cause: ce voyage trop intense et fatigant, la séparation entre ma tête qui veut tout voir et tout visiter et mon corps qui ne suit pas. Je me reproche de ne pas assez m’écouter, de vouloir toujours tout faire alors que je pensais que mes précédents voyages m’avaient guérie de cette frénésie de vouloir tout découvrir… J’avais fait la même erreur il y a 5 ans lors de mon tour du monde et m’étais foulé la cheville avec pour résultat 2 semaines de plâtre et 4 semaines de béquilles! J’essaie de me comprendre, de savoir pourquoi je suis retombée dans cet ancien travers pour ce voyage-ci. Peut-être est-ce la durée vraiment limitée des vacances: une semaine, c’est vraiment court. Peut-être nous entraînons-nous, Etienne et moi, dans cette voie-là. Bref, je me perds totalement dans ma tête et ai vraiment du mal à revenir sur terre au grand dam d’Etienne qui ne sait plus quoi faire pour me redonner le sourire. Sans parler de mon ventre qui fait le yoyo en harmonie avec les secousses de l’avion, jusqu’à repousser mes limites de tolérance.

Enfin, au bout de ¾ d’heure, nous atterrissons sur une petite piste d’aéroport national de Guatemala City. On récupère nos bagages aussitôt, vu le nombre de passagers puis nous partons à la recherche d’un taxi. Seulement voilà, il est 20h passées et plus aucun taxi n’attend à l’aéroport. Je reste dehors avec les sacs, tandis qu’Etienne part demander à une hôtesse d’en appeler un pour nous. L’endroit se vide et je commence à ne pas me sentir rassurée d’attendre seule dehors, au milieu d’entrepôts vides, dans la nuit noire. De plus, j’ai urgemment besoin d’aller aux toilettes. J’abandonne les sacs là, ne me sentant pas la force de porter les deux gros avec moi et je fonce à l’intérieur. Heureusement je croise Etienne et lui indique que les sacs sont sans surveillance dehors. Il va alors monter la garde tandis que notre hôtesse passe un coup de fil pour nous trouver un taxi, ce qui a l’air d’être vraiment difficile!

Enfin, elle nous indique qu’un taxi arrive dans 15 minutes puis elle quitte son bureau, nous laissant vraiment seuls dans cet endroit désaffecté. Mais je me sens en sécurité avec Etienne. Je ne me verrais pas seule à attendre ici par contre! Le taxi arrive et nous grimpons dedans avec reconnaissance. C’était avant de découvrir sa conduite sportive! Je me sens de nouveau ballottée en tous sens, le cœur au bord des lèvres, l’estomac criant grâce, durant cette bonne demi-heure de trajet. Il conduit son véhicule comme une voiture de course… ou un char d’assaut! Bref, nous arrivons à Antigua au bout de nos forces, ne souhaitant que trouver un hôtel et ne plus bouger. Il est plus de 21h et toutes les portes des guest house sont fermées et barricadées comme si elles craignaient de se faire agresser. Incroyable! Heureusement, l’une d’entre elles répond à notre sollicitation à la porte, et un charmant monsieur nous montre une jolie chambre dans un hôtel douillet. Nous prenons! Enfin posés quelque part, je reprends quelques forces après une bonne douche puis accompagne Etienne qui va manger un morceau tandis que je me contente d’un bol de riz. Peu après, nous nous écroulons sur le lit, exténués.

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