La lave du volcan Pacaya

Le 9 mai 2010

Comme ça fait du bien une bonne nuit réparatrice! Nous n’avons nullement été dérangés par le bruit (à part notre montre que nous avions oublié d’éteindre et qui a sonné à 3h du matin) et ce réveil tardif à 9h du matin nous remet d’aplomb. Cette journée, je le sens, va être superbe! D’autant plus que mes problèmes d’estomac ont l’air de s’être estompés.

Nous flânons tranquillement sur la terrasse de l’hôtel en admirant les impressionnants volcans qui entourent la ville. Ceux-ci sont éteints mais nous réservons une excursion pour cet après-midi afin d’aller en voir un en activité. En attendant, nous prenons notre petit déjeuner en ville, nous nous baladons tranquillement jusqu’à la charmante place centrale de cette jolie ville d’Antigua, nous nous relaxons sur un banc face à la fontaine ou écoutons un groupe de musiciens au tempo entraînant et typiquement sud-américain avec ses flûtes de Pan et autres instruments locaux.

Antigua est vraiment une charmante bourgade où nombre d’étudiants étrangers s’installent quelques mois pour apprendre l’espagnol. Je les comprends, il doit faire bon y vivre quelque temps. Les bâtiments colorés autour de cette verdoyante place centrale d’où l’on peut admirer les majestueux volcans entourant la ville donnent une belle touche de peinture à ce tableau guatémaltèque. Etrangers et locaux cohabitent à Antigua sans ce concept particulier de tourisme et c’est bien agréable. Nous visitons les ruines de l’immense cathédrale à moitié restaurée ainsi que ses catacombes, puis assistons à des baptêmes d’enfants guatémaltèques. Assister à des scènes de vie locale en tant que spectateur discret est toujours un plaisir pour moi et je m’adonne à ce passe-temps avec joie.

Nous arrivons à un marché local où fruits et légumes se disputent les couleurs les plus vives. Nous déjeunons de riz, saucisses et fruits dans un coin d’un étal, assis par terre en écoutant les marchands scander le nom de leurs fruits à vendre, tout en humant leur odeur sucrée et incitatrice.

En revenant vers notre hôtel, nous croisons Agathe et Paul, le couple de Français avec lequel nous avons sympathisé à Semuc Champey. Quel hasard incroyable de les croiser ici en pleine rue! De plus, eux aussi font l’excursion au volcan Pacaya dans 10 minutes, nous la ferons ensemble. Génial! Nous nous changeons rapidement dans la chambre, enfilons nos chaussures de marche puis rejoignons l’équipée pour partir en bus en direction du volcan. Nous passons l’heure et demie de route à discuter avec nos amis français de nos vies et de voyages. Puis le bus prend une montée de cailloux, nous commençons l’ascension du volcan. Nous apercevons même son cratère fumer. C’est vraiment impressionnant! Je ne m’attends pas à pouvoir m’approcher très près de la lave, étant donné son caractère dangereux, d’autant plus que deux touristes et leur guide ont été surpris par la lave la semaine dernière et sont morts, brûlés vifs. Peu importe, marcher sur un volcan en activité est déjà toute une activité en soi.

Le bus s’arrête et on nous encourage à continuer à pied. Une horde d’enfants nous encercle pour nous vendre des bâtons de marche ou des chamallows à faire griller sur la lave. Nous la verrons si près que ça? Des loueurs de chevaux nous entourent également pour nous proposer de monter sur le dos de ces animaux. Nous essayons d’éviter tout ce beau monde puis entreprenons notre grimpette derrière notre guide. La montée est assez raide, surtout en pleine chaleur, mais nous grimpons à bonne allure tout de même. Les chevaux et leurs cavaliers nous suivent pour que nous les utilisions au moindre signe de fatigue. Nous sommes presque plus dérangés par la poussière soulevée par les canassons que par la montée elle-même. Nous les laissons passer devant afin qu’ils arrêtent de nous importuner. Une heure de grimpette plus tard, nous nous trouvons en face d’un paysage de désolation impressionnant. Le cratère du volcan d’où sort une épaisse fumée blanche semble avoir rejeté de l’antre de la terre une partie du monde d’Hadès à la surface, brûlant tout sur son passage. Une grande étendue rocheuse noirâtre où rien ne peut pousser est visible à perte de vue, de la fumée sort des roches volcaniques encore chaudes qui se trouvent sur le flanc de la montagne, ce qui rend l’atmosphère fantasmagorique. Puis, en regardant bien, je vois au loin le sol bouger. Mais oui, je ne rêve pas, sous les apparentes roches statiques, de la lave incandescente est visible par endroits et fait descendre le sol tout doucement dans le sens de la pente. Si on est attentif, on peut même entendre le craquement de la lave qui coule et emmène avec elle des roches en fusion. Incroyable!

Nous suivons notre guide à travers un semblant de chemin tracé sur la roche volcanique froide, approchant de plus en plus des coulées de lave. 15 minutes plus tard, nous nous trouvons à moins d’un mètre de cet enfer, la chaleur nous brûlant le visage parfois. Je n’arrive pas à croire que je me trouve aussi près de ce phénomène naturel qui m’a toujours fascinée. Tout le monde devient fou de joie et un peu hystérique d’assister à pareil spectacle. Nous mitraillons de photos ce volcan d’où semblent couler des langues de feu, nous courons dans tous les sens, voulant profiter au maximum du spectacle, totalement inconscients du danger de cette expédition. Les guides nous rappellent à l’ordre de temps en temps, mais ils s’amusent plus de notre enthousiasme qu’autre chose. Je suis ébahie, épatée, enchantée de pouvoir être là, sentir la chaleur de la lave incandescente qui se fraie un chemin à travers les roches sans que rien ne puisse l’arrêter. Sa rapidité de descente n’est pas grande mais elle a l’air invincible. Et si elle changeait de trajectoire? Si le volcan régurgitait de ses entrailles une nouvelle traînée de lave plus rapide? Nous serions dans de beaux draps… Mais, totalement inconscients de tout cela, nous continuons à nous délecter du spectacle aussi bien visuel que sonore et sensoriel.

Etienne réussit à dénicher des chamallows et un long bâton sur lequel il les pique, et il se penche sur la lave pour les faire griller avant de les déguster avec délice. Autant dire que l’exercice est très dangereux et passablement stupide, ce que je m’empresse d’imiter à mon tour. S’approcher de la lave assez près pour faire griller ses guimauves n’a rien d’aisé, la chaleur de la lave me brûle le visage à la limite du supportable. Mais je réussis également à les faire cuire quelques secondes et les enfouir avec un plaisir infini dans ma bouche, goûtant ainsi mes premières guimauves cuites à la lave de volcan. C’est facile à replacer dans une discussion mondaine par la suite! En tout cas, si on me demande un jour la chose la plus absurde que j’aie pu faire dans ma vie, « faire cuire des chamallows sur la lave d’un volcan » arriverait dans les premières positions!

Le temps passe malheureusement vite et le soleil commence à disparaître tranquillement derrière les autres volcans environnants. Là, le clou du spectacle s’offre à nous devant nos yeux ébahis. Plus la lumière du soleil baisse, plus le rouge incandescent de la lave en fusion contraste avec le noir des roches volcaniques. La Terre est véritablement en train de saigner! Comment décrire alors ce spectacle ahurissant… En face de nous respire un volcan en train de souffler de la fumée blanche tandis que de grosses veines rouge vermeil coulent de ses flancs en un grondement guttural de douleur, le soleil s’est caché derrière les nuages, rendant le ciel éclatant de rose pastel seul témoin de la colère d’Hadès.

J’aimerais rester encore pour profiter de la vision incroyable de cette blessure terrestre semblant ramener à la surface les tourments des Enfers du centre de la Terre, mais le guide nous presse de partir avant qu’il ne fasse nuit noire et je comprends aisément pourquoi. Je laisse le groupe partir et ferme délibérément la marche, désirant jusqu’à la dernière minute profiter du spectacle, tentant, dans ces quelques minutes restantes, de m’imprégner de toutes les sensations qui me traversent. Les gens étant partis, les craquements sonores des roches glissant sur le sol, emportées par la lave, sont plus flagrants, et l’image de désolation plus percutante.

Je m’aperçois alors que je n’ai peut-être pas assez contemplé le paysage comme il aurait fallu. J’aurais aimé qu’on s’arrête, Etienne et moi, quelques instants, assis quelque part, en silence mais connectés, ensemble, pour profiter pleinement de la majesté des lieux, ressentir plutôt que juste regarder… Au lieu de cela, nous courions partout avec notre appareil photo, passant presque plus de temps à observer la lave derrière l’objectif qu’à l’œil nu, ou en train de discuter avec nos amis de la chance que nous avions d’assister à pareil spectacle. Mais en avons-nous si bien profité que cela? Le temps est passé trop vite, je me suis laissée emporter par l’euphorie de tous, oubliant de prendre juste le temps d’apprécier pleinement. Bon, j’ai tout de même pu me faire plaisir et vivre intensément cette expérience aussi, c’est juste un petit regret que je garde en mémoire pour faire plus attention la prochaine fois. L’appareil photo numérique tue la magie du moment, comme l’a si bien souligné Etienne. Tout le monde est à la recherche de la meilleure photo à ramener en souvenir ou à montrer aux amis, mais on oublie de profiter pour nous-mêmes! C’est sur ces belles réflexions que je redescends dans la nuit noire, tout le monde se suivant en file indienne, certains n’ayant pas de lampe frontale collant ceux qui ont pensé à en prendre une. Etienne et moi avons plein de nouveaux amis du coup! Sans la lumière, c’est un coup à se tordre la cheville sur ces chemins de cailloux, surtout qu’il fait une nuit d’encre!

Après une bonne heure de descente, nous atterrissons comme par magie devant un pub où on nous encourage à aller nous désaltérer avec une bière. Nous en prenons chacun une afin de célébrer cette superbe après-midi puis montons dans le bus qui repart vers Antigua. Nous débarquons vers 21h en ville et suivons Agathe et Paul qui nous emmènent dans un restaurant de leur cru avec musique live et ambiance relaxante. On se raconte la façon dont nos romances ont commencé, devant un bon plat de pâtes aux crevettes agrémenté de vin, puis chacun retourne à son hôtel, le temps des adieux est arrivé. Ils finissent leur voyage de 5 mois et nous partons demain pour le lac Atitlan. Après cette incroyable journée, nous sombrons dans un sommeil réparateur.

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