Les grottes aventureuses

Le 4 mai 2010

Le bruit ambiant des voitures et l’odeur des gaz d’échappement qui arrivent jusqu’à mes narines me réveillent vers 6h du matin. Ouf, il est tôt et je n’ai pas encore bien récupéré. Mais bon… Etienne se réveille peu après puis nous partons déambuler dans la ville à la recherche d’un petit déjeuner. Nous trouvons un excellent café qui nous sert un véritable festin que nous dévorons avec avidité.

Nos affaires empaquetées, nous nous rendons à la station de bus à pied, Coban restant une petite ville. Les sacs attachés sur le toit du minibus, nous avons une heure à tuer avant le départ pour Semuc Champey. Nous en profitons pour flâner dans le marché du village où mangues, ananas se mêlent aux carcasses de poulet, aux CD de musique et aux chandails d’allure péruvienne. Nous grimpons ensuite dans le minibus qui nous monte encore plus vers le nord, nous enfonçant toujours plus dans la campagne et la forêt. Les routes deviennent étroites et sinueuses, l’asphalte se transformant petit à petit en chemin rocailleux. Les derniers kilomètres nous menant à Semuc Champey sur une route de plus en plus sinueuse et impraticable nous paraissent encore une fois interminables. Le minibus nous dépose devant un hôtel perdu en pleine jungle, éloigné de toute autre habitation. L’hôte est charmant et nous nous installons dans une petite cabane sommaire au jardin paisible bordant une charmante rivière d’eau turquoise.

On nous propose de partir dans une heure visiter une grotte environnante. Nous sommes fatigués par la route mais nous acceptons la proposition, contents de pouvoir profiter de la région. Nous avons l’impression de n’avoir fait que du bus depuis notre arrivée. A nous de profiter de notre voyage à présent! Nous avalons quelques bons nachos faits maison puis, notre maillot de bain enfilé, nous suivons notre guide à travers la forêt. Devant l’entrée de la grotte, on nous donne une chandelle chacun puis nous nous enfonçons dans l’antre de la terre, éclairés seulement par notre petite flamme chancelante. L’aventure commence! Il nous faut un certain temps pour habituer nos yeux à cette faible lumière, voyant à peine où nous posons les pieds. Les roches font place à du sable puis à de l’eau. Mouillés jusqu’aux mollets, nous nous enfonçons dans cette grotte obscure dont les stalactites semblent vouloir nous embrocher;

Nous suivons notre guide, l’un derrière l’autre, comme si nous étions à la recherche d’un trésor caché, enfoui dans l’antre du diable. L’eau nous arrive à présent jusqu’à la taille et nous avançons toujours. Notre guide nous avertit qu’il va falloir nager à présent. Accrochés à notre petite chandelle dépassant de l’eau, nous essayons de nager tout en sauvegardant cette lueur qui ne nous a jamais paru aussi précieuse qu’en cet instant. Une minute d’inattention et on laisse échapper la chandelle, l’obscurité totale nous saisit, nous laissant aveugles, impuissants et perdus. Cette frêle chandelle n’a jamais eu autant de valeur qu’en ce moment. Essayant d’éviter les rochers escarpés et les stalactites pointues, nous nageons dans ce dédale de rochers aux formes mystérieuses et enchanteresses. Je ne les ai jamais vus d’aussi près et dans des conditions aussi extrêmes!

Notre guide nous fait monter à des échelles de fortune glissantes, grimper sur des escarpements rocheux où de petites cascades ont rendu les roches trop lisses, marcher sur de petits chemins escarpés surmontant la rivière et les stalagmites aiguisées. Le moindre faux pas, la moindre erreur d’inattention peuvent vraiment nous être fatals. Le niveau de sécurité est tout sauf présent! Mais nous ne pensons pas à ça lors de notre avancée. Nous essayons juste de maintenir la chandelle en vie et de profiter des belles sculptures naturelles que l’eau a façonnées dans la roche au fil des années. C’est magnifique! Nous avons l’impression d’être de véritables explorateurs en recherche d’adrénaline. Et ça, nous en avons! Et je dois avouer que j’adore ça.

Arrivé au bout de la grotte, le guide nous demande si nous voulons plonger. Après un bref moment d’hésitation, j’acquiesce avec joie. Il me fait grimper sur une roche escarpée à laquelle je m’accroche de façon très précaire, puis m’indique avec sa lumière où sauter exactement dans l’eau. Il ne faut pas se tromper, il y a des roches partout! Poussant un cri qui retentit dans toute la grotte, je plonge dans cette noirceur sans trop savoir où je vais atterrir… Je me sens m’enfoncer tout d’un coup dans cette eau fraîche qui m’enveloppe entièrement, me donnant la satisfaction d’avoir bien calculé mon saut! Etienne me suit aussitôt après, son cri sonnant un peu plus rauque que le mien. Dans la bataille, il a d’ailleurs cassé une chaussure, c’est nu-pieds qu’il devra faire le chemin inverse, ce qui n’est guère plaisant sur ces roches escarpées.

Nous nous reposons quelque temps afin d’admirer ce tunnel souterrain dans lequel nous nous enfonçons depuis plus d’une heure. Cette grotte est, paraît-il, tellement longue qu’on n’en connaît pas la fin! Se retrouver seuls dans cette cave sans âge est un grand privilège, surtout vu son accessibilité plutôt hasardeuse! J’essaie d’emmagasiner toute l’énergie que cet endroit peut me donner afin de pouvoir faire le chemin inverse plus aisément. Nous sommes fatigués et ne pouvons nous permettre le moindre relâchement d’attention! Pff, quelle aventure! Si nous avions su, nous aurions peut-être attendu demain afin d’être un peu plus reposés! Enfin… Avec précaution, nous rebroussons chemin, toujours accrochés à notre chandelle salvatrice. A un moment, notre guide nous fait bifurquer pour nous proposer un raccourci: se laisser glisser entre deux roches dans un trou d’eau. Là, pour la première fois depuis le début de notre escapade souterraine, je ne suis pas rassurée. Me laisser tomber entre des rochers escarpés dans un trou d’eau, ne voyant rien à un mètre de moi? Bon, je n’ai pas le choix de toute façon. Je me laisse glisser en râpant la roche au passage, sans grand mal heureusement. Etienne me suit toujours avec plus de dextérité que moi.

Enfin, nous apercevons un trou de lumière au loin: la sortie au grand jour! Nous avions oublié qu’il faisait grand soleil dehors étant enfermés depuis 2 heures dans le noir. Nous apercevons ce trou lumineux comme une bénédiction, remerciant le ciel d’être sortis d’ici sans blessure. Soulagés, heureux et grisés par l’adrénaline, Etienne et moi rions ensemble de notre aventure rocambolesque. Mais ce n’est pas fini! Notre guide nous donne une grosse bouée à chacun dans laquelle nous nous asseyons pour pouvoir descendre tranquillement la rivière jusqu’à notre hôtel. A l’air libre cette fois, dirigés par le courant, nous nous laissons porter au gré de l’eau, n’ayant qu’à profiter du paysage. La dense forêt qui nous entoure me rappelle l’Amazonie ainsi que les bruits d’insectes et d’oiseaux divers assourdissants. Malgré la fatigue, je profite de ce moment unique de relaxation intense en m’adonnant entièrement à cette nature qui m’entoure. Etienne et moi, accrochés à la bouée de l’autre, descendons tranquillement cette rivière paradisiaque, en profitant au maximum de cet instant d’éternité qui nous est offert. Je discute ensuite un peu avec le guide dans mon espagnol précaire sur sa vie. Malgré mes louanges sur sa région, il m’apprend qu’il n’aime pas vivre ici et faire toujours la même chose, faire visiter la même grotte, descendre la même rivière… Le pauvre a l’air vraiment blasé! Ceci dit, je ne sais pas s’il préférerait se retrouver enfermé toute la journée derrière un écran d’ordinateur…

Nous rentrons à l’hôtel et, Etienne et moi, nous reposons sur le ponton, les pieds dans le vide, à admirer la rivière et le soir tomber doucement sur la forêt en élucubrant sur notre vie matérialiste, une bière à la main! A 19h la nuit nous a recouverts et le souper est servi. Nous rejoignons les autres convives dans la salle à manger. Nous faisons connaissance avec un couple de Français charmants de notre âge et un couple d’Indiens d’une soixantaine d’années. La musique résonne, les corps commencent à bouger, et nous voici tous sur la piste de danse à prendre des cours de salsa! Tout le monde rit et s’amuse en se laissant aller, les barrières culturelles et sociales tombent, je suis aux anges! J’entraîne Etienne sous la pluie qui s’est mise à tomber et nous dansons dehors sous ces gouttes rafraîchissantes comme s’il n’existait plus que nous deux au monde! Quel délice!

L’Indien nous tient ensuite tout un discours sur l’importance d’entrer en contact avec les autres, ce qui passe beaucoup par le toucher et en particulier la réflexologie. Il nous encourage à nous toucher les pieds ce soir! Nous lui promettons de faire un effort puis finissons la soirée en nous serrant tous dans nos bras, la soirée étant un délice pour tous! Quelle journée! Nous finissons par une petite dispute, Etienne et moi, mais rien de bien méchant. Tout finit par s’arranger après un petit tour de détente dans la nuit noire, l’électricité étant coupée à 21h30! Bonne nuit!

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